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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 15:19

christophe-colomb-voyagesChristophe Colomb est né à Gênes en 1451. Passionné depuis toujours par la mer, il devient marin très tôt. Il est admiratif de Marco Polo et rêve de laisser , un jour, son empreinte à une époque ou les découvertes de terres lointaines sont des priorités pour les monarques.

 

 Après que le bateau de commerce sur lequel le jeune marin naviguait ait été attaqué par les Français, il rejoint son frère, cartographe, à Lisbonne. En 1479, il épouse Filipa Perestrelo e Moniz avec qui il aura un fils. Dans les alentours de 1484, l’ambitieux marin est persuadé que l’on peut éviter de contourner l’Afrique pour se rendre aux Indes, destination réputée pour ses richesses. Attendu que le continent américain n’était pas encore découvert , passer par l’Atlantique inexploré pour se rendre en Asie n’était alors pas impossible . Cette théorie devient rapidement l’obsession du Génois . Mais cela n’est pas le cas de tout le monde puisque le comité d’experts du roi portugais Jean II refuse sa proposition. Vexé et furieux, Colomb soumet son projet au rival espagnol.

 

En 1486, le roi Ferdinand d’Aragon et son influente épouse Isabelle de Castille lui accorde une audience. Une nouvelle fois, son idée est rejetée puis acceptée avant que les exigences disproportionnées du marin (titres de noblesses et poste de gouverneur notement ) font à nouveau échoué le plan de découverte. Finalement, le conseillé du roi réussit à convaincre la reine que ce voyage peut être très bénéfique. Le départ du périple outre- Atlantique a lieu le 3 août 1492.

 

Difficilement, Christophe Colomb parvient à équiper trois navires ; deux caravelles, la Pinta, la Nina et un bâtiment de commerce nommé: La Santa Maria . Ce dernier est le navire amiral dont Christophe Colomb est le capitaine. Le voyage dure bien plus longtemps que prévu. L’équipage est au bort de la mutinerie quand, la terre est en vue. Cette terre, c’est l’île de Guanhami où les Indiens, comme on les appelle, persuadé d’être arrivé aux Indes, sont pacifiques. La flottille poursuit son chemin le long de la côte cubaine où Colomb et ses marins trouveront enfin de grandes quantités d’or tant attendues. On laisse 39 hommes à l’Hispaniola, île sur laquelle on a découvert l’or, on y fonde un fort. Colomb obtient la permission de repartir pour une autre expédition.

En 1493, il part de Cadiz avec 1500 hommes et 17 bateaux. A présent, l’objectif est de fonder une colonie, ce qui sera fait sur un emplacement appelé Isabela.

 

Le deuxième chapitre de la découverte de l’Amérique durera trois ans. Lors du troisième voyage, le 31 juillet 1498, les trois navires dirigés par Colomb se trouvent sur l’île de Trinidad, en face de la côte sud-américaine. Mais la désorganisation qui règne sur la colonie l’oblige à revenir à revenir en arrière pour y régler les problèmes. A la suite des rumeurs et des plaintes visant Colomb, les monarques nomment Bodadilla à la tête de la colonie.

 

Le quatrième et dernier voyage marque la fin de la carrière de Colomb. Cette ultime péripétie débute en 1502. L’ancien commandant d’une flotte de 17 navires n’a, à présent, plus que quatre bateaux. Depuis son renvoi au poste de gérant de la colonie, Colomb a repris son rôle initial, celui d’explorateur. La chance semble à nouveau lui sourire lorsqu’au Panama, il trouve de l’or en quantités abondantes. Mais cela ne plait pas aux indigènes, des Indiens qui voient d’un très mauvais œil l’arrivée de ces hommes venus de loin qui volent leur précieux métal. Ces tensions obligent le commandant Colomb et ses équipages à partir. Le pire reste à venir, en effet, Colomb va perdre ses navires les uns après les autres. Sans empressement, des marins venant de la colonie qu’il a fondée viennent le secourir.

 

Le commandant déchu revient en Espagne en 1504. Il meurt deux ans plus tard à Valladolid, après avoir perdu ses privilèges mais en gardant la conviction d’avoir atteint les Indes.

 

Aurélien N.

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super cacahouette 10/10/2013 14:42

Turquoises au large

"La vie est un livre et ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une seule page"

Saint Augustin


Personnages Antiquité >
Alexandre III le Grand

Pella, Macédoine, 356 - Babylone, 323 av. J.-C.
Source Encyclopédie Wikipédia







L'expédition d'Alexandre le Grand
Carte Alain Houot




Sommaire

Biographie
Naissance et filiation
Enfance et éducation
Le roi de Macédoine
Un prince associé au pouvoir (-339 / -336)
L’élimination de tout rival potentiel (été -336)
La consolidation du pouvoir (fin -336 / printemps -334)
Le Conquérant
L’armée d’Alexandre
La bataille du Granique (mai -334)
La prise de Milet (mai / juillet -334)
Le siège d’Halicarnasse (été / automne -334)
Alexandre s’empare de la Pamphylie et de la Pisidie (hiver -334 / printemps -333)
La contre-offensive de Memnon de Rhodes (hiver -334 / -333)
D’Issos à Arbèles
La conquête de la Phénicie (hiver -333)
Le siège de Tyr (janvier / août -332)
Quels objectifs ?
Le pharaon (automne -332 / printemps -331)
Vers la bataille décisive avec Darius III (printemps / été -331 – octobre -331)
À la poursuite de Darius III
L’entrée dans Babylone et Suse (novembre / décembre -331)
Les difficultés d’Antipater (-331)
La campagne en Perse et l’incendie de Persépolis (janvier / mai -330)
La mort de Darius III (été -330)
Toujours plus à l’est
La révolte de l’Arie (automne -330)
Les meurtres de Philotas et Parménion (automne -330)
La difficile pacification de l’Asie centrale (fin -330 / printemps -327)
L’Inde et la fin du périple
La conquête du nord-ouest de l’Inde (été -327 / été -326)
La conquête de la vallée de l’Indus (automne -326 / printemps -325)
Le difficile retour (juillet -325 / décembre -325)
La dernière année du règne
Les noces de Suse et la mutinerie d’Opis (hiver / printemps -324)
Ultimes desseins (été -324 / printemps -323)
Les derniers jours (juin -323)
Le tombeau d'Alexandre
Bilan
Le personnage d’Alexandre
Peinture
Littérature
Cinéma
Musique
Jeu


Alexandre le Grand (en grec ancien Aléxandros ho Mégas ou Mégas Aléxandros) ou Alexandre III de Macédoine (Aléxandros III ho Makedon, signifiant en grec « protecteur de l’homme »), né le 21 juillet -356 à Pella, mort le 13 juin -323 à Babylone, est un roi grec de Macédoine et l’un des personnages les plus célèbres de l’Antiquité.

Fils de Philippe II, élève d’Aristote et roi de Macédoine depuis -336, il devient l’un des plus grands conquérants de l’histoire. Il fait de son petit royaume le maître de l’immense empire perse achéménide, s’avance jusqu’aux rives de l’Indus et fonde près de soixante-dix cités, dont la majorité porte le nom d’Alexandrie.

La notoriété d’Alexandre s’explique principalement par sa volonté de conquête de l'ensemble du monde connu. Cette aspiration, à la fois illusoire et pourtant presque réalisée, avant qu’il ne meure subitement à l’âge de trente-trois ans, a pour conséquence — durant un temps très court — une unité politique jamais retrouvée ensuite entre l’Occident et l’Orient.

L’héritage d’Alexandre, marqué par une tentative de fusion des cultures grecque et orientale, est partagé entre ses généraux pour former les différents royaumes et dynasties de la période hellénistique.



Biographie
Naissance et filiation

Détail d’une mosaïque qui montre Alexandre combattant un lion avec son ami Cratère.
Alexandre est né à Pella, la capitale du royaume de Macédoine, le 20 (?) ou le 21 juillet -356. Il est le fils de Philippe II de Macédoine et d’Olympias, princesse d’Épire, sa troisième femme. Par sa mère, il est le neveu d’Alexandre le Molosse, roi d’Épire, territoire qui se situe de nos jours entre la région grecque d’Épire et le sud de l’actuelle Albanie. Sa mère donne naissance, en -355 à une fille Cléopâtre.

Une légende, connue dès l'Antiquité, affirme qu’Olympias n’a pas conçu Alexandre avec Philippe, qui avait peur d’elle et de son habitude de dormir en compagnie de serpents, mais avec Zeus. Alexandre se sert de ces contes populaires à des fins politiques, faisant référence au dieu plutôt qu’à Philippe quand il évoque son père. Une autre légende datant du IIIe siècle, d’origine égyptienne celle-là et faussement attribuée à Callisthène, le Roman d’Alexandre, veut qu’Alexandre soit le fils du dernier pharaon égyptien de la XXXe dynastie égyptienne, Nectanébo II.

Par son père Philippe II, Alexandre prétend descendre de Téménos d’Argos, lui-même descendant d’Héraclès, fils de Zeus — pour cette raison, la dynastie macédonienne s’appelle dynastie des Argéades ou des Téménides. Par sa mère, Olympias, de la dynastie des Éacides, Alexandre affirme descendre de Néoptolème, fils d’Achille.

Selon une affirmation du temps, rapportée entre autres par Plutarque, Alexandre naquit la nuit même où Érostrate incendie le temple d'Artémis à Éphèse, une des sept merveilles du monde antique. Alexandre utilise plus tard cette coïncidence pour renforcer son aura politique, et propose de financer la restauration du temple, ce qui est cependant refusé par les Éphésiens.

Plutarque indique également que Philippe et Olympias ont rêvé de la future naissance de leur fils. Après avoir consulté Aristandre de Telmessos qui détermina que Olympias était enceinte et que l’enfant aurait le caractère d’un lion. Quant à son physique, il semblerait qu'il eût les yeux vairons et, à cause d'une blessure de guerre qui lui aurait sectionné un nerf, la tête toujours penchée du côté droit.


Enfance et éducation
Alexandre possède, aux yeux des Grecs, une double appartenance. Il est d'une part un barbare, car c’est un Macédonien qui possède un tempérament passionné et se laisse emporter par des colères d’une terrible violence, héritage attribué à sa mère, mais souvent suivies de prompts repentirs. Il est capable d’élans généreux qui lui allient des fidélités sans failles. Ses convictions religieuses sont entachées de superstitions. Cependant le trait de caractère dominant du personnage est sans aucune contestation sa volonté de fer, qui peut aller jusqu’à l’obstination et l’entêtement.


Alexandre et Aristote.
Parallèlement, Alexandre est profondément influencé par la culture grecque. Il est vrai que, située dans le nord de la Grèce actuelle, la Macédoine est l’une des régions pélagiques antiques. La langue parlée est alors l’un des nombreux dialectes grecs et, dès l’époque du roi Archélaos (fin du Vème siècle), la langue officielle de la cour et de la chancellerie macédonienne devient l’ionien-attique. Philippe, qui a séjourné à Thèbes dans la maison d’Épaminondas comme otage (entre -369 et -367), le parle pour sa part couramment ainsi que son fils. Ce dernier selon Plutarque ne parle macédonien que sous le coup d'une forte émotion.

Après avoir été éduqué par Léonidas, un parent de sa mère Olympias et Lysimaque d'Acarnanie, Alexandre reçoit pour précepteur le philosophe Aristote de -343 à -340. Ce dernier est le fils de Nicomaque, médecin d’Amyntas III, le grand-père d’Alexandre. Il rédige une édition annotée de l'Iliade pour son élève. Alexandre lit également Hérodote et Xénophon, auteurs qu’il sait exploiter plus tard lors de ses conquêtes. Alexandre se révèle un étudiant doué. Il connaît par cœur de nombreuses tragédies, l’Iliade, et possède de nombreuses notions de médecine, d’histoire et de mathématiques.

Plusieurs compagnons d’enfance d’Alexandre, dont Ptolémée, Philotas, Héphaestion, se retrouvent à ses côtés lors de la conquête de l’Asie.

La séduction du personnage tient sans doute à ce mélange contradictoire : barbare et grec, mystique et réaliste, violent et généreux, emporté par son imagination et son rêve et guidé par sa lucidité. Sa volonté inflexible se double d’un réel opportunisme et d’un sens inné de la mise en scène.


Le roi de Macédoine
Un prince associé au pouvoir (-339 / -336)

« Hermès Azara » : pilier hermaïque romain reprenant le portrait d’Alexandre le Grand par Lysippe, musée du Louvre
Bien que considéré comme barbare par les Athéniens, le royaume de Macédoine a, sous le règne de Philippe, étendu son hégémonie sur la Grèce classique. Il vainc Athènes aux Thermopyles en -352, intervient dans un conflit entre Thèbes et les Phocidiens, triomphe d’une coalition d’Athènes et de Thèbes à la bataille de Chéronée, en -338. Alexandre y fait ses preuves en commandant la cavalerie et en taillant en pièces le Bataillon sacré des Thébains.

Philippe est également l’initiateur de la ligue de Corinthe, rassemblant toutes les cités grecques, à l’exception de Sparte, sous son commandement. La ligue doit porter la guerre contre l’Empire perse. En -340, en l’absence de son père parti assiéger Byzance, Alexandre, à seize ans, devint régent de Macédoine.

En -337 cependant, une violente dispute oppose le père et le fils quand Alexandre prend le parti de sa mère Olympias à laquelle Philippe souhaite imposer Cléopâtre, sœur ou nièce d’un général de Philippe, Attale, comme seconde épouse légitime et dont il a bientôt un fils. Alexandre doit se réfugier dans la famille de sa mère en Épire. Cependant la brouille ne dure guère et bientôt pardonné, Alexandre sauve la vie de son père lors d’une confrontation avec les Triballes.


L’élimination de tout rival potentiel (été -336)
Au cours de l’été -336, Philippe est assassiné lors du mariage de sa fille Cléopâtre avec le roi d’Épire, Alexandre le Molosse, le frère d’Olympias. L’assassin est un jeune noble, Pausanias d'Orestis, un ancien officier du roi qui garde une rancune contre Philippe, ce dernier ayant ignoré une requête qu’il lui aurait faite. Les historiens de l’Antiquité ont parfois cru que le meurtre de Philippe avait été une machination impliquant Olympias et peut-être Alexandre mais Diodore de Sicile penche pour un motif personnel du meurtrier. Peu d'historiens contemporains considèrent qu'Alexandre est impliqué dans le meurtre de son père alors que toute la conduite de Philippe montre qu'il entend en faire son successeur.

Une autre hypothèse met en cause Darius III, le nouveau roi de Perse. Plutarque mentionne une lettre virulente d’Alexandre à Darius, où le Macédonien blâme Darius (et Bagoas, son grand vizir dont Darius III se débarrasse rapidement peu après), pour le meurtre de son père, soutenant que c’est Darius qui s’était vanté auprès des différentes cités grecques de la façon dont il avait fait assassiner Philippe.

Après la mort de Philippe, l’armée proclame Alexandre, alors âgé de vingt ans, nouveau roi de Macédoine. Les villes grecques comme Athènes et Thèbes, qui avaient prêté allégeance à Philippe, ne sont pas si pressées de faire de même vis-à-vis du jeune homme. Alexandre ordonne immédiatement l’exécution de tous ses rivaux potentiels. Ainsi, pour ne pas avoir de concurrent au trône, il fait assassiner son cousin Amyntas IV, roi de Macédoine vers -360 / -359 que Philippe II avait renversé alors qu’il n’était qu’un enfant. Quant à Olympias, profitant d’une absence de son fils parti guerroyer au nord, elle fait tuer le fils de Philippe II et de Cléopâtre et contraint cette dernière à se pendre. L’oncle de cette dernière, Attale, qui se trouve en campagne en Asie avec Parménion, est également assassiné. Impossible de savoir si elle agit avec l’assentiment d’Alexandre ou non ; toujours est-il que le nouveau roi de Macédoine n’a plus de rival capable de lui contester le trône.


Le royaume de Macédoine à la mort de Philippe II

La consolidation du pouvoir (fin -336 / printemps -334)
Alexandre n’est pas seulement roi des Macédoniens, mais aussi, comme son père, archonte à vie des Thessaliens et hégémon (??eµ??, « commandant en chef ») et stratège autoproclamé de la Ligue de Corinthe. De fait, la politique de la Ligue est entièrement dictée par les Macédoniens Philippe puis Alexandre. Ce dernier entreprend une rapide tournée diplomatique en Grèce afin que le réseau diplomatique constitué patiemment par son père ne se délite pas. L’allégeance thessalienne est renouvelée et la ligue de Corinthe (donc les Athéniens) prête serment au nouvel hègémôn.


Vue grecque du monde à la naissance d’Alexandre. Hécatée de Milet, Ve siècle av. J.-C.
Cependant, avant de reprendre le projet de son père de porter la guerre en Asie, il assure la sécurité de son royaume par deux expéditions au nord de la Macédoine ; l’une jusqu’au Danube, l’autre en Illyrie révoltée (fin de l’année -336 et début de l’année -335 jusqu’en été). Suivant Strabon et Arrien, des émissaires celtes — les ancêtres des Scordisques du milieu du -IIIème siècle — rencontrent Alexandre sur le Danube, à cette occasion en -335. L’anecdote suivante est rapportée :

Quand Alexandre eut vaincu les Gètes et rasé leur ville, sur le Danube, il lui vint des ambassades de tous côtés et entre autres des Gaulois, qui sont (dit-il) de grands hommes. Alexandre leur demanda alors ce qu’ils craignaient le plus au monde, en s’attendant à ce que ces gens disent qu’ils ne craignaient rien plus que lui : mais il fut détrompé car il avait affaire à des gens qui ne s’estimaient pas moins que lui ; ils lui dirent que la chose de ce monde qu’ils craignaient le plus était que le ciel ne tombât sur eux, ce qui signifiait qu’ils ne craignaient rien.

C'est alors, tandis que le nouveau roi de Macédoine est occupé au nord, que les cités grecques se révoltent. C'est le résultat de la politique de Darius III Codoman qui, à la fois par l'intermédiaire d'un chef mercenaire grec, Memnon de Rhodes, reconquiert les territoires pris par Parménion à la fin du règne de Philippe, et tente en même temps de susciter une révolte en Grèce sur les arrières macédoniens. Une fausse rumeur de la mort d'Alexandre déclenche la rebellion de Thèbes que promettent d'aider Athènes et Sparte.

La riposte d’Alexandre est foudroyante, impitoyable et paradoxale. Impitoyable, car la ville de Thèbes est entièrement rasée (automne -335) à l’exception de la citadelle de la Cadmée, de la maison natale de Pindare et des temples des dieux, sa population réduite en esclavage et les terres partagées entre les vainqueurs. Paradoxale, car Alexandre épargne Athènes, trop heureuse de se soumettre à moindre mal. Sans doute faut-il voir dans cette générosité la volonté de ne pas détruire le principal centre artistique, philosophique de la Grèce, ou bien l’influence de son ancien maître Aristote qui s’installe cette même année -335 à Athènes et y fonde le Lycée. Il semble aussi vraisemblable que les talents de négociateurs de Phocion et surtout de Démade aient convaincu le roi de ne pas détruire la ville. Alexandre réclame que lui soient livrés Démosthène, Lycurgue et Hypéride. Cela dit, les accès de fureur chez Alexandre alternent fréquemment avec des gestes de grande générosité, la destruction de Thèbes et le pardon d’Athènes ne sont que les premiers d’une longue liste.

Finalement, Alexandre est assez peu présent comme souverain dans son royaume. Quand il quitte l’Europe au printemps -334 pour son expédition en Asie, c’est pour ne jamais y revenir.


Le Conquérant
L’armée d’Alexandre
Alexandre ne laisse pas la Macédoine totalement dégarnie. Il donne à Antipater, nommé régent en l’absence du roi, la moitié de la cavalerie macédonienne soit environ 1500hommes et 12000fantassins. Les effectifs au départ de l’expédition d’Asie sont d’environ 1800cavaliers, auxquels s’ajoutent un chiffre équivalent de cavaliers thessaliens et 600 autres recrutés dans les États grecs de la Ligue de Corinthe.


Phalange macédonienne
Les fantassins, sans doute 32000, qui constituent la fameuse phalange, sont recrutés dans la classe paysanne macédonienne. Au total un effectif assez faible, 4400cavaliers environ et à peine plus de 30000fantassins. Mais tout au long de l’expédition des renforts arrivent de Macédoine et de Grèce, sans compter les troupes indigènes qui vont compléter les effectifs de l’armée au fur et à mesure qu’Alexandre avance en Asie. D’autre part la faiblesse des effectifs est compensée par une grande supériorité tactique. Les phalanges sont allégées et leurs sarisses (longues piques dont la base peut être fichée dans le sol et capables de briser les charges de cavalerie) allongées augmentant ainsi leur vitesse de charge, de sorte qu'avec des formations très serrées, les masses et les énergies cinétiques des hoplites se cumulent rendant le choc lors du contact tel qu’il peut renverser plusieurs rangs d’infanterie adverse. La cavalerie lourde compense le manque de maniabilité des phalanges en protégeant ses flancs très vulnérables et en attaquant ceux de l’ennemi pour désorganiser les formations ennemies et les rendre vulnérables à l’impact des phalanges.


La bataille du Granique (mai -334)

Dispositif de la bataille du Granique
Le jeune roi de Macédoine part de sa capitale Pella et, en vingt jours, atteint Sestos en Chersonèse de Thrace. Tandis que Parménion est chargé par le roi de transporter l’armée à Abydos, tête de pont créée par Philippe II sur l’Hellespont, Alexandre se dirige vers Éléonte où il rend sacrifice au premier héros tombé lors de la guerre de Troie, Protésilas. Ce geste est le premier d’une longue liste qui illustre la volonté du roi de frapper les imaginations en se faisant passer pour le nouvel Achille, sans qu’il soit d’ailleurs possible de savoir s’il est sincèrement pénétré de la fierté d’appartenir à la race du héros ou s’il s’agit d’une simple gestuelle théâtrale à destination de ses soldats et des peuples d’Asie Mineure et de Grèce.

C’est ainsi qu’il débarque en Asie près de l’emplacement supposé de Troie, dresse des autels dans le temple d’Athéna à Ilion, puis va mettre une couronne sur le tombeau d’Achille, tandis que Héphaestion fait de même sur celui de Patrocle (Élien explique dans son Histoire variée (XII, 7) qu’il « laissait ainsi entendre qu’il était le mignon d’Alexandre, comme Patrocle avait été celui d’Achille ». Son livre est une collection des anecdotes, écrit plus de cinq siècles après la mort d'Alexandre et il est pourtant le seul historien connu à évoquer une telle relation, qui serait donc probablement fausse. Hephaestion passe chez les autres historiens comme « l'ami le plus cher d'Alexandre »). Ce n’est qu’après, qu’Alexandre rejoint son armée à Arisbé en quatre jours, en contournant par le nord le massif du Pityos.

Le principal chef mercenaire grec de Darius III, Memnon de Rhodes, est partisan de la politique de la terre brûlée face aux Macédoniens, dont il estime, à juste titre, la valeur. Il propose que l’armée entraîne vers l’intérieur du pays, sans combattre, les troupes d’Alexandre tandis que la flotte perse porte la guerre jusqu’en Macédoine. Memnon pouvait légitimement espérer une révolte des cités grecques, s’appuyant sur l’or de Darius et sur le légitime ressentiment contre Alexandre à la suite du saccage de Thèbes. Mais les satrapes perses se méfient des conseils d’un étranger et ne tiennent aucunement compte de son avis. Arsitès, le satrape de Phrygie, déclare qu’il ne laissera pas brûler une seule maison de sa satrapie.


Parcours de l’armée d’Alexandre le Grand dans la partie occidentale de l’Asie Mineure au cours de l’année -334. La prise de Milet (mai/juillet -334) La victoire d’Alexandre a une conséquence importante : jusqu’à la bataille d'Issos, il n’a que de simples garnisons laissées dans les villes pour s’opposer à lui. Dans la foulée du Granique, Sardes, la capitale de Phrygie, se rend sans résistance, tandis que Parménion s’empare de Dascylion. La ville d’Éphèse, en proie à des luttes de factions, où Memnon s’est réfugié après la bataille, voit le parti démocratique favorable à Alexandre l’emporter. Celui-ci s’attire habilement la sympathie des habitants de la ville en confiant au temple d’Artémis le tribut que la ville payait jusqu’alors à Darius et en rappelant les bannis.

Les adversaires d’Alexandre se sont réfugiés à Milet, où Memnon, qui vient de quitter Éphèse, reprend les choses en main après les velléités de trahison de la cause perse par Hégésistrate, le chef des mercenaires grecs au service de Darius. Cependant la ville est rapidement prise en juillet -334 par Alexandre, après qu’il eut interdit à la flotte perse de mouiller sur la côte en prenant le cap Mycale.


Le siège d’Halicarnasse (été/automne -334)
Cependant Memnon s’est réfugié à Halicarnasse dont le roi Pixodaros, le frère du célèbre Mausole, s’est rangé du côté des Perses. Memnon est assisté du satrape Orontabès et du Thébain Ephialte, qui a juré la mort du macédonien depuis la destruction de sa ville d’origine.

Alexandre joue sur les rivalités internes à la cité et fait de Ada, la sœur de Pixodaros, que celui-ci avait renversée, le satrape de Carie. Celle-ci adopte alors Alexandre comme son fils et en fait son héritier. La plupart des satrapies orientales seront organisées selon ce modèle. Les pouvoirs civils sont donnés à un Perse ou un Asiatique et les pouvoirs militaires à un Macédonien.

Reste cependant à s’emparer de la ville qui comporte deux citadelles dont l’une sur une île. Alexandre après la prise de Milet vient de commettre l’erreur de licencier sa flotte. Aussi ne peut-il s’emparer que de la ville basse tandis que les deux acropoles restent aux mains des mercenaires grecs de Darius. Aussi Alexandre poursuit-il sa route en laissant sous le commandement de Ptolémée une troupe de 3000fantassins et 200cavaliers poursuivre le siège.


Alexandre s’empare de la Pamphylie et de la Pisidie (hiver -334 / printemps -333)

Parcours de l’armée d’Alexandre le Grand en Asie mineure au cours de l’année -333.
Alexandre se dirige alors vers la Lycie et s’en empare sans grande résistance. Puis, à la fin de l’année -334 et au début de -333, il pénètre en Pamphylie puis en Pisidie. Ces régions n’appartiennent que très nominalement à l’empire achéménide. Le plus souvent ces villes sont autonomes et rivales entre elles. De ces rivalités, Alexandre va jouer et reçoit la soumission d’Aspendos (à l’est de la ville actuelle d’Antalya), de Sidé (aujourd’hui Side ou Selimiye à environ 60 kilomètres à l’est d’Antalya).

Puis il remonte vers la Phrygie et combat les habitants de la ville de Termessos (34 km au nord-ouest d’Antalya) sans réussir à prendre la ville, traite avec bienveillance leurs ennemis de la cité de Selge, s’empare de Sagalassos et parvient enfin à Gordion (village actuel de Yassihöyük). Il y trouve des renforts venus à la fois de Macédoine et de Grèce ainsi que Parménion qui venait en partie d’hiverner à Sardes. Le gouvernement de la Pamphilie et de la Pisidie est confié à Néarque.



La contre-offensive de Memnon de Rhodes (hiver -334 / -333)
La première partie de la campagne d’Alexandre est terminée. La situation est indécise car certes le roi de Macédoine vient de remporter de glorieux succès mais il doit faire face à plusieurs incertitudes. Pour certains membres de son entourage, dont Parménion est semble-t-il le représentant, l’objectif de Philippe II, théorisé par Isocrate à savoir la conquête de l’Asie jusqu’aux rives de l’Halys, est atteint. Un vaste territoire est conquis par la Macédoine et ouvert à la colonisation et l’influence hellénique. Mais Isocrate, dans les projets qu’il avait présenté à Philippe envisageait une seconde solution : l’anéantissement de l’empire perse.

C’est cet objectif que souhaite atteindre Alexandre. Cela explique d’ailleurs pourquoi, bien qu’il proclame sa volonté d’agir en qualité de chef des Hellènes, il s’appuie avant tout, du moins au départ, sur les Macédoniens considérés comme plus fiables et attachés à sa personne par la fidélité dynastique. C’est pourquoi il ne reste qu’assez peu de temps à Gordion, où l’épisode du nœud gordien, s’il est authentique, lui promet l’empire d’Asie (Alexandre se voit présenter le nœud gordien : il est dit que la personne qui arrivera à dénouer ce nœud acquerra l’empire de l’Asie. Alexandre, d’un coup de son épée, tranche le fameux nœud), et cela alors que la situation n’est pas totalement sans risque sur ses arrières.


Alexandre tranchant le nœud gordien par Jean Simon Berthélemy, Paris, École des Beaux-Arts
En effet lors de l’hiver -334 Darius donne le commandement de sa flotte à Memnon de Rhodes. Celui-ci envisage de porter la guerre en Macédoine en débarquant en Grèce (on parle de l’Eubée) et en organisant une révolte générale. Le sentiment anti-macédonien demeure vivace dans de nombreuses cités. L’idée d’une guerre de revanche contre les Perses, par rapport aux guerres médiques, idée développée par Alexandre et ses partisans en Grèce ne rend pas acceptable à leurs adversaires l’hégémonie macédonienne. N’oublions pas que des soldats grecs combattent dans les deux camps. Memnon reprend Chios, qui lui est livrée par le parti oligarchique (cette tendance politique sera globalement toujours hostile à Alexandre dans les cités grecques contrairement au parti démocratique) puis il rétablit le tyran Aristonicos à Méthymne et met le siège devant Mytilène. C’est alors que Memnon meurt (fin de l’été -333) et que son plan est abandonné par Darius III. Le souverain perse décide de prendre lui-même la tête de son armée contre Alexandre. Autophradatès et Pharnabaze remplacent Memnon à la tête de l’armée et de la flotte. Pharnabaze reprend Milet et Halicarnasse mais doit se séparer de ses mercenaires grecs qui vont rejoindre, sans doute par mer, l’armée que Darius rassemble.

Alexandre estime cependant, à juste titre, avoir fait une erreur en licenciant sa flotte. C’est pourquoi il charge deux officiers, Hégélochos et Amphotéros (le frère de Cratère) d’en reconstituer une. Il s’en faut de peu qu’un conflit éclate avec Athènes dont les vaisseaux venus du Pont-Euxin sont interceptés par Hégélochos. Celui-ci doit faire face à une menace d’intervention de la flotte d’Athènes et relâche les vaisseaux. Cet épisode illustre la nécessité pour Alexandre d’une victoire en Asie pour empêcher toute tentative de révolte en Grèce. C’est pourquoi, quand au début de l’été -333 il apprend que Darius III marche sur la Cilicie, Alexandre quitte Gordion.


D’Issos à Arbèles

Alexandre le Grand sur son cheval Bucéphale, détail de la mosaïque romaine de Pompéi représentant la bataille d'Issos, musée national archéologique de Naples
En quittant Gordion, Alexandre se rend dans un premier temps à Ancyre et reçoit la soumission de la Paphlagonie puis celle de la Cappadoce jusqu’à l’Halys. Il pousse ensuite vers le sud, pénètre en Cilicie par le passage gardé par le satrape Arsamès des Portes ciliciennes. Il fait étape à Tarse et y tombe malade plusieurs semaines (sans doute des suites d’une hydrocution après une baignade dans le fleuve Kydnos). Cependant Parménion, véritable second du roi lors du début de l’expédition, occupe les passes qui permettent le passage de la Cilicie à la plaine d’Issos (col de Karanluk-Kapu) puis celles qui au-delà contrôlent le passage vers la Syrie (passes de Merkès et de Baïlan). Alexandre, une fois sur pied, soumet, en sept jours selon Arrien, les populations montagnardes de Cilicie et s’empare de Soles où il rétablit, en théorie du moins, la démocratie. Il apprend à ce moment la pacification de ses arrières avec les victoires de Ptolémée en Carie sur le satrape Orontobatès et la chute d’Halicarnasse, de Myndos et la soumission de Cos. Mais, peu de temps après (-333), le satrape Pharnabaze, à la tête de la flotte perse soumet Ténédos et Sigée et s’entend avec le roi de Sparte, Agis III, qui tente de soulever la Grèce en lui donnant de l’argent et quelques navires. La situation reste donc délicate d’autant que l’arrivée imminente de Darius III se précise.

Le souverain achéménide s’est installé dans la plaine d’Issos, abandonnant curieusement la position plus favorable à sa cavalerie de Soches, peut-être dans la volonté de couper Alexandre de ses arrières et de le contraindre à la bataille. Alexandre est en Syrie mais il fait demi-tour, ayant besoin pour les raisons invoquées plus haut d’une victoire. Il reprend le chemin des passes syriennes déjà emprunté, s’aventure lentement dans la plaine d’Issos et y organise sa ligne de bataille devant l’armée perse.


La conquête de la Phénicie (hiver -333)
La déroute des Perses après la défaite d’Issos (1er novembre -333) est totale. Darius avec quelques milliers d’hommes à peine s’enfuit vers Thapsaque (ville de Syrie sur l’Euphrate) tandis que d’autres fuyards sont dispersés par les divers officiers d’Alexandre. De nombreux fugitifs se réfugient en Phénicie puis de là gagnent l’Égypte ou Chypre. Le résultat le plus net de la victoire c’est, paradoxalement, la soumission totale du monde grec qui ne songe plus à apporter son soutien aux Perses, comme venait de le tenter le roi de Sparte, Agis III en rencontrant des satrapes perses et en tentant de soulever la Crète. Démosthène, à Athènes, avait prédit (et espéré ?) la défaite du roi de Macédoine. La victoire d’Issos fait cesser, provisoirement en tout cas, les velléités d’indépendance des cités grecques.

Pourtant paradoxalement la situation d'Alexandre reste périlleuse. Un des meilleurs officiers perses, Nabarzanès s'est retiré avec d'importantes forces de cavalerie en Cappadoce et Paphlagonie et recrute d'importantes forces (fin -333/début -332). Il y a donc un risque réel sur les arrières d'Alexandre et ses lignes d'approvisionnement en Asie mineure. De plus il apparait clairement que Darius lève une nouvelle armée. Enfin la flotte perse représente un grand danger en mer Égée. La maîtrise de la côte phénicienne, pouvant lui servir de base arrière, est donc indispensable. C’est pourquoi, délaissant la poursuite de Darius III, Alexandre prend la route du sud vers Arados (au nord de la Phénicie) tandis que Parménion est envoyé sur Damas où il s’empare des bagages de Darius. Dans le même temps Alexandre nomme un de ses officiers les plus énergiques, Antigone, au commandement de toutes les forces macédoniennes présentes en Asie mineure. Celui-ci réussit, avec l'aide de Néarque, à briser la contre-offensive perse en Asie mineure au printemps de -332.

La période de l’empire achéménide pour les Phéniciens avait été une période prospère car, en leur laissant une véritable autonomie, les rois perses avaient permis aux cités phéniciennes de reprendre en partie la maîtrise de nombreuses routes commerciales face à leurs adversaires traditionnels : les Grecs. Les Phéniciens constituaient une grande part des marins de la flotte perse à la bataille de Salamine par exemple. Mais divisées entre elles, ces cités n’adoptent pas une attitude commune face à l’arrivée des Macédoniens. Le roi d’Arastos, Gérostrate, estime qu’il n’a pas les moyens de résister et surtout que sa cité, plus riche de son commerce terrestre (avec la Perse et la Médie surtout) que de son commerce maritime, n’a aucun intérêt à un siège destructeur. La ville se rend ainsi que les cités de Marathos, Sigôn et Byblos. Quant à Sidon, elle se soumet d’autant plus facilement que ses habitants n’ont pas oublié les représailles d’Artaxerxès II lorsque la ville avait participé à la révolte des satrapes sous le règne de ce prince.


Le siège de Tyr (janvier / août -332)
À la fin de l’année -333, alors qu’Alexandre est à Sidon, des négociations s’engagent avec le roi de Tyr, Azemilcos, lequel souhaite rester neutre dans le conflit. Refus d’Alexandre qui par contre désire offrir un sacrifice dans le temple de Melqart à Tyr. Refus des Tyriens qui décèlent le piège. Faire entrer Alexandre en vainqueur dans le temple c’est lui donner pouvoir sur la cité. Quant à Alexandre, il ne lui sert à rien de tenir la côte phénicienne si la ville de Tyr, avec ses deux ports, reste en dehors de son contrôle. C’est pourquoi commence en janvier -332 le long siège de Tyr (jusqu’en août -332). La ville neuve est sur une île (voir Ancharadus) qu’Alexandre compte atteindre en construisant une digue, avec les débris de la vieille ville (la ville continentale), d’environ 60m de long. Mais les difficultés s’accroissent quand la digue atteint des eaux plus profondes, d’autant que les Tyriens effectuent des raids meurtriers avec leurs navires.

Alexandre cependant a un atout. En tenant les autres cités phéniciennes, il disperse la flotte perse (début -332) dont les équipages phéniciens rentrent progressivement dans leurs ports d’attache. Les rois de Sidon, d’Aratos, de Chypre offrent ces navires à Alexandre qui ainsi peut constituer une flotte suffisante pour le siège de la ville (sans doute une centaine de navires). Après un raid d’une dizaine de jours pour soumettre les populations des montagnes du Liban actuel, il constate que sa nouvelle flotte est prête et apprend l’arrivée de Cléandre avec un corps de 4000mercenaires, pour la plupart issus du Péloponnèse.

Attaquée par terre, isolée par mer, la vieille cité résiste jusqu’en août -332. La flotte de Tyr est détruite par les navires d’Alexandre lors d’une contre-attaque désespérée. Les habitants se défendent au moyen d’engins balistiques, de plongeurs et de navires brûlots. Une fois les tours de siège et les béliers approchées des murs, Alexandre mène lui-même l’assaut (selon l’historien Diodore de Sicile). La prise de la ville donne lieu à des actes d’une grande violence tant les habitants se défendent avec acharnement. Les Tyriens utilisent des tridents, ressemblant à des sortes d’hameçons, pour arracher les boucliers des Macédoniens, et déversent du sable brûlant sur les attaquants. Ces derniers n’ont pas oublié les scènes de prisonniers de l’armée d’Alexandre précipités du haut des murailles. Sans doute 7000 à 8000 habitants de la ville sont tués (selon Diodore de Sicile), et 20000 au moins sont vendus comme esclaves (une partie de la population dont beaucoup de femmes et d’enfants s’est enfuie vers Carthage). Seul le temple est épargné dans la ville.

La digue érigée par Alexandre existe encore en partie de nos jours ; elle servit notamment aux croisés lorsqu’ils assiégèrent Tyr. Ce succès permet à Alexandre de terminer sa mainmise sur l’ensemble de la Phénicie.


Quels objectifs ?

Parcours de l’armée d’Alexandre le Grand au cours des années -332 et -331, de la bataille d’Issos à celle de Gaugamèles et jusqu’à la prise de Babylone.
Alexandre après la prise de Tyr prend le chemin de l’Égypte non sans avoir repoussé à deux reprises, malgré l’avis favorable de Parménion, des propositions de paix plus qu’avantageuses de Darius III. Darius propose qu'Alexandre épouse sa fille Stateira et lui donne en dot toute la région entre l'Europe et le fleuve Halys en Asie mineure. Ce que semble désirer Alexandre ce n’est pas un empire gréco-macédonien débordant largement sur l’Asie, idée déjà défendue par Isocrate le rhéteur athénien, mais l’Asie tout entière, du moins la connaissance qu’en possèdent les Grecs. Le refus d'Alexandre s'explique aussi par le caractère fictif des concessions territoriales de Darius. Celles-ci ne constituent que la dot de Stateira ce qui signifie qu'en aucun cas Darius ne renonce à sa souveraineté sur les régions considérées. C'est ce piège que veut éviter Alexandre qui exige d'être regardé comme le souverain (kurios) plein et entier des territoires déjà conquis.

Il semble donc que l'objectif premier d'Alexandre soit de remplacer la souveraineté achéménide par la souveraineté macédonienne et qu'il considère que toutes ses conquêtes le sont à titre définitif. La nomination de satrapes, dès la victoire du Granique, va dans ce sens. Après la prise de Tyr il affirme avec force qu'il ne va pas se contenter de la conquête de la Lydie et la Cilicie, ce qui était grosso-modo l'objectif d'Isocrate. Les historiens de l'Antiquité sont tous convaincus que son objectif est bien la conquête de l'ensemble du territoire achéménide. Certes il faut se montrer prudent avec les diverses sources.

S'agit-il chez Arrien et Quinte-Curce du rapport fidèle des ambitions territoriales d'Alexandre ou d'un discours historiographique construit après coup afin de donner l'impression chez le conquérant d'une vision à long terme et non d'une conquête improvisée au gré des victoires et des évènements. La réponse à cette question est problématique mais il semble difficile de croire qu'à la suite d'un éventuel accord entre Darius et Alexandre ce dernier ait accepté de faire de l'Euphrate sa frontière orientale. Le fait que tout au long de la période Alexandre revendique, systématiquement, les territoires qui à un moment ou à un autre étaient achéménides illustre bien qu'il y a chez lui une volonté et un projet politique fort et cohérent.



Le pharaon (automne -332 / printemps -331)

Alexandre en pharaon priant le dieu Amon - Temple de Louxor
Sur la route de l’Égypte il rencontre une forte résistance à Gaza, sous la conduite de l’eunuque Batis, et prend la ville (fin -332) dont la garnison est massacrée et la population vendue en esclavage. Alexandre est blessé à deux reprises lors de ce siège. En sept jours depuis Gaza il atteint alors Péluse en Égypte. Quand Alexandre entre en Égypte en décembre -332, il semble être accueilli en libérateur. Il est fort possible que ce soit les Égyptiens eux-mêmes qui aient demandé son aide, pour les affranchir de la domination perse qui s’exerce difficilement car les Égyptiens se sont révoltés de nombreuses fois sur le pays depuis deux siècles. Toujours est-il qu’il ne rencontre que peu de résistance et qu’il étend rapidement son royaume jusqu’à la première cataracte du Nil.

Alexandre se fait proclamer pharaon à Memphis en -331. Il sacrifie au taureau Apis — gage de respect des traditions égyptiennes — et honore les autres dieux. Il se dirige ensuite vers la côte méditerranéenne où il choisit l’emplacement de la future Alexandrie qui n’est achevée que sous Ptolémée Ier ou Ptolémée II. La légende veut qu’Alexandre ait choisi lui-même les plans de la nouvelle cité. Il se rend ensuite dans l’oasis de Siwa où il rencontre l’oracle d’Ammon-Zeus qui le confirme comme descendant direct du dieu Amon. Cette salutation, conforme à l’étiquette égyptienne, est très largement exploitée par la propagande du Conquérant. Cette anecdote est rapportée ainsi par Plutarque : De retour à Memphis, il se fait officiellement couronner dans le temple de Ptah et réorganise le pays avant de repartir à la conquête du Moyen-Orient.

C’est durant son séjour égyptien qu’il apprend la déroute définitive de ce qui reste de la flotte perse et la capture de ses derniers adversaires en mer Égée dont le satrape Pharnabaze. Fait prisonnier, celui-ci parvient à s’échapper mais l’un des amiraux d’Alexandre, Hégélochos, apporte à son maître de nombreux prisonniers qui sont exilés dans la ville égyptienne d’Éléphantine. Cela laisse toute latitude à Antipater, le régent de Macédoine pour s’occuper du toujours remuant roi de Sparte, Agis III. La situation en Europe inquiète Alexandre tout au long de l'année -331 même après l'écrasement de la Perse à Gaugamèles. Il multiplie d'ailleurs les faveurs aux cités grecques pour les inciter à rester loyales. Il n'est pas impossible que l'incendie de Persépolis, capitale religieuse des Achéménides, ait pour objectif de prouver à la Grèce que l'objectif de la Ligue de Corinthe est atteint et, ainsi, d'éviter des troubles en Europe.

Alexandre quitte ensuite l’Égypte au printemps -331 pour n’y jamais revenir vivant.


Vers la bataille décisive avec Darius III (printemps / été -331 – octobre -331)

La bataille de Gaugamèles, par Jan Brueghel l'Ancien
Lors d’un nouveau passage à Tyr, il reçoit une délégation d’Athènes qui obtient du roi la libération des mercenaires athéniens qui avaient combattu à la bataille du Granique dans les rangs de l’armée perse. Puis à la fin du printemps/début de l’été -331 l’armée macédonienne se met en marche vers l’Euphrate qui est traversé fin juillet à Thapsaque sur un pont de bateaux. Le satrape Mazaios s’est replié à l’arrivée de son adversaire. Les prodromoi d’Alexandre repèrent l’armée de Darius plus au nord, aussi le roi de Macédoine au lieu de marcher sur Babylone selon son plan initial remonte vers le nord, vers Nisibe, et franchit le Tigre vers le 20/septembre/-331 (aux environs de Djésireh, dans l’Irak actuel) contournant son adversaire par le nord. Alexandre reprend alors la direction du sud avec le Tigre sur sa droite. Au bout de quatre jours de marche il apprend que l’armée perse, bien supérieure en nombre, l’attend à Gaugamèles, non loin d’Arbèles / Adiabène (actuelle ville d’Erbil dans le Kurdistan irakien).


À la poursuite de Darius III
L’entrée dans Babylone et Suse (novembre / décembre -331)

Entrée d'Alexandre le Grand dans Babylone, par Charles Le Brun
Le succès du combat lui ouvre la route de Babylone, qui se rend suite à des négociations. Nous connaissons mieux de nos jours les trois semaines entre la bataille et son entrée dans la ville (fin octobre -331) grâce à une tablette babylonienne qui, bien que détériorée, fait une nette allusion à la bataille de Gaugamèles et à sa chronologie précise. L’auteur anonyme y parle de la fuite de Darius « vers le pays de Guti » ce qui désigne la Médie. La suite de ce texte indique que les autorités de Babylone négocient avec le vainqueur et que celui-ci habilement garantit le maintien des traditions religieuses et la préservation des sanctuaires. Il donne l’ordre de rebâtir le sanctuaire de Bel Mardouk qui tombait en ruine. Le vainqueur de Darius maintient d’ailleurs la plupart des dignitaires à leur poste (souvent sous le contrôle d’un officier macédonien). C’est le cas de Maziaos, un noble perse, qui sur ordre de Darius s’est replié sur Babylone dont il devient alors le satrape, poste auquel il est confirmé par Alexandre. Celui-ci s’évite ainsi un siège long qui pouvait permettre à son ennemi de se ressaisir et inaugure sa politique de ralliement à sa personne de l’aristocratie achéménide.

Il entre en vainqueur dans la capitale de l’Empire perse et y demeure près d’un mois. Tandis que Darius, en fuite, tente de réunir une nouvelle armée royale dans les hautes satrapies, Alexandre prend la direction de Suse, laquelle se rend à son tour. Il avait cependant dépêché Polyxénos à Suse afin de s’assurer du trésor important (sans doute près de 50000talents d’argent) qui s’y trouvait. Une partie importante de cet argent (sans doute 30000talents) est envoyé à Antipater afin qu’il l’utilise dans sa lutte contre Sparte.


Les difficultés d’Antipater (-331)
L’année -331 est une année difficile pour Antipater, outre ses relations exécrables avec Olympias, à qui Alexandre a confié le gouvernement de la Macédoine et de la Grèce en son absence. Apparemment la dispersion de la flotte perse, suite à la prise de Tyr, n’attise plus les velléités de révolte des Grecs sauf à Sparte où le roi Agis III s’assure le concours des pirates crétois puis de l’ensemble des peuples du Péloponnèse (Éléens, Arcadiens et la quasi-totalité de l’Achaïe à l’exception de Pellènè). Mégalopolis et Messène sont les seules cités importantes à refuser d’entrer dans la coalition anti-macédonienne. Dans un premier temps Agis est vainqueur d’un corps expéditionnaire macédonien dirigé par Korragos et assiège Mégalopolis. Le reste de la Grèce cependant ne bouge pas et même Démosthène à Athènes conseille de n’en rien faire. Il est vrai que les gestes habiles d’Alexandre, comme de renvoyer de Suse vers Athènes la statue d’Aristogiton et d’Harmodios ou la libération des prisonniers athéniens de la bataille du Granique, lui concilient provisoirement une partie des habitants de la cité attique.

En Thrace, Memnon, un stratège macédonien envoyé pour contenir une révolte, prend le parti des populations insurgées. Enfin, la reine Olympias provoque des difficultés quand, à la mort de son frère Alexandre, le roi d’Épire, tué dans une expédition en Italie, elle avance des prétentions au trône de ce pays. Elle en assure finalement la régence pour l’un de ses petits-enfants, fils du roi précédent et de sa fille Cléopâtre la sœur d'Alexandre. Antipater réagit, suivant les ordres d'Alexandre, en traitant avec Memnon pour le neutraliser et en en dirigeant la quasi-totalité de ses forces, sans doute 35000 à 40000 hommes vers le Péloponnèse. Agis ne dispose quant à lui que de 20000 hommes environ et 2000cavaliers. Il est battu et tué sous les murs de Mégalopolis à l’automne -331. Sparte est contrainte à dissoudre la Ligue du Péloponnèse et à entrer dans la Ligue de Corinthe. La nouvelle de la victoire de Gaugamèles en Asie après la victoire d'Antipater sur Sparte assurent avec plus de force la souveraineté macédonienne en Grèce.


La campagne en Perse et l’incendie de Persépolis (janvier / mai -330)

Alexandre Rondanini, copie romaine d’un groupe d’Euphranor représentant Alexandre et son père, Glyptothèque de Munich
La campagne se poursuit en direction de la Perse proprement dite. Alexandre emprunte la route, que suivait la cour du Grand Roi lors de ses pérégrinations entre les diverses capitales de l’empire, qui passe à travers le pays des Ouxiens (sud-ouest de l’Iran actuel). Il soumet, par une campagne foudroyante dont il a l’habitude, les montagnards de ces régions qui s’engagent à payer un tribut en chevaux et bêtes de somme dont a besoin l’armée. Après avoir été un temps arrêté par la résistance du satrape aux Portes persiques, il franchit l’Araxe sur un pont qu’il fait construire et parvient dans la ville la plus symbolique du pouvoir perse, Persépolis.

La ville est livrée au pillage, puis quelque temps après, les palais de la terrasse sont livrés aux flammes (mai -330). Cet incendie est parfois interprété comme volontaire, bien qu’il aille à l’encontre de la politique d’intégration aux coutumes locales du conquérant. Alexandre aurait ainsi effectué un geste symbolique mûrement réfléchi, à la fois en direction des Perses et des Grecs de la Ligue. Une autre interprétation affirme qu’Alexandre aurait provoqué l’incendie dans un état d’ivresse, poussé en cela par une jeune courtisane athénienne, Thaïs. Il est possible qu’Alexandre ait voulu par là venger les destructions perses à Athènes, en -480, ou plus simplement qu’il ait souhaité affirmer son pouvoir face à une population peu encline à se rallier à lui. Quoi qu’il en soit, Alexandre regrettera par la suite cet acte très mal perçu par les Perses mais accompli avec joie par les troupes macédoniennes qui pensent, bien à tort, qu'Alexandre trahit son regret du pays natal et manifeste par cet incendie sa volonté de ne pas se fixer en Asie.
Les ruines des palais des Achéménides, Persépolis.

La mort de Darius III (été -330)
Darius III pendant ce temps s'est réfugié en Médie puis, devant l'avance d'Alexandre, décide de prendre le chemin de l'Hyrcanie (sud-est de la mer Caspienne). Il est rejoint à Ecbatane par Ariobarzane, Bessos avec des cavaliers originaires de Bactriane et un corps d'environ 2000mercenaires Grecs. Darius envoie son harem, ce qui reste de son trésor aux portes caspiennes (à l’est de Téhéran) qui permettent l'entrée en Hyrcanie et qui se révèlent faciles à défendre. Alexandre pénètre en Paratécène (l'actuelle région d'Ispahan), soumet la population et fonce sur Ecbatane pour y apprendre que Darius vient de s’enfuir trois jours plus tôt avec environ 9000 hommes dont 3000 cavaliers.

À Ecbatane le roi de Macédoine licencie ses cavaliers thessaliens, lance Parménion vers l'Hyrcanie et Cleithos vers la Parthie (à l’est de l'Hyrcanie). Lui-même se lance avec des troupes rapides à la poursuite du monarque en fuite. En onze jours il parcourt la route qui va d’Ecbatane à Rhagæ (légèrement au sud de Téhéran) où il est obligé de laisser souffler ses hommes et chevaux cinq jours. Il apprend par des transfuges que Darius est prisonnier des satrapes Bessos et Barsaentès et qu'il se dirige vers Hécatompyles (près de l'actuelle ville de Shahroud). En apprenant cette nouvelle, Alexandre confie ses troupes à Cratère et avec ses éléments les plus rapides marche pendant une journée et demie sans pratiquer de véritable pause. Un jour plus tard, après une marche nocturne, il atteint le camp de Darius que celui-ci vient d'abandonner. Le soir même Alexandre impose à ses hommes une nouvelle marche de nuit pour aboutir à un campement de nouveau abandonné. Finalement Alexandre avec quelques cavaliers et fantassins montés rejoint le convoi de Darius. Celui-ci est mort, assassiné par Bessos, Barsaentès et Satibarzane qui viennent de s’enfuir avec quelques centaines de cavaliers (été -330). L'un des satrapes comploteurs, Bessos, tente de prendre les rênes du pouvoir perse, sous le nom d' Artaxerxès IV, mais il est trop tard, Alexandre tient fermement l’empire perse.


Toujours plus à l’est
Darius III mort, Alexandre lui rend les honneurs royaux et se présente en justicier contre ses assassins. Il est probable que la mort de Darius, à laquelle il est étranger, est pour Alexandre une bonne nouvelle car quel sort eût-il pu réserver au Grand Roi s’il avait été pris vivant ? Au contraire il lui est possible maintenant de se montrer généreux avec sa famille et de faire ensevelir Darius dans les tombes royales de Persépolis. Les satrapes restés fidèles à Darius sont récompensés tel Artabaze qui reçoit la satrapie de Bactriane. La mort de Darius amène la noblesse perse à se rallier massivement à Alexandre. Cette collaboration des élites vaincues lui est nécessaire car les premières manifestations de lassitude de certains contingents obligent le roi à licencier une partie de ses troupes. En Médie les cavaliers thessaliens et les alliés (7000 hommes au départ de l’expédition) sont renvoyés dans leurs foyers. Or les besoins en hommes augmentent au fur et à mesure que l’armée pénètre en Asie. Ainsi, rien que pour garder les trésors royaux, Alexandre laisse 6000 hommes à Ecbatane.


La révolte de l’Arie (automne -330)
Avant de poursuivre Bessos et ses complices, Alexandre soumet l’Hyrcanie et les populations montagnardes de la région (actuelles montagnes du Khurasan à la frontière entre l’Iran et le Turkménistan), les Tapouriens et les Mardes. Il incorpore à son armée la majorité des mercenaires Grecs qui étaient au service de la Perse (recrutés avant -334 ce qui lui permet de compenser le licenciement d’une partie de ses troupes abordé précédemment) et rassemble ses soldats à Zadracarta. Une partie des soldats est renvoyée, sous le commandement de Parménion en qui il est plausible qu’Alexandre n’ait plus qu’une confiance limitée, à Ecbatane tandis qu’il se prépare à poursuivre les satrapes en fuite. Il apprend à Zadracarta que ceux-ci se sont séparés et que Bessos, qui se proclame roi sous le nom d’Artaxerxès IV, s’est réfugié en Bactriane tandis que Satibarzane est retourné en Arie (actuelle région d’Hérat à l’ouest de l’Afghanistan) et Barsaentès en Drangiane (sud de l’Afghanistan).

Alexandre s’empare assez rapidement de l’Arie, en remontant la vallée de l’Atrek, et maintient Satibarzane à son poste en lui adjoignant un stratège macédonien Anaxippos. Mais, alors qu’il se prépare à remonter vers la Bactriane, Satibarzane se révolte (automne -330), assassine Anaxippos et massacre les troupes macédoniennes laissées en Arie avant de s’enfuir. Alexandre afin de maintenir l’ordre dans cette province y fonde une ville, Alexandrie d’Arie (actuelle Hérat), puis se dirige vers la Drangiane où le rebelle Barsaentès lui est livré et mis à mort. En octobre ou novembre -330 Satibarzane se révolte de nouveau en Arie. Il est tué dans un affrontement avec le corps expéditionnaire lancé contre lui par Alexandre et dirigé par Artabaze, Érygyos et Caranos.


Les meurtres de Philotas et Parménion (automne -330)
C’est à l’automne de l’année -330 que se déroule un épisode dramatique entraînant la mort de proches d’Alexandre sur ordre du roi. Alors que l’armée séjourne dans la capitale de la Drangiane, Phrada-Prophtasia (au sud de Hérat), Philotas le fils de Parménion et commandant de la cavalerie est emprisonné et jugé pour complot, ou plus exactement pour avoir eu vent d’un complot contre le roi et de n’avoir rien fait pour le dénoncer. Il est probable que les critiques de Philotas sur le cérémonial perse de plus en plus adopté par le roi aient indisposé ce dernier. Philotas est jugé par l’assemblée des Macédoniens, fortement accusé par Cratère (qui y voit sans doute un moyen d’éliminer un rival qui pourrait faire de l’ombre à son étoile montante) et lapidé selon la coutume. Quant à Parménion, qui se trouve à la tête de nombreuses troupes en Médie, Alexandre ignore s’il se trouve impliqué dans la conjuration. Dans le doute il envoie des officiers le mettre à mort, ce qui est fait. Il s’en faut de peu que les troupes de Médie se soulèvent à cause de ce meurtre.

Cet épisode est révélateur des réticences de plus en plus fortes d’une partie des Macédoniens et de l’entourage du roi (à l’exception notable d’Héphaestion) sur cette épopée qui les voit s’enfoncer de plus en plus en Asie, loin de leurs bases, de leur pays à la poursuite d’un but et d’un rêve qui leur échappe. Les maladresses de Philotas, expliquant volontiers qu’Alexandre n’aurait pas remporté ses victoires sans l’aide de son père et la sienne, et qui se moquait des prétentions du roi à être considéré comme le fils d’Ammon-Zeus, expliquent aussi sans doute qu’Alexandre ne tente rien pour sauver sa vie. Cet épisode démontre enfin qu’Alexandre est prêt à tout pour l’accomplissement de ses desseins, même le meurtre de ses plus proches conseillers ou amis. La mort de Cleithos au printemps -328 le prouve tragiquement. Enfin il ne faut pas perdre de vue que la royauté macédonienne connaît des rapports conflictuels fréquents entre aristocratie et monarchie et que le meurtre de Philotas, hipparque et commandant des Compagnons, est un moyen pour le roi de se débarrasser d’un officier trop puissant.


La difficile pacification de l’Asie centrale (fin -330 / printemps -327)
De Drangiane, l’armée passe vers la fin de -330 en Arachosie (sud-ouest de l’Afghanistan), mais est retardée dans sa poursuite de Bessos par la révolte de Satibarzane en Arie. Le roi fonde une nouvelle ville, Alexandrie qui correspond à l’actuelle Kandahar, laisse un stratège nommé Memnon comme satrape en Arachosie et remonte vers la Bactriane à la poursuite de Bessos. La traversée des monts Paraponisades (Hindu-Kush), que les Macédoniens et les Grecs confondent apparemment avec le Caucase, s’effectue au printemps -329. En Bactriane, Bessos est en fuite, ravageant les vallées entre les Paraponisades et l’Oxus (actuel Amou-Daria) afin de limiter les possibilités de ravitaillement de ses poursuivants. Il s’empare d’Aornos qui devient à son tour une Alexandrie puis de la cité de Zariapsa ou Bactres (actuellement Balkh). L’armée passe ensuite l’Oxus sur un pont flottant fait de tentes de peaux remplies de diverses matières séchées et passe en Sogdiane. Les nobles Spitaménès et Oxyartès décident alors de livrer Bessos et le font savoir à Alexandre. Ptolémée est chargé de cette capture délicate qui intervient au début de -329. Bessos est emmené à Bactres où, à la façon des Perses, on lui coupe le nez et les oreilles puis il est envoyé à Ecbatane et exécuté (-329).

Pendant près de deux ans Alexandre lutte en Sogdiane et en Bactriane contre des satrapes révoltés, contre les peuples des Sakas et des Massagètes contre lesquels Cratère va s’illustrer. Spitaménès, le satrape ayant livré Bessos, se révolte et massacre plusieurs garnisons macédoniennes. Il inflige même un cuisant échec militaire à des officiers d’Alexandre sur le fleuve Polytimetos (Zeravchan dans l’actuel Ouzbékistan). La réaction d'Alexandre après cette défaite est extrêmement significative du profond désarroi de l'armée puisqu'il interdit, sous peine de mort, aux rescapés de ce désastre de divulguer la réalité. Après avoir hiverné (-329/-328) à Bactres, Alexandre repart pour la Sogdiane qui s’agite quand Spitaménès reparait en Bactriane et surprend dans une embuscade la garnison de Zariapsa.

C’est en ce début d’année -328 que se déroule un épisode qu’Alexandre va profondément regretter, le meurtre de Cleithos. Ce dernier, parfois présenté comme le frère de lait du roi, est un de ses plus fidèles compagnons et lui sauve même la vie lors de la bataille du Granique. Lors d’un banquet se terminant souvent en ivrognerie généralisée, scène dont Alexandre semble familier, les auteurs antiques sont unanimes sur ce point, Cleithos porte les exploits de Philippe II au-dessus de ceux de son fils. Celui-ci ne le supporte pas et dans un accès de rage tue son ami de sa main. Dégrisé, Alexandre pleure longuement Cleithos et lui fait faire de grandioses funérailles. Cependant ce séjour dans les provinces orientales de l’ancien Empire achéménide pèse fortement sur l’entourage du roi.

Quand Alexandre tente d’imposer l’étiquette perse aux Macédoniens, en particulier le fait de se prosterner devant lui (proskynèse), une protestation portée par Callisthène, le neveu d’Aristote et historiographe du roi, semble approuvée par de nombreux compagnons du roi. Alexandre d’ailleurs cède et ne maintient cette étiquette que pour ses sujets asiatiques mais la part qu’il donne à ces derniers dans l’armée et l’administration suscite des mécontentements dans son entourage proche. Le complot des pages, né du désir de vengeance personnelle d’un de ces jeunes gens entourant et servant le roi qui s’estimait injustement puni, révèle cependant que parmi ses compagnons de jeunesse, nourris comme lui aux sources de la philosophie grecque, certains jugent insupportables ses nouvelles exigences et commencent à le considérer comme un tyran. Callisthène qui avait raillé les prétentions d’Alexandre à la divinité est exécuté lors de la répression qui fait suite à ce complot.

L’insaisissable Spitaménès succombe finalement à la trahison des Massagètes qui au cours de l’hiver -328/-327, alors qu’Alexandre est à Nautaca (sud-est de l’actuelle Boukhara), envoient sa tête au roi de Macédoine. Le printemps -327 est occupé à détruire les derniers îlots de résistance, rôle dont s’acquitte Cratère, et à réorganiser l’empire dans cette région. À la place d’Artabaze, satrape de Bactriane rallié depuis longtemps à Alexandre mais qui est très âgé demande à être relevé de son commandement, Alexandre nomme un macédonien. Enfin, il épouse en -327 la fille d’Oxyartès, Roxane. Le roi fonde aussi Alexandria Eskhate (actuelle Khodjent), sur le fleuve Iaxartès (Syr-Daria), qui marque le point le plus au nord de son périple.



L’Inde et la fin du périple

Peinture de Charles Le Brun montrant Alexandre et Pûru lors de la bataille de l'Hydaspe.
L’Inde pour les Macédoniens et les Grecs est une contrée mystérieuse connue par les textes d’Hécatée de Milet et d’Hérodote ainsi que ceux de Ctésias, médecin à la cour d’Artaxerxès II. Ces auteurs ont sans doute utilisé la relation du voyage qu’y fit Scylax de Caryanda sur ordre de Darius Ier. La vallée de l’Indus est théoriquement sous le contrôle de l’empire achéménide depuis cette époque mais en réalité la frontière du pouvoir perse se limite aux Paraponisades. Quant à la vallée du Gange et au plateau du Deccan ils sont inconnus. Cependant des relations existent puisque l’on trouve dans les armées perses quelques éléphants et des contingents indiens.

Alexandre avait-il l’intention d’intervenir en Inde ? Il ne fait guère de doute que le but premier du roi est de restaurer à son profit les limites de l'empire de Darius Ier et d'en tirer les profits commerciaux inhérents. Ce qui semble probable est qu’il ait été aisément convaincu, alors qu’il guerroie encore en Sogdiane, par Taxile, l’un des roitelets de la vallée septentrionale de l’Indus, d’intervenir contre son ennemi Pôros qui règne sur le royaume de Paurava à l’est de l’Hydaspe et qui menace le Panjâb. Alexandre est conseillé aussi par un prince indien, Sisicottos, qui après avoir suivi la fortune de Bessos s’est rallié au conquérant. Le projet d'Alexandre est probablement plus ancien cependant puisqu'au printemps -329 il fonde une Alexandrie-du-Caucase (au nord de l'actuelle Kaboul) ce qui illustre clairement sa volonté de disposer d'une base arrière pour son expédition. Enfin le rappel d'un marin comme Néarque en -329/-328 semble prouver qu'à ce moment Alexandre envisage déjà une expédition maritime entre l'Inde et le golfe Persique.

Souhaite-t-il continuer au-delà de l'Indus ? A-t-il une ambition mondiale ? De nombreux historiens estiment que son expédition vers le Gange, interrompue par la sédition de ses soldats sur l'Hyphase, avait pour but de s'emparer des bases commerciales indiennes (de la même façon qu'en -323, peu avant sa mort, il préparait probablement une expédition vers les ports arabes du golfe Persique) mais que l'objectif premier était bien le retour par la vallée de l'Indus, puis l'Océan et le golfe Persique. Tout conduit par conséquent à admettre que, dans la droite ligne de son refus des propositions de paix faites par Darius III en -332 et -331, Alexandre avait déjà une idée relativement précise de ses objectifs globaux (devenir le maître de l'ensemble des territoires qui avaient été un jour achéménides et contrôler l'ensemble des grandes routes commerciales), même si leur application dans le détail restait beaucoup plus imprécise.


La conquête du nord-ouest de l’Inde (été -327 / été -326)

Parcours de l’armée d’Alexandre le Grand en Bactriane, en Sogdiane, puis le long de la vallée de l’Indus jusqu’à l’océan Indien.
Au printemps -327, Alexandre part de Bactres à la tête d’une armée considérable, sans doute 120000 personnes dont au moins 60000 soldats, le reste étant constitué d’esclaves, de serviteurs mais aussi de femmes et d’enfants. Les Grecs et Macédoniens ne représentent guère que la moitié des effectifs combattants. Le roi de Macédoi


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Otiste2000 Il y a 7 minutes Répondre
Moyen Âge
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L'éclat de l'art médiéval est révélé grâce à la théologie de la Lumière dans les vitraux de la cathédrale de Chartres : ici, un vitrail qui illustre la parabole du bon SamaritainLe Moyen Âge est une époque de l'Histoire européenne située entre l’Antiquité et l'époque moderne. Elle s’étend donc sur une durée de près de mille ans, des Ve-VIe siècles au XV

Otiste2000 10/10/2013 14:42

Turquoises au large

"La vie est un livre et ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une seule page"

Saint Augustin Turquoises au large

"La vie est un livre et ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une seule page"

Saint Augustin


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Alexandre III le Grand

Pella, Macédoine, 356 - Babylone, 323 av. J.-C.
Source Encyclopédie Wikipédia







L'expédition d'Alexandre le Grand
Carte Alain Houot




Sommaire

Biographie
Naissance et filiation
Enfance et éducation
Le roi de Macédoine
Un prince associé au pouvoir (-339 / -336)
L’élimination de tout rival potentiel (été -336)
La consolidation du pouvoir (fin -336 / printemps -334)
Le Conquérant
L’armée d’Alexandre
La bataille du Granique (mai -334)
La prise de Milet (mai / juillet -334)
Le siège d’Halicarnasse (été / automne -334)
Alexandre s’empare de la Pamphylie et de la Pisidie (hiver -334 / printemps -333)
La contre-offensive de Memnon de Rhodes (hiver -334 / -333)
D’Issos à Arbèles
La conquête de la Phénicie (hiver -333)
Le siège de Tyr (janvier / août -332)
Quels objectifs ?
Le pharaon (automne -332 / printemps -331)
Vers la bataille décisive avec Darius III (printemps / été -331 – octobre -331)
À la poursuite de Darius III
L’entrée dans Babylone et Suse (novembre / décembre -331)
Les difficultés d’Antipater (-331)
La campagne en Perse et l’incendie de Persépolis (janvier / mai -330)
La mort de Darius III (été -330)
Toujours plus à l’est
La révolte de l’Arie (automne -330)
Les meurtres de Philotas et Parménion (automne -330)
La difficile pacification de l’Asie centrale (fin -330 / printemps -327)
L’Inde et la fin du périple
La conquête du nord-ouest de l’Inde (été -327 / été -326)
La conquête de la vallée de l’Indus (automne -326 / printemps -325)
Le difficile retour (juillet -325 / décembre -325)
La dernière année du règne
Les noces de Suse et la mutinerie d’Opis (hiver / printemps -324)
Ultimes desseins (été -324 / printemps -323)
Les derniers jours (juin -323)
Le tombeau d'Alexandre
Bilan
Le personnage d’Alexandre
Peinture
Littérature
Cinéma
Musique
Jeu


Alexandre le Grand (en grec ancien Aléxandros ho Mégas ou Mégas Aléxandros) ou Alexandre III de Macédoine (Aléxandros III ho Makedon, signifiant en grec « protecteur de l’homme »), né le 21 juillet -356 à Pella, mort le 13 juin -323 à Babylone, est un roi grec de Macédoine et l’un des personnages les plus célèbres de l’Antiquité.

Fils de Philippe II, élève d’Aristote et roi de Macédoine depuis -336, il devient l’un des plus grands conquérants de l’histoire. Il fait de son petit royaume le maître de l’immense empire perse achéménide, s’avance jusqu’aux rives de l’Indus et fonde près de soixante-dix cités, dont la majorité porte le nom d’Alexandrie.

La notoriété d’Alexandre s’explique principalement par sa volonté de conquête de l'ensemble du monde connu. Cette aspiration, à la fois illusoire et pourtant presque réalisée, avant qu’il ne meure subitement à l’âge de trente-trois ans, a pour conséquence — durant un temps très court — une unité politique jamais retrouvée ensuite entre l’Occident et l’Orient.

L’héritage d’Alexandre, marqué par une tentative de fusion des cultures grecque et orientale, est partagé entre ses généraux pour former les différents royaumes et dynasties de la période hellénistique.



Biographie
Naissance et filiation

Détail d’une mosaïque qui montre Alexandre combattant un lion avec son ami Cratère.
Alexandre est né à Pella, la capitale du royaume de Macédoine, le 20 (?) ou le 21 juillet -356. Il est le fils de Philippe II de Macédoine et d’Olympias, princesse d’Épire, sa troisième femme. Par sa mère, il est le neveu d’Alexandre le Molosse, roi d’Épire, territoire qui se situe de nos jours entre la région grecque d’Épire et le sud de l’actuelle Albanie. Sa mère donne naissance, en -355 à une fille Cléopâtre.

Une légende, connue dès l'Antiquité, affirme qu’Olympias n’a pas conçu Alexandre avec Philippe, qui avait peur d’elle et de son habitude de dormir en compagnie de serpents, mais avec Zeus. Alexandre se sert de ces contes populaires à des fins politiques, faisant référence au dieu plutôt qu’à Philippe quand il évoque son père. Une autre légende datant du IIIe siècle, d’origine égyptienne celle-là et faussement attribuée à Callisthène, le Roman d’Alexandre, veut qu’Alexandre soit le fils du dernier pharaon égyptien de la XXXe dynastie égyptienne, Nectanébo II.

Par son père Philippe II, Alexandre prétend descendre de Téménos d’Argos, lui-même descendant d’Héraclès, fils de Zeus — pour cette raison, la dynastie macédonienne s’appelle dynastie des Argéades ou des Téménides. Par sa mère, Olympias, de la dynastie des Éacides, Alexandre affirme descendre de Néoptolème, fils d’Achille.

Selon une affirmation du temps, rapportée entre autres par Plutarque, Alexandre naquit la nuit même où Érostrate incendie le temple d'Artémis à Éphèse, une des sept merveilles du monde antique. Alexandre utilise plus tard cette coïncidence pour renforcer son aura politique, et propose de financer la restauration du temple, ce qui est cependant refusé par les Éphésiens.

Plutarque indique également que Philippe et Olympias ont rêvé de la future naissance de leur fils. Après avoir consulté Aristandre de Telmessos qui détermina que Olympias était enceinte et que l’enfant aurait le caractère d’un lion. Quant à son physique, il semblerait qu'il eût les yeux vairons et, à cause d'une blessure de guerre qui lui aurait sectionné un nerf, la tête toujours penchée du côté droit.


Enfance et éducation
Alexandre possède, aux yeux des Grecs, une double appartenance. Il est d'une part un barbare, car c’est un Macédonien qui possède un tempérament passionné et se laisse emporter par des colères d’une terrible violence, héritage attribué à sa mère, mais souvent suivies de prompts repentirs. Il est capable d’élans généreux qui lui allient des fidélités sans failles. Ses convictions religieuses sont entachées de superstitions. Cependant le trait de caractère dominant du personnage est sans aucune contestation sa volonté de fer, qui peut aller jusqu’à l’obstination et l’entêtement.


Alexandre et Aristote.
Parallèlement, Alexandre est profondément influencé par la culture grecque. Il est vrai que, située dans le nord de la Grèce actuelle, la Macédoine est l’une des régions pélagiques antiques. La langue parlée est alors l’un des nombreux dialectes grecs et, dès l’époque du roi Archélaos (fin du Vème siècle), la langue officielle de la cour et de la chancellerie macédonienne devient l’ionien-attique. Philippe, qui a séjourné à Thèbes dans la maison d’Épaminondas comme otage (entre -369 et -367), le parle pour sa part couramment ainsi que son fils. Ce dernier selon Plutarque ne parle macédonien que sous le coup d'une forte émotion.

Après avoir été éduqué par Léonidas, un parent de sa mère Olympias et Lysimaque d'Acarnanie, Alexandre reçoit pour précepteur le philosophe Aristote de -343 à -340. Ce dernier est le fils de Nicomaque, médecin d’Amyntas III, le grand-père d’Alexandre. Il rédige une édition annotée de l'Iliade pour son élève. Alexandre lit également Hérodote et Xénophon, auteurs qu’il sait exploiter plus tard lors de ses conquêtes. Alexandre se révèle un étudiant doué. Il connaît par cœur de nombreuses tragédies, l’Iliade, et possède de nombreuses notions de médecine, d’histoire et de mathématiques.

Plusieurs compagnons d’enfance d’Alexandre, dont Ptolémée, Philotas, Héphaestion, se retrouvent à ses côtés lors de la conquête de l’Asie.

La séduction du personnage tient sans doute à ce mélange contradictoire : barbare et grec, mystique et réaliste, violent et généreux, emporté par son imagination et son rêve et guidé par sa lucidité. Sa volonté inflexible se double d’un réel opportunisme et d’un sens inné de la mise en scène.


Le roi de Macédoine
Un prince associé au pouvoir (-339 / -336)

« Hermès Azara » : pilier hermaïque romain reprenant le portrait d’Alexandre le Grand par Lysippe, musée du Louvre
Bien que considéré comme barbare par les Athéniens, le royaume de Macédoine a, sous le règne de Philippe, étendu son hégémonie sur la Grèce classique. Il vainc Athènes aux Thermopyles en -352, intervient dans un conflit entre Thèbes et les Phocidiens, triomphe d’une coalition d’Athènes et de Thèbes à la bataille de Chéronée, en -338. Alexandre y fait ses preuves en commandant la cavalerie et en taillant en pièces le Bataillon sacré des Thébains.

Philippe est également l’initiateur de la ligue de Corinthe, rassemblant toutes les cités grecques, à l’exception de Sparte, sous son commandement. La ligue doit porter la guerre contre l’Empire perse. En -340, en l’absence de son père parti assiéger Byzance, Alexandre, à seize ans, devint régent de Macédoine.

En -337 cependant, une violente dispute oppose le père et le fils quand Alexandre prend le parti de sa mère Olympias à laquelle Philippe souhaite imposer Cléopâtre, sœur ou nièce d’un général de Philippe, Attale, comme seconde épouse légitime et dont il a bientôt un fils. Alexandre doit se réfugier dans la famille de sa mère en Épire. Cependant la brouille ne dure guère et bientôt pardonné, Alexandre sauve la vie de son père lors d’une confrontation avec les Triballes.


L’élimination de tout rival potentiel (été -336)
Au cours de l’été -336, Philippe est assassiné lors du mariage de sa fille Cléopâtre avec le roi d’Épire, Alexandre le Molosse, le frère d’Olympias. L’assassin est un jeune noble, Pausanias d'Orestis, un ancien officier du roi qui garde une rancune contre Philippe, ce dernier ayant ignoré une requête qu’il lui aurait faite. Les historiens de l’Antiquité ont parfois cru que le meurtre de Philippe avait été une machination impliquant Olympias et peut-être Alexandre mais Diodore de Sicile penche pour un motif personnel du meurtrier. Peu d'historiens contemporains considèrent qu'Alexandre est impliqué dans le meurtre de son père alors que toute la conduite de Philippe montre qu'il entend en faire son successeur.

Une autre hypothèse met en cause Darius III, le nouveau roi de Perse. Plutarque mentionne une lettre virulente d’Alexandre à Darius, où le Macédonien blâme Darius (et Bagoas, son grand vizir dont Darius III se débarrasse rapidement peu après), pour le meurtre de son père, soutenant que c’est Darius qui s’était vanté auprès des différentes cités grecques de la façon dont il avait fait assassiner Philippe.

Après la mort de Philippe, l’armée proclame Alexandre, alors âgé de vingt ans, nouveau roi de Macédoine. Les villes grecques comme Athènes et Thèbes, qui avaient prêté allégeance à Philippe, ne sont pas si pressées de faire de même vis-à-vis du jeune homme. Alexandre ordonne immédiatement l’exécution de tous ses rivaux potentiels. Ainsi, pour ne pas avoir de concurrent au trône, il fait assassiner son cousin Amyntas IV, roi de Macédoine vers -360 / -359 que Philippe II avait renversé alors qu’il n’était qu’un enfant. Quant à Olympias, profitant d’une absence de son fils parti guerroyer au nord, elle fait tuer le fils de Philippe II et de Cléopâtre et contraint cette dernière à se pendre. L’oncle de cette dernière, Attale, qui se trouve en campagne en Asie avec Parménion, est également assassiné. Impossible de savoir si elle agit avec l’assentiment d’Alexandre ou non ; toujours est-il que le nouveau roi de Macédoine n’a plus de rival capable de lui contester le trône.


Le royaume de Macédoine à la mort de Philippe II

La consolidation du pouvoir (fin -336 / printemps -334)
Alexandre n’est pas seulement roi des Macédoniens, mais aussi, comme son père, archonte à vie des Thessaliens et hégémon (??eµ??, « commandant en chef ») et stratège autoproclamé de la Ligue de Corinthe. De fait, la politique de la Ligue est entièrement dictée par les Macédoniens Philippe puis Alexandre. Ce dernier entreprend une rapide tournée diplomatique en Grèce afin que le réseau diplomatique constitué patiemment par son père ne se délite pas. L’allégeance thessalienne est renouvelée et la ligue de Corinthe (donc les Athéniens) prête serment au nouvel hègémôn.


Vue grecque du monde à la naissance d’Alexandre. Hécatée de Milet, Ve siècle av. J.-C.
Cependant, avant de reprendre le projet de son père de porter la guerre en Asie, il assure la sécurité de son royaume par deux expéditions au nord de la Macédoine ; l’une jusqu’au Danube, l’autre en Illyrie révoltée (fin de l’année -336 et début de l’année -335 jusqu’en été). Suivant Strabon et Arrien, des émissaires celtes — les ancêtres des Scordisques du milieu du -IIIème siècle — rencontrent Alexandre sur le Danube, à cette occasion en -335. L’anecdote suivante est rapportée :

Quand Alexandre eut vaincu les Gètes et rasé leur ville, sur le Danube, il lui vint des ambassades de tous côtés et entre autres des Gaulois, qui sont (dit-il) de grands hommes. Alexandre leur demanda alors ce qu’ils craignaient le plus au monde, en s’attendant à ce que ces gens disent qu’ils ne craignaient rien plus que lui : mais il fut détrompé car il avait affaire à des gens qui ne s’estimaient pas moins que lui ; ils lui dirent que la chose de ce monde qu’ils craignaient le plus était que le ciel ne tombât sur eux, ce qui signifiait qu’ils ne craignaient rien.

C'est alors, tandis que le nouveau roi de Macédoine est occupé au nord, que les cités grecques se révoltent. C'est le résultat de la politique de Darius III Codoman qui, à la fois par l'intermédiaire d'un chef mercenaire grec, Memnon de Rhodes, reconquiert les territoires pris par Parménion à la fin du règne de Philippe, et tente en même temps de susciter une révolte en Grèce sur les arrières macédoniens. Une fausse rumeur de la mort d'Alexandre déclenche la rebellion de Thèbes que promettent d'aider Athènes et Sparte.

La riposte d’Alexandre est foudroyante, impitoyable et paradoxale. Impitoyable, car la ville de Thèbes est entièrement rasée (automne -335) à l’exception de la citadelle de la Cadmée, de la maison natale de Pindare et des temples des dieux, sa population réduite en esclavage et les terres partagées entre les vainqueurs. Paradoxale, car Alexandre épargne Athènes, trop heureuse de se soumettre à moindre mal. Sans doute faut-il voir dans cette générosité la volonté de ne pas détruire le principal centre artistique, philosophique de la Grèce, ou bien l’influence de son ancien maître Aristote qui s’installe cette même année -335 à Athènes et y fonde le Lycée. Il semble aussi vraisemblable que les talents de négociateurs de Phocion et surtout de Démade aient convaincu le roi de ne pas détruire la ville. Alexandre réclame que lui soient livrés Démosthène, Lycurgue et Hypéride. Cela dit, les accès de fureur chez Alexandre alternent fréquemment avec des gestes de grande générosité, la destruction de Thèbes et le pardon d’Athènes ne sont que les premiers d’une longue liste.

Finalement, Alexandre est assez peu présent comme souverain dans son royaume. Quand il quitte l’Europe au printemps -334 pour son expédition en Asie, c’est pour ne jamais y revenir.


Le Conquérant
L’armée d’Alexandre
Alexandre ne laisse pas la Macédoine totalement dégarnie. Il donne à Antipater, nommé régent en l’absence du roi, la moitié de la cavalerie macédonienne soit environ 1500hommes et 12000fantassins. Les effectifs au départ de l’expédition d’Asie sont d’environ 1800cavaliers, auxquels s’ajoutent un chiffre équivalent de cavaliers thessaliens et 600 autres recrutés dans les États grecs de la Ligue de Corinthe.


Phalange macédonienne
Les fantassins, sans doute 32000, qui constituent la fameuse phalange, sont recrutés dans la classe paysanne macédonienne. Au total un effectif assez faible, 4400cavaliers environ et à peine plus de 30000fantassins. Mais tout au long de l’expédition des renforts arrivent de Macédoine et de Grèce, sans compter les troupes indigènes qui vont compléter les effectifs de l’armée au fur et à mesure qu’Alexandre avance en Asie. D’autre part la faiblesse des effectifs est compensée par une grande supériorité tactique. Les phalanges sont allégées et leurs sarisses (longues piques dont la base peut être fichée dans le sol et capables de briser les charges de cavalerie) allongées augmentant ainsi leur vitesse de charge, de sorte qu'avec des formations très serrées, les masses et les énergies cinétiques des hoplites se cumulent rendant le choc lors du contact tel qu’il peut renverser plusieurs rangs d’infanterie adverse. La cavalerie lourde compense le manque de maniabilité des phalanges en protégeant ses flancs très vulnérables et en attaquant ceux de l’ennemi pour désorganiser les formations ennemies et les rendre vulnérables à l’impact des phalanges.


La bataille du Granique (mai -334)

Dispositif de la bataille du Granique
Le jeune roi de Macédoine part de sa capitale Pella et, en vingt jours, atteint Sestos en Chersonèse de Thrace. Tandis que Parménion est chargé par le roi de transporter l’armée à Abydos, tête de pont créée par Philippe II sur l’Hellespont, Alexandre se dirige vers Éléonte où il rend sacrifice au premier héros tombé lors de la guerre de Troie, Protésilas. Ce geste est le premier d’une longue liste qui illustre la volonté du roi de frapper les imaginations en se faisant passer pour le nouvel Achille, sans qu’il soit d’ailleurs possible de savoir s’il est sincèrement pénétré de la fierté d’appartenir à la race du héros ou s’il s’agit d’une simple gestuelle théâtrale à destination de ses soldats et des peuples d’Asie Mineure et de Grèce.

C’est ainsi qu’il débarque en Asie près de l’emplacement supposé de Troie, dresse des autels dans le temple d’Athéna à Ilion, puis va mettre une couronne sur le tombeau d’Achille, tandis que Héphaestion fait de même sur celui de Patrocle (Élien explique dans son Histoire variée (XII, 7) qu’il « laissait ainsi entendre qu’il était le mignon d’Alexandre, comme Patrocle avait été celui d’Achille ». Son livre est une collection des anecdotes, écrit plus de cinq siècles après la mort d'Alexandre et il est pourtant le seul historien connu à évoquer une telle relation, qui serait donc probablement fausse. Hephaestion passe chez les autres historiens comme « l'ami le plus cher d'Alexandre »). Ce n’est qu’après, qu’Alexandre rejoint son armée à Arisbé en quatre jours, en contournant par le nord le massif du Pityos.

Le principal chef mercenaire grec de Darius III, Memnon de Rhodes, est partisan de la politique de la terre brûlée face aux Macédoniens, dont il estime, à juste titre, la valeur. Il propose que l’armée entraîne vers l’intérieur du pays, sans combattre, les troupes d’Alexandre tandis que la flotte perse porte la guerre jusqu’en Macédoine. Memnon pouvait légitimement espérer une révolte des cités grecques, s’appuyant sur l’or de Darius et sur le légitime ressentiment contre Alexandre à la suite du saccage de Thèbes. Mais les satrapes perses se méfient des conseils d’un étranger et ne tiennent aucunement compte de son avis. Arsitès, le satrape de Phrygie, déclare qu’il ne laissera pas brûler une seule maison de sa satrapie.


Parcours de l’armée d’Alexandre le Grand dans la partie occidentale de l’Asie Mineure au cours de l’année -334. La prise de Milet (mai/juillet -334) La victoire d’Alexandre a une conséquence importante : jusqu’à la bataille d'Issos, il n’a que de simples garnisons laissées dans les villes pour s’opposer à lui. Dans la foulée du Granique, Sardes, la capitale de Phrygie, se rend sans résistance, tandis que Parménion s’empare de Dascylion. La ville d’Éphèse, en proie à des luttes de factions, où Memnon s’est réfugié après la bataille, voit le parti démocratique favorable à Alexandre l’emporter. Celui-ci s’attire habilement la sympathie des habitants de la ville en confiant au temple d’Artémis le tribut que la ville payait jusqu’alors à Darius et en rappelant les bannis.

Les adversaires d’Alexandre se sont réfugiés à Milet, où Memnon, qui vient de quitter Éphèse, reprend les choses en main après les velléités de trahison de la cause perse par Hégésistrate, le chef des mercenaires grecs au service de Darius. Cependant la ville est rapidement prise en juillet -334 par Alexandre, après qu’il eut interdit à la flotte perse de mouiller sur la côte en prenant le cap Mycale.


Le siège d’Halicarnasse (été/automne -334)
Cependant Memnon s’est réfugié à Halicarnasse dont le roi Pixodaros, le frère du célèbre Mausole, s’est rangé du côté des Perses. Memnon est assisté du satrape Orontabès et du Thébain Ephialte, qui a juré la mort du macédonien depuis la destruction de sa ville d’origine.

Alexandre joue sur les rivalités internes à la cité et fait de Ada, la sœur de Pixodaros, que celui-ci avait renversée, le satrape de Carie. Celle-ci adopte alors Alexandre comme son fils et en fait son héritier. La plupart des satrapies orientales seront organisées selon ce modèle. Les pouvoirs civils sont donnés à un Perse ou un Asiatique et les pouvoirs militaires à un Macédonien.

Reste cependant à s’emparer de la ville qui comporte deux citadelles dont l’une sur une île. Alexandre après la prise de Milet vient de commettre l’erreur de licencier sa flotte. Aussi ne peut-il s’emparer que de la ville basse tandis que les deux acropoles restent aux mains des mercenaires grecs de Darius. Aussi Alexandre poursuit-il sa route en laissant sous le commandement de Ptolémée une troupe de 3000fantassins et 200cavaliers poursuivre le siège.


Alexandre s’empare de la Pamphylie et de la Pisidie (hiver -334 / printemps -333)

Parcours de l’armée d’Alexandre le Grand en Asie mineure au cours de l’année -333.
Alexandre se dirige alors vers la Lycie et s’en empare sans grande résistance. Puis, à la fin de l’année -334 et au début de -333, il pénètre en Pamphylie puis en Pisidie. Ces régions n’appartiennent que très nominalement à l’empire achéménide. Le plus souvent ces villes sont autonomes et rivales entre elles. De ces rivalités, Alexandre va jouer et reçoit la soumission d’Aspendos (à l’est de la ville actuelle d’Antalya), de Sidé (aujourd’hui Side ou Selimiye à environ 60 kilomètres à l’est d’Antalya).

Puis il remonte vers la Phrygie et combat les habitants de la ville de Termessos (34 km au nord-ouest d’Antalya) sans réussir à prendre la ville, traite avec bienveillance leurs ennemis de la cité de Selge, s’empare de Sagalassos et parvient enfin à Gordion (village actuel de Yassihöyük). Il y trouve des renforts venus à la fois de Macédoine et de Grèce ainsi que Parménion qui venait en partie d’hiverner à Sardes. Le gouvernement de la Pamphilie et de la Pisidie est confié à Néarque.



La contre-offensive de Memnon de Rhodes (hiver -334 / -333)
La première partie de la campagne d’Alexandre est terminée. La situation est indécise car certes le roi de Macédoine vient de remporter de glorieux succès mais il doit faire face à plusieurs incertitudes. Pour certains membres de son entourage, dont Parménion est semble-t-il le représentant, l’objectif de Philippe II, théorisé par Isocrate à savoir la conquête de l’Asie jusqu’aux rives de l’Halys, est atteint. Un vaste territoire est conquis par la Macédoine et ouvert à la colonisation et l’influence hellénique. Mais Isocrate, dans les projets qu’il avait présenté à Philippe envisageait une seconde solution : l’anéantissement de l’empire perse.

C’est cet objectif que souhaite atteindre Alexandre. Cela explique d’ailleurs pourquoi, bien qu’il proclame sa volonté d’agir en qualité de chef des Hellènes, il s’appuie avant tout, du moins au départ, sur les Macédoniens considérés comme plus fiables et attachés à sa personne par la fidélité dynastique. C’est pourquoi il ne reste qu’assez peu de temps à Gordion, où l’épisode du nœud gordien, s’il est authentique, lui promet l’empire d’Asie (Alexandre se voit présenter le nœud gordien : il est dit que la personne qui arrivera à dénouer ce nœud acquerra l’empire de l’Asie. Alexandre, d’un coup de son épée, tranche le fameux nœud), et cela alors que la situation n’est pas totalement sans risque sur ses arrières.


Alexandre tranchant le nœud gordien par Jean Simon Berthélemy, Paris, École des Beaux-Arts
En effet lors de l’hiver -334 Darius donne le commandement de sa flotte à Memnon de Rhodes. Celui-ci envisage de porter la guerre en Macédoine en débarquant en Grèce (on parle de l’Eubée) et en organisant une révolte générale. Le sentiment anti-macédonien demeure vivace dans de nombreuses cités. L’idée d’une guerre de revanche contre les Perses, par rapport aux guerres médiques, idée développée par Alexandre et ses partisans en Grèce ne rend pas acceptable à leurs adversaires l’hégémonie macédonienne. N’oublions pas que des soldats grecs combattent dans les deux camps. Memnon reprend Chios, qui lui est livrée par le parti oligarchique (cette tendance politique sera globalement toujours hostile à Alexandre dans les cités grecques contrairement au parti démocratique) puis il rétablit le tyran Aristonicos à Méthymne et met le siège devant Mytilène. C’est alors que Memnon meurt (fin de l’été -333) et que son plan est abandonné par Darius III. Le souverain perse décide de prendre lui-même la tête de son armée contre Alexandre. Autophradatès et Pharnabaze remplacent Memnon à la tête de l’armée et de la flotte. Pharnabaze reprend Milet et Halicarnasse mais doit se séparer de ses mercenaires grecs qui vont rejoindre, sans doute par mer, l’armée que Darius rassemble.

Alexandre estime cependant, à juste titre, avoir fait une erreur en licenciant sa flotte. C’est pourquoi il charge deux officiers, Hégélochos et Amphotéros (le frère de Cratère) d’en reconstituer une. Il s’en faut de peu qu’un conflit éclate avec Athènes dont les vaisseaux venus du Pont-Euxin sont interceptés par Hégélochos. Celui-ci doit faire face à une menace d’intervention de la flotte d’Athènes et relâche les vaisseaux. Cet épisode illustre la nécessité pour Alexandre d’une victoire en Asie pour empêcher toute tentative de révolte en Grèce. C’est pourquoi, quand au début de l’été -333 il apprend que Darius III marche sur la Cilicie, Alexandre quitte Gordion.


D’Issos à Arbèles

Alexandre le Grand sur son cheval Bucéphale, détail de la mosaïque romaine de Pompéi représentant la bataille d'Issos, musée national archéologique de Naples
En quittant Gordion, Alexandre se rend dans un premier temps à Ancyre et reçoit la soumission de la Paphlagonie puis celle de la Cappadoce jusqu’à l’Halys. Il pousse ensuite vers le sud, pénètre en Cilicie par le passage gardé par le satrape Arsamès des Portes ciliciennes. Il fait étape à Tarse et y tombe malade plusieurs semaines (sans doute des suites d’une hydrocution après une baignade dans le fleuve Kydnos). Cependant Parménion, véritable second du roi lors du début de l’expédition, occupe les passes qui permettent le passage de la Cilicie à la plaine d’Issos (col de Karanluk-Kapu) puis celles qui au-delà contrôlent le passage vers la Syrie (passes de Merkès et de Baïlan). Alexandre, une fois sur pied, soumet, en sept jours selon Arrien, les populations montagnardes de Cilicie et s’empare de Soles où il rétablit, en théorie du moins, la démocratie. Il apprend à ce moment la pacification de ses arrières avec les victoires de Ptolémée en Carie sur le satrape Orontobatès et la chute d’Halicarnasse, de Myndos et la soumission de Cos. Mais, peu de temps après (-333), le satrape Pharnabaze, à la tête de la flotte perse soumet Ténédos et Sigée et s’entend avec le roi de Sparte, Agis III, qui tente de soulever la Grèce en lui donnant de l’argent et quelques navires. La situation reste donc délicate d’autant que l’arrivée imminente de Darius III se précise.

Le souverain achéménide s’est installé dans la plaine d’Issos, abandonnant curieusement la position plus favorable à sa cavalerie de Soches, peut-être dans la volonté de couper Alexandre de ses arrières et de le contraindre à la bataille. Alexandre est en Syrie mais il fait demi-tour, ayant besoin pour les raisons invoquées plus haut d’une victoire. Il reprend le chemin des passes syriennes déjà emprunté, s’aventure lentement dans la plaine d’Issos et y organise sa ligne de bataille devant l’armée perse.


La conquête de la Phénicie (hiver -333)
La déroute des Perses après la défaite d’Issos (1er novembre -333) est totale. Darius avec quelques milliers d’hommes à peine s’enfuit vers Thapsaque (ville de Syrie sur l’Euphrate) tandis que d’autres fuyards sont dispersés par les divers officiers d’Alexandre. De nombreux fugitifs se réfugient en Phénicie puis de là gagnent l’Égypte ou Chypre. Le résultat le plus net de la victoire c’est, paradoxalement, la soumission totale du monde grec qui ne songe plus à apporter son soutien aux Perses, comme venait de le tenter le roi de Sparte, Agis III en rencontrant des satrapes perses et en tentant de soulever la Crète. Démosthène, à Athènes, avait prédit (et espéré ?) la défaite du roi de Macédoine. La victoire d’Issos fait cesser, provisoirement en tout cas, les velléités d’indépendance des cités grecques.

Pourtant paradoxalement la situation d'Alexandre reste périlleuse. Un des meilleurs officiers perses, Nabarzanès s'est retiré avec d'importantes forces de cavalerie en Cappadoce et Paphlagonie et recrute d'importantes forces (fin -333/début -332). Il y a donc un risque réel sur les arrières d'Alexandre et ses lignes d'approvisionnement en Asie mineure. De plus il apparait clairement que Darius lève une nouvelle armée. Enfin la flotte perse représente un grand danger en mer Égée. La maîtrise de la côte phénicienne, pouvant lui servir de base arrière, est donc indispensable. C’est pourquoi, délaissant la poursuite de Darius III, Alexandre prend la route du sud vers Arados (au nord de la Phénicie) tandis que Parménion est envoyé sur Damas où il s’empare des bagages de Darius. Dans le même temps Alexandre nomme un de ses officiers les plus énergiques, Antigone, au commandement de toutes les forces macédoniennes présentes en Asie mineure. Celui-ci réussit, avec l'aide de Néarque, à briser la contre-offensive perse en Asie mineure au printemps de -332.

La période de l’empire achéménide pour les Phéniciens avait été une période prospère car, en leur laissant une véritable autonomie, les rois perses avaient permis aux cités phéniciennes de reprendre en partie la maîtrise de nombreuses routes commerciales face à leurs adversaires traditionnels : les Grecs. Les Phéniciens constituaient une grande part des marins de la flotte perse à la bataille de Salamine par exemple. Mais divisées entre elles, ces cités n’adoptent pas une attitude commune face à l’arrivée des Macédoniens. Le roi d’Arastos, Gérostrate, estime qu’il n’a pas les moyens de résister et surtout que sa cité, plus riche de son commerce terrestre (avec la Perse et la Médie surtout) que de son commerce maritime, n’a aucun intérêt à un siège destructeur. La ville se rend ainsi que les cités de Marathos, Sigôn et Byblos. Quant à Sidon, elle se soumet d’autant plus facilement que ses habitants n’ont pas oublié les représailles d’Artaxerxès II lorsque la ville avait participé à la révolte des satrapes sous le règne de ce prince.


Le siège de Tyr (janvier / août -332)
À la fin de l’année -333, alors qu’Alexandre est à Sidon, des négociations s’engagent avec le roi de Tyr, Azemilcos, lequel souhaite rester neutre dans le conflit. Refus d’Alexandre qui par contre désire offrir un sacrifice dans le temple de Melqart à Tyr. Refus des Tyriens qui décèlent le piège. Faire entrer Alexandre en vainqueur dans le temple c’est lui donner pouvoir sur la cité. Quant à Alexandre, il ne lui sert à rien de tenir la côte phénicienne si la ville de Tyr, avec ses deux ports, reste en dehors de son contrôle. C’est pourquoi commence en janvier -332 le long siège de Tyr (jusqu’en août -332). La ville neuve est sur une île (voir Ancharadus) qu’Alexandre compte atteindre en construisant une digue, avec les débris de la vieille ville (la ville continentale), d’environ 60m de long. Mais les difficultés s’accroissent quand la digue atteint des eaux plus profondes, d’autant que les Tyriens effectuent des raids meurtriers avec leurs navires.

Alexandre cependant a un atout. En tenant les autres cités phéniciennes, il disperse la flotte perse (début -332) dont les équipages phéniciens rentrent progressivement dans leurs ports d’attache. Les rois de Sidon, d’Aratos, de Chypre offrent ces navires à Alexandre qui ainsi peut constituer une flotte suffisante pour le siège de la ville (sans doute une centaine de navires). Après un raid d’une dizaine de jours pour soumettre les populations des montagnes du Liban actuel, il constate que sa nouvelle flotte est prête et apprend l’arrivée de Cléandre avec un corps de 4000mercenaires, pour la plupart issus du Péloponnèse.

Attaquée par terre, isolée par mer, la vieille cité résiste jusqu’en août -332. La flotte de Tyr est détruite par les navires d’Alexandre lors d’une contre-attaque désespérée. Les habitants se défendent au moyen d’engins balistiques, de plongeurs et de navires brûlots. Une fois les tours de siège et les béliers approchées des murs, Alexandre mène lui-même l’assaut (selon l’historien Diodore de Sicile). La prise de la ville donne lieu à des actes d’une grande violence tant les habitants se défendent avec acharnement. Les Tyriens utilisent des tridents, ressemblant à des sortes d’hameçons, pour arracher les boucliers des Macédoniens, et déversent du sable brûlant sur les attaquants. Ces derniers n’ont pas oublié les scènes de prisonniers de l’armée d’Alexandre précipités du haut des murailles. Sans doute 7000 à 8000 habitants de la ville sont tués (selon Diodore de Sicile), et 20000 au moins sont vendus comme esclaves (une partie de la population dont beaucoup de femmes et d’enfants s’est enfuie vers Carthage). Seul le temple est épargné dans la ville.

La digue érigée par Alexandre existe encore en partie de nos jours ; elle servit notamment aux croisés lorsqu’ils assiégèrent Tyr. Ce succès permet à Alexandre de terminer sa mainmise sur l’ensemble de la Phénicie.


Quels objectifs ?

Parcours de l’armée d’Alexandre le Grand au cours des années -332 et -331, de la bataille d’Issos à celle de Gaugamèles et jusqu’à la prise de Babylone.
Alexandre après la prise de Tyr prend le chemin de l’Égypte non sans avoir repoussé à deux reprises, malgré l’avis favorable de Parménion, des propositions de paix plus qu’avantageuses de Darius III. Darius propose qu'Alexandre épouse sa fille Stateira et lui donne en dot toute la région entre l'Europe et le fleuve Halys en Asie mineure. Ce que semble désirer Alexandre ce n’est pas un empire gréco-macédonien débordant largement sur l’Asie, idée déjà défendue par Isocrate le rhéteur athénien, mais l’Asie tout entière, du moins la connaissance qu’en possèdent les Grecs. Le refus d'Alexandre s'explique aussi par le caractère fictif des concessions territoriales de Darius. Celles-ci ne constituent que la dot de Stateira ce qui signifie qu'en aucun cas Darius ne renonce à sa souveraineté sur les régions considérées. C'est ce piège que veut éviter Alexandre qui exige d'être regardé comme le souverain (kurios) plein et entier des territoires déjà conquis.

Il semble donc que l'objectif premier d'Alexandre soit de remplacer la souveraineté achéménide par la souveraineté macédonienne et qu'il considère que toutes ses conquêtes le sont à titre définitif. La nomination de satrapes, dès la victoire du Granique, va dans ce sens. Après la prise de Tyr il affirme avec force qu'il ne va pas se contenter de la conquête de la Lydie et la Cilicie, ce qui était grosso-modo l'objectif d'Isocrate. Les historiens de l'Antiquité sont tous convaincus que son objectif est bien la conquête de l'ensemble du territoire achéménide. Certes il faut se montrer prudent avec les diverses sources.

S'agit-il chez Arrien et Quinte-Curce du rapport fidèle des ambitions territoriales d'Alexandre ou d'un discours historiographique construit après coup afin de donner l'impression chez le conquérant d'une vision à long terme et non d'une conquête improvisée au gré des victoires et des évènements. La réponse à cette question est problématique mais il semble difficile de croire qu'à la suite d'un éventuel accord entre Darius et Alexandre ce dernier ait accepté de faire de l'Euphrate sa frontière orientale. Le fait que tout au long de la période Alexandre revendique, systématiquement, les territoires qui à un moment ou à un autre étaient achéménides illustre bien qu'il y a chez lui une volonté et un projet politique fort et cohérent.



Le pharaon (automne -332 / printemps -331)

Alexandre en pharaon priant le dieu Amon - Temple de Louxor
Sur la route de l’Égypte il rencontre une forte résistance à Gaza, sous la conduite de l’eunuque Batis, et prend la ville (fin -332) dont la garnison est massacrée et la population vendue en esclavage. Alexandre est blessé à deux reprises lors de ce siège. En sept jours depuis Gaza il atteint alors Péluse en Égypte. Quand Alexandre entre en Égypte en décembre -332, il semble être accueilli en libérateur. Il est fort possible que ce soit les Égyptiens eux-mêmes qui aient demandé son aide, pour les affranchir de la domination perse qui s’exerce difficilement car les Égyptiens se sont révoltés de nombreuses fois sur le pays depuis deux siècles. Toujours est-il qu’il ne rencontre que peu de résistance et qu’il étend rapidement son royaume jusqu’à la première cataracte du Nil.

Alexandre se fait proclamer pharaon à Memphis en -331. Il sacrifie au taureau Apis — gage de respect des traditions égyptiennes — et honore les autres dieux. Il se dirige ensuite vers la côte méditerranéenne où il choisit l’emplacement de la future Alexandrie qui n’est achevée que sous Ptolémée Ier ou Ptolémée II. La légende veut qu’Alexandre ait choisi lui-même les plans de la nouvelle cité. Il se rend ensuite dans l’oasis de Siwa où il rencontre l’oracle d’Ammon-Zeus qui le confirme comme descendant direct du dieu Amon. Cette salutation, conforme à l’étiquette égyptienne, est très largement exploitée par la propagande du Conquérant. Cette anecdote est rapportée ainsi par Plutarque : De retour à Memphis, il se fait officiellement couronner dans le temple de Ptah et réorganise le pays avant de repartir à la conquête du Moyen-Orient.

C’est durant son séjour égyptien qu’il apprend la déroute définitive de ce qui reste de la flotte perse et la capture de ses derniers adversaires en mer Égée dont le satrape Pharnabaze. Fait prisonnier, celui-ci parvient à s’échapper mais l’un des amiraux d’Alexandre, Hégélochos, apporte à son maître de nombreux prisonniers qui sont exilés dans la ville égyptienne d’Éléphantine. Cela laisse toute latitude à Antipater, le régent de Macédoine pour s’occuper du toujours remuant roi de Sparte, Agis III. La situation en Europe inquiète Alexandre tout au long de l'année -331 même après l'écrasement de la Perse à Gaugamèles. Il multiplie d'ailleurs les faveurs aux cités grecques pour les inciter à rester loyales. Il n'est pas impossible que l'incendie de Persépolis, capitale religieuse des Achéménides, ait pour objectif de prouver à la Grèce que l'objectif de la Ligue de Corinthe est atteint et, ainsi, d'éviter des troubles en Europe.

Alexandre quitte ensuite l’Égypte au printemps -331 pour n’y jamais revenir vivant.


Vers la bataille décisive avec Darius III (printemps / été -331 – octobre -331)

La bataille de Gaugamèles, par Jan Brueghel l'Ancien
Lors d’un nouveau passage à Tyr, il reçoit une délégation d’Athènes qui obtient du roi la libération des mercenaires athéniens qui avaient combattu à la bataille du Granique dans les rangs de l’armée perse. Puis à la fin du printemps/début de l’été -331 l’armée macédonienne se met en marche vers l’Euphrate qui est traversé fin juillet à Thapsaque sur un pont de bateaux. Le satrape Mazaios s’est replié à l’arrivée de son adversaire. Les prodromoi d’Alexandre repèrent l’armée de Darius plus au nord, aussi le roi de Macédoine au lieu de marcher sur Babylone selon son plan initial remonte vers le nord, vers Nisibe, et franchit le Tigre vers le 20/septembre/-331 (aux environs de Djésireh, dans l’Irak actuel) contournant son adversaire par le nord. Alexandre reprend alors la direction du sud avec le Tigre sur sa droite. Au bout de quatre jours de marche il apprend que l’armée perse, bien supérieure en nombre, l’attend à Gaugamèles, non loin d’Arbèles / Adiabène (actuelle ville d’Erbil dans le Kurdistan irakien).


À la poursuite de Darius III
L’entrée dans Babylone et Suse (novembre / décembre -331)

Entrée d'Alexandre le Grand dans Babylone, par Charles Le Brun
Le succès du combat lui ouvre la route de Babylone, qui se rend suite à des négociations. Nous connaissons mieux de nos jours les trois semaines entre la bataille et son entrée dans la ville (fin octobre -331) grâce à une tablette babylonienne qui, bien que détériorée, fait une nette allusion à la bataille de Gaugamèles et à sa chronologie précise. L’auteur anonyme y parle de la fuite de Darius « vers le pays de Guti » ce qui désigne la Médie. La suite de ce texte indique que les autorités de Babylone négocient avec le vainqueur et que celui-ci habilement garantit le maintien des traditions religieuses et la préservation des sanctuaires. Il donne l’ordre de rebâtir le sanctuaire de Bel Mardouk qui tombait en ruine. Le vainqueur de Darius maintient d’ailleurs la plupart des dignitaires à leur poste (souvent sous le contrôle d’un officier macédonien). C’est le cas de Maziaos, un noble perse, qui sur ordre de Darius s’est replié sur Babylone dont il devient alors le satrape, poste auquel il est confirmé par Alexandre. Celui-ci s’évite ainsi un siège long qui pouvait permettre à son ennemi de se ressaisir et inaugure sa politique de ralliement à sa personne de l’aristocratie achéménide.

Il entre en vainqueur dans la capitale de l’Empire perse et y demeure près d’un mois. Tandis que Darius, en fuite, tente de réunir une nouvelle armée royale dans les hautes satrapies, Alexandre prend la direction de Suse, laquelle se rend à son tour. Il avait cependant dépêché Polyxénos à Suse afin de s’assurer du trésor important (sans doute près de 50000talents d’argent) qui s’y trouvait. Une partie importante de cet argent (sans doute 30000talents) est envoyé à Antipater afin qu’il l’utilise dans sa lutte contre Sparte.


Les difficultés d’Antipater (-331)
L’année -331 est une année difficile pour Antipater, outre ses relations exécrables avec Olympias, à qui Alexandre a confié le gouvernement de la Macédoine et de la Grèce en son absence. Apparemment la dispersion de la flotte perse, suite à la prise de Tyr, n’attise plus les velléités de révolte des Grecs sauf à Sparte où le roi Agis III s’assure le concours des pirates crétois puis de l’ensemble des peuples du Péloponnèse (Éléens, Arcadiens et la quasi-totalité de l’Achaïe à l’exception de Pellènè). Mégalopolis et Messène sont les seules cités importantes à refuser d’entrer dans la coalition anti-macédonienne. Dans un premier temps Agis est vainqueur d’un corps expéditionnaire macédonien dirigé par Korragos et assiège Mégalopolis. Le reste de la Grèce cependant ne bouge pas et même Démosthène à Athènes conseille de n’en rien faire. Il est vrai que les gestes habiles d’Alexandre, comme de renvoyer de Suse vers Athènes la statue d’Aristogiton et d’Harmodios ou la libération des prisonniers athéniens de la bataille du Granique, lui concilient provisoirement une partie des habitants de la cité attique.

En Thrace, Memnon, un stratège macédonien envoyé pour contenir une révolte, prend le parti des populations insurgées. Enfin, la reine Olympias provoque des difficultés quand, à la mort de son frère Alexandre, le roi d’Épire, tué dans une expédition en Italie, elle avance des prétentions au trône de ce pays. Elle en assure finalement la régence pour l’un de ses petits-enfants, fils du roi précédent et de sa fille Cléopâtre la sœur d'Alexandre. Antipater réagit, suivant les ordres d'Alexandre, en traitant avec Memnon pour le neutraliser et en en dirigeant la quasi-totalité de ses forces, sans doute 35000 à 40000 hommes vers le Péloponnèse. Agis ne dispose quant à lui que de 20000 hommes environ et 2000cavaliers. Il est battu et tué sous les murs de Mégalopolis à l’automne -331. Sparte est contrainte à dissoudre la Ligue du Péloponnèse et à entrer dans la Ligue de Corinthe. La nouvelle de la victoire de Gaugamèles en Asie après la victoire d'Antipater sur Sparte assurent avec plus de force la souveraineté macédonienne en Grèce.


La campagne en Perse et l’incendie de Persépolis (janvier / mai -330)

Alexandre Rondanini, copie romaine d’un groupe d’Euphranor représentant Alexandre et son père, Glyptothèque de Munich
La campagne se poursuit en direction de la Perse proprement dite. Alexandre emprunte la route, que suivait la cour du Grand Roi lors de ses pérégrinations entre les diverses capitales de l’empire, qui passe à travers le pays des Ouxiens (sud-ouest de l’Iran actuel). Il soumet, par une campagne foudroyante dont il a l’habitude, les montagnards de ces régions qui s’engagent à payer un tribut en chevaux et bêtes de somme dont a besoin l’armée. Après avoir été un temps arrêté par la résistance du satrape aux Portes persiques, il franchit l’Araxe sur un pont qu’il fait construire et parvient dans la ville la plus symbolique du pouvoir perse, Persépolis.

La ville est livrée au pillage, puis quelque temps après, les palais de la terrasse sont livrés aux flammes (mai -330). Cet incendie est parfois interprété comme volontaire, bien qu’il aille à l’encontre de la politique d’intégration aux coutumes locales du conquérant. Alexandre aurait ainsi effectué un geste symbolique mûrement réfléchi, à la fois en direction des Perses et des Grecs de la Ligue. Une autre interprétation affirme qu’Alexandre aurait provoqué l’incendie dans un état d’ivresse, poussé en cela par une jeune courtisane athénienne, Thaïs. Il est possible qu’Alexandre ait voulu par là venger les destructions perses à Athènes, en -480, ou plus simplement qu’il ait souhaité affirmer son pouvoir face à une population peu encline à se rallier à lui. Quoi qu’il en soit, Alexandre regrettera par la suite cet acte très mal perçu par les Perses mais accompli avec joie par les troupes macédoniennes qui pensent, bien à tort, qu'Alexandre trahit son regret du pays natal et manifeste par cet incendie sa volonté de ne pas se fixer en Asie.
Les ruines des palais des Achéménides, Persépolis.

La mort de Darius III (été -330)
Darius III pendant ce temps s'est réfugié en Médie puis, devant l'avance d'Alexandre, décide de prendre le chemin de l'Hyrcanie (sud-est de la mer Caspienne). Il est rejoint à Ecbatane par Ariobarzane, Bessos avec des cavaliers originaires de Bactriane et un corps d'environ 2000mercenaires Grecs. Darius envoie son harem, ce qui reste de son trésor aux portes caspiennes (à l’est de Téhéran) qui permettent l'entrée en Hyrcanie et qui se révèlent faciles à défendre. Alexandre pénètre en Paratécène (l'actuelle région d'Ispahan), soumet la population et fonce sur Ecbatane pour y apprendre que Darius vient de s’enfuir trois jours plus tôt avec environ 9000 hommes dont 3000 cavaliers.

À Ecbatane le roi de Macédoine licencie ses cavaliers thessaliens, lance Parménion vers l'Hyrcanie et Cleithos vers la Parthie (à l’est de l'Hyrcanie). Lui-même se lance avec des troupes rapides à la poursuite du monarque en fuite. En onze jours il parcourt la route qui va d’Ecbatane à Rhagæ (légèrement au sud de Téhéran) où il est obligé de laisser souffler ses hommes et chevaux cinq jours. Il apprend par des transfuges que Darius est prisonnier des satrapes Bessos et Barsaentès et qu'il se dirige vers Hécatompyles (près de l'actuelle ville de Shahroud). En apprenant cette nouvelle, Alexandre confie ses troupes à Cratère et avec ses éléments les plus rapides marche pendant une journée et demie sans pratiquer de véritable pause. Un jour plus tard, après une marche nocturne, il atteint le camp de Darius que celui-ci vient d'abandonner. Le soir même Alexandre impose à ses hommes une nouvelle marche de nuit pour aboutir à un campement de nouveau abandonné. Finalement Alexandre avec quelques cavaliers et fantassins montés rejoint le convoi de Darius. Celui-ci est mort, assassiné par Bessos, Barsaentès et Satibarzane qui viennent de s’enfuir avec quelques centaines de cavaliers (été -330). L'un des satrapes comploteurs, Bessos, tente de prendre les rênes du pouvoir perse, sous le nom d' Artaxerxès IV, mais il est trop tard, Alexandre tient fermement l’empire perse.


Toujours plus à l’est
Darius III mort, Alexandre lui rend les honneurs royaux et se présente en justicier contre ses assassins. Il est probable que la mort de Darius, à laquelle il est étranger, est pour Alexandre une bonne nouvelle car quel sort eût-il pu réserver au Grand Roi s’il avait été pris vivant ? Au contraire il lui est possible maintenant de se montrer généreux avec sa famille et de faire ensevelir Darius dans les tombes royales de Persépolis. Les satrapes restés fidèles à Darius sont récompensés tel Artabaze qui reçoit la satrapie de Bactriane. La mort de Darius amène la noblesse perse à se rallier massivement à Alexandre. Cette collaboration des élites vaincues lui est nécessaire car les premières manifestations de lassitude de certains contingents obligent le roi à licencier une partie de ses troupes. En Médie les cavaliers thessaliens et les alliés (7000 hommes au départ de l’expédition) sont renvoyés dans leurs foyers. Or les besoins en hommes augmentent au fur et à mesure que l’armée pénètre en Asie. Ainsi, rien que pour garder les trésors royaux, Alexandre laisse 6000 hommes à Ecbatane.


La révolte de l’Arie (automne -330)
Avant de poursuivre Bessos et ses complices, Alexandre soumet l’Hyrcanie et les populations montagnardes de la région (actuelles montagnes du Khurasan à la frontière entre l’Iran et le Turkménistan), les Tapouriens et les Mardes. Il incorpore à son armée la majorité des mercenaires Grecs qui étaient au service de la Perse (recrutés avant -334 ce qui lui permet de compenser le licenciement d’une partie de ses troupes abordé précédemment) et rassemble ses soldats à Zadracarta. Une partie des soldats est renvoyée, sous le commandement de Parménion en qui il est plausible qu’Alexandre n’ait plus qu’une confiance limitée, à Ecbatane tandis qu’il se prépare à poursuivre les satrapes en fuite. Il apprend à Zadracarta que ceux-ci se sont séparés et que Bessos, qui se proclame roi sous le nom d’Artaxerxès IV, s’est réfugié en Bactriane tandis que Satibarzane est retourné en Arie (actuelle région d’Hérat à l’ouest de l’Afghanistan) et Barsaentès en Drangiane (sud de l’Afghanistan).

Alexandre s’empare assez rapidement de l’Arie, en remontant la vallée de l’Atrek, et maintient Satibarzane à son poste en lui adjoignant un stratège macédonien Anaxippos. Mais, alors qu’il se prépare à remonter vers la Bactriane, Satibarzane se révolte (automne -330), assassine Anaxippos et massacre les troupes macédoniennes laissées en Arie avant de s’enfuir. Alexandre afin de maintenir l’ordre dans cette province y fonde une ville, Alexandrie d’Arie (actuelle Hérat), puis se dirige vers la Drangiane où le rebelle Barsaentès lui est livré et mis à mort. En octobre ou novembre -330 Satibarzane se révolte de nouveau en Arie. Il est tué dans un affrontement avec le corps expéditionnaire lancé contre lui par Alexandre et dirigé par Artabaze, Érygyos et Caranos.


Les meurtres de Philotas et Parménion (automne -330)
C’est à l’automne de l’année -330 que se déroule un épisode dramatique entraînant la mort de proches d’Alexandre sur ordre du roi. Alors que l’armée séjourne dans la capitale de la Drangiane, Phrada-Prophtasia (au sud de Hérat), Philotas le fils de Parménion et commandant de la cavalerie est emprisonné et jugé pour complot, ou plus exactement pour avoir eu vent d’un complot contre le roi et de n’avoir rien fait pour le dénoncer. Il est probable que les critiques de Philotas sur le cérémonial perse de plus en plus adopté par le roi aient indisposé ce dernier. Philotas est jugé par l’assemblée des Macédoniens, fortement accusé par Cratère (qui y voit sans doute un moyen d’éliminer un rival qui pourrait faire de l’ombre à son étoile montante) et lapidé selon la coutume. Quant à Parménion, qui se trouve à la tête de nombreuses troupes en Médie, Alexandre ignore s’il se trouve impliqué dans la conjuration. Dans le doute il envoie des officiers le mettre à mort, ce qui est fait. Il s’en faut de peu que les troupes de Médie se soulèvent à cause de ce meurtre.

Cet épisode est révélateur des réticences de plus en plus fortes d’une partie des Macédoniens et de l’entourage du roi (à l’exception notable d’Héphaestion) sur cette épopée qui les voit s’enfoncer de plus en plus en Asie, loin de leurs bases, de leur pays à la poursuite d’un but et d’un rêve qui leur échappe. Les maladresses de Philotas, expliquant volontiers qu’Alexandre n’aurait pas remporté ses victoires sans l’aide de son père et la sienne, et qui se moquait des prétentions du roi à être considéré comme le fils d’Ammon-Zeus, expliquent aussi sans doute qu’Alexandre ne tente rien pour sauver sa vie. Cet épisode démontre enfin qu’Alexandre est prêt à tout pour l’accomplissement de ses desseins, même le meurtre de ses plus proches conseillers ou amis. La mort de Cleithos au printemps -328 le prouve tragiquement. Enfin il ne faut pas perdre de vue que la royauté macédonienne connaît des rapports conflictuels fréquents entre aristocratie et monarchie et que le meurtre de Philotas, hipparque et commandant des Compagnons, est un moyen pour le roi de se débarrasser d’un officier trop puissant.


La difficile pacification de l’Asie centrale (fin -330 / printemps -327)
De Drangiane, l’armée passe vers la fin de -330 en Arachosie (sud-ouest de l’Afghanistan), mais est retardée dans sa poursuite de Bessos par la révolte de Satibarzane en Arie. Le roi fonde une nouvelle ville, Alexandrie qui correspond à l’actuelle Kandahar, laisse un stratège nommé Memnon comme satrape en Arachosie et remonte vers la Bactriane à la poursuite de Bessos. La traversée des monts Paraponisades (Hindu-Kush), que les Macédoniens et les Grecs confondent apparemment avec le Caucase, s’effectue au printemps -329. En Bactriane, Bessos est en fuite, ravageant les vallées entre les Paraponisades et l’Oxus (actuel Amou-Daria) afin de limiter les possibilités de ravitaillement de ses poursuivants. Il s’empare d’Aornos qui devient à son tour une Alexandrie puis de la cité de Zariapsa ou Bactres (actuellement Balkh). L’armée passe ensuite l’Oxus sur un pont flottant fait de tentes de peaux remplies de diverses matières séchées et passe en Sogdiane. Les nobles Spitaménès et Oxyartès décident alors de livrer Bessos et le font savoir à Alexandre. Ptolémée est chargé de cette capture délicate qui intervient au début de -329. Bessos est emmené à Bactres où, à la façon des Perses, on lui coupe le nez et les oreilles puis il est envoyé à Ecbatane et exécuté (-329).

Pendant près de deux ans Alexandre lutte en Sogdiane et en Bactriane contre des satrapes révoltés, contre les peuples des Sakas et des Massagètes contre lesquels Cratère va s’illustrer. Spitaménès, le satrape ayant livré Bessos, se révolte et massacre plusieurs garnisons macédoniennes. Il inflige même un cuisant échec militaire à des officiers d’Alexandre sur le fleuve Polytimetos (Zeravchan dans l’actuel Ouzbékistan). La réaction d'Alexandre après cette défaite est extrêmement significative du profond désarroi de l'armée puisqu'il interdit, sous peine de mort, aux rescapés de ce désastre de divulguer la réalité. Après avoir hiverné (-329/-328) à Bactres, Alexandre repart pour la Sogdiane qui s’agite quand Spitaménès reparait en Bactriane et surprend dans une embuscade la garnison de Zariapsa.

C’est en ce début d’année -328 que se déroule un épisode qu’Alexandre va profondément regretter, le meurtre de Cleithos. Ce dernier, parfois présenté comme le frère de lait du roi, est un de ses plus fidèles compagnons et lui sauve même la vie lors de la bataille du Granique. Lors d’un banquet se terminant souvent en ivrognerie généralisée, scène dont Alexandre semble familier, les auteurs antiques sont unanimes sur ce point, Cleithos porte les exploits de Philippe II au-dessus de ceux de son fils. Celui-ci ne le supporte pas et dans un accès de rage tue son ami de sa main. Dégrisé, Alexandre pleure longuement Cleithos et lui fait faire de grandioses funérailles. Cependant ce séjour dans les provinces orientales de l’ancien Empire achéménide pèse fortement sur l’entourage du roi.

Quand Alexandre tente d’imposer l’étiquette perse aux Macédoniens, en particulier le fait de se prosterner devant lui (proskynèse), une protestation portée par Callisthène, le neveu d’Aristote et historiographe du roi, semble approuvée par de nombreux compagnons du roi. Alexandre d’ailleurs cède et ne maintient cette étiquette que pour ses sujets asiatiques mais la part qu’il donne à ces derniers dans l’armée et l’administration suscite des mécontentements dans son entourage proche. Le complot des pages, né du désir de vengeance personnelle d’un de ces jeunes gens entourant et servant le roi qui s’estimait injustement puni, révèle cependant que parmi ses compagnons de jeunesse, nourris comme lui aux sources de la philosophie grecque, certains jugent insupportables ses nouvelles exigences et commencent à le considérer comme un tyran. Callisthène qui avait raillé les prétentions d’Alexandre à la divinité est exécuté lors de la répression qui fait suite à ce complot.

L’insaisissable Spitaménès succombe finalement à la trahison des Massagètes qui au cours de l’hiver -328/-327, alors qu’Alexandre est à Nautaca (sud-est de l’actuelle Boukhara), envoient sa tête au roi de Macédoine. Le printemps -327 est occupé à détruire les derniers îlots de résistance, rôle dont s’acquitte Cratère, et à réorganiser l’empire dans cette région. À la place d’Artabaze, satrape de Bactriane rallié depuis longtemps à Alexandre mais qui est très âgé demande à être relevé de son commandement, Alexandre nomme un macédonien. Enfin, il épouse en -327 la fille d’Oxyartès, Roxane. Le roi fonde aussi Alexandria Eskhate (actuelle Khodjent), sur le fleuve Iaxartès (Syr-Daria), qui marque le point le plus au nord de son périple.



L’Inde et la fin du périple

Peinture de Charles Le Brun montrant Alexandre et Pûru lors de la bataille de l'Hydaspe.
L’Inde pour les Macédoniens et les Grecs est une contrée mystérieuse connue par les textes d’Hécatée de Milet et d’Hérodote ainsi que ceux de Ctésias, médecin à la cour d’Artaxerxès II. Ces auteurs ont sans doute utilisé la relation du voyage qu’y fit Scylax de Caryanda sur ordre de Darius Ier. La vallée de l’Indus est théoriquement sous le contrôle de l’empire achéménide depuis cette époque mais en réalité la frontière du pouvoir perse se limite aux Paraponisades. Quant à la vallée du Gange et au plateau du Deccan ils sont inconnus. Cependant des relations existent puisque l’on trouve dans les armées perses quelques éléphants et des contingents indiens.

Alexandre avait-il l’intention d’intervenir en Inde ? Il ne fait guère de doute que le but premier du roi est de restaurer à son profit les limites de l'empire de Darius Ier et d'en tirer les profits commerciaux inhérents. Ce qui semble probable est qu’il ait été aisément convaincu, alors qu’il guerroie encore en Sogdiane, par Taxile, l’un des roitelets de la vallée septentrionale de l’Indus, d’intervenir contre son ennemi Pôros qui règne sur le royaume de Paurava à l’est de l’Hydaspe et qui menace le Panjâb. Alexandre est conseillé aussi par un prince indien, Sisicottos, qui après avoir suivi la fortune de Bessos s’est rallié au conquérant. Le projet d'Alexandre est probablement plus ancien cependant puisqu'au printemps -329 il fonde une Alexandrie-du-Caucase (au nord de l'actuelle Kaboul) ce qui illustre clairement sa volonté de disposer d'une base arrière pour son expédition. Enfin le rappel d'un marin comme Néarque en -329/-328 semble prouver qu'à ce moment Alexandre envisage déjà une expédition maritime entre l'Inde et le golfe Persique.

Souhaite-t-il continuer au-delà de l'Indus ? A-t-il une ambition mondiale ? De nombreux historiens estiment que son expédition vers le Gange, interrompue par la sédition de ses soldats sur l'Hyphase, avait pour but de s'emparer des bases commerciales indiennes (de la même façon qu'en -323, peu avant sa mort, il préparait probablement une expédition vers les ports arabes du golfe Persique) mais que l'objectif premier était bien le retour par la vallée de l'Indus, puis l'Océan et le golfe Persique. Tout conduit par conséquent à admettre que, dans la droite ligne de son refus des propositions de paix faites par Darius III en -332 et -331, Alexandre avait déjà une idée relativement précise de ses objectifs globaux (devenir le maître de l'ensemble des territoires qui avaient été un jour achéménides et contrôler l'ensemble des grandes routes commerciales), même si leur application dans le détail restait beaucoup plus imprécise.


La conquête du nord-ouest de l’Inde (été -327 / été -326)

Parcours de l’armée d’Alexandre le Grand en Bactriane, en Sogdiane, puis le long de la vallée de l’Indus jusqu’à l’océan Indien.
Au printemps -327, Alexandre part de Bactres à la tête d’une armée considérable, sans doute 120000 personnes dont au moins 60000 soldats, le reste étant constitué d’esclaves, de serviteurs mais aussi de femmes et d’enfants. Les Grecs et Macédoniens ne représentent guère que la moitié des effectifs combattants. Le roi de Macédoi


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M.le poivron Il y a 1 minute Répondre
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Alexandre III le Grand

Pella, Macédoine, 356 - Babylone, 323 av. J.-C.
Source Encyclopédie Wikipédia







L'expédition d'Alexandre le

M.le poivron 10/10/2013 14:41

Turquoises au large

"La vie est un livre et ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une seule page"

Saint Augustin



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Alexandre III le Grand

Pella, Macédoine, 356 - Babylone, 323 av. J.-C.
Source Encyclopédie Wikipédia







L'expédition d'Alexandre le Grand
Carte Alain Houot




Sommaire

Biographie
Naissance et filiation
Enfance et éducation
Le roi de Macédoine
Un prince associé au pouvoir (-339 / -336)
L’élimination de tout rival potentiel (été -336)
La consolidation du pouvoir (fin -336 / printemps -334)
Le Conquérant
L’armée d’Alexandre
La bataille du Granique (mai -334)
La prise de Milet (mai / juillet -334)
Le siège d’Halicarnasse (été / automne -334)
Alexandre s’empare de la Pamphylie et de la Pisidie (hiver -334 / printemps -333)
La contre-offensive de Memnon de Rhodes (hiver -334 / -333)
D’Issos à Arbèles
La conquête de la Phénicie (hiver -333)
Le siège de Tyr (janvier / août -332)
Quels objectifs ?
Le pharaon (automne -332 / printemps -331)
Vers la bataille décisive avec Darius III (printemps / été -331 – octobre -331)
À la poursuite de Darius III
L’entrée dans Babylone et Suse (novembre / décembre -331)
Les difficultés d’Antipater (-331)
La campagne en Perse et l’incendie de Persépolis (janvier / mai -330)
La mort de Darius III (été -330)
Toujours plus à l’est
La révolte de l’Arie (automne -330)
Les meurtres de Philotas et Parménion (automne -330)
La difficile pacification de l’Asie centrale (fin -330 / printemps -327)
L’Inde et la fin du périple
La conquête du nord-ouest de l’Inde (été -327 / été -326)
La conquête de la vallée de l’Indus (automne -326 / printemps -325)
Le difficile retour (juillet -325 / décembre -325)
La dernière année du règne
Les noces de Suse et la mutinerie d’Opis (hiver / printemps -324)
Ultimes desseins (été -324 / printemps -323)
Les derniers jours (juin -323)
Le tombeau d'Alexandre
Bilan
Le personnage d’Alexandre
Peinture
Littérature
Cinéma
Musique
Jeu


Alexandre le Grand (en grec ancien Aléxandros ho Mégas ou Mégas Aléxandros) ou Alexandre III de Macédoine (Aléxandros III ho Makedon, signifiant en grec « protecteur de l’homme »), né le 21 juillet -356 à Pella, mort le 13 juin -323 à Babylone, est un roi grec de Macédoine et l’un des personnages les plus célèbres de l’Antiquité.

Fils de Philippe II, élève d’Aristote et roi de Macédoine depuis -336, il devient l’un des plus grands conquérants de l’histoire. Il fait de son petit royaume le maître de l’immense empire perse achéménide, s’avance jusqu’aux rives de l’Indus et fonde près de soixante-dix cités, dont la majorité porte le nom d’Alexandrie.

La notoriété d’Alexandre s’explique principalement par sa volonté de conquête de l'ensemble du monde connu. Cette aspiration, à la fois illusoire et pourtant presque réalisée, avant qu’il ne meure subitement à l’âge de trente-trois ans, a pour conséquence — durant un temps très court — une unité politique jamais retrouvée ensuite entre l’Occident et l’Orient.

L’héritage d’Alexandre, marqué par une tentative de fusion des cultures grecque et orientale, est partagé entre ses généraux pour former les différents royaumes et dynasties de la période hellénistique.



Biographie
Naissance et filiation

Détail d’une mosaïque qui montre Alexandre combattant un lion avec son ami Cratère.
Alexandre est né à Pella, la capitale du royaume de Macédoine, le 20 (?) ou le 21 juillet -356. Il est le fils de Philippe II de Macédoine et d’Olympias, princesse d’Épire, sa troisième femme. Par sa mère, il est le neveu d’Alexandre le Molosse, roi d’Épire, territoire qui se situe de nos jours entre la région grecque d’Épire et le sud de l’actuelle Albanie. Sa mère donne naissance, en -355 à une fille Cléopâtre.

Une légende, connue dès l'Antiquité, affirme qu’Olympias n’a pas conçu Alexandre avec Philippe, qui avait peur d’elle et de son habitude de dormir en compagnie de serpents, mais avec Zeus. Alexandre se sert de ces contes populaires à des fins politiques, faisant référence au dieu plutôt qu’à Philippe quand il évoque son père. Une autre légende datant du IIIe siècle, d’origine égyptienne celle-là et faussement attribuée à Callisthène, le Roman d’Alexandre, veut qu’Alexandre soit le fils du dernier pharaon égyptien de la XXXe dynastie égyptienne, Nectanébo II.

Par son père Philippe II, Alexandre prétend descendre de Téménos d’Argos, lui-même descendant d’Héraclès, fils de Zeus — pour cette raison, la dynastie macédonienne s’appelle dynastie des Argéades ou des Téménides. Par sa mère, Olympias, de la dynastie des Éacides, Alexandre affirme descendre de Néoptolème, fils d’Achille.

Selon une affirmation du temps, rapportée entre autres par Plutarque, Alexandre naquit la nuit même où Érostrate incendie le temple d'Artémis à Éphèse, une des sept merveilles du monde antique. Alexandre utilise plus tard cette coïncidence pour renforcer son aura politique, et propose de financer la restauration du temple, ce qui est cependant refusé par les Éphésiens.

Plutarque indique également que Philippe et Olympias ont rêvé de la future naissance de leur fils. Après avoir consulté Aristandre de Telmessos qui détermina que Olympias était enceinte et que l’enfant aurait le caractère d’un lion. Quant à son physique, il semblerait qu'il eût les yeux vairons et, à cause d'une blessure de guerre qui lui aurait sectionné un nerf, la tête toujours penchée du côté droit.


Enfance et éducation
Alexandre possède, aux yeux des Grecs, une double appartenance. Il est d'une part un barbare, car c’est un Macédonien qui possède un tempérament passionné et se laisse emporter par des colères d’une terrible violence, héritage attribué à sa mère, mais souvent suivies de prompts repentirs. Il est capable d’élans généreux qui lui allient des fidélités sans failles. Ses convictions religieuses sont entachées de superstitions. Cependant le trait de caractère dominant du personnage est sans aucune contestation sa volonté de fer, qui peut aller jusqu’à l’obstination et l’entêtement.


Alexandre et Aristote.
Parallèlement, Alexandre est profondément influencé par la culture grecque. Il est vrai que, située dans le nord de la Grèce actuelle, la Macédoine est l’une des régions pélagiques antiques. La langue parlée est alors l’un des nombreux dialectes grecs et, dès l’époque du roi Archélaos (fin du Vème siècle), la langue officielle de la cour et de la chancellerie macédonienne devient l’ionien-attique. Philippe, qui a séjourné à Thèbes dans la maison d’Épaminondas comme otage (entre -369 et -367), le parle pour sa part couramment ainsi que son fils. Ce dernier selon Plutarque ne parle macédonien que sous le coup d'une forte émotion.

Après avoir été éduqué par Léonidas, un parent de sa mère Olympias et Lysimaque d'Acarnanie, Alexandre reçoit pour précepteur le philosophe Aristote de -343 à -340. Ce dernier est le fils de Nicomaque, médecin d’Amyntas III, le grand-père d’Alexandre. Il rédige une édition annotée de l'Iliade pour son élève. Alexandre lit également Hérodote et Xénophon, auteurs qu’il sait exploiter plus tard lors de ses conquêtes. Alexandre se révèle un étudiant doué. Il connaît par cœur de nombreuses tragédies, l’Iliade, et possède de nombreuses notions de médecine, d’histoire et de mathématiques.

Plusieurs compagnons d’enfance d’Alexandre, dont Ptolémée, Philotas, Héphaestion, se retrouvent à ses côtés lors de la conquête de l’Asie.

La séduction du personnage tient sans doute à ce mélange contradictoire : barbare et grec, mystique et réaliste, violent et généreux, emporté par son imagination et son rêve et guidé par sa lucidité. Sa volonté inflexible se double d’un réel opportunisme et d’un sens inné de la mise en scène.


Le roi de Macédoine
Un prince associé au pouvoir (-339 / -336)

« Hermès Azara » : pilier hermaïque romain reprenant le portrait d’Alexandre le Grand par Lysippe, musée du Louvre
Bien que considéré comme barbare par les Athéniens, le royaume de Macédoine a, sous le règne de Philippe, étendu son hégémonie sur la Grèce classique. Il vainc Athènes aux Thermopyles en -352, intervient dans un conflit entre Thèbes et les Phocidiens, triomphe d’une coalition d’Athènes et de Thèbes à la bataille de Chéronée, en -338. Alexandre y fait ses preuves en commandant la cavalerie et en taillant en pièces le Bataillon sacré des Thébains.

Philippe est également l’initiateur de la ligue de Corinthe, rassemblant toutes les cités grecques, à l’exception de Sparte, sous son commandement. La ligue doit porter la guerre contre l’Empire perse. En -340, en l’absence de son père parti assiéger Byzance, Alexandre, à seize ans, devint régent de Macédoine.

En -337 cependant, une violente dispute oppose le père et le fils quand Alexandre prend le parti de sa mère Olympias à laquelle Philippe souhaite imposer Cléopâtre, sœur ou nièce d’un général de Philippe, Attale, comme seconde épouse légitime et dont il a bientôt un fils. Alexandre doit se réfugier dans la famille de sa mère en Épire. Cependant la brouille ne dure guère et bientôt pardonné, Alexandre sauve la vie de son père lors d’une confrontation avec les Triballes.


L’élimination de tout rival potentiel (été -336)
Au cours de l’été -336, Philippe est assassiné lors du mariage de sa fille Cléopâtre avec le roi d’Épire, Alexandre le Molosse, le frère d’Olympias. L’assassin est un jeune noble, Pausanias d'Orestis, un ancien officier du roi qui garde une rancune contre Philippe, ce dernier ayant ignoré une requête qu’il lui aurait faite. Les historiens de l’Antiquité ont parfois cru que le meurtre de Philippe avait été une machination impliquant Olympias et peut-être Alexandre mais Diodore de Sicile penche pour un motif personnel du meurtrier. Peu d'historiens contemporains considèrent qu'Alexandre est impliqué dans le meurtre de son père alors que toute la conduite de Philippe montre qu'il entend en faire son successeur.

Une autre hypothèse met en cause Darius III, le nouveau roi de Perse. Plutarque mentionne une lettre virulente d’Alexandre à Darius, où le Macédonien blâme Darius (et Bagoas, son grand vizir dont Darius III se débarrasse rapidement peu après), pour le meurtre de son père, soutenant que c’est Darius qui s’était vanté auprès des différentes cités grecques de la façon dont il avait fait assassiner Philippe.

Après la mort de Philippe, l’armée proclame Alexandre, alors âgé de vingt ans, nouveau roi de Macédoine. Les villes grecques comme Athènes et Thèbes, qui avaient prêté allégeance à Philippe, ne sont pas si pressées de faire de même vis-à-vis du jeune homme. Alexandre ordonne immédiatement l’exécution de tous ses rivaux potentiels. Ainsi, pour ne pas avoir de concurrent au trône, il fait assassiner son cousin Amyntas IV, roi de Macédoine vers -360 / -359 que Philippe II avait renversé alors qu’il n’était qu’un enfant. Quant à Olympias, profitant d’une absence de son fils parti guerroyer au nord, elle fait tuer le fils de Philippe II et de Cléopâtre et contraint cette dernière à se pendre. L’oncle de cette dernière, Attale, qui se trouve en campagne en Asie avec Parménion, est également assassiné. Impossible de savoir si elle agit avec l’assentiment d’Alexandre ou non ; toujours est-il que le nouveau roi de Macédoine n’a plus de rival capable de lui contester le trône.


Le royaume de Macédoine à la mort de Philippe II

La consolidation du pouvoir (fin -336 / printemps -334)
Alexandre n’est pas seulement roi des Macédoniens, mais aussi, comme son père, archonte à vie des Thessaliens et hégémon (??eµ??, « commandant en chef ») et stratège autoproclamé de la Ligue de Corinthe. De fait, la politique de la Ligue est entièrement dictée par les Macédoniens Philippe puis Alexandre. Ce dernier entreprend une rapide tournée diplomatique en Grèce afin que le réseau diplomatique constitué patiemment par son père ne se délite pas. L’allégeance thessalienne est renouvelée et la ligue de Corinthe (donc les Athéniens) prête serment au nouvel hègémôn.


Vue grecque du monde à la naissance d’Alexandre. Hécatée de Milet, Ve siècle av. J.-C.
Cependant, avant de reprendre le projet de son père de porter la guerre en Asie, il assure la sécurité de son royaume par deux expéditions au nord de la Macédoine ; l’une jusqu’au Danube, l’autre en Illyrie révoltée (fin de l’année -336 et début de l’année -335 jusqu’en été). Suivant Strabon et Arrien, des émissaires celtes — les ancêtres des Scordisques du milieu du -IIIème siècle — rencontrent Alexandre sur le Danube, à cette occasion en -335. L’anecdote suivante est rapportée :

Quand Alexandre eut vaincu les Gètes et rasé leur ville, sur le Danube, il lui vint des ambassades de tous côtés et entre autres des Gaulois, qui sont (dit-il) de grands hommes. Alexandre leur demanda alors ce qu’ils craignaient le plus au monde, en s’attendant à ce que ces gens disent qu’ils ne craignaient rien plus que lui : mais il fut détrompé car il avait affaire à des gens qui ne s’estimaient pas moins que lui ; ils lui dirent que la chose de ce monde qu’ils craignaient le plus était que le ciel ne tombât sur eux, ce qui signifiait qu’ils ne craignaient rien.

C'est alors, tandis que le nouveau roi de Macédoine est occupé au nord, que les cités grecques se révoltent. C'est le résultat de la politique de Darius III Codoman qui, à la fois par l'intermédiaire d'un chef mercenaire grec, Memnon de Rhodes, reconquiert les territoires pris par Parménion à la fin du règne de Philippe, et tente en même temps de susciter une révolte en Grèce sur les arrières macédoniens. Une fausse rumeur de la mort d'Alexandre déclenche la rebellion de Thèbes que promettent d'aider Athènes et Sparte.

La riposte d’Alexandre est foudroyante, impitoyable et paradoxale. Impitoyable, car la ville de Thèbes est entièrement rasée (automne -335) à l’exception de la citadelle de la Cadmée, de la maison natale de Pindare et des temples des dieux, sa population réduite en esclavage et les terres partagées entre les vainqueurs. Paradoxale, car Alexandre épargne Athènes, trop heureuse de se soumettre à moindre mal. Sans doute faut-il voir dans cette générosité la volonté de ne pas détruire le principal centre artistique, philosophique de la Grèce, ou bien l’influence de son ancien maître Aristote qui s’installe cette même année -335 à Athènes et y fonde le Lycée. Il semble aussi vraisemblable que les talents de négociateurs de Phocion et surtout de Démade aient convaincu le roi de ne pas détruire la ville. Alexandre réclame que lui soient livrés Démosthène, Lycurgue et Hypéride. Cela dit, les accès de fureur chez Alexandre alternent fréquemment avec des gestes de grande générosité, la destruction de Thèbes et le pardon d’Athènes ne sont que les premiers d’une longue liste.

Finalement, Alexandre est assez peu présent comme souverain dans son royaume. Quand il quitte l’Europe au printemps -334 pour son expédition en Asie, c’est pour ne jamais y revenir.


Le Conquérant
L’armée d’Alexandre
Alexandre ne laisse pas la Macédoine totalement dégarnie. Il donne à Antipater, nommé régent en l’absence du roi, la moitié de la cavalerie macédonienne soit environ 1500hommes et 12000fantassins. Les effectifs au départ de l’expédition d’Asie sont d’environ 1800cavaliers, auxquels s’ajoutent un chiffre équivalent de cavaliers thessaliens et 600 autres recrutés dans les États grecs de la Ligue de Corinthe.


Phalange macédonienne
Les fantassins, sans doute 32000, qui constituent la fameuse phalange, sont recrutés dans la classe paysanne macédonienne. Au total un effectif assez faible, 4400cavaliers environ et à peine plus de 30000fantassins. Mais tout au long de l’expédition des renforts arrivent de Macédoine et de Grèce, sans compter les troupes indigènes qui vont compléter les effectifs de l’armée au fur et à mesure qu’Alexandre avance en Asie. D’autre part la faiblesse des effectifs est compensée par une grande supériorité tactique. Les phalanges sont allégées et leurs sarisses (longues piques dont la base peut être fichée dans le sol et capables de briser les charges de cavalerie) allongées augmentant ainsi leur vitesse de charge, de sorte qu'avec des formations très serrées, les masses et les énergies cinétiques des hoplites se cumulent rendant le choc lors du contact tel qu’il peut renverser plusieurs rangs d’infanterie adverse. La cavalerie lourde compense le manque de maniabilité des phalanges en protégeant ses flancs très vulnérables et en attaquant ceux de l’ennemi pour désorganiser les formations ennemies et les rendre vulnérables à l’impact des phalanges.


La bataille du Granique (mai -334)

Dispositif de la bataille du Granique
Le jeune roi de Macédoine part de sa capitale Pella et, en vingt jours, atteint Sestos en Chersonèse de Thrace. Tandis que Parménion est chargé par le roi de transporter l’armée à Abydos, tête de pont créée par Philippe II sur l’Hellespont, Alexandre se dirige vers Éléonte où il rend sacrifice au premier héros tombé lors de la guerre de Troie, Protésilas. Ce geste est le premier d’une longue liste qui illustre la volonté du roi de frapper les imaginations en se faisant passer pour le nouvel Achille, sans qu’il soit d’ailleurs possible de savoir s’il est sincèrement pénétré de la fierté d’appartenir à la race du héros ou s’il s’agit d’une simple gestuelle théâtrale à destination de ses soldats et des peuples d’Asie Mineure et de Grèce.

C’est ainsi qu’il débarque en Asie près de l’emplacement supposé de Troie, dresse des autels dans le temple d’Athéna à Ilion, puis va mettre une couronne sur le tombeau d’Achille, tandis que Héphaestion fait de même sur celui de Patrocle (Élien explique dans son Histoire variée (XII, 7) qu’il « laissait ainsi entendre qu’il était le mignon d’Alexandre, comme Patrocle avait été celui d’Achille ». Son livre est une collection des anecdotes, écrit plus de cinq siècles après la mort d'Alexandre et il est pourtant le seul historien connu à évoquer une telle relation, qui serait donc probablement fausse. Hephaestion passe chez les autres historiens comme « l'ami le plus cher d'Alexandre »). Ce n’est qu’après, qu’Alexandre rejoint son armée à Arisbé en quatre jours, en contournant par le nord le massif du Pityos.

Le principal chef mercenaire grec de Darius III, Memnon de Rhodes, est partisan de la politique de la terre brûlée face aux Macédoniens, dont il estime, à juste titre, la valeur. Il propose que l’armée entraîne vers l’intérieur du pays, sans combattre, les troupes d’Alexandre tandis que la flotte perse porte la guerre jusqu’en Macédoine. Memnon pouvait légitimement espérer une révolte des cités grecques, s’appuyant sur l’or de Darius et sur le légitime ressentiment contre Alexandre à la suite du saccage de Thèbes. Mais les satrapes perses se méfient des conseils d’un étranger et ne tiennent aucunement compte de son avis. Arsitès, le satrape de Phrygie, déclare qu’il ne laissera pas brûler une seule maison de sa satrapie.


Parcours de l’armée d’Alexandre le Grand dans la partie occidentale de l’Asie Mineure au cours de l’année -334. La prise de Milet (mai/juillet -334) La victoire d’Alexandre a une conséquence importante : jusqu’à la bataille d'Issos, il n’a que de simples garnisons laissées dans les villes pour s’opposer à lui. Dans la foulée du Granique, Sardes, la capitale de Phrygie, se rend sans résistance, tandis que Parménion s’empare de Dascylion. La ville d’Éphèse, en proie à des luttes de factions, où Memnon s’est réfugié après la bataille, voit le parti démocratique favorable à Alexandre l’emporter. Celui-ci s’attire habilement la sympathie des habitants de la ville en confiant au temple d’Artémis le tribut que la ville payait jusqu’alors à Darius et en rappelant les bannis.

Les adversaires d’Alexandre se sont réfugiés à Milet, où Memnon, qui vient de quitter Éphèse, reprend les choses en main après les velléités de trahison de la cause perse par Hégésistrate, le chef des mercenaires grecs au service de Darius. Cependant la ville est rapidement prise en juillet -334 par Alexandre, après qu’il eut interdit à la flotte perse de mouiller sur la côte en prenant le cap Mycale.


Le siège d’Halicarnasse (été/automne -334)
Cependant Memnon s’est réfugié à Halicarnasse dont le roi Pixodaros, le frère du célèbre Mausole, s’est rangé du côté des Perses. Memnon est assisté du satrape Orontabès et du Thébain Ephialte, qui a juré la mort du macédonien depuis la destruction de sa ville d’origine.

Alexandre joue sur les rivalités internes à la cité et fait de Ada, la sœur de Pixodaros, que celui-ci avait renversée, le satrape de Carie. Celle-ci adopte alors Alexandre comme son fils et en fait son héritier. La plupart des satrapies orientales seront organisées selon ce modèle. Les pouvoirs civils sont donnés à un Perse ou un Asiatique et les pouvoirs militaires à un Macédonien.

Reste cependant à s’emparer de la ville qui comporte deux citadelles dont l’une sur une île. Alexandre après la prise de Milet vient de commettre l’erreur de licencier sa flotte. Aussi ne peut-il s’emparer que de la ville basse tandis que les deux acropoles restent aux mains des mercenaires grecs de Darius. Aussi Alexandre poursuit-il sa route en laissant sous le commandement de Ptolémée une troupe de 3000fantassins et 200cavaliers poursuivre le siège.


Alexandre s’empare de la Pamphylie et de la Pisidie (hiver -334 / printemps -333)

Parcours de l’armée d’Alexandre le Grand en Asie mineure au cours de l’année -333.
Alexandre se dirige alors vers la Lycie et s’en empare sans grande résistance. Puis, à la fin de l’année -334 et au début de -333, il pénètre en Pamphylie puis en Pisidie. Ces régions n’appartiennent que très nominalement à l’empire achéménide. Le plus souvent ces villes sont autonomes et rivales entre elles. De ces rivalités, Alexandre va jouer et reçoit la soumission d’Aspendos (à l’est de la ville actuelle d’Antalya), de Sidé (aujourd’hui Side ou Selimiye à environ 60 kilomètres à l’est d’Antalya).

Puis il remonte vers la Phrygie et combat les habitants de la ville de Termessos (34 km au nord-ouest d’Antalya) sans réussir à prendre la ville, traite avec bienveillance leurs ennemis de la cité de Selge, s’empare de Sagalassos et parvient enfin à Gordion (village actuel de Yassihöyük). Il y trouve des renforts venus à la fois de Macédoine et de Grèce ainsi que Parménion qui venait en partie d’hiverner à Sardes. Le gouvernement de la Pamphilie et de la Pisidie est confié à Néarque.



La contre-offensive de Memnon de Rhodes (hiver -334 / -333)
La première partie de la campagne d’Alexandre est terminée. La situation est indécise car certes le roi de Macédoine vient de remporter de glorieux succès mais il doit faire face à plusieurs incertitudes. Pour certains membres de son entourage, dont Parménion est semble-t-il le représentant, l’objectif de Philippe II, théorisé par Isocrate à savoir la conquête de l’Asie jusqu’aux rives de l’Halys, est atteint. Un vaste territoire est conquis par la Macédoine et ouvert à la colonisation et l’influence hellénique. Mais Isocrate, dans les projets qu’il avait présenté à Philippe envisageait une seconde solution : l’anéantissement de l’empire perse.

C’est cet objectif que souhaite atteindre Alexandre. Cela explique d’ailleurs pourquoi, bien qu’il proclame sa volonté d’agir en qualité de chef des Hellènes, il s’appuie avant tout, du moins au départ, sur les Macédoniens considérés comme plus fiables et attachés à sa personne par la fidélité dynastique. C’est pourquoi il ne reste qu’assez peu de temps à Gordion, où l’épisode du nœud gordien, s’il est authentique, lui promet l’empire d’Asie (Alexandre se voit présenter le nœud gordien : il est dit que la personne qui arrivera à dénouer ce nœud acquerra l’empire de l’Asie. Alexandre, d’un coup de son épée, tranche le fameux nœud), et cela alors que la situation n’est pas totalement sans risque sur ses arrières.


Alexandre tranchant le nœud gordien par Jean Simon Berthélemy, Paris, École des Beaux-Arts
En effet lors de l’hiver -334 Darius donne le commandement de sa flotte à Memnon de Rhodes. Celui-ci envisage de porter la guerre en Macédoine en débarquant en Grèce (on parle de l’Eubée) et en organisant une révolte générale. Le sentiment anti-macédonien demeure vivace dans de nombreuses cités. L’idée d’une guerre de revanche contre les Perses, par rapport aux guerres médiques, idée développée par Alexandre et ses partisans en Grèce ne rend pas acceptable à leurs adversaires l’hégémonie macédonienne. N’oublions pas que des soldats grecs combattent dans les deux camps. Memnon reprend Chios, qui lui est livrée par le parti oligarchique (cette tendance politique sera globalement toujours hostile à Alexandre dans les cités grecques contrairement au parti démocratique) puis il rétablit le tyran Aristonicos à Méthymne et met le siège devant Mytilène. C’est alors que Memnon meurt (fin de l’été -333) et que son plan est abandonné par Darius III. Le souverain perse décide de prendre lui-même la tête de son armée contre Alexandre. Autophradatès et Pharnabaze remplacent Memnon à la tête de l’armée et de la flotte. Pharnabaze reprend Milet et Halicarnasse mais doit se séparer de ses mercenaires grecs qui vont rejoindre, sans doute par mer, l’armée que Darius rassemble.

Alexandre estime cependant, à juste titre, avoir fait une erreur en licenciant sa flotte. C’est pourquoi il charge deux officiers, Hégélochos et Amphotéros (le frère de Cratère) d’en reconstituer une. Il s’en faut de peu qu’un conflit éclate avec Athènes dont les vaisseaux venus du Pont-Euxin sont interceptés par Hégélochos. Celui-ci doit faire face à une menace d’intervention de la flotte d’Athènes et relâche les vaisseaux. Cet épisode illustre la nécessité pour Alexandre d’une victoire en Asie pour empêcher toute tentative de révolte en Grèce. C’est pourquoi, quand au début de l’été -333 il apprend que Darius III marche sur la Cilicie, Alexandre quitte Gordion.


D’Issos à Arbèles

Alexandre le Grand sur son cheval Bucéphale, détail de la mosaïque romaine de Pompéi représentant la bataille d'Issos, musée national archéologique de Naples
En quittant Gordion, Alexandre se rend dans un premier temps à Ancyre et reçoit la soumission de la Paphlagonie puis celle de la Cappadoce jusqu’à l’Halys. Il pousse ensuite vers le sud, pénètre en Cilicie par le passage gardé par le satrape Arsamès des Portes ciliciennes. Il fait étape à Tarse et y tombe malade plusieurs semaines (sans doute des suites d’une hydrocution après une baignade dans le fleuve Kydnos). Cependant Parménion, véritable second du roi lors du début de l’expédition, occupe les passes qui permettent le passage de la Cilicie à la plaine d’Issos (col de Karanluk-Kapu) puis celles qui au-delà contrôlent le passage vers la Syrie (passes de Merkès et de Baïlan). Alexandre, une fois sur pied, soumet, en sept jours selon Arrien, les populations montagnardes de Cilicie et s’empare de Soles où il rétablit, en théorie du moins, la démocratie. Il apprend à ce moment la pacification de ses arrières avec les victoires de Ptolémée en Carie sur le satrape Orontobatès et la chute d’Halicarnasse, de Myndos et la soumission de Cos. Mais, peu de temps après (-333), le satrape Pharnabaze, à la tête de la flotte perse soumet Ténédos et Sigée et s’entend avec le roi de Sparte, Agis III, qui tente de soulever la Grèce en lui donnant de l’argent et quelques navires. La situation reste donc délicate d’autant que l’arrivée imminente de Darius III se précise.

Le souverain achéménide s’est installé dans la plaine d’Issos, abandonnant curieusement la position plus favorable à sa cavalerie de Soches, peut-être dans la volonté de couper Alexandre de ses arrières et de le contraindre à la bataille. Alexandre est en Syrie mais il fait demi-tour, ayant besoin pour les raisons invoquées plus haut d’une victoire. Il reprend le chemin des passes syriennes déjà emprunté, s’aventure lentement dans la plaine d’Issos et y organise sa ligne de bataille devant l’armée perse.


La conquête de la Phénicie (hiver -333)
La déroute des Perses après la défaite d’Issos (1er novembre -333) est totale. Darius avec quelques milliers d’hommes à peine s’enfuit vers Thapsaque (ville de Syrie sur l’Euphrate) tandis que d’autres fuyards sont dispersés par les divers officiers d’Alexandre. De nombreux fugitifs se réfugient en Phénicie puis de là gagnent l’Égypte ou Chypre. Le résultat le plus net de la victoire c’est, paradoxalement, la soumission totale du monde grec qui ne songe plus à apporter son soutien aux Perses, comme venait de le tenter le roi de Sparte, Agis III en rencontrant des satrapes perses et en tentant de soulever la Crète. Démosthène, à Athènes, avait prédit (et espéré ?) la défaite du roi de Macédoine. La victoire d’Issos fait cesser, provisoirement en tout cas, les velléités d’indépendance des cités grecques.

Pourtant paradoxalement la situation d'Alexandre reste périlleuse. Un des meilleurs officiers perses, Nabarzanès s'est retiré avec d'importantes forces de cavalerie en Cappadoce et Paphlagonie et recrute d'importantes forces (fin -333/début -332). Il y a donc un risque réel sur les arrières d'Alexandre et ses lignes d'approvisionnement en Asie mineure. De plus il apparait clairement que Darius lève une nouvelle armée. Enfin la flotte perse représente un grand danger en mer Égée. La maîtrise de la côte phénicienne, pouvant lui servir de base arrière, est donc indispensable. C’est pourquoi, délaissant la poursuite de Darius III, Alexandre prend la route du sud vers Arados (au nord de la Phénicie) tandis que Parménion est envoyé sur Damas où il s’empare des bagages de Darius. Dans le même temps Alexandre nomme un de ses officiers les plus énergiques, Antigone, au commandement de toutes les forces macédoniennes présentes en Asie mineure. Celui-ci réussit, avec l'aide de Néarque, à briser la contre-offensive perse en Asie mineure au printemps de -332.

La période de l’empire achéménide pour les Phéniciens avait été une période prospère car, en leur laissant une véritable autonomie, les rois perses avaient permis aux cités phéniciennes de reprendre en partie la maîtrise de nombreuses routes commerciales face à leurs adversaires traditionnels : les Grecs. Les Phéniciens constituaient une grande part des marins de la flotte perse à la bataille de Salamine par exemple. Mais divisées entre elles, ces cités n’adoptent pas une attitude commune face à l’arrivée des Macédoniens. Le roi d’Arastos, Gérostrate, estime qu’il n’a pas les moyens de résister et surtout que sa cité, plus riche de son commerce terrestre (avec la Perse et la Médie surtout) que de son commerce maritime, n’a aucun intérêt à un siège destructeur. La ville se rend ainsi que les cités de Marathos, Sigôn et Byblos. Quant à Sidon, elle se soumet d’autant plus facilement que ses habitants n’ont pas oublié les représailles d’Artaxerxès II lorsque la ville avait participé à la révolte des satrapes sous le règne de ce prince.


Le siège de Tyr (janvier / août -332)
À la fin de l’année -333, alors qu’Alexandre est à Sidon, des négociations s’engagent avec le roi de Tyr, Azemilcos, lequel souhaite rester neutre dans le conflit. Refus d’Alexandre qui par contre désire offrir un sacrifice dans le temple de Melqart à Tyr. Refus des Tyriens qui décèlent le piège. Faire entrer Alexandre en vainqueur dans le temple c’est lui donner pouvoir sur la cité. Quant à Alexandre, il ne lui sert à rien de tenir la côte phénicienne si la ville de Tyr, avec ses deux ports, reste en dehors de son contrôle. C’est pourquoi commence en janvier -332 le long siège de Tyr (jusqu’en août -332). La ville neuve est sur une île (voir Ancharadus) qu’Alexandre compte atteindre en construisant une digue, avec les débris de la vieille ville (la ville continentale), d’environ 60m de long. Mais les difficultés s’accroissent quand la digue atteint des eaux plus profondes, d’autant que les Tyriens effectuent des raids meurtriers avec leurs navires.

Alexandre cependant a un atout. En tenant les autres cités phéniciennes, il disperse la flotte perse (début -332) dont les équipages phéniciens rentrent progressivement dans leurs ports d’attache. Les rois de Sidon, d’Aratos, de Chypre offrent ces navires à Alexandre qui ainsi peut constituer une flotte suffisante pour le siège de la ville (sans doute une centaine de navires). Après un raid d’une dizaine de jours pour soumettre les populations des montagnes du Liban actuel, il constate que sa nouvelle flotte est prête et apprend l’arrivée de Cléandre avec un corps de 4000mercenaires, pour la plupart issus du Péloponnèse.

Attaquée par terre, isolée par mer, la vieille cité résiste jusqu’en août -332. La flotte de Tyr est détruite par les navires d’Alexandre lors d’une contre-attaque désespérée. Les habitants se défendent au moyen d’engins balistiques, de plongeurs et de navires brûlots. Une fois les tours de siège et les béliers approchées des murs, Alexandre mène lui-même l’assaut (selon l’historien Diodore de Sicile). La prise de la ville donne lieu à des actes d’une grande violence tant les habitants se défendent avec acharnement. Les Tyriens utilisent des tridents, ressemblant à des sortes d’hameçons, pour arracher les boucliers des Macédoniens, et déversent du sable brûlant sur les attaquants. Ces derniers n’ont pas oublié les scènes de prisonniers de l’armée d’Alexandre précipités du haut des murailles. Sans doute 7000 à 8000 habitants de la ville sont tués (selon Diodore de Sicile), et 20000 au moins sont vendus comme esclaves (une partie de la population dont beaucoup de femmes et d’enfants s’est enfuie vers Carthage). Seul le temple est épargné dans la ville.

La digue érigée par Alexandre existe encore en partie de nos jours ; elle servit notamment aux croisés lorsqu’ils assiégèrent Tyr. Ce succès permet à Alexandre de terminer sa mainmise sur l’ensemble de la Phénicie.


Quels objectifs ?

Parcours de l’armée d’Alexandre le Grand au cours des années -332 et -331, de la bataille d’Issos à celle de Gaugamèles et jusqu’à la prise de Babylone.
Alexandre après la prise de Tyr prend le chemin de l’Égypte non sans avoir repoussé à deux reprises, malgré l’avis favorable de Parménion, des propositions de paix plus qu’avantageuses de Darius III. Darius propose qu'Alexandre épouse sa fille Stateira et lui donne en dot toute la région entre l'Europe et le fleuve Halys en Asie mineure. Ce que semble désirer Alexandre ce n’est pas un empire gréco-macédonien débordant largement sur l’Asie, idée déjà défendue par Isocrate le rhéteur athénien, mais l’Asie tout entière, du moins la connaissance qu’en possèdent les Grecs. Le refus d'Alexandre s'explique aussi par le caractère fictif des concessions territoriales de Darius. Celles-ci ne constituent que la dot de Stateira ce qui signifie qu'en aucun cas Darius ne renonce à sa souveraineté sur les régions considérées. C'est ce piège que veut éviter Alexandre qui exige d'être regardé comme le souverain (kurios) plein et entier des territoires déjà conquis.

Il semble donc que l'objectif premier d'Alexandre soit de remplacer la souveraineté achéménide par la souveraineté macédonienne et qu'il considère que toutes ses conquêtes le sont à titre définitif. La nomination de satrapes, dès la victoire du Granique, va dans ce sens. Après la prise de Tyr il affirme avec force qu'il ne va pas se contenter de la conquête de la Lydie et la Cilicie, ce qui était grosso-modo l'objectif d'Isocrate. Les historiens de l'Antiquité sont tous convaincus que son objectif est bien la conquête de l'ensemble du territoire achéménide. Certes il faut se montrer prudent avec les diverses sources.

S'agit-il chez Arrien et Quinte-Curce du rapport fidèle des ambitions territoriales d'Alexandre ou d'un discours historiographique construit après coup afin de donner l'impression chez le conquérant d'une vision à long terme et non d'une conquête improvisée au gré des victoires et des évènements. La réponse à cette question est problématique mais il semble difficile de croire qu'à la suite d'un éventuel accord entre Darius et Alexandre ce dernier ait accepté de faire de l'Euphrate sa frontière orientale. Le fait que tout au long de la période Alexandre revendique, systématiquement, les territoires qui à un moment ou à un autre étaient achéménides illustre bien qu'il y a chez lui une volonté et un projet politique fort et cohérent.



Le pharaon (automne -332 / printemps -331)

Alexandre en pharaon priant le dieu Amon - Temple de Louxor
Sur la route de l’Égypte il rencontre une forte résistance à Gaza, sous la conduite de l’eunuque Batis, et prend la ville (fin -332) dont la garnison est massacrée et la population vendue en esclavage. Alexandre est blessé à deux reprises lors de ce siège. En sept jours depuis Gaza il atteint alors Péluse en Égypte. Quand Alexandre entre en Égypte en décembre -332, il semble être accueilli en libérateur. Il est fort possible que ce soit les Égyptiens eux-mêmes qui aient demandé son aide, pour les affranchir de la domination perse qui s’exerce difficilement car les Égyptiens se sont révoltés de nombreuses fois sur le pays depuis deux siècles. Toujours est-il qu’il ne rencontre que peu de résistance et qu’il étend rapidement son royaume jusqu’à la première cataracte du Nil.

Alexandre se fait proclamer pharaon à Memphis en -331. Il sacrifie au taureau Apis — gage de respect des traditions égyptiennes — et honore les autres dieux. Il se dirige ensuite vers la côte méditerranéenne où il choisit l’emplacement de la future Alexandrie qui n’est achevée que sous Ptolémée Ier ou Ptolémée II. La légende veut qu’Alexandre ait choisi lui-même les plans de la nouvelle cité. Il se rend ensuite dans l’oasis de Siwa où il rencontre l’oracle d’Ammon-Zeus qui le confirme comme descendant direct du dieu Amon. Cette salutation, conforme à l’étiquette égyptienne, est très largement exploitée par la propagande du Conquérant. Cette anecdote est rapportée ainsi par Plutarque : De retour à Memphis, il se fait officiellement couronner dans le temple de Ptah et réorganise le pays avant de repartir à la conquête du Moyen-Orient.

C’est durant son séjour égyptien qu’il apprend la déroute définitive de ce qui reste de la flotte perse et la capture de ses derniers adversaires en mer Égée dont le satrape Pharnabaze. Fait prisonnier, celui-ci parvient à s’échapper mais l’un des amiraux d’Alexandre, Hégélochos, apporte à son maître de nombreux prisonniers qui sont exilés dans la ville égyptienne d’Éléphantine. Cela laisse toute latitude à Antipater, le régent de Macédoine pour s’occuper du toujours remuant roi de Sparte, Agis III. La situation en Europe inquiète Alexandre tout au long de l'année -331 même après l'écrasement de la Perse à Gaugamèles. Il multiplie d'ailleurs les faveurs aux cités grecques pour les inciter à rester loyales. Il n'est pas impossible que l'incendie de Persépolis, capitale religieuse des Achéménides, ait pour objectif de prouver à la Grèce que l'objectif de la Ligue de Corinthe est atteint et, ainsi, d'éviter des troubles en Europe.

Alexandre quitte ensuite l’Égypte au printemps -331 pour n’y jamais revenir vivant.


Vers la bataille décisive avec Darius III (printemps / été -331 – octobre -331)

La bataille de Gaugamèles, par Jan Brueghel l'Ancien
Lors d’un nouveau passage à Tyr, il reçoit une délégation d’Athènes qui obtient du roi la libération des mercenaires athéniens qui avaient combattu à la bataille du Granique dans les rangs de l’armée perse. Puis à la fin du printemps/début de l’été -331 l’armée macédonienne se met en marche vers l’Euphrate qui est traversé fin juillet à Thapsaque sur un pont de bateaux. Le satrape Mazaios s’est replié à l’arrivée de son adversaire. Les prodromoi d’Alexandre repèrent l’armée de Darius plus au nord, aussi le roi de Macédoine au lieu de marcher sur Babylone selon son plan initial remonte vers le nord, vers Nisibe, et franchit le Tigre vers le 20/septembre/-331 (aux environs de Djésireh, dans l’Irak actuel) contournant son adversaire par le nord. Alexandre reprend alors la direction du sud avec le Tigre sur sa droite. Au bout de quatre jours de marche il apprend que l’armée perse, bien supérieure en nombre, l’attend à Gaugamèles, non loin d’Arbèles / Adiabène (actuelle ville d’Erbil dans le Kurdistan irakien).


À la poursuite de Darius III
L’entrée dans Babylone et Suse (novembre / décembre -331)

Entrée d'Alexandre le Grand dans Babylone, par Charles Le Brun
Le succès du combat lui ouvre la route de Babylone, qui se rend suite à des négociations. Nous connaissons mieux de nos jours les trois semaines entre la bataille et son entrée dans la ville (fin octobre -331) grâce à une tablette babylonienne qui, bien que détériorée, fait une nette allusion à la bataille de Gaugamèles et à sa chronologie précise. L’auteur anonyme y parle de la fuite de Darius « vers le pays de Guti » ce qui désigne la Médie. La suite de ce texte indique que les autorités de Babylone négocient avec le vainqueur et que celui-ci habilement garantit le maintien des traditions religieuses et la préservation des sanctuaires. Il donne l’ordre de rebâtir le sanctuaire de Bel Mardouk qui tombait en ruine. Le vainqueur de Darius maintient d’ailleurs la plupart des dignitaires à leur poste (souvent sous le contrôle d’un officier macédonien). C’est le cas de Maziaos, un noble perse, qui sur ordre de Darius s’est replié sur Babylone dont il devient alors le satrape, poste auquel il est confirmé par Alexandre. Celui-ci s’évite ainsi un siège long qui pouvait permettre à son ennemi de se ressaisir et inaugure sa politique de ralliement à sa personne de l’aristocratie achéménide.

Il entre en vainqueur dans la capitale de l’Empire perse et y demeure près d’un mois. Tandis que Darius, en fuite, tente de réunir une nouvelle armée royale dans les hautes satrapies, Alexandre prend la direction de Suse, laquelle se rend à son tour. Il avait cependant dépêché Polyxénos à Suse afin de s’assurer du trésor important (sans doute près de 50000talents d’argent) qui s’y trouvait. Une partie importante de cet argent (sans doute 30000talents) est envoyé à Antipater afin qu’il l’utilise dans sa lutte contre Sparte.


Les difficultés d’Antipater (-331)
L’année -331 est une année difficile pour Antipater, outre ses relations exécrables avec Olympias, à qui Alexandre a confié le gouvernement de la Macédoine et de la Grèce en son absence. Apparemment la dispersion de la flotte perse, suite à la prise de Tyr, n’attise plus les velléités de révolte des Grecs sauf à Sparte où le roi Agis III s’assure le concours des pirates crétois puis de l’ensemble des peuples du Péloponnèse (Éléens, Arcadiens et la quasi-totalité de l’Achaïe à l’exception de Pellènè). Mégalopolis et Messène sont les seules cités importantes à refuser d’entrer dans la coalition anti-macédonienne. Dans un premier temps Agis est vainqueur d’un corps expéditionnaire macédonien dirigé par Korragos et assiège Mégalopolis. Le reste de la Grèce cependant ne bouge pas et même Démosthène à Athènes conseille de n’en rien faire. Il est vrai que les gestes habiles d’Alexandre, comme de renvoyer de Suse vers Athènes la statue d’Aristogiton et d’Harmodios ou la libération des prisonniers athéniens de la bataille du Granique, lui concilient provisoirement une partie des habitants de la cité attique.

En Thrace, Memnon, un stratège macédonien envoyé pour contenir une révolte, prend le parti des populations insurgées. Enfin, la reine Olympias provoque des difficultés quand, à la mort de son frère Alexandre, le roi d’Épire, tué dans une expédition en Italie, elle avance des prétentions au trône de ce pays. Elle en assure finalement la régence pour l’un de ses petits-enfants, fils du roi précédent et de sa fille Cléopâtre la sœur d'Alexandre. Antipater réagit, suivant les ordres d'Alexandre, en traitant avec Memnon pour le neutraliser et en en dirigeant la quasi-totalité de ses forces, sans doute 35000 à 40000 hommes vers le Péloponnèse. Agis ne dispose quant à lui que de 20000 hommes environ et 2000cavaliers. Il est battu et tué sous les murs de Mégalopolis à l’automne -331. Sparte est contrainte à dissoudre la Ligue du Péloponnèse et à entrer dans la Ligue de Corinthe. La nouvelle de la victoire de Gaugamèles en Asie après la victoire d'Antipater sur Sparte assurent avec plus de force la souveraineté macédonienne en Grèce.


La campagne en Perse et l’incendie de Persépolis (janvier / mai -330)

Alexandre Rondanini, copie romaine d’un groupe d’Euphranor représentant Alexandre et son père, Glyptothèque de Munich
La campagne se poursuit en direction de la Perse proprement dite. Alexandre emprunte la route, que suivait la cour du Grand Roi lors de ses pérégrinations entre les diverses capitales de l’empire, qui passe à travers le pays des Ouxiens (sud-ouest de l’Iran actuel). Il soumet, par une campagne foudroyante dont il a l’habitude, les montagnards de ces régions qui s’engagent à payer un tribut en chevaux et bêtes de somme dont a besoin l’armée. Après avoir été un temps arrêté par la résistance du satrape aux Portes persiques, il franchit l’Araxe sur un pont qu’il fait construire et parvient dans la ville la plus symbolique du pouvoir perse, Persépolis.

La ville est livrée au pillage, puis quelque temps après, les palais de la terrasse sont livrés aux flammes (mai -330). Cet incendie est parfois interprété comme volontaire, bien qu’il aille à l’encontre de la politique d’intégration aux coutumes locales du conquérant. Alexandre aurait ainsi effectué un geste symbolique mûrement réfléchi, à la fois en direction des Perses et des Grecs de la Ligue. Une autre interprétation affirme qu’Alexandre aurait provoqué l’incendie dans un état d’ivresse, poussé en cela par une jeune courtisane athénienne, Thaïs. Il est possible qu’Alexandre ait voulu par là venger les destructions perses à Athènes, en -480, ou plus simplement qu’il ait souhaité affirmer son pouvoir face à une population peu encline à se rallier à lui. Quoi qu’il en soit, Alexandre regrettera par la suite cet acte très mal perçu par les Perses mais accompli avec joie par les troupes macédoniennes qui pensent, bien à tort, qu'Alexandre trahit son regret du pays natal et manifeste par cet incendie sa volonté de ne pas se fixer en Asie.
Les ruines des palais des Achéménides, Persépolis.

La mort de Darius III (été -330)
Darius III pendant ce temps s'est réfugié en Médie puis, devant l'avance d'Alexandre, décide de prendre le chemin de l'Hyrcanie (sud-est de la mer Caspienne). Il est rejoint à Ecbatane par Ariobarzane, Bessos avec des cavaliers originaires de Bactriane et un corps d'environ 2000mercenaires Grecs. Darius envoie son harem, ce qui reste de son trésor aux portes caspiennes (à l’est de Téhéran) qui permettent l'entrée en Hyrcanie et qui se révèlent faciles à défendre. Alexandre pénètre en Paratécène (l'actuelle région d'Ispahan), soumet la population et fonce sur Ecbatane pour y apprendre que Darius vient de s’enfuir trois jours plus tôt avec environ 9000 hommes dont 3000 cavaliers.

À Ecbatane le roi de Macédoine licencie ses cavaliers thessaliens, lance Parménion vers l'Hyrcanie et Cleithos vers la Parthie (à l’est de l'Hyrcanie). Lui-même se lance avec des troupes rapides à la poursuite du monarque en fuite. En onze jours il parcourt la route qui va d’Ecbatane à Rhagæ (légèrement au sud de Téhéran) où il est obligé de laisser souffler ses hommes et chevaux cinq jours. Il apprend par des transfuges que Darius est prisonnier des satrapes Bessos et Barsaentès et qu'il se dirige vers Hécatompyles (près de l'actuelle ville de Shahroud). En apprenant cette nouvelle, Alexandre confie ses troupes à Cratère et avec ses éléments les plus rapides marche pendant une journée et demie sans pratiquer de véritable pause. Un jour plus tard, après une marche nocturne, il atteint le camp de Darius que celui-ci vient d'abandonner. Le soir même Alexandre impose à ses hommes une nouvelle marche de nuit pour aboutir à un campement de nouveau abandonné. Finalement Alexandre avec quelques cavaliers et fantassins montés rejoint le convoi de Darius. Celui-ci est mort, assassiné par Bessos, Barsaentès et Satibarzane qui viennent de s’enfuir avec quelques centaines de cavaliers (été -330). L'un des satrapes comploteurs, Bessos, tente de prendre les rênes du pouvoir perse, sous le nom d' Artaxerxès IV, mais il est trop tard, Alexandre tient fermement l’empire perse.


Toujours plus à l’est
Darius III mort, Alexandre lui rend les honneurs royaux et se présente en justicier contre ses assassins. Il est probable que la mort de Darius, à laquelle il est étranger, est pour Alexandre une bonne nouvelle car quel sort eût-il pu réserver au Grand Roi s’il avait été pris vivant ? Au contraire il lui est possible maintenant de se montrer généreux avec sa famille et de faire ensevelir Darius dans les tombes royales de Persépolis. Les satrapes restés fidèles à Darius sont récompensés tel Artabaze qui reçoit la satrapie de Bactriane. La mort de Darius amène la noblesse perse à se rallier massivement à Alexandre. Cette collaboration des élites vaincues lui est nécessaire car les premières manifestations de lassitude de certains contingents obligent le roi à licencier une partie de ses troupes. En Médie les cavaliers thessaliens et les alliés (7000 hommes au départ de l’expédition) sont renvoyés dans leurs foyers. Or les besoins en hommes augmentent au fur et à mesure que l’armée pénètre en Asie. Ainsi, rien que pour garder les trésors royaux, Alexandre laisse 6000 hommes à Ecbatane.


La révolte de l’Arie (automne -330)
Avant de poursuivre Bessos et ses complices, Alexandre soumet l’Hyrcanie et les populations montagnardes de la région (actuelles montagnes du Khurasan à la frontière entre l’Iran et le Turkménistan), les Tapouriens et les Mardes. Il incorpore à son armée la majorité des mercenaires Grecs qui étaient au service de la Perse (recrutés avant -334 ce qui lui permet de compenser le licenciement d’une partie de ses troupes abordé précédemment) et rassemble ses soldats à Zadracarta. Une partie des soldats est renvoyée, sous le commandement de Parménion en qui il est plausible qu’Alexandre n’ait plus qu’une confiance limitée, à Ecbatane tandis qu’il se prépare à poursuivre les satrapes en fuite. Il apprend à Zadracarta que ceux-ci se sont séparés et que Bessos, qui se proclame roi sous le nom d’Artaxerxès IV, s’est réfugié en Bactriane tandis que Satibarzane est retourné en Arie (actuelle région d’Hérat à l’ouest de l’Afghanistan) et Barsaentès en Drangiane (sud de l’Afghanistan).

Alexandre s’empare assez rapidement de l’Arie, en remontant la vallée de l’Atrek, et maintient Satibarzane à son poste en lui adjoignant un stratège macédonien Anaxippos. Mais, alors qu’il se prépare à remonter vers la Bactriane, Satibarzane se révolte (automne -330), assassine Anaxippos et massacre les troupes macédoniennes laissées en Arie avant de s’enfuir. Alexandre afin de maintenir l’ordre dans cette province y fonde une ville, Alexandrie d’Arie (actuelle Hérat), puis se dirige vers la Drangiane où le rebelle Barsaentès lui est livré et mis à mort. En octobre ou novembre -330 Satibarzane se révolte de nouveau en Arie. Il est tué dans un affrontement avec le corps expéditionnaire lancé contre lui par Alexandre et dirigé par Artabaze, Érygyos et Caranos.


Les meurtres de Philotas et Parménion (automne -330)
C’est à l’automne de l’année -330 que se déroule un épisode dramatique entraînant la mort de proches d’Alexandre sur ordre du roi. Alors que l’armée séjourne dans la capitale de la Drangiane, Phrada-Prophtasia (au sud de Hérat), Philotas le fils de Parménion et commandant de la cavalerie est emprisonné et jugé pour complot, ou plus exactement pour avoir eu vent d’un complot contre le roi et de n’avoir rien fait pour le dénoncer. Il est probable que les critiques de Philotas sur le cérémonial perse de plus en plus adopté par le roi aient indisposé ce dernier. Philotas est jugé par l’assemblée des Macédoniens, fortement accusé par Cratère (qui y voit sans doute un moyen d’éliminer un rival qui pourrait faire de l’ombre à son étoile montante) et lapidé selon la coutume. Quant à Parménion, qui se trouve à la tête de nombreuses troupes en Médie, Alexandre ignore s’il se trouve impliqué dans la conjuration. Dans le doute il envoie des officiers le mettre à mort, ce qui est fait. Il s’en faut de peu que les troupes de Médie se soulèvent à cause de ce meurtre.

Cet épisode est révélateur des réticences de plus en plus fortes d’une partie des Macédoniens et de l’entourage du roi (à l’exception notable d’Héphaestion) sur cette épopée qui les voit s’enfoncer de plus en plus en Asie, loin de leurs bases, de leur pays à la poursuite d’un but et d’un rêve qui leur échappe. Les maladresses de Philotas, expliquant volontiers qu’Alexandre n’aurait pas remporté ses victoires sans l’aide de son père et la sienne, et qui se moquait des prétentions du roi à être considéré comme le fils d’Ammon-Zeus, expliquent aussi sans doute qu’Alexandre ne tente rien pour sauver sa vie. Cet épisode démontre enfin qu’Alexandre est prêt à tout pour l’accomplissement de ses desseins, même le meurtre de ses plus proches conseillers ou amis. La mort de Cleithos au printemps -328 le prouve tragiquement. Enfin il ne faut pas perdre de vue que la royauté macédonienne connaît des rapports conflictuels fréquents entre aristocratie et monarchie et que le meurtre de Philotas, hipparque et commandant des Compagnons, est un moyen pour le roi de se débarrasser d’un officier trop puissant.


La difficile pacification de l’Asie centrale (fin -330 / printemps -327)
De Drangiane, l’armée passe vers la fin de -330 en Arachosie (sud-ouest de l’Afghanistan), mais est retardée dans sa poursuite de Bessos par la révolte de Satibarzane en Arie. Le roi fonde une nouvelle ville, Alexandrie qui correspond à l’actuelle Kandahar, laisse un stratège nommé Memnon comme satrape en Arachosie et remonte vers la Bactriane à la poursuite de Bessos. La traversée des monts Paraponisades (Hindu-Kush), que les Macédoniens et les Grecs confondent apparemment avec le Caucase, s’effectue au printemps -329. En Bactriane, Bessos est en fuite, ravageant les vallées entre les Paraponisades et l’Oxus (actuel Amou-Daria) afin de limiter les possibilités de ravitaillement de ses poursuivants. Il s’empare d’Aornos qui devient à son tour une Alexandrie puis de la cité de Zariapsa ou Bactres (actuellement Balkh). L’armée passe ensuite l’Oxus sur un pont flottant fait de tentes de peaux remplies de diverses matières séchées et passe en Sogdiane. Les nobles Spitaménès et Oxyartès décident alors de livrer Bessos et le font savoir à Alexandre. Ptolémée est chargé de cette capture délicate qui intervient au début de -329. Bessos est emmené à Bactres où, à la façon des Perses, on lui coupe le nez et les oreilles puis il est envoyé à Ecbatane et exécuté (-329).

Pendant près de deux ans Alexandre lutte en Sogdiane et en Bactriane contre des satrapes révoltés, contre les peuples des Sakas et des Massagètes contre lesquels Cratère va s’illustrer. Spitaménès, le satrape ayant livré Bessos, se révolte et massacre plusieurs garnisons macédoniennes. Il inflige même un cuisant échec militaire à des officiers d’Alexandre sur le fleuve Polytimetos (Zeravchan dans l’actuel Ouzbékistan). La réaction d'Alexandre après cette défaite est extrêmement significative du profond désarroi de l'armée puisqu'il interdit, sous peine de mort, aux rescapés de ce désastre de divulguer la réalité. Après avoir hiverné (-329/-328) à Bactres, Alexandre repart pour la Sogdiane qui s’agite quand Spitaménès reparait en Bactriane et surprend dans une embuscade la garnison de Zariapsa.

C’est en ce début d’année -328 que se déroule un épisode qu’Alexandre va profondément regretter, le meurtre de Cleithos. Ce dernier, parfois présenté comme le frère de lait du roi, est un de ses plus fidèles compagnons et lui sauve même la vie lors de la bataille du Granique. Lors d’un banquet se terminant souvent en ivrognerie généralisée, scène dont Alexandre semble familier, les auteurs antiques sont unanimes sur ce point, Cleithos porte les exploits de Philippe II au-dessus de ceux de son fils. Celui-ci ne le supporte pas et dans un accès de rage tue son ami de sa main. Dégrisé, Alexandre pleure longuement Cleithos et lui fait faire de grandioses funérailles. Cependant ce séjour dans les provinces orientales de l’ancien Empire achéménide pèse fortement sur l’entourage du roi.

Quand Alexandre tente d’imposer l’étiquette perse aux Macédoniens, en particulier le fait de se prosterner devant lui (proskynèse), une protestation portée par Callisthène, le neveu d’Aristote et historiographe du roi, semble approuvée par de nombreux compagnons du roi. Alexandre d’ailleurs cède et ne maintient cette étiquette que pour ses sujets asiatiques mais la part qu’il donne à ces derniers dans l’armée et l’administration suscite des mécontentements dans son entourage proche. Le complot des pages, né du désir de vengeance personnelle d’un de ces jeunes gens entourant et servant le roi qui s’estimait injustement puni, révèle cependant que parmi ses compagnons de jeunesse, nourris comme lui aux sources de la philosophie grecque, certains jugent insupportables ses nouvelles exigences et commencent à le considérer comme un tyran. Callisthène qui avait raillé les prétentions d’Alexandre à la divinité est exécuté lors de la répression qui fait suite à ce complot.

L’insaisissable Spitaménès succombe finalement à la trahison des Massagètes qui au cours de l’hiver -328/-327, alors qu’Alexandre est à Nautaca (sud-est de l’actuelle Boukhara), envoient sa tête au roi de Macédoine. Le printemps -327 est occupé à détruire les derniers îlots de résistance, rôle dont s’acquitte Cratère, et à réorganiser l’empire dans cette région. À la place d’Artabaze, satrape de Bactriane rallié depuis longtemps à Alexandre mais qui est très âgé demande à être relevé de son commandement, Alexandre nomme un macédonien. Enfin, il épouse en -327 la fille d’Oxyartès, Roxane. Le roi fonde aussi Alexandria Eskhate (actuelle Khodjent), sur le fleuve Iaxartès (Syr-Daria), qui marque le point le plus au nord de son périple.



L’Inde et la fin du périple

Peinture de Charles Le Brun montrant Alexandre et Pûru lors de la bataille de l'Hydaspe.
L’Inde pour les Macédoniens et les Grecs est une contrée mystérieuse connue par les textes d’Hécatée de Milet et d’Hérodote ainsi que ceux de Ctésias, médecin à la cour d’Artaxerxès II. Ces auteurs ont sans doute utilisé la relation du voyage qu’y fit Scylax de Caryanda sur ordre de Darius Ier. La vallée de l’Indus est théoriquement sous le contrôle de l’empire achéménide depuis cette époque mais en réalité la frontière du pouvoir perse se limite aux Paraponisades. Quant à la vallée du Gange et au plateau du Deccan ils sont inconnus. Cependant des relations existent puisque l’on trouve dans les armées perses quelques éléphants et des contingents indiens.

Alexandre avait-il l’intention d’intervenir en Inde ? Il ne fait guère de doute que le but premier du roi est de restaurer à son profit les limites de l'empire de Darius Ier et d'en tirer les profits commerciaux inhérents. Ce qui semble probable est qu’il ait été aisément convaincu, alors qu’il guerroie encore en Sogdiane, par Taxile, l’un des roitelets de la vallée septentrionale de l’Indus, d’intervenir contre son ennemi Pôros qui règne sur le royaume de Paurava à l’est de l’Hydaspe et qui menace le Panjâb. Alexandre est conseillé aussi par un prince indien, Sisicottos, qui après avoir suivi la fortune de Bessos s’est rallié au conquérant. Le projet d'Alexandre est probablement plus ancien cependant puisqu'au printemps -329 il fonde une Alexandrie-du-Caucase (au nord de l'actuelle Kaboul) ce qui illustre clairement sa volonté de disposer d'une base arrière pour son expédition. Enfin le rappel d'un marin comme Néarque en -329/-328 semble prouver qu'à ce moment Alexandre envisage déjà une expédition maritime entre l'Inde et le golfe Persique.

Souhaite-t-il continuer au-delà de l'Indus ? A-t-il une ambition mondiale ? De nombreux historiens estiment que son expédition vers le Gange, interrompue par la sédition de ses soldats sur l'Hyphase, avait pour but de s'emparer des bases commerciales indiennes (de la même façon qu'en -323, peu avant sa mort, il préparait probablement une expédition vers les ports arabes du golfe Persique) mais que l'objectif premier était bien le retour par la vallée de l'Indus, puis l'Océan et le golfe Persique. Tout conduit par conséquent à admettre que, dans la droite ligne de son refus des propositions de paix faites par Darius III en -332 et -331, Alexandre avait déjà une idée relativement précise de ses objectifs globaux (devenir le maître de l'ensemble des territoires qui avaient été un jour achéménides et contrôler l'ensemble des grandes routes commerciales), même si leur application dans le détail restait beaucoup plus imprécise.


La conquête du nord-ouest de l’Inde (été -327 / été -326)

Parcours de l’armée d’Alexandre le Grand en Bactriane, en Sogdiane, puis le long de la vallée de l’Indus jusqu’à l’océan Indien.
Au printemps -327, Alexandre part de Bactres à la tête d’une armée considérable, sans doute 120000 personnes dont au moins 60000 soldats, le reste étant constitué d’esclaves, de serviteurs mais aussi de femmes et d’enfants. Les Grecs et Macédoniens ne représentent guère que la moitié des effectifs combattants. Le roi de Macédoi


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Otiste2000 Il y a 6 minutes Répondre
Moyen Âge
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L'éclat de l'art médiéval est révélé grâce à la théologie de la Lumière dans les vitraux de la cathédrale de Chartres : ici, un vitrail qui illustre la parabole du bon SamaritainLe Moyen Âge est une époque de l'Histoire européenne située entre l’Antiquité et l'époque moderne. Elle s’étend donc sur une durée de près de mille ans, des Ve-VIe siècles au

monsieur sourire 10/10/2013 14:41

Merde est un mot de français moderne désignant les matières fécales, mais il sert aussi souvent de juron, sous la forme d'une interjection, dans le langage familier. Il a aussi de nombreux autres usages plus ou moins vulgaires. Il est et fut utilisé par les gens de tous milieux sociaux, de l'empereur Napoléon Ier jusqu'au peuple, en passant par les artistes et les plus grands écrivains.

Il est souvent désigné en français comme « le mot de Cambronne » en référence au général Pierre Cambronne qui l'aurait prononcé comme seule réponse au général britannique Charles Colville qui le sommait de se rendre. Toutefois, ce fait est souvent contesté.

« Merde » est aussi parfois désigné par l'expression « le mot de cinq lettres » ou plus souvent « m**** » ou bien « merdoum ».

En plus de la définition citée plus haut, il est aussi utilisé dans le monde des arts (à l'origine au théâtre) pour souhaiter bonne chance au destinataire de l'interjection. En effet, lorsqu'une pièce avait du succès, les attelages stationnant derrière le théâtre laissaient une quantité de crottin importante... L'acteur ainsi interpellé ne doit pas, selon les croyances, remercier celui qui lui a adressé ce souhait.

Au Canada[modifier | modifier le code]Surtout au Québec et au Nouveau-Brunswick, mais aussi en Ontario, au Manitoba, dans quelques villes de l'Alberta, de la Colombie-Britannique, de la Saskatchewan et de la Nouvelle-Écosse où on parle français, le mot "mârde" est plus populaire, et ce à un tel point que la prononciation européenne donne un effet recherché et éduqué (pour ne pas dire snob).

Quand le mot suit la prononciation canadienne dans un contexte interjectif il est souvent précédé du qualificatif "maudite". Dans un contexte confrontationnel, le mot fait office de complément d'objet direct, dans le mode impératif indiquons-le, au verbe "manger". De plus, dans un contexte descriptif d'une situation individuelle, le mot indique un environnement dans lequel ledit individu se retrouve avec des problèmes insolubles (c'est-à-dire être dans la...).

Autres langues[modifier | modifier le code]Dans les langues étrangères, en particulier en anglais, ce mot fleure bon la France. Il est pour les anglophones le cliché français par excellence avec la baguette et le béret. La bibliographie anglophone fourmille du reste d'ouvrages dont le titre commence par, ou contient, le mot Merde (en français dans le texte).

Expressions[modifier | modifier le code]« C'est de la merde ! », « /objet/ de merde » -- Objet de piètre qualité, ou objet sans valeur artistique.
« C'est la merde… » -- Se dit au sujet d'une situation difficile, inextricable ou dont il est difficile de percevoir les tenants et les aboutissants. On dit aussi « Être dans la merde »
« Une vie de merde » -- vie minable, frustrante. viedemerde.fr est un site Internet qui collecte toutes les petites phrases qui ruinent une journée.
« Je vous dis merde » -- bonne chance, surtout avant une performance. Expression typiquement employée en France pour encourager la personne qui entre en scène, ou avant un examen.
« Chercher la merde » -- Rechercher des situations conflictuelles, se mettre volontairement en difficulté.
« Petit merdeux » -- se dit d'une personne méprisable ou d'une personne qu'on estime immature, pas à la hauteur (synonyme : « Petit morveux » ). Une personne qui serait encore incapable de se passer de couches.
« J'ai marché dedans » -- Cette expression étant elliptique, le mot "merde" n'y apparaît pas mais c'est bel et bien celui qu'on doit comprendre, ici dans son sens premier (la matière organique).
« Je me suis foutu dedans » -- Comme pour la précédente, cette expression est elliptique mais le sens ici est différent, l'expression signifiant de manière imagée qu'on s'est mis dans une situation difficile.
« Avoir un œil qui dit merde à l'autre » -- Loucher
« Avoir de la merde aux yeux » -- Ne pas voir ce qui est pourtant évident.
« Merde alors ! » -- deux sens selon l'intonation qu'on y met :« Zut alors ! » ou « Surprenant, inattendu, admirable ».
« Le fouille-merde » -- Le journaliste.
« Raconter de la merde » -- Dire n'importe quoi.
« Mieux vaut le dire qu'en manger » -- Après l'avoir utilisé comme juron.
« C'est le bout de la merde » (au Québec seulement) -- Situation méprisable.
« Mangeux de merde » -- Salaud, personne se prenant pour une autre.
Dérivés verbaux[modifier | modifier le code]Le verbe dénominatif merder (intransitif) désigne très familièrement le fait d'échouer, et également tout dysfonctionnement qui aurait des conséquences dangereuses ou funestes. Un emploi au sens « déféquer » est attesté dans l'ancienne langue.

Il existe également merdoyer glosé « s'embrouiller, s'empêtrer » par le TLFi.

En politique[modifier | modifier le code]À tout seigneur tout honneur, le 28 janvier 1809, Napoléon Ier s'adressant à Talleyrand qu'il soupçonne de trahison : « ...Tenez, vous êtes de la merde dans un bas de soie ! ». Talleyrand, une fois que l'Empereur fut sorti, dit aux témoins de l'altercation : « Quel dommage, Messieurs, qu'un si grand homme soit si mal élevé ! »

On citera bien sûr Ravachol le célèbre anarchiste du XIXe siècle, au matin de son exécution à Montbrison le 11 juillet 1892, qui chante L'bon dieu dans la merde.

Dans la littérature et autres arts[modifier | modifier le code]Une grossièreté héroïque qui a inspiré une pièce à Sacha Guitry, Le mot de Cambronne. Comme elle est en vers et que le mot en question ne possède qu'une seule rime (« perde »), l'oreille du spectateur est évidemment aux aguets.

On peut citer dans la poésie du XXe siècle le texte "La recherche de la fécalité", extrait de Pour en finir avec le jugement de dieu d'Antonin Artaud, poème récité par Roger Blin dans le très célèbre enregistrement radiophonique de ce recueil. Le poème commence par les vers particulièrement forts : "Là où ça sent la merde ça sent l'être." Cependant, le mot merde est employé assez fréquemment dans l'œuvre d'Artaud.

Discographie[modifier | modifier le code]Plusieurs chansons intègrent le mot dans leur titre (et leur texte) :

Merde à Vauban, de Léo Ferré (sur des paroles de Pierre Seghers), qui traite des sentiments fatalistes d'un bagnard sur l'Île de Ré (1960)
C'est la Merde - La chanson porte-bonheur, par Guy Béart (1982)
Merde in France de Jacques Dutronc (1984)
113 Fout La Merde par le groupe 113 (?)
Arts plastiques[modifier | modifier le code]Dans l'art contemporain en général, et les arts plastiques en particulier, les artistes qui utilisent des matières fécales jouent souvent sur le sens du mot "merde" pour interpeller la fonction de l'art : les célèbres Merdes d'artiste de Piero Manzoni, par exemple.Merda d'artista : en 1961, Piero Manzoni déféqua dans 90 petites boîtes de conserves, ou plus précisément, déposa trente grammes de ses excréments par boîte et mis en vente ces boîtes au prix de trente grammes d'or. Ces excréments étaient réellement une production de l'artiste : toute production d'artiste est-elle artistique ?

Les artistes qui ne désirent pas jouer sur ce premier degré trop voyant utilisent d'autres mots. Par exemple Cloaca est une œuvre conçue pour être inutile et produire de l'inutile (des excréments), mais l'artiste Wim Delvoye ne prétend pas avoir produit de la merde[1]

Filmographie[modifier | modifier le code]1937 : Le Mot de Cambronne de Sacha Guitry
1997 : Une journée de merde de Michel Courtois
2008 : Merde de Leos Carax
Merdre[modifier | modifier le code]Cette orthographe du mot merde fut inventée par Alfred Jarry dans sa célèbre pièce Ubu roi. Le personnage grotesque du père Ubu l'emploie pour afficher sa singularité, au même titre qu'il écrit le mot finance "phynance". La pièce commence d'ailleurs avec cette interjection, hurlée par le père Ubu à la mère Ubu, cela dans le but de choquer le public. Elle est devenue l'une des caractéristiques de la pièce.

Merdre est aussi devenu le 10e des 13 mois du calendrier pataphysique.

Bibliographie[modifier | modifier le code]Francophone[modifier | modifier le code]Petite encyclopédie de la vie merdique en Grande Bretagne à l'usage du reste du monde ; Steve Low, Alan McArthur, Traduction: Catherine Gruen, David Ramasseul ; Scali (26 avril 2007). (ISBN 2350120821)
Ode à la merde ; Pierre Cusson ; L'Archange Minotaure, 2002. (OCLC 83758621)
Je parle plus mieux française que vous et j'te merde! : les joies de la francacophonie ; Alain Stanké ; Montréal : Stanké, 1995. (OCLC 34670571)
Merde aux critiques ; Pierre Cabanne ; Paris, Éditions du Quai Voltaire, 1993.
Le fouille-merde ; Gaston Compère; Pascal Vrebos ; Bruxelles : Le Cri, 1987. (OCLC 26843743)
Histoire de la merde : prologue ; Dominique Laporte ; Paris : C. Bourgois, 1978. (OCLC 4438456)
Bordel à merde : poésie ; George Astalos ; Paris : J. Grassin, 1975. (OCLC 70481887)
Le marchand de merde, : parade. ; Alexis Piron ; A Mahon : De l'Imprimerie de Gilles Langlois, à l'Enseigne de l'Etrille., M.DCC.LVI. (OCLC 43745911)
Histoire et bizarrerie sociales des excréments, des origines à nos jours, par Martin MONESTIER, Paris, Le cherche midi, 1997.
Journaux[modifier | modifier le code]Le Fouteur de merde de Stéphane de Rosnay, journal satirique français à parution bimestrielle.
Anglophone[modifier | modifier le code]Merde happens ; Stephen Clarke ; London : Bantam, 2007. (OCLC 85829305)
Merde : excursions in scientific, cultural, and sociohistorical coprology ; Ralph A Lewin ; New York : Random House, 1999. (OCLC 39275835)
Merde! : the real French you were never taught at school ; Geneviève. ; New York : Atheneum, 1986. (OCLC 12079089)
Stephen Clarke, A Year in the Merde, Bentam Press, 2004 (ISBN 0-59305-453-9)
Stephen Clarke, Merde Actually, Bentam Press, 2005 (ISBN 0-59305-477-6)
Germanophone[modifier | modifier le code]Himmel und Merde : Essays, Satiren, Leitartikel ; Kurt Guss ; Borgentreich : Guss, 2005. (OCLC 76743886)
Merde; Karikaturen der Mairevolte, Frankreich, 1968 ; V H Brandes; H Sylvester ; München, Trikont Verlag 1968. (OCLC 22769841)
Hetum Gruber, "On est dans la merde" : Stadtgalerie Saarbrücken, Heidelberger Kunstverein ; Hetum Gruber; Hans Gercke; Bernd Schulz; Christoph Schreier; Stadtgalerie Saarbrücken.; Saarbrücken : Die Stadtgalerie ; Heidelberg : Der Kunstverein, 1994. (OCLC 31797281)
Merde : Karikaturen d. Mairevolte, Frankreich 1968 ; Volker Helmut Brandes ; München : Trikont-Verl., 1968. (OCLC 73830098)
Hispanophone[modifier | modifier le code]La merde époque : los '90 ; Wolf ; Buenos Aires : Libros del Rescoldo, 2005. (OCLC 69242419)
Jeu[modifier | modifier le code]Le Kilo de merde, un jeu de société qui utilise un jeu de 52 cartes.
Animal[modifier | modifier le code]Mouche à merde, ou Scathophaga stercoraria, ou scatophage du fumier de l'ordre des diptères, famille des Sarcophagidae.
Voir aussi[modifier | modifier le code]Vulgarité
Interjection
Scatologie
Liens externes[modifier | modifier le code]Discussion sur les mots de quatre et cinq lettres, dans la partie « Annexe » de l'article (tout en bas)
Notes et références[modifier | modifier le code]1.↑ L'art, l'argent, la merde [archive] article sur le site Wim Delvoye du Musée
Merde est un mot de français moderne désignant les matières fécales, mais il sert aussi souvent de juron, sous la forme d'une interjection, dans le langage familier. Il a aussi de nombreux autres usages plus ou moins vulgaires. Il est et fut utilisé par les gens de tous milieux sociaux, de l'empereur Napoléon Ier jusqu'au peuple, en passant par les artistes et les plus grands écrivains.

Il est souvent désigné en français comme « le mot de Cambronne » en référence au général Pierre Cambronne qui l'aurait prononcé comme seule réponse au général britannique Charles Colville qui le sommait de se rendre. Toutefois, ce fait est souvent contesté.

« Merde » est aussi parfois désigné par l'expression « le mot de cinq lettres » ou plus souvent « m**** » ou bien « merdoum ».

En plus de la définition citée plus haut, il est aussi utilisé dans le monde des arts (à l'origine au théâtre) pour souhaiter bonne chance au destinataire de l'interjection. En effet, lorsqu'une pièce avait du succès, les attelages stationnant derrière le théâtre laissaient une quantité de crottin importante... L'acteur ainsi interpellé ne doit pas, selon les croyances, remercier celui qui lui a adressé ce souhait.

Au Canada[modifier | modifier le code]Surtout au Québec et au Nouveau-Brunswick, mais aussi en Ontario, au Manitoba, dans quelques villes de l'Alberta, de la Colombie-Britannique, de la Saskatchewan et de la Nouvelle-Écosse où on parle français, le mot "mârde" est plus populaire, et ce à un tel point que la prononciation européenne donne un effet recherché et éduqué (pour ne pas dire snob).

Quand le mot suit la prononciation canadienne dans un contexte interjectif il est souvent précédé du qualificatif "maudite". Dans un contexte confrontationnel, le mot fait office de complément d'objet direct, dans le mode impératif indiquons-le, au verbe "manger". De plus, dans un contexte descriptif d'une situation individuelle, le mot indique un environnement dans lequel ledit individu se retrouve avec des problèmes insolubles (c'est-à-dire être dans la...).

Autres langues[modifier | modifier le code]Dans les langues étrangères, en particulier en anglais, ce mot fleure bon la France. Il est pour les anglophones le cliché français par excellence avec la baguette et le béret. La bibliographie anglophone fourmille du reste d'ouvrages dont le titre commence par, ou contient, le mot Merde (en français dans le texte).

Expressions[modifier | modifier le code]« C'est de la merde ! », « /objet/ de merde » -- Objet de piètre qualité, ou objet sans valeur artistique.
« C'est la merde… » -- Se dit au sujet d'une situation difficile, inextricable ou dont il est difficile de percevoir les tenants et les aboutissants. On dit aussi « Être dans la merde »
« Une vie de merde » -- vie minable, frustrante. viedemerde.fr est un site Internet qui collecte toutes les petites phrases qui ruinent une journée.
« Je vous dis merde » -- bonne chance, surtout avant une performance. Expression typiquement employée en France pour encourager la personne qui entre en scène, ou avant un examen.
« Chercher la merde » -- Rechercher des situations conflictuelles, se mettre volontairement en difficulté.
« Petit merdeux » -- se dit d'une personne méprisable ou d'une personne qu'on estime immature, pas à la hauteur (synonyme : « Petit morveux » ). Une personne qui serait encore incapable de se passer de couches.
« J'ai marché dedans » -- Cette expression étant elliptique, le mot "merde" n'y apparaît pas mais c'est bel et bien celui qu'on doit comprendre, ici dans son sens premier (la matière organique).
« Je me suis foutu dedans » -- Comme pour la précédente, cette expression est elliptique mais le sens ici est différent, l'expression signifiant de manière imagée qu'on s'est mis dans une situation difficile.
« Avoir un œil qui dit merde à l'autre » -- Loucher
« Avoir de la merde aux yeux » -- Ne pas voir ce qui est pourtant évident.
« Merde alors ! » -- deux sens selon l'intonation qu'on y met :« Zut alors ! » ou « Surprenant, inattendu, admirable ».
« Le fouille-merde » -- Le journaliste.
« Raconter de la merde » -- Dire n'importe quoi.
« Mieux vaut le dire qu'en manger » -- Après l'avoir utilisé comme juron.
« C'est le bout de la merde » (au Québec seulement) -- Situation méprisable.
« Mangeux de merde » -- Salaud, personne se prenant pour une autre.
Dérivés verbaux[modifier | modifier le code]Le verbe dénominatif merder (intransitif) désigne très familièrement le fait d'échouer, et également tout dysfonctionnement qui aurait des conséquences dangereuses ou funestes. Un emploi au sens « déféquer » est attesté dans l'ancienne langue.

Il existe également merdoyer glosé « s'embrouiller, s'empêtrer » par le TLFi.

En politique[modifier | modifier le code]À tout seigneur tout honneur, le 28 janvier 1809, Napoléon Ier s'adressant à Talleyrand qu'il soupçonne de trahison : « ...Tenez, vous êtes de la merde dans un bas de soie ! ». Talleyrand, une fois que l'Empereur fut sorti, dit aux témoins de l'altercation : « Quel dommage, Messieurs, qu'un si grand homme soit si mal élevé ! »

On citera bien sûr Ravachol le célèbre anarchiste du XIXe siècle, au matin de son exécution à Montbrison le 11 juillet 1892, qui chante L'bon dieu dans la merde.

Dans la littérature et autres arts[modifier | modifier le code]Une grossièreté héroïque qui a inspiré une pièce à Sacha Guitry, Le mot de Cambronne. Comme elle est en vers et que le mot en question ne possède qu'une seule rime (« perde »), l'oreille du spectateur est évidemment aux aguets.

On peut citer dans la poésie du XXe siècle le texte "La recherche de la fécalité", extrait de Pour en finir avec le jugement de dieu d'Antonin Artaud, poème récité par Roger Blin dans le très célèbre enregistrement radiophonique de ce recueil. Le poème commence par les vers particulièrement forts : "Là où ça sent la merde ça sent l'être." Cependant, le mot merde est employé assez fréquemment dans l'œuvre d'Artaud.

Discographie[modifier | modifier le code]Plusieurs chansons intègrent le mot dans leur titre (et leur texte) :

Merde à Vauban, de Léo Ferré (sur des paroles de Pierre Seghers), qui traite des sentiments fatalistes d'un bagnard sur l'Île de Ré (1960)
C'est la Merde - La chanson porte-bonheur, par Guy Béart (1982)
Merde in France de Jacques Dutronc (1984)
113 Fout La Merde par le groupe 113 (?)
Arts plastiques[modifier | modifier le code]Dans l'art contemporain en général, et les arts plastiques en particulier, les artistes qui utilisent des matières fécales jouent souvent sur le sens du mot "merde" pour interpeller la fonction de l'art : les célèbres Merdes d'artiste de Piero Manzoni, par exemple.Merda d'artista : en 1961, Piero Manzoni déféqua dans 90 petites boîtes de conserves, ou plus précisément, déposa trente grammes de ses excréments par boîte et mis en vente ces boîtes au prix de trente grammes d'or. Ces excréments étaient réellement une production de l'artiste : toute production d'artiste est-elle artistique ?

Les artistes qui ne désirent pas jouer sur ce premier degré trop voyant utilisent d'autres mots. Par exemple Cloaca est une œuvre conçue pour être inutile et produire de l'inutile (des excréments), mais l'artiste Wim Delvoye ne prétend pas avoir produit de la merde[1]

Filmographie[modifier | modifier le code]1937 : Le Mot de Cambronne de Sacha Guitry
1997 : Une journée de merde de Michel Courtois
2008 : Merde de Leos Carax
Merdre[modifier | modifier le code]Cette orthographe du mot merde fut inventée par Alfred Jarry dans sa célèbre pièce Ubu roi. Le personnage grotesque du père Ubu l'emploie pour afficher sa singularité, au même titre qu'il écrit le mot finance "phynance". La pièce commence d'ailleurs avec cette interjection, hurlée par le père Ubu à la mère Ubu, cela dans le but de choquer le public. Elle est devenue l'une des caractéristiques de la pièce.

Merdre est aussi devenu le 10e des 13 mois du calendrier pataphysique.

Bibliographie[modifier | modifier le code]Francophone[modifier | modifier le code]Petite encyclopédie de la vie merdique en Grande Bretagne à l'usage du reste du monde ; Steve Low, Alan McArthur, Traduction: Catherine Gruen, David Ramasseul ; Scali (26 avril 2007). (ISBN 2350120821)
Ode à la merde ; Pierre Cusson ; L'Archange Minotaure, 2002. (OCLC 83758621)
Je parle plus mieux française que vous et j'te merde! : les joies de la francacophonie ; Alain Stanké ; Montréal : Stanké, 1995. (OCLC 34670571)
Merde aux critiques ; Pierre Cabanne ; Paris, Éditions du Quai Voltaire, 1993.
Le fouille-merde ; Gaston Compère; Pascal Vrebos ; Bruxelles : Le Cri, 1987. (OCLC 26843743)
Histoire de la merde : prologue ; Dominique Laporte ; Paris : C. Bourgois, 1978. (OCLC 4438456)
Bordel à merde : poésie ; George Astalos ; Paris : J. Grassin, 1975. (OCLC 70481887)
Le marchand de merde, : parade. ; Alexis Piron ; A Mahon : De l'Imprimerie de Gilles Langlois, à l'Enseigne de l'Etrille., M.DCC.LVI. (OCLC 43745911)
Histoire et bizarrerie sociales des excréments, des origines à nos jours, par Martin MONESTIER, Paris, Le cherche midi, 1997.
Journaux[modifier | modifier le code]Le Fouteur de merde de Stéphane de Rosnay, journal satirique français à parution bimestrielle.
Anglophone[modifier | modifier le code]Merde happens ; Stephen Clarke ; London : Bantam, 2007. (OCLC 85829305)
Merde : excursions in scientific, cultural, and sociohistorical coprology ; Ralph A Lewin ; New York : Random House, 1999. (OCLC 39275835)
Merde! : the real French you were never taught at school ; Geneviève. ; New York : Atheneum, 1986. (OCLC 12079089)
Stephen Clarke, A Year in the Merde, Bentam Press, 2004 (ISBN 0-59305-453-9)
Stephen Clarke, Merde Actually, Bentam Press, 2005 (ISBN 0-59305-477-6)
Germanophone[modifier | modifier le code]Himmel und Merde : Essays, Satiren, Leitartikel ; Kurt Guss ; Borgentreich : Guss, 2005. (OCLC 76743886)
Merde; Karikaturen der Mairevolte, Frankreich, 1968 ; V H Brandes; H Sylvester ; München, Trikont Verlag 1968. (OCLC 22769841)
Hetum Gruber, "On est dans la merde" : Stadtgalerie Saarbrücken, Heidelberger Kunstverein ; Hetum Gruber; Hans Gercke; Bernd Schulz; Christoph Schreier; Stadtgalerie Saarbrücken.; Saarbrücken : Die Stadtgalerie ; Heidelberg : Der Kunstverein, 1994. (OCLC 31797281)
Merde : Karikaturen d. Mairevolte, Frankreich 1968 ; Volker Helmut Brandes ; München : Trikont-Verl., 1968. (OCLC 73830098)
Hispanophone[modifier | modifier le code]La merde époque : los '90 ; Wolf ; Buenos Aires : Libros del Rescoldo, 2005. (OCLC 69242419)
Jeu[modifier | modifier le code]Le Kilo de merde, un jeu de société qui utilise un jeu de 52 cartes.
Animal[modifier | modifier le code]Mouche à merde, ou Scathophaga stercoraria, ou scatophage du fumier de l'ordre des diptères, famille des Sarcophagidae.
Voir aussi[modifier | modifier le code]Vulgarité
Interjection
Scatologie
Liens externes[modifier | modifier le code]Discussion sur les mots de quatre et cinq lettres, dans la partie « Annexe » de l'article (tout en bas)
Notes et références[modifier | modifier le code]1.↑ L'art, l'argent, la merde [archive] article sur le site Wim Delvoye du Musée
Merde est un mot de français moderne désignant les matières fécales, mais il sert aussi souvent de juron, sous la forme d'une interjection, dans le langage familier. Il a aussi de nombreux autres usages plus ou moins vulgaires. Il est et fut utilisé par les gens de tous milieux sociaux, de l'empereur Napoléon Ier jusqu'au peuple, en passant par les artistes et les plus grands écrivains.

Il est souvent désigné en français comme « le mot de Cambronne » en référence au général Pierre Cambronne qui l'aurait prononcé comme seule réponse au général britannique Charles Colville qui le sommait de se rendre. Toutefois, ce fait est souvent contesté.

« Merde » est aussi parfois désigné par l'expression « le mot de cinq lettres » ou plus souvent « m**** » ou bien « merdoum ».

En plus de la définition citée plus haut, il est aussi utilisé dans le monde des arts (à l'origine au théâtre) pour souhaiter bonne chance au destinataire de l'interjection. En effet, lorsqu'une pièce avait du succès, les attelages stationnant derrière le théâtre laissaient une quantité de crottin importante... L'acteur ainsi interpellé ne doit pas, selon les croyances, remercier celui qui lui a adressé ce souhait.

Au Canada[modifier | modifier le code]Surtout au Québec et au Nouveau-Brunswick, mais aussi en Ontario, au Manitoba, dans quelques villes de l'Alberta, de la Colombie-Britannique, de la Saskatchewan et de la Nouvelle-Écosse où on parle français, le mot "mârde" est plus populaire, et ce à un tel point que la prononciation européenne donne un effet recherché et éduqué (pour ne pas dire snob).

Quand le mot suit la prononciation canadienne dans un contexte interjectif il est souvent précédé du qualificatif "maudite". Dans un contexte confrontationnel, le mot fait office de complément d'objet direct, dans le mode impératif indiquons-le, au verbe "manger". De plus, dans un contexte descriptif d'une situation individuelle, le mot indique un environnement dans lequel ledit individu se retrouve avec des problèmes insolubles (c'est-à-dire être dans la...).

Autres langues[modifier | modifier le code]Dans les langues étrangères, en particulier en anglais, ce mot fleure bon la France. Il est pour les anglophones le cliché français par excellence avec la baguette et le béret. La bibliographie anglophone fourmille du reste d'ouvrages dont le titre commence par, ou contient, le mot Merde (en français dans le texte).

Expressions[modifier | modifier le code]« C'est de la merde ! », « /objet/ de merde » -- Objet de piètre qualité, ou objet sans valeur artistique.
« C'est la merde… » -- Se dit au sujet d'une situation difficile, inextricable ou dont il est difficile de percevoir les tenants et les aboutissants. On dit aussi « Être dans la merde »
« Une vie de merde » -- vie minable, frustrante. viedemerde.fr est un site Internet qui collecte toutes les petites phrases qui ruinent une journée.
« Je vous dis merde » -- bonne chance, surtout avant une performance. Expression typiquement employée en France pour encourager la personne qui entre en scène, ou avant un examen.
« Chercher la merde » -- Rechercher des situations conflictuelles, se mettre volontairement en difficulté.
« Petit merdeux » -- se dit d'une personne méprisable ou d'une personne qu'on estime immature, pas à la hauteur (synonyme : « Petit morveux » ). Une personne qui serait encore incapable de se passer de couches.
« J'ai marché dedans » -- Cette expression étant elliptique, le mot "merde" n'y apparaît pas mais c'est bel et bien celui qu'on doit comprendre, ici dans son sens premier (la matière organique).
« Je me suis foutu dedans » -- Comme pour la précédente, cette expression est elliptique mais le sens ici est différent, l'expression signifiant de manière imagée qu'on s'est mis dans une situation difficile.
« Avoir un œil qui dit merde à l'autre » -- Loucher
« Avoir de la merde aux yeux » -- Ne pas voir ce qui est pourtant évident.
« Merde alors ! » -- deux sens selon l'intonation qu'on y met :« Zut alors ! » ou « Surprenant, inattendu, admirable ».
« Le fouille-merde » -- Le journaliste.
« Raconter de la merde » -- Dire n'importe quoi.
« Mieux vaut le dire qu'en manger » -- Après l'avoir utilisé comme juron.
« C'est le bout de la merde » (au Québec seulement) -- Situation méprisable.
« Mangeux de merde » -- Salaud, personne se prenant pour une autre.
Dérivés verbaux[modifier | modifier le code]Le verbe dénominatif merder (intransitif) désigne très familièrement le fait d'échouer, et également tout dysfonctionnement qui aurait des conséquences dangereuses ou funestes. Un emploi au sens « déféquer » est attesté dans l'ancienne langue.

Il existe également merdoyer glosé « s'embrouiller, s'empêtrer » par le TLFi.

En politique[modifier | modifier le code]À tout seigneur tout honneur, le 28 janvier 1809, Napoléon Ier s'adressant à Talleyrand qu'il soupçonne de trahison : « ...Tenez, vous êtes de la merde dans un bas de soie ! ». Talleyrand, une fois que l'Empereur fut sorti, dit aux témoins de l'altercation : « Quel dommage, Messieurs, qu'un si grand homme soit si mal élevé ! »

On citera bien sûr Ravachol le célèbre anarchiste du XIXe siècle, au matin de son exécution à Montbrison le 11 juillet 1892, qui chante L'bon dieu dans la merde.

Dans la littérature et autres arts[modifier | modifier le code]Une grossièreté héroïque qui a inspiré une pièce à Sacha Guitry, Le mot de Cambronne. Comme elle est en vers et que le mot en question ne possède qu'une seule rime (« perde »), l'oreille du spectateur est évidemment aux aguets.

On peut citer dans la poésie du XXe siècle le texte "La recherche de la fécalité", extrait de Pour en finir avec le jugement de dieu d'Antonin Artaud, poème récité par Roger Blin dans le très célèbre enregistrement radiophonique de ce recueil. Le poème commence par les vers particulièrement forts : "Là où ça sent la merde ça sent l'être." Cependant, le mot merde est employé assez fréquemment dans l'œuvre d'Artaud.

Discographie[modifier | modifier le code]Plusieurs chansons intègrent le mot dans leur titre (et leur texte) :

Merde à Vauban, de Léo Ferré (sur des paroles de Pierre Seghers), qui traite des sentiments fatalistes d'un bagnard sur l'Île de Ré (1960)
C'est la Merde - La chanson porte-bonheur, par Guy Béart (1982)
Merde in France de Jacques Dutronc (1984)
113 Fout La Merde par le groupe 113 (?)
Arts plastiques[modifier | modifier le code]Dans l'art contemporain en général, et les arts plastiques en particulier, les artistes qui utilisent des matières fécales jouent souvent sur le sens du mot "merde" pour interpeller la fonction de l'art : les célèbres Merdes d'artiste de Piero Manzoni, par exemple.Merda d'artista : en 1961, Piero Manzoni déféqua dans 90 petites boîtes de conserves, ou plus précisément, déposa trente grammes de ses excréments par boîte et mis en vente ces boîtes au prix de trente grammes d'or. Ces excréments étaient réellement une production de l'artiste : toute production d'artiste est-elle artistique ?

Les artistes qui ne désirent pas jouer sur ce premier degré trop voyant utilisent d'autres mots. Par exemple Cloaca est une œuvre conçue pour être inutile et produire de l'inutile (des excréments), mais l'artiste Wim Delvoye ne prétend pas avoir produit de la merde[1]

Filmographie[modifier | modifier le code]1937 : Le Mot de Cambronne de Sacha Guitry
1997 : Une journée de merde de Michel Courtois
2008 : Merde de Leos Carax
Merdre[modifier | modifier le code]Cette orthographe du mot merde fut inventée par Alfred Jarry dans sa célèbre pièce Ubu roi. Le personnage grotesque du père Ubu l'emploie pour afficher sa singularité, au même titre qu'il écrit le mot finance "phynance". La pièce commence d'ailleurs avec cette interjection, hurlée par le père Ubu à la mère Ubu, cela dans le but de choquer le public. Elle est devenue l'une des caractéristiques de la pièce.

Merdre est aussi devenu le 10e des 13 mois du calendrier pataphysique.

Bibliographie[modifier | modifier le code]Francophone[modifier | modifier le code]Petite encyclopédie de la vie merdique en Grande Bretagne à l'usage du reste du monde ; Steve Low, Alan McArthur, Traduction: Catherine Gruen, David Ramasseul ; Scali (26 avril 2007). (ISBN 2350120821)
Ode à la merde ; Pierre Cusson ; L'Archange Minotaure, 2002. (OCLC 83758621)
Je parle plus mieux française que vous et j'te merde! : les joies de la francacophonie ; Alain Stanké ; Montréal : Stanké, 1995. (OCLC 34670571)
Merde aux critiques ; Pierre Cabanne ; Paris, Éditions du Quai Voltaire, 1993.
Le fouille-merde ; Gaston Compère; Pascal Vrebos ; Bruxelles : Le Cri, 1987. (OCLC 26843743)
Histoire de la merde : prologue ; Dominique Laporte ; Paris : C. Bourgois, 1978. (OCLC 4438456)
Bordel à merde : poésie ; George Astalos ; Paris : J. Grassin, 1975. (OCLC 70481887)
Le marchand de merde, : parade. ; Alexis Piron ; A Mahon : De l'Imprimerie de Gilles Langlois, à l'Enseigne de l'Etrille., M.DCC.LVI. (OCLC 43745911)
Histoire et bizarrerie sociales des excréments, des origines à nos jours, par Martin MONESTIER, Paris, Le cherche midi, 1997.
Journaux[modifier | modifier le code]Le Fouteur de merde de Stéphane de Rosnay, journal satirique français à parution bimestrielle.
Anglophone[modifier | modifier le code]Merde happens ; Stephen Clarke ; London : Bantam, 2007. (OCLC 85829305)
Merde : excursions in scientific, cultural, and sociohistorical coprology ; Ralph A Lewin ; New York : Random House, 1999. (OCLC 39275835)
Merde! : the real French you were never taught at school ; Geneviève. ; New York : Atheneum, 1986. (OCLC 12079089)
Stephen Clarke, A Year in the Merde, Bentam Press, 2004 (ISBN 0-59305-453-9)
Stephen Clarke, Merde Actually, Bentam Press, 2005 (ISBN 0-59305-477-6)
Germanophone[modifier | modifier le code]Himmel und Merde : Essays, Satiren, Leitartikel ; Kurt Guss ; Borgentreich : Guss, 2005. (OCLC 76743886)
Merde; Karikaturen der Mairevolte, Frankreich, 1968 ; V H Brandes; H Sylvester ; München, Trikont Verlag 1968. (OCLC 22769841)
Hetum Gruber, "On est dans la merde" : Stadtgalerie Saarbrücken, Heidelberger Kunstverein ; Hetum Gruber; Hans Gercke; Bernd Schulz; Christoph Schreier; Stadtgalerie Saarbrücken.; Saarbrücken : Die Stadtgalerie ; Heidelberg : Der Kunstverein, 1994. (OCLC 31797281)
Merde : Karikaturen d. Mairevolte, Frankreich 1968 ; Volker Helmut Brandes ; München : Trikont-Verl., 1968. (OCLC 73830098)
Hispanophone[modifier | modifier le code]La merde époque : los '90 ; Wolf ; Buenos Aires : Libros del Rescoldo, 2005. (OCLC 69242419)
Jeu[modifier | modifier le code]Le Kilo de merde, un jeu de société qui utilise un jeu de 52 cartes.
Animal[modifier | modifier le code]Mouche à merde, ou Scathophaga stercoraria, ou scatophage du fumier de l'ordre des diptères, famille des Sarcophagidae.
Voir aussi[modifier | modifier le code]Vulgarité
Interjection
Scatologie
Liens externes[modifier | modifier le code]Discussion sur les mots de quatre et cinq lettres, dans la partie « Annexe » de l'article (tout en bas)
Notes et références[modifier | modifier le code]1.↑ L'art, l'argent, la merde [archive] article sur le site Wim Delvoye du Musée

super cacahouette 10/10/2013 14:40

Russie
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Fédération de Russie


Российская Федерация (ru)

Россия (ru)





Drapeau de la Russie.
Armoiries de la Russie.

Devise nationale aucune
Hymne national Hymne national de la Russie
Administration Forme de l'État République fédérale
Président Vladimir Poutine
Président du gouvernement Dmitri Medvedev
Langues officielles russe
nombreuses langues officielles locales
Capitale Moscou
55° 45' N, 37° 42' E

Géographie Plus grande ville Moscou
Superficie totale 17 098 242 km2
(classé 1er)
Superficie en eau 0,5 %
Fuseau horaire UTC +3, +4, +6, +7, +8, +9, +10, +11, et +12
Démographie Gentilé Russe
Population totale (2012) 143 300 106[1] hab.
(classé 9e)
Densité 8,3 hab./km2
Économie PIB nominal (2011) 1 884 milliards de $[2] (9e)
PIB (PPA) (2011) 2 376 milliards de $[2] (6e)
IDH (2012) 0,788[3] (élevé) (55e)
Monnaie Rouble (RUB​)
Divers Code ISO 3166-1 RUS, RU​
Domaine Internet .ru
.рф
Indicatif téléphonique +7
Organisations internationales ONU : 1945
OSCE : 1973
APEC : 1998
CEEA : 2000
OCS: 2001
OMC : 2012
La Russie, en forme longue la fédération de Russie, en russe Россия (Rossiïa) prononciation et Российская Федерация (Rossiïskaïa Federatsiïa) prononciation, est le plus vaste État de la planète. Sa population était estimée à 143,3 millions d’habitants en 2013[1]. Le pays est à cheval sur l’Asie du Nord (74,7 %) et sur l’Europe (25,3 % de sa superficie). Son territoire s'étend d’ouest en est (de Kaliningrad à Vladivostok) sur plus de 9 000 km pour une superficie de dix-sept millions de kilomètres carrés (soit deux fois celle des États-Unis, trente et une fois celle de la France, 413 fois celle de la Suisse, 560 fois celle de la Belgique) et compte neuf fuseaux horaires[4]. Sa capitale est Moscou, sa langue officielle le russe et sa monnaie le rouble. Bien qu’entourée de nombreux océans et mers, la Russie est caractérisée par un climat continental avec des milieux froids et hostiles sur la majeure partie du territoire.

La Russie dispose de ressources minières (houille, fer, nickel, diamant, etc.) et énergétiques (pétrole, gaz naturel, hydroélectricité) abondantes qui en font l’un des principaux producteurs et exportateurs mondiaux. Elle a hérité, de l’URSS, d'une industrie lourde puissante (aciéries, raffineries, industrie chimique, etc.). Les secteurs liés à l’armement, au nucléaire et à l’aérospatiale sont également fortement développés, ce qui a permis au pays de jouer un rôle pionnier dans la conquête de l'espace.

La République socialiste fédérative soviétique de Russie (RSFSR) fut la plus importante des quinze républiques de l’Union des républiques socialistes soviétiques, dont elle constituait le noyau historique.

À la fin de 1991, l’URSS éclate en quinze États indépendants souverains, dont la Russie, qui a hérité de l’ancienne superpuissance les trois quarts de son territoire, plus de la moitié de sa population, les deux tiers de son industrie et la moitié de sa production agricole. La Russie occupe aussi dans la continuité sa place dans les institutions internationales, dont le siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, tout en assumant également le passif financier de l’URSS. Elle est aussi fondatrice de la Communauté des États indépendants (CEI) qui rassemble onze des quinze ex-républiques soviétiques.

Elle demeure une fédération constituée de 83 sujets disposant d’une autonomie politique et économique variable. Le découpage, tenant compte entre autres de la présence de minorités, existait déjà dans l’ancienne URSS.

Après la fin du système soviétique à la fin des années 1980 et au début des années 1990, le pays a graduellement adopté une économie de marché et un régime parlementaire pluraliste. Aspirant à suivre la mondialisation, la Russie se considère par ailleurs le pont entre l'Europe et l'Asie. Aujourd'hui, la Russie fait partie des BRICS aux côtés de la Chine, de l'Inde, de l'Afrique du Sud et du Brésil. Elle est actuellement la neuvième puissance mondiale en 2011 en termes de PIB à valeur nominale et sixième en parité de pouvoir d'achat.

En devenant la première capitalisation boursière européenne, le géant gazier Gazprom devient le symbole de cette expansion russe, au même titre que le leader mondial de l'aluminium Rusal.

Sommaire [masquer]
1 Frontières de l’État
2 Subdivisions
2.1 Villes
3 Milieux naturels
3.1 Topographie
3.2 Climat
3.3 Végétation
4 Histoire
4.1 La Rus' de Kiev
4.2 L’invasion tataro-mongole
4.3 La Moscovie
4.4 La dynastie Romanov
4.5 La Russie grande puissance européenne
4.6 Expansion de l’Empire vers le sud
4.7 Tentatives de réforme
4.8 Industrialisation
4.9 La révolution de 1905
4.10 Première Guerre mondiale et révolution russe
4.11 Entre les deux guerres
4.12 Seconde Guerre mondiale
4.13 L’URSS, une puissance mondiale
4.14 La fin de l’URSS
4.15 Effondrement, puis redressement économique
5 Politique
6 Défense et géostratégie de la Russie
7 Économie
7.1 Agriculture
7.2 Transports
7.2.1 Transport ferroviaire
7.2.2 Routes et autoroutes
7.2.3 Voies maritimes
8 Démographie
9 Religions
10 Éducation
11 Art et culture
11.1 Fêtes et jours fériés
12 Codes
13 Notes et références
14 Voir aussi
14.1 Bibliographie
14.1.1 Géographie et géopolitique
14.1.2 Le monde russe
14.1.3 Économie
14.2 Articles connexes
14.3 Liens externes
Frontières de l’État[modifier | modifier le code]La Russie possède des frontières terrestres avec 16 pays (dans l’ordre inverse des aiguilles d’une montre, en partant du plus au nord) : la Norvège 196 km, la Finlande 1 313 km, l’Estonie 290 km, la Lettonie 292 km, la Biélorussie 959 km, la Lituanie 227 km, la Pologne 432 km, l’Ukraine 1 576 km, la Géorgie 723 km, l’Azerbaïdjan 284 km, le Kazakhstan 6 846 km, la République populaire de Chine 3 645 km, la Mongolie 3 441 km et la Corée du Nord 19 km[5]. Elle possède également des frontières avec deux républiques séparatistes de Géorgie, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud dont elle a reconnu l’indépendance en 2008.

Subdivisions[modifier | modifier le code]Article détaillé : Subdivision de la Russie.
Panorama du quai du Kremlin avec la silhouette de la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou (à gauche)La Russie est une fédération constituée de 83 sujets qui disposent chacun d’une certaine autonomie. Chaque sujet envoie deux représentants au conseil de la Fédération (le sénat). La présence de cent vingt-huit nationalités et le poids de l’histoire ont abouti à un découpage du territoire en de nombreux sous-ensembles aux dimensions et fonctionnement variables. La fédération de Russie est constituée de :

21 républiques qui constituent les territoires d’ethnies (comme le Tatarstan) et disposent de la plus grande autonomie ;
46 oblasts (régions) (en russe область) et neuf kraïs (territoires) qui recouvrent les parties du territoire occupées de longue date par les Russes ;
4 okrougs (districts autonomes) constitués également sur une base ethnique, disposent d’une autonomie beaucoup plus faible et sont rattachés à une autre région ;
2 villes d’importance fédérale, Moscou et Saint-Pétersbourg, avec leurs banlieues proches.
Le Birobidjan garde un statut particulier : il avait été prévu par Staline comme une terre d’accueil des juifs d’URSS.

Les sujets ont un pouvoir législatif encadré par la Constitution : les Républiques ont une Constitution tandis qu’on parle de statut pour les oblasts, kraïs, okrougs et villes. Chaque sujet dispose de 40 % des ressources fiscales collectées pour ses dépenses de fonctionnement et d’investissement.

Villes[modifier | modifier le code]Malgré la faiblesse de la densité moyenne, la Russie est un pays fortement urbanisé : près des trois-quarts des Russes (73 %) résident en ville, soit 106,5 millions de ses habitants au sein d'environ 1 100 villes et 1 400 bourgs. 20 % des Russes se concentrent dans des villes de plus d'un million d'habitants et 45 % dans des zones urbaines de plus de cent mille âmes[6].

Articles détaillés : Villes de Russie et Liste des villes de Russie par nombre d'habitants.Principales villes de Russie
N° Nom Région Pop. N° Nom Région Pop.
1 Moscou Moscou 12 000 000 11 Oufa République de Bachkirie 1 042 437
2 Saint-Pétersbourg Saint-Pétersbourg 5 028 000 12 Volgograd Oblast de Volgograd 1 011 417
3 Novossibirsk Oblast de Novossibirsk 1 425 508 13 Perm Kraï de Perm 1 001 653
4 Nijni Novgorod Oblast de Nijni Novgorod 1 311 252 14 Krasnoïarsk Kraï de Krasnoïarsk 909 341
5 Iekaterinbourg Oblast de Sverdlovsk 1 293 537 15 Saratov Oblast de Saratov 873 055
6 Samara Oblast de Samara 1 157 880 16 Voronej Oblast de Voronej 848 752
7 Omsk Oblast d'Omsk 1 134 016 17 Togliatti Oblast de Samara 702 879
8 Kazan République du Tatarstan 1 105 289 18 Krasnodar Kraï de Krasnodar 646 175
9 Tcheliabinsk Oblast de Tcheliabinsk 1 077 174 19 Oulianovsk Oblast d'Oulianovsk 635 947
10 Rostov-sur-le-Don Oblast de Rostov 1 068 267 20 Ijevsk République d'Oudmourtie 632 140
Recensement de 2012

Milieux naturels[modifier | modifier le code]Article détaillé : Géographie de la Russie.Topographie[modifier | modifier le code]
Carte topographique de la Russie.Le territoire de la Russie est constitué majoritairement de vastes plaines où prédominent les steppes au sud, la forêt au nord et la toundra le long des rivages de l’océan Arctique. Les principaux massifs montagneux se situent le long de la frontière méridionale : ce sont le Caucase, dont le point culminant, le mont Elbrouz (5 642 mètres) est également le sommet le plus élevé d’Europe et les montagnes de l’Altaï. À l’est se trouvent le massif de Verkhoïansk et la chaîne de volcans de la presqu’île du Kamtchatka, dominée par le Klioutchevskoï, un strato-volcan de 4 835 mètres. L’Oural, qui sépare selon un axe nord-sud la Russie d’Europe de la Russie d’Asie, est un massif montagneux érodé riche en ressources minières.

L’énorme ceinture forestière d’une largeur de 1 200 km en « Russie européenne » dont l'Oural est la barrière naturelle, et de 2 000 km en Sibérie constitue la plus grande réserve forestière de la planète. Les surfaces cultivées présentent 8,9 % de la surface cultivable de la planète.

Le littoral de la Russie a une longueur de 37 653 km : il s’étire essentiellement le long de l’océan Arctique et de l’océan Pacifique ; il comprend également de relativement petites portions de côtes sur la mer Baltique, la mer Noire et la mer Caspienne.

Les principales îles et archipels comprennent en océan Arctique la Nouvelle-Zemble, l’archipel François-Joseph, l’archipel de Nouvelle-Sibérie, et dans le Pacifique l’île Sakhaline et l’archipel des Kouriles dont les îles les plus méridionales sont revendiquées par le Japon.

Plus de 100 000 rivières arrosent la Russie dont certaines figurent parmi les plus importantes de la planète. La Volga, qui draine un bassin versant de 1,4 million de kilomètres carrés, est le plus long fleuve d’Europe (3 350 km) et a joué un rôle majeur dans l’histoire du pays. Les grands fleuves sibériens figurent parmi les géants de la planète : ce sont l’Ienisseï (débit moyen 19 800 m3⋅s-1), l’Ob, la Léna et l’Amour tous caractérisés par des débits énormes et des débâcles particulièrement violentes lorsque l’arrivée de l’été remet en mouvement les eaux prises dans les glaces. Les principales étendues d’eau sont le lac Baïkal, qui contient 20 % de l’eau douce lacustre de la planète, le lac Ladoga et le lac Onega.


Lac Baïkal, l'Île d'OlkhonClimat[modifier | modifier le code]Plus de la moitié du pays est située au nord du 60° de latitude tandis que seule une faible partie se trouve au sud du 50° de latitude. Les montagnes qui ferment les frontières méridionales (Altaï…) empêchent la remontée des masses d’air chaud venues des régions plus méridionales ; par contre, les plaines qui dominent dans le nord du pays laissent pénétrer loin à l’intérieur des terres les masses d’air refroidies par l’océan Arctique. Il en résulte une température moyenne de -5,5 °C avec une grande amplitude thermique entre l’hiver et l’été.

Dans pratiquement tout le pays, il n’existe que deux grandes saisons : l’hiver et l’été ; le printemps et l’automne sont généralement de très courte durée et le passage des températures les plus chaudes aux températures les plus froides est extrêmement rapide. Le mois le plus froid est janvier (février sur les côtes). Les températures hivernales vont en s’abaissant à la fois du sud au nord et de l’ouest à l’est (beaucoup plus continental) : on relève ainsi une température moyenne en février de −8 °C à Saint-Pétersbourg située à l’extrême-ouest, −27 °C dans les plaines de Sibérie occidentale, et −43 °C à Iakoutsk située en Sibérie orientale à peu près à la latitude de Saint-Pétersbourg. Le record du froid est détenu par la ville de Verkhoïansk (-70 °C relevé). Le vent du sud généré par l’anticyclone qui stationne en hiver sur la majeure partie de la Russie, réduit les différences de température entre les régions situées à des latitudes différentes. En été, le mois le plus chaud est généralement juillet (la température moyenne en Russie est de 20 °C). Les températures peuvent être très élevées dans les régions continentales (jusqu’à 38 °C au sud). L’amplitude des températures est généralement extrêmement élevée. L’été peut être très chaud et humide y compris en Sibérie. Une petite partie de la côte de la mer Noire près de Sotchi a un climat subtropical.

Le climat continental limite fortement la pluviométrie. Si à l’ouest les précipitations annuelles sont de 600 mm dans les régions baltiques et de 525 mm à Moscou, elles tombent à 425 mm à Novossibirsk (en Sibérie).

La durée de l’hiver, le froid intense et les variations brutales de température ont un énorme impact sur le mode de vie de la population et le fonctionnement de l’économie. Dans la partie la plus froide du pays, le sous-sol ne dégèle jamais : on parle de pergélisol (permafrost en anglais, merzlota en russe) ; l’eau stagne en surface et crée de gigantesques marécages - paysage récurrent de la Sibérie ; la présence du sous-sol gelé génère des contraintes très coûteuses sur le mode de construction des bâtiments et des infrastructures. Les grands fleuves sont généralement pris par les glaces d’octobre/novembre à avril/mai bloquant toute circulation fluviale ; au printemps, la débâcle des glaces entraîne souvent des inondations catastrophiques sur les plus grands fleuves sibériens.

Végétation[modifier | modifier le code]
La rivière Vassiougan, dans les plaines de l'Ouest sibérien. (rive gauche de l'Ob).Du fait de sa taille, le pays présente de nombreux types de paysages parmi lesquels prédominent des étendues relativement plates couvertes selon la latitude de toundra, de taïga, de forêts ou de steppes. La Russie d’Europe, définie de manière arbitraire comme la partie du pays située à l’ouest de l’Oural, présente successivement en allant du nord au sud les paysages suivants : au nord la partie la plus froide est le règne de la toundra à laquelle succèdent en allant vers le sud les forêts de conifères, puis les forêts mixtes (feuillus et conifères), les prairies, et enfin la steppe semi-désertique (près de la mer Caspienne). Le changement de végétation suit celui du climat. La Sibérie - la partie située à l’est de l’Oural - présente la même succession de paysages mais c’est surtout la taïga, forêt plus ou moins clairsemée composée majoritairement de conifères, qui prédomine.

Histoire[modifier | modifier le code]
Le monument Millénaire de la Russie (1862), conçu pour la commémoration du millième anniversaire de la venue de Riourik en tant que premier prince de Novgorod (862).Articles détaillés : Histoire de la Russie et Chronologie de la Russie.La Rus' de Kiev[modifier | modifier le code]Articles détaillés : Rus' de Kiev et Rus'.
Territoire de la Principauté de Kiev.La Rus' de Kiev ou principauté de Kiev (Ruthénie) est le premier État organisé à s’être formé dans la région occupée aujourd’hui par l’Ukraine, la Biélorussie et une partie de la Russie occidentale (862). Fondée par des Vikings venus de Scandinavie (les Varègues en russe) puis dirigée par la dynastie des Riourikides, elle forme un État peu structuré dont les sujets sont les tribus de Slaves orientaux vivant dans la région et qui seront progressivement conquises. Les princes varègues développent la route commerciale qui relie la mer Baltique et la mer Noire en empruntant le fleuve Dniepr (la route des Varègues). Ils réussissent, par la force des armes, à s’imposer à l’empire byzantin en tant que partenaire commercial. La Principauté de Kiev doit combattre les peuples nomades des steppes venus de l’est : Petchenègues, Coumans, etc. Sous le règne de Vladimir, le territoire s'étend et en 988, ce grand prince se convertit à la religion de l’empire byzantin, le christianisme orthodoxe : celle-ci deviendra religion d’État et sera l’un des facteurs de l’unité nationale russe. La Principauté de Kiev se désintègre au fil des années sous les coups de boutoir des peuples nomades après une longue période d’instabilité interne en raison des partages successoraux entre les descendants de Vladimir. Elle fait place à une quinzaine de principautés situées sur les territoires des actuelles Ukraine, Biélorussie et de la partie européenne de la Russie. Ainsi, en 1276, la grande-principauté de Moscou voit le jour.


Le baptême de Vladimir par Viktor VasnetsovLes princes, qui dirigent ces principautés et ont la propriété éminente de la terre, emploient des armées encadrées par des boyards qui deviendront progressivement des propriétaires terriens. Ils règnent sur une masse de paysans à cette époque généralement libres. La principauté de Vladimir-Souzdal et surtout la république de Novgorod toutes deux situées au nord de la Principauté de Kiev vont profiter de leur indépendance pour se développer. La république de Novgorod, cité-État dotée d’un système de gouvernement original, prospère grâce à ses échanges commerciaux avec les pays de la Baltique. Elle repousse à plusieurs reprises les tentatives d’expansion des chevaliers teutoniques.

L’invasion tataro-mongole[modifier | modifier le code]En 1226, un peuple nomade guerrier venu de Mongolie, appelé Tataro-Mongols par les Russes, attaque les principautés. Entre 1237 et 1242, le khan Batou petit-fils de Gengis Khan, défait les unes après les autres les armées des princes et réduit en cendres les principales villes dont Vladimir, Kiev et Moscou. Les populations sont massacrées ou réduites en esclavage. Seule Novgorod et dans une certaine mesure Pskov, situées au nord-est, réussissent à conserver une certaine autonomie. Les Mongols n’occupent pas les territoires vaincus mais les principautés doivent payer tribut et reconnaître la suzeraineté des Mongols qui fondent un État au sud de la Volga : la Horde d'Or. Cette vassalité ne prendra fin que trois siècles plus tard.

Les Mongols tatars ont profondément marqué la Russie, ethniquement avec l'installation de peuples turcophones, culturellement avec l'islamisation des peuples de l'Est de Moscou, entre Vladimir et Kazan qui renforcera le poids de l'Église face à l'occupation musulmane. Le vocabulaire russe s'enrichit de nombreux termes de la langue mongole tels que yam (poste) et tamga (péage). Administrativement, les Russes intègrent les tributs ainsi que les levées de troupes. Comme les Mongols, les princes russes iront jusqu'à imposer à leurs sujets de maintenir un service de relais de poste. Enfin, militairement, l'armée russe reprendra à son compte l'usage de la cavalerie légère[7].

La Moscovie[modifier | modifier le code]Article détaillé : Grande-principauté de Moscou.
Carte de l’expansion de la Russie entre 1300 et 1796.Du XIIIe au XVIe siècle, l’une de ces principautés, la Moscovie (dont la capitale est Moscou), dirigée par des princes habiles, annexe progressivement toutes les autres pour devenir la Russie. Le prince Dimitri IV de Russie vainc une première fois les Mongols à la bataille de Koulikovo (1380). Toutefois, ce mouvement d'unification se heurte aux rivalités et à la tradition de partage des territoires entre les différents fils du prince, ce qui engendra une guerre civile entre 1425 et 1453. Monté sur le trône en 1462, Ivan III de Russie, qu’un voyageur vénitien décrit comme un « homme de haute taille, penché en avant et beau », libère la Moscovie du joug des Mongols dont l’empire est désormais fragmenté en plusieurs khanats, puis absorbe les principales principautés russes encore indépendantes dont Novgorod (1478) et Principauté de Tver (1485). En 1485, Ivan III prend le titre de « souverain de toute la Rus' », désirant montrer sa volonté de reconstituer tout l'héritage de Vladimir. À la fin du règne d’Ivan III le territoire de la Moscovie a quadruplé. Son fils Vassili III (1505-1533) poursuit l'extension territoriale en annexant la cité-État de Pskov (1510) et la principauté de Riazan (1521) ainsi que Smolensk (1514). Ivan IV de Russie dit « le Terrible », premier prince à se faire désigner sous le titre de tsar, parachève ces conquêtes en s’emparant des principaux khanats mongols mais il perd l’accès à la mer Baltique face à une coalition de l’Empire suédois avec la Pologne et la Lituanie. Désormais l’expansion de la Russie vers l’est n’a plus d’obstacle sérieux. La colonisation par les paysans russes du vaste bassin de la Volga et de l’Oural prend son essor. Des paysans et fugitifs, les cosaques, s’installent sur les marges et s’organisent en « armée » tout en jouant les rôles de pionniers et de garde-frontières.


Portrait d'Ivan le Terrible par Viktor Vasnetsov, 1897 (Galerie Tretiakov, Moscou.Ivan IV se considère alors logiquement comme l'unique héritier de Vladimir, bien qu'il ne possède pas la ville de Kiev aux mains de la dynastie lituanienne des Jagellon. Cette dernière avait conquis la plupart des territoires de la Rus' occidentale.

La dynastie Romanov[modifier | modifier le code]Article détaillé : Liste des monarques de Russie.
Blason de la Russie au XVIIe siècle.L’extinction de la dynastie des descendants de Riourik (qui remontait aux mythiques princes varègues) déclenche le Temps des troubles jusqu’à ce qu’une nouvelle dynastie, les Romanov, monte sur le trône (1613). Plusieurs souverains brillants vont au XVIIe et XVIIIe siècles accroître la taille de l’Empire russe avec l’aide des cosaques.


Portrait de Pierre le Grand par Paul DelarochePierre le Grand (1682-1725), au prix d’une longue guerre avec la Suède, obtient un accès à la mer Baltique ; il fait construire Saint-Pétersbourg qui devient à compter de 1712 la nouvelle capitale, symbolisant ainsi l’ouverture du pays vers l’Europe. Une puissante industrie métallurgique, la première d’Occident à l’époque, est édifiée dans l’Oural et permet de soutenir l’effort de guerre. Catherine II de Russie (1762-1796), autocrate éclairée, achève la conquête des steppes situées au bord de la mer Noire après avoir défait l’empire ottoman et le khanat de Crimée et repousse vers l’ouest les frontières de l’empire russe grâce au partage de la Pologne. L’actuelle Ukraine et la Russie Blanche (Biélorussie) sont désormais entièrement en territoire russe. Durant toute cette période, les cosaques occupent progressivement la Sibérie et atteignent l’océan Pacifique en 1640. Irkoutsk au bord du lac Baïkal est fondé en 1632, la région du détroit de Béring et l’Alaska sont explorés dans les années 1740.

Un code édicté en 1649 lie désormais le paysan et ses descendants à la terre et à son propriétaire généralisant le servage, à contre-sens de l’évolution du statut du paysan en Europe occidentale. En contrepartie, les propriétaires terriens sont astreints à servir leur souverain. Catherine II confirme et renforce ces dispositions. Le mécontentement des paysans et d’une classe naissante d’ouvriers, exploités par leurs propriétaires et lourdement taxés par la fiscalité d’un État en pleine croissance déclenchent au XVIIe et XVIIIe siècles de nombreuses révoltes paysannes dont la plus importante, menée par le cosaque Pougatchev, parvient à menacer le trône avant d’être écrasée (1773). L’Église à l’époque joue un rôle essentiel dans la société russe et possède plus des deux tiers des terres. La réforme du dogme orthodoxe russe par le patriarche Nikon (1653) est à l’origine du schisme des vieux-croyants sévèrement réprimé.

Pierre le Grand puis Catherine II font venir un grand nombre de colons allemands (par exemple les Allemands de la Volga), d’artisans et de savants occidentaux souvent allemands, pour moderniser le pays, édifier des industries et jeter les fondements des établissements d’enseignement et de diffusion du savoir. Les bases de la langue littéraire russe sont définies par Mikhaïl Lomonossov. Les premiers journaux sont publiés à cette époque. La noblesse russe s’occidentalise, surtout sous l’influence de la philosophie allemande et de la langue française, et certains de ses membres s’enthousiasmeront pour les idées des Lumières, et parfois même de la Révolution française.


Catherine II la Grande (1729-1796)La Russie grande puissance européenne[modifier | modifier le code]L’empire russe joue un rôle décisif durant les guerres napoléoniennes qui vont la transformer en puissance européenne. Mû comme tous les souverains européens par une idéologie conservatrice et donc hostile aux idées de la Révolution française, le tsar participe à deux coalitions contre Napoléon et essuie des défaites coûteuses. Alexandre Ier choisit alors par renversement d’alliance le camp de la France (paix de Tilsitt), mais la paix ne durera que 5 ans (1807-1812). Il profite de cette pause pour attaquer la Suède et annexer la Finlande. En 1812, les hostilités reprennent. La grande armée de Napoléon parvient au prix de combats acharnés à s’emparer de Moscou mais doit en repartir chassée par l’incendie de la ville. Les armées russes harcèlent alors un ennemi décimé par la faim et le froid et, en 1814, elles occupent Paris. Alexandre joue un rôle majeur dans la Sainte-Alliance qui veut gérer le destin de l’Europe post-napoléonienne : il s’oppose à la reconstitution de l’État polonais et participe militairement à la répression des soulèvements contre les monarchies (Hongrie 1849), à l’instar de l’empereur d’Autriche.

Voir aussi armée impériale russe

Expansion de l’Empire vers le sud[modifier | modifier le code]Article détaillé : Empire russe.
Carte de l’expansion de la Russie et de l’URSS de 1812 à 1945.L’empire russe poursuit, sous son règne et celui de ses successeurs, son expansion dans le Caucase et vers les bouches du Danube, au détriment des empires perse et ottoman. La Géorgie rejoint volontairement l’empire en 1801. La partie orientale de la Principauté de Moldavie (vassale de l'Empire ottoman) est annexée en 1812 et forme la goubernia de Bessarabie. L’Arménie, le Daguestan et une partie de l’Azerbaïdjan sont annexés en 1813 au terme d’un conflit de quatre ans avec l’empire perse. Au décès d’Alexandre (1825), des officiers réformistes, les décembristes, se soulèvent en vain pour demander une réforme de la monarchie. Cette tentative de soulèvement d’officiers issus de l’aristocratie va servir aussi de modèle à de nombreux intellectuels russes au cours du siècle suivant, inspirés par la philosophie de Hegel ou de Kropotkine. En 1829 l'Empire russe se fait céder par l'Empire ottoman les Bouches du Danube. Nicolas Ier bénéficie d’une bonne croissance économique, mais renforce l’appareil répressif. Il écrase violemment un soulèvement armé de la Pologne (1831). Le déclin de l’empire ottoman, qui attise les convoitises des puissances européennes, est à l’origine d’un conflit entre la Russie et les autres puissances européennes, Grande-Bretagne en tête: la Guerre de Crimée. Défait à Sébastopol (1856), Alexandre II, le successeur de Nicolas, doit céder le sud de la Bessarabie avec les Bouches du Danube, et perd les droits de passage entre la mer Noire et la Méditerranée. Un dernier conflit victorieux avec l’Empire ottoman (1878) lui permet de retrouver un accès au Danube et parachève la conquête du Caucase. La Russie obtient aussi la création dans les Balkans d'un royaume de Bulgarie, et la reconnaissance par les Ottomans de l'indépendance de la Serbie et de la Roumanie. Cet accroissement d'influence ravive l’hostilité de la Grande-Bretagne (Le Grand Jeu).

De nombreuses jacqueries contre l’aristocratie terrienne endettée et attachée de ce fait au système du servage, ont lieu durant cette période. L’industrie se développe surtout dans les mines et le textile mais reste très en retrait par rapport à l’Angleterre et à l’Allemagne (environ 600 000 ouvriers vers 1860). Une nouvelle classe de commerçants et de petits industriels - souvent d’anciens serfs libérés par rachat - apparaît, mais ses effectifs sont relativement peu nombreux.

L’enseignement se répand dans les classes les plus aisées et de nombreuses écoles supérieures sont fondées. La littérature russe connaît un premier épanouissement avec des écrivains majeurs comme Tourgueniev, Pouchkine ou Gogol qui témoignent des tourments de la société russe. Cet essor culturel s’étend également à l’architecture et à la musique (Glinka).

Tentatives de réforme[modifier | modifier le code]Alexandre II tente de tirer les leçons de la défaite de la guerre de Crimée. Le pays, qui s’étend désormais sur 12,5 millions de kilomètres carrés et compte 60 millions d’habitants, est handicapé par son fonctionnement archaïque. Des réformes structurelles sont mises en train par le tsar : la mesure la plus importante est l’abolition du servage (1861) qui inclut l’attribution à l’ancien serf d’une terre, souvent trop petite pour le nourrir, au prix d’un endettement à long terme vis-à-vis de l’État. Des conseils locaux élus au suffrage censitaire – les Zemstvos – sont créés à compter de 1864 : dotés de pouvoir leur permettant de gérer les affaires locales et de construire routes, écoles et hôpitaux, ils peuvent lever des impôts pour les financer. Ce type de structure est étendu par la suite aux villes (douma urbaine). Enfin le code juridique introduit les procédures d’accusation et de défense et crée une justice théoriquement indépendante du pouvoir jusqu’à l’échelon du district. Le régime conserve malgré tout un caractère autocratique et fortement policier. Les réformes vont d’ailleurs attiser la violence de groupes d’intellectuels nihilistes et Alexandre finira par tomber sous leurs coups (1881). Sous son règne, l’empire a poursuivi son expansion coloniale en Asie centrale : après l’annexion des terres des kazakhs achevée en 1847, les trois khanats du territoire ouzbek (Kokand, Boukhara et Khiva) sont conquis au cours des trois décennies suivantes puis annexés ou placés sous protectorat (1876). Cette avancée place les limites de l’empire russe aux portes de l’empire britannique aux Indes. La tension (Grand Jeu) entre les deux pays va rester très vive jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé en 1907 (convention anglo-russe). La Pologne se soulèvera sans succès en 1863.

Industrialisation[modifier | modifier le code]
L'empereur Alexandre III de Russie par Ivan Kramskoï (1886).Alexandre III, lorsqu’il monte sur le trône en 1881, mène en réaction à l’assassinat de son père une politique de contre-réformes. Les dispositions autoritaires sont maintenues ou renforcées : les partis politiques et les syndicats sont interdits, le droit de circulation est limité, la presse est censurée. Sur le plan économique l’industrie se développe rapidement grâce, entre autres, aux investissements étrangers et à la construction d’un réseau ferroviaire qui atteint 30 000 km en 1890. De nouvelles régions s’industrialisent (Ukraine) tandis que certaines renforcent leur caractère industriel comme la région de Saint-Pétersbourg et surtout celle de Moscou. Mais la main-d’œuvre abondante dégagée par l’abolition du servage et la croissance démographique ne trouve pas entièrement à s’employer dans l’industrie (3 millions d’ouvriers en 1913). De nombreux paysans viennent coloniser les terres vierges de l’empire situées dans le Sud et l’Est (vallée inférieure de la Volga, Oural, Sibérie) de l’empire. Le Transsibérien permet de désenclaver les immenses territoires de la Sibérie et facilite cette migration, tandis que le financement de l’industrialisation se fait principalement par les emprunts russes venus surtout de France.

Le premier tronçon du Transsibérien ouvre dès 1888 et Moscou émet quatre emprunts de 500 millions de francs-or. En 1904, la France compte 1,6 million de créanciers du réseau ferré, de l’État et des municipalités russes[8], tandis que l’alliance franco-russe mise en place en 1892 tente de faire pièce à la Triplice.

L’agriculture a toujours un poids écrasant : en 1897 la Russie compte 97 millions de paysans pour une population totale de 127[réf. nécessaire] millions d’habitants. Ceux-ci ne possèdent généralement pas les terres qu’ils cultivent (25 % seront propriétaires en 1914). Le taux d’alphabétisation est très faible et la mortalité infantile est élevée (environ 180 pour 1000). L’excédent démographique est absorbé par les villes dont le nombre croît rapidement : à la veille de la Première Guerre mondiale, la population citadine dépasse les 25 millions d’habitants. La Russie continue d’accroître son aire d’influence : en Chine et en Corée elle se heurte aux intérêts japonais. La guerre russo-japonaise qui s’ensuit se termine par une défaite complète (1905 à Tsushima) : la modernisation du Japon a été sous-estimée et l’éloignement du champ de bataille a créé d’énormes contraintes logistiques.

La révolution de 1905[modifier | modifier le code]
Le dernier drapeau de l'Empire russe entre 1914 et 1917.Cette défaite déclenche le premier soulèvement généralisé de la population russe contre le régime. La révolution russe de 1905 est d’abord un mouvement paysan qui touche essentiellement la région des terres noires. Les ouvriers se joignent au mouvement par la suite. La loyauté des forces armées va sauver le régime. Nicolas II, qui est monté sur le trône en 1894, est obligé de donner des gages d’ouverture. Une assemblée (douma) élue est dotée de pouvoirs législatifs. Mais les élections de deux doumas successives donnent une large majorité à l’opposition. La loi électorale est alors modifiée pour obtenir une chambre des députés favorable au pouvoir.

Première Guerre mondiale et révolution russe[modifier | modifier le code]Article détaillé : Révolution russe.
Lénine en 1920.
Photographie de Nicolas II de RussieLa Russie entre en guerre contre l’Allemagne et l’Empire austro-hongrois en 1914 pour venir en aide à la Serbie, son alliée. L’Empire russe déclenche une offensive en Pologne orientale mais est sévèrement battue. Les troupes russes doivent abandonner la Pologne. Début 1917 éclatent des mouvements sociaux, suscités par le poids de la guerre sur l’économie, les pertes sur un front réduit à une stratégie défensive, l’instabilité des dirigeants et la défiance vis-à-vis du tsar. Le refus des troupes de réprimer les manifestations et la lassitude des classes dirigeantes obligent le tsar Nicolas II à abdiquer ; ainsi éclate la Révolution de Février 1917 et la Russie devient une république. Un gouvernement provisoire est alors constitué, présidé par Alexandre Kerensky. Tout en esquissant des réformes, celui-ci tente malgré tout de respecter les engagements de la Russie vis-à-vis de ses alliés en poursuivant la guerre. L’impopularité de cette dernière mesure est exploitée par le parti des bolcheviks qui, le 25 octobre 1917, renverse le gouvernement à Saint-Pétersbourg (alors capitale de la Russie) par les armes (Révolution d'Octobre). La paix est signée avec les Allemands (à Brest-Litovsk, en Biélorussie actuelle) au prix d’énormes concessions territoriales (Pologne, partie de l’Ukraine, pays Baltes, etc., soit environ 800 000 km2). Une guerre civile va opposer pendant trois ans les Russes blancs (républicains ou monarchistes), assistés par les puissances occidentales, aux bolcheviks. Après leur victoire, le 22 décembre 1922, les bolcheviks instaurent l’Union des républiques socialistes soviétiques ; la Russie devient une des républiques de l’Union (République socialiste fédérative soviétique de Russie).

Voir aussi : Front de l'Est (Première Guerre mondiale) - Fin du régime tsariste en Russie - Socialisme d'État

Entre les deux guerres[modifier | modifier le code]Article détaillé : Histoire de l'URSS sous Staline.
Joseph Staline, qui dirigea l'URSS de 1924 à 1953.Dès la prise du pouvoir, le nouveau régime tourne à la dictature réprimant toute opposition même au sein du parti bolchevik. L’ensemble des moyens de production industrielle est placé sous le contrôle de l’État. À la fin de la guerre civile en 1921, le pays est exsangue : la désorganisation des transports et les réquisitions agricoles déclenchent une famine qui fait un million de victimes autour de la Volga. Le mécontentement gagne et le régime doit assouplir son programme : c’est la NEP qui autorise une forme limitée d’économie privée. En quelques années, les productions agricole et industrielle se rétablissent. Lénine, décédé en 1924, laisse sa « succession » ouverte. Staline va en quelques années se hisser au pouvoir en éliminant physiquement ses rivaux. Le plan de collectivisation est repris avec vigueur et les terres agricoles sont regroupées par la force au sein de grandes coopératives. Une nouvelle famine éclate, cette fois-ci majoritairement en Ukraine (1932-1933) et dans le Kouban. Le développement de l’économie est désormais planifié de façon centralisée et le pouvoir, qui se concentre à Moscou (redevenue capitale du pays en 1918), mène un vaste programme d’industrialisation (surtout dans le domaine de l’industrie lourde) à l’aide des plans quinquennaux. Le gouvernement incite les travailleurs au dépassement des normes de productivité (stakhanovisme) au nom de l’avenir radieux. La machine de propagande communiste fonctionne à plein régime. En même temps, Staline mène une politique répressive qui envoie au goulag ou à la mort plusieurs millions de personnes avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, ce qui ne l’empêche pas d’instaurer un véritable culte de personnalité. C’est la montée du stalinisme.

Voir aussi : stalinisme

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]Article détaillé : Chronologie de la Seconde Guerre mondiale.Staline, qui a signé avant le début de la Seconde Guerre mondiale un pacte de non-agression avec Hitler comprenant une clause de partage de la Pologne et des Pays baltes, est attaqué par l'Allemagne en juin 1941 (opération Barbarossa). L’Armée rouge sous-équipée et désorganisée par les purges staliniennes recule en essuyant des pertes qui se chiffrent en millions. L’avancée allemande est bloquée devant Stalingrad (janvier 1943), puis repoussée vers l’ouest, notamment suite à la bataille de Koursk (juillet-août 1943). Les généraux soviétiques reprennent progressivement l’initiative et l’Armée rouge, renforcée par des livraisons d’armes alliées, reconquiert les territoires perdus, libère les pays de l’Europe orientale puis rentre victorieuse dans Berlin (mai 1945), au prix d'un terrible bilan de 20 à 30 millions de victimes (dont presque la moitié de civils). Staline et ses alliés occidentaux ont conclu un accord sur un partage de l’Europe en zones d’influence qui entérine le rôle joué par l’URSS dans le conflit (conférence de Yalta). Les pays d’Europe orientale et l’Allemagne de l’Est se voient bientôt imposer un régime socialiste piloté par l’URSS.

L’URSS, une puissance mondiale[modifier | modifier le code]
Emblème des républiques soviétiques, 1958-1991.Article détaillé : Union des républiques socialistes soviétiques.
Le premier homme dans l'espace, Youri Gagarine, en visite à Malmö, Suède, 1964.
Spoutnik 1, le premier satellite artificiel de la Terre, lancé par l'URSS.La guerre a saigné l’URSS (plus de 20 millions de victimes dont une majorité de civils) et détruit une bonne partie de ses installations industrielles et de ses villes. L’immédiat après-guerre est une période de reconstruction. Le pays retrouve son niveau de production industrielle d’avant-guerre puis le double en 1952. L’industrie nucléaire se développe, avec la création du complexe nucléaire Maïak. L’URSS effectue son premier essai nucléaire en 1949, accédant ainsi au rang de seconde puissance nucléaire mondiale.

Dans le même temps, le culte de la personnalité est porté à son comble par Staline. Peu après le décès de celui-ci en 1953, Nikita Khrouchtchev accède au pouvoir (1953) et dénonce les excès de son prédécesseur. Sur le plan intérieur commence une période de relative prospérité ; les droits des citoyens sont mieux respectés, c'est le début d'une certaine libéralisation. L'URSS stupéfie le monde par son avance dans le domaine spatial en mettant en orbite le premier Spoutnik et en y envoyant Youri Gagarine, premier homme dans l’espace. Sur le plan international, l’URSS élargit son influence à de nombreux pays du tiers monde et parvient par des investissements massifs dans l’armement à faire jeu égal avec les États-Unis, notamment dans le domaine nucléaire et des missiles balistiques. Cette période de guerre froide se traduit par de nombreux conflits ou tensions un peu partout dans le monde entre les deux superpuissances et leurs alliés. La crise de Cuba en 1962 manque de dégénérer en un conflit nucléaire. L’accession de Léonid Brejnev au pouvoir (1964) se traduit par une relative détente entre les deux grands (conférence d’Helsinki) mais également, sur le plan intérieur, par une réduction des tentatives de réforme qui n’avaient pas réussi à son prédécesseur (Programme des terres vierges entre autres). L’écart entre le niveau de vie des Soviétiques et celui des habitants des pays occidentaux s’accroît. La tension entre les deux superpuissances reprend à compter de 1979 à la suite de l’invasion de l’Afghanistan et de l’arrivée de Ronald Reagan à la tête des États-Unis en 1980.

Voir aussi : Chronologie de l'URSS - Guerre froide

La fin de l’URSS[modifier | modifier le code]Article détaillé : Perestroïka.
Boris Eltsine sur un char pendant le putsch de Moscou en 1991.Mikhaïl Gorbatchev arrive au pouvoir en 1985 en prenant la tête du PCUS avec la volonté de réformer le régime pour combattre la stagnation économique et les reliquats du stalinisme, mais ses réformes donnent des résultats plutôt mitigés. La perestroïka (restructuration économique) n’a pas atteint les objectifs escomptés ayant aggravé les pénuries de biens de consommation et les inégalités sociales entrainant un mécontentement populaire, tandis qu’une démocratisation du régime, amorcée avec la glasnost (transparence), déclenche des conflits inter-ethniques et la montée des nationalismes, mal perçus par les Russes.

En 1989, pour la première fois depuis le début de l’ère soviétique, des élections libres ont lieu, les partis politiques sont autorisés en 1990. Cette ouverture est surtout l’occasion pour les peuples des différentes nationalités composant l’URSS de manifester leurs souhaits de souveraineté. Vers 1991, un véritable dualisme du pouvoir s’installe au Kremlin - la puissance montante des structures étatiques russes libérées de la tutelle du PCUS, avec Boris Eltsine en tête, face aux organes du pouvoir soviétique et communiste, archaïque et conservateur, essayant en vain de freiner les réformes gorbatcheviennes et de préserver le système soviétique. Un coup d'État en août 1991 mené par les conservateurs échoue et accélère la fin de l'Union.


Mikhaïl Gorbatchev.Le 21 décembre 1991, le PCUS est dissout par Mikhaïl Gorbatchev et l’URSS s’effondre : les républiques qui la constituaient prennent leur indépendance, le CAEM (Conseil d'assistance économique mutuelle) créé en 1949 et le Pacte de Varsovie (1955) ne sont plus. La Russie, qui en constitue le noyau historique, reprend de l’ancienne grande puissance mondiale les trois quarts de son territoire, plus de la moitié de sa population, les deux tiers de son industrie et la moitié de sa production agricole. Principale héritière de l’URSS, elle occupe désormais sa place dans les institutions internationales, dont le siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, mais assume également le passif financier de l’ancienne URSS. Une union politique et économique, la CEI, est fondée en 1991 pour tenter de maintenir des liens privilégiés entre les pays issus de l’URSS.

Bien que la Russie, dirigée par Boris Eltsine à partir de 1991, soit l'héritière de l'Union soviétique, elle ne peut endosser le rôle de superpuissance. La Fédération de Russie est confrontée à de nombreux problèmes internes, parmi lesquels l'élaboration laborieuse d'un système politique démocratique et une guerre de sécession en Tchétchénie, et laisse la grande politique mondiale aux Américains et à leurs alliés.

Voir aussi : Union des républiques socialistes soviétiques – Putsch de Moscou – Communauté des États indépendants

Effondrement, puis redressement économique[modifier | modifier le code]Article détaillé : Géostratégie de la Russie.
Le quartier des affaires de Moskva-City, en pleine expansionLe premier président de la nouvelle Russie, Boris Eltsine donne une inflexion apparemment libérale au régime. Le fonctionnement de la société russe qui a dû abandonner le socialisme est profondément bouleversé et mène à l’enrichissement d’une minorité (oligarques), au déclin de l’outil économique, à l’affaiblissement de l’État fédéral et à une chute catastrophique du niveau de vie des Russes.

Au niveau économique, la planification dirigiste et centralisée de l’économie a été abandonnée sans transition au profit d’un mode de fonctionnement s’inspirant des thèses libérales des économistes de l’école de Chicago. Les moyens de production ont été en grande partie privatisés, dans des conditions souvent obscures. La réorganisation rapide de l’appareil économique combinée avec les effets de l’éclatement de l’URSS ont provoqué au cours des années 1990 un effondrement de l’économie, le PIB étant divisé par deux en quelques années, ainsi qu’une crise financière majeure en 1998, plongeant une grande partie de la population dans les difficultés (exceptée une infime minorité de nouveaux riches, surnommés nouveaux Russes).

L’armée est de plus tenue en échec dans le conflit qui l’oppose aux séparatistes islamistes de Tchétchénie. Les élections de 1993 complètement libres se traduisent par une montée du courant nationaliste (22,92 % des votes vont au Parti libéral-démocrate de Russie de Vladimir Jirinovski, contre 7,81 % en juin 1991) et le maintien d’un vote communiste important (12,40 % des votes, contre 16,85 % en juin 1991). Une nouvelle constitution, adoptée en décembre 1993 après une grave crise constitutionnelle et la mise au pas du Congrès des députés du peuple à l'aide de l'armée, donne un tour plus présidentiel au régime. La période est également caractérisée par de grands mouvements de population entre les États composant l’URSS (population russe des États voisins se repliant en Russie, émigration des Russes de religion juive ou d’origine allemande, fuite des cerveaux) et au sein même de la Russie (abandon des campagnes et des zones les plus éloignées en Sibérie). Le désordre économique et politique se prolonge jusqu’en 1998 date à laquelle le système financier russe s’effondre : entre 1990 et 1998 le PIB aura chuté de 45 %.


L'actuel président de la Fédération, Vladimir Poutine (droite), en compagnie du président du gouvernement Dmitri Medvedev (gauche).Le président russe, Vladimir Poutine, porté au pouvoir en 2000, se donne pour objectif de rétablir le fonctionnement de l’État et de l’économie par le biais d’un régime présidentiel fort. Le nouveau président bénéficie de l’envolée du cours des matières premières dont la Russie est le plus grand producteur. Il lance des réformes structurelles visant entre autres à rétablir la « verticale des pouvoirs ». Les mesures ont été prises par ailleurs contre la fraude fiscale ce qui s’est traduit par l’arrestation de certains oligarques. Depuis 2000, la Russie connaît une croissance forte (augmentation du PIB de 7 % en moyenne) étroitement liée à la montée des prix des matières premières et plus particulièrement du pétrole et du gaz. L'afflux de revenus qui en découle permet le développement du secteur tertiaire (banque, assurance, distribution) et la croissance de la consommation intérieure. Vladimir Poutine devient très populaire dans le pays en tentant de redonner à la Russie un rôle de premier plan sur la scène internationale en profitant, entre autres, des déboires américains en Irak, et de renouer des liens privilégiés avec les anciennes républiques composant l’URSS en maniant alternativement la manière forte (Biélorussie, Ukraine) et une approche plus diplomatique. Son successeur, Dmitri Medvedev, élu en mars 2008, est plus libéral, mais continue d'appliquer la politique générale de Poutine. Par ailleurs, la guerre d'Ossétie en 2008 étend l'influence russe dans le Caucase, en particulier en Abkhazie et en Ossétie du Sud. Vladimir Poutine lui succède à nouveau après l'élection présidentielle de mars 2012.

Voir aussi : Communauté des États indépendants - Organisation du traité de sécurité collective - Communauté économique eurasiatique - Organisation de coopération centre-asiatique - Union de la Russie et de la Biélorussie

Politique[modifier | modifier le code]Article détaillé : Politique en Russie.Politique en Russie

[afficher]ConstitutionConstitution

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[afficher]ExécutifPrésident Vladimir PoutinePremier ministre Dmitri MedvedevPremier vice-Premier ministre Igor ChouvalovGouvernementAdministration présidentielleConseil de sécuritéConseil d'État

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[afficher]LégislatifAssemblée fédéraleConseil de la FédérationDouma d'ÉtatLois

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[afficher]JudiciaireCour constitutionnelleCour suprêmeCour arbitrale suprême

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[afficher]ÉlectionsPrésidentielles : 1996 - 2000 - 2004 - 2008 - 2012Législatives : 1993 - 1995 - 1999 - 2003 - 2007- 2011 Russie unieParti communiste de la Fédération de RussieParti libéral-démocrate de RussieRussie juste

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[afficher]À l'internationalGéostratégie de la Russie

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[afficher]Autres domainesArméeSubdivisions de la RussieSujets fédéraux de RussieCode fiscalDroits de l'homme

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Bill Clinton et Boris Eltsine, le 13 janvier 1994.La Constitution de 1993, adoptée à la suite de la crise constitutionnelle de 1993 qui avait opposé le président Boris Eltsine à l’Assemblée et n’avait pu être résolue que par l’intervention des chars, définit la Russie comme une Fédération et une République présidentielle dans laquelle le président, en tant que chef de l’État, dirige la Nation et le président du gouvernement dirige le gouvernement. Le pouvoir exécutif est exercé par le chef du gouvernement. Le pouvoir législatif est détenu à la fois par le gouvernement et les deux chambres de l’assemblée fédérale de la Russie.

Le président est élu au suffrage universel pour une période de six ans depuis 2008. Son mandat est renouvelable une seule fois. La dernière élection présidentielle a eu lieu le 4 mars 2012.

Le pouvoir législatif est représenté par l’Assemblée fédérale composée de :

La Douma (Дyмa) ou, plus précisément, Douma d’État, assemblée de 450 députés élus au suffrage universel direct pour 4 ans. La Douma est présidée par Sergueï Narychkine (depuis 2011).
Le Conseil de la Fédération (Russie) (Совет Федерации), formé de 166 représentants des sujets (régions) composant la Fédération, appelés souvent « sénateurs » (voir Subdivisions). Le Conseil de la Fédération est présidé par Valentina Matvienko (depuis septembre 2011).
La constitution russe garantit l’égalité de tous les citoyens devant la justice, l’indépendance des juges et leur sujétion à la seule loi. Les procès doivent être publics et le droit de la défense est garanti aux accusés.

Les régions disposent d’une certaine autonomie mais, depuis 2005, les gouverneurs des régions ne sont plus élus mais désignés par le président.

Les principaux partis sont le parti du président Vladimir Poutine, Russie unie (238 sièges à la Douma aux élections de 2011), le Parti communiste de la Fédération de Russie (92 sièges), Russie juste (64 sièges), et le LDPR (56 sièges). La majorité des trois quarts est nécessaire à la destitution du chef de l’État.

Le président de la Russie est Vladimir Poutine (élu le 4 mars 2012).

Voir aussi : Union de la Russie et de la Biélorussie

Défense et géostratégie de la Russie[modifier | modifier le code]Article détaillé : Forces armées de la Fédération de Russie.
Les vozdouchno-dessantnye voïska ou VDV (en russe : Воздушно-десантные войска, en abrégé ВДВ, "troupes aéroportées") en manœuvre au Kazakhstan.L’actuelle armée russe, formée en 1992, est l’héritière de l’ancienne Armée rouge qui fut l'Armée soviétique de 1922 à 1991, année de la dislocation de l’URSS. Elle a hérité de l’armement et de l’équipement de l’armée soviétique située sur le territoire russe, ainsi que de la totalité de l’arsenal nucléaire soviétique qui lui a été transféré par le Kazakhstan, l’Ukraine et la Biélorussie.


Évolution du stock d'armes nucléairesLa Russie est l’un des cinq pays reconnus officiellement par le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) comme possédant l’arme nucléaire. Elle possède d'ailleurs le plus vaste arsenal nucléaire au monde avec plus de 16 000 têtes nucléaires[9] dont 3 500 sont opérationnelles. Au cours de son histoire, l’URSS aura produit quelque 50 000 têtes nucléaires.

Après la chute de l’URSS, malgré la baisse des effectifs et du budget, l’armée russe reste une armée de premier plan à l’échelle mondiale.

La Russie est en tête des exportations d’armes avec un excédent de 7 à 8 milliard de dollars américains, émanant de son secteur de l'armement. Les principaux clients de la Russie sont l’Inde et la Chine en tête, puis notamment l’Iran, le Venezuela et l’Algérie[10],[11].

La Russie doit se protéger contre diverses menaces[réf. nécessaire] : menaces indépendantistes au sein de la Russie, rivalités avec ses voisins de l'Ouest, d'Asie Mineure, du Japon, de Mongolie et de Chine. Elle surveille de près les détroits turcs pour accéder à la Méditerranée, le « verrou » danois pour accéder à l'océan Atlantique et à l'Est, le « verrou » japonais pour l'océan Pacifique, et l'Arctique notamment pour le pétrole[12].

Effectifs : 1 140 000 militaires et 2 000 000 réservistes
Budget : 70 milliards de $ (2008)[13]
Articles détaillés : Géostratégie de la Russie, Communauté des États indépendants, Organisation du traité de sécurité collective, Communauté économique eurasienne, Organisation de coopération centre-asiatique et Union de la Russie et de la Biélorussie.

Voir aussi : Armée impériale russe, Armée rouge, Marine soviétique, Spetsnaz, Marine russe, VVS, Relations entre la Russie et l'Union européenne.

Économie[modifier | modifier le code]Article détaillé : Économie de la Russie.La Russie fait partie des pays économiquement développés : PIB de 2 056 milliards de $ en 2010 (nominatif), 2 097 milliards de $ (en parité de pouvoir d'achat[14], 7e rang en 2007).


Station-service Rosneft. La Russie est le plus grand exportateur de Gaz naturel et de produit pétrolier.Son économie est marquée par le poids des industries extractives : gaz naturel (1er producteur et exportateur mondial), pétrole (1er producteur)[15], charbon (6e pays producteur), métaux non ferreux.

De son passé soviétique, la Russie a hérité d’une industrie métallurgique lourde puissante et concurrentielle, d’un savoir-faire pointu dans les domaines de l’aéronautique, de l’armement et de l’énergie.

L’agriculture, longtemps handicapée par la collectivisation des exploitations agricoles sous le régime soviétique, malgré le labourage des terres vierges dans les années 1970, composant avec un environnement naturel globalement peu favorable et immense, est structurellement déficitaire (déficit en valeur de 10 milliards de $). Mais la Russie peut être considérée comme une puissance agricole forte - la Russie est le premier producteur mondial d’orge, de framboise, de groseille. Elle est aussi un gros producteur de betterave, de blé et de pomme de terre.


Moscou, le nouveau quartier des affaires Moskva-CityLa répartition du PIB (secteur primaire 7 % - secondaire 37 % - tertiaire 56 %) reflète la montée en puissance des services.

Le fonctionnement de l’économie russe a subi des transformations radicales après les réformes entamées par Gorbatchev dans la 2e moitié des années 1980 (perestroïka), caractérisées par le passage d’une économie planifiée (dont l’ensemble des moyens de production étaient contrôlés par l’État) à un mode de fonctionnement basé sur l’économie de marché.

Ce processus de transformation est à l’origine d’une crise économique profonde, culminant avec la crise financière en 1998, dont la Russie s’est progressivement relevée depuis : le PIB a retrouvé en 2007 son niveau de 1990. L’évolution du prix des matières premières a grandement favorisé la reprise économique amorcée en 1998. Avec une croissance du PIB supérieure à 6 % en moyenne depuis cette date, l’État russe a pu régler par anticipation les emprunts contractés au plus fort de la crise financière et ramener la dette publique à 8 % fin 2007.

L’inflation est désormais contenue (6,1 % en 2011 contre 36,5 % en 1999). La Russie s’est constituée la troisième réserve de change du monde (504 milliards de $ en février 2012) grâce à une balance des paiements excédentaire de 10 % du PIB durant cette période. Le budget de l’État, régulièrement excédentaire grâce à une gestion prudente de la manne financière constituée par des rentrées fiscales plus efficaces et au prix assez élevé des hydrocarbures, a permis la constitution en 2004 d’un fonds de stabilisation qui se montait à 130 milliards de $ en septembre 2007. L’État russe a retrouvé des moyens financiers permettant de lancer des projets d’envergure (infrastructures, soutien à l’investissement). Des secteurs importants de l’industrie russe sont, depuis la libéralisation de l’économie, confrontés à la concurrence des entreprises étrangères : celle-ci n’est freinée que dans des domaines jugés stratégiques (construction automobile, ressources minières et énergétiques, industrie de l’armement). La Russie reste le premier exportateur mondial d’armes[16] (avions de chasse, sous-marins, etc.). Mal préparée, l’industrie légère russe a vu ses parts de marché fondre sur le marché national. Le phénomène touche également des industries de pointe comme la construction aéronautique. Les exportations sont désormais en grande partie composées de produits à faible valeur ajoutée (hydrocarbures et métaux représentaient en 2005 82 % des exportations). La croissance de cette économie peu diversifiée est très sensible aux évolutions du prix des matières premières.

Le PIB par habitant s’élevait en 2007 à 12 200 $ et le taux de chômage à 6,6 % (2006). Mais ce PIB est très inégalement réparti. La libéralisation de l’économie a accentué un phénomène qu’avait jusqu’à présent contrebalancé le régime socialiste. La richesse s’est plutôt concentrée au cours de la décennie dans quelques régions favorisées : les deux métropoles de Moscou et Saint-Pétersbourg, les régions sibériennes où sont situées les gisements d’hydrocarbures et quelques régions industrielles (Tatarstan, Iekaterinbourg, Samara, etc.). La ville de Moscou concentre à elle seule 22 % du PIB russe[17].

Agriculture[modifier | modifier le code]
Champ céréalier dans la plaine de Rostov-sur-le-Don.Article détaillé : Agriculture en Russie.Les statistiques officielles de la Fédération de Russie reconnaissent trois formes d’exploitations agricoles. Les organisations agricoles, les fermes privées et les lopins de terre. La culture du blé et des pommes de terre en représente une large part. L’élevage porcin et de volaille est également très répandu. En revanche, l’élevage de bovins est essentiellement destiné à la production laitière[réf. nécessaire].

Les conditions climatiques de la Russie ne lui permettent une mise en culture de ses terres que sur une période relativement courte (environ sept mois de l’année). La dimension de sa surface agricole utile et le facteur climatique permettent sans doute d’expliquer que son agriculture est plutôt extensive qu’intensive.

Transports[modifier | modifier le code]Transport ferroviaire[modifier | modifier le code]Article détaillé : Transport ferroviaire en Russie.La compagnie des chemins de fer russes (RJD) connecte toutes les villes importantes de Russie. Le Transsibérien est le plus célèbre des trains russes. Le train rapide Allegro relie Helsinki à Saint-Pétersbourg depuis 2010. Le réseau ferroviaire régional se nomme « Elektritschka ».

Routes et autoroutes[modifier | modifier le code]Article détaillé : Liste des autoroutes de Russie.Voies maritimes[modifier | modifier le code]La voie navigable Volga-Baltique relie la Volga à la mer Baltique.

Démographie[modifier | modifier le code]Article détaillé : Démographie de la Russie.
Carte ethnique de la Russie européenne avant la Première Guerre mondiale
Évolution de la démographie entre 1991 et 2008 (chiffres du Service fédéral des statistiques, population en millions d’habitants)Après la Seconde Guerre mondiale, qui avait entraîné la mort d’environ 27 millions de personnes[18] (civils et militaires), la population avait retrouvé son niveau d’avant-guerre en 1955 (111 millions), puis s’était accrue de près de 35 % en atteignant son maximum en 1992 (148,7 millions). Cependant plusieurs phénomènes sont venus modifier cette dynamique démographique dont la plus importante est sans doute la « normalisation » de la fécondité russe qui a effectué à compter de 1988 sa transition démographique et présente désormais un taux de natalité proche de celui des autres pays d’Europe de l’Est, c'est-à-dire très bas.

La population de la Russie s’établit à 143,4 millions d’habitants, avec un taux d’urbanisation élevé (73 % de la population). La densité est de 8,5 hab./km², mais

Otiste2000 10/10/2013 14:40

Turquoises au large

"La vie est un livre et ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une seule page"

Saint Augustin


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Alexandre III le Grand

Pella, Macédoine, 356 - Babylone, 323 av. J.-C.
Source Encyclopédie Wikipédia







L'expédition d'Alexandre le Grand
Carte Alain Houot




Sommaire

Biographie
Naissance et filiation
Enfance et éducation
Le roi de Macédoine
Un prince associé au pouvoir (-339 / -336)
L’élimination de tout rival potentiel (été -336)
La consolidation du pouvoir (fin -336 / printemps -334)
Le Conquérant
L’armée d’Alexandre
La bataille du Granique (mai -334)
La prise de Milet (mai / juillet -334)
Le siège d’Halicarnasse (été / automne -334)
Alexandre s’empare de la Pamphylie et de la Pisidie (hiver -334 / printemps -333)
La contre-offensive de Memnon de Rhodes (hiver -334 / -333)
D’Issos à Arbèles
La conquête de la Phénicie (hiver -333)
Le siège de Tyr (janvier / août -332)
Quels objectifs ?
Le pharaon (automne -332 / printemps -331)
Vers la bataille décisive avec Darius III (printemps / été -331 – octobre -331)
À la poursuite de Darius III
L’entrée dans Babylone et Suse (novembre / décembre -331)
Les difficultés d’Antipater (-331)
La campagne en Perse et l’incendie de Persépolis (janvier / mai -330)
La mort de Darius III (été -330)
Toujours plus à l’est
La révolte de l’Arie (automne -330)
Les meurtres de Philotas et Parménion (automne -330)
La difficile pacification de l’Asie centrale (fin -330 / printemps -327)
L’Inde et la fin du périple
La conquête du nord-ouest de l’Inde (été -327 / été -326)
La conquête de la vallée de l’Indus (automne -326 / printemps -325)
Le difficile retour (juillet -325 / décembre -325)
La dernière année du règne
Les noces de Suse et la mutinerie d’Opis (hiver / printemps -324)
Ultimes desseins (été -324 / printemps -323)
Les derniers jours (juin -323)
Le tombeau d'Alexandre
Bilan
Le personnage d’Alexandre
Peinture
Littérature
Cinéma
Musique
Jeu


Alexandre le Grand (en grec ancien Aléxandros ho Mégas ou Mégas Aléxandros) ou Alexandre III de Macédoine (Aléxandros III ho Makedon, signifiant en grec « protecteur de l’homme »), né le 21 juillet -356 à Pella, mort le 13 juin -323 à Babylone, est un roi grec de Macédoine et l’un des personnages les plus célèbres de l’Antiquité.

Fils de Philippe II, élève d’Aristote et roi de Macédoine depuis -336, il devient l’un des plus grands conquérants de l’histoire. Il fait de son petit royaume le maître de l’immense empire perse achéménide, s’avance jusqu’aux rives de l’Indus et fonde près de soixante-dix cités, dont la majorité porte le nom d’Alexandrie.

La notoriété d’Alexandre s’explique principalement par sa volonté de conquête de l'ensemble du monde connu. Cette aspiration, à la fois illusoire et pourtant presque réalisée, avant qu’il ne meure subitement à l’âge de trente-trois ans, a pour conséquence — durant un temps très court — une unité politique jamais retrouvée ensuite entre l’Occident et l’Orient.

L’héritage d’Alexandre, marqué par une tentative de fusion des cultures grecque et orientale, est partagé entre ses généraux pour former les différents royaumes et dynasties de la période hellénistique.



Biographie
Naissance et filiation

Détail d’une mosaïque qui montre Alexandre combattant un lion avec son ami Cratère.
Alexandre est né à Pella, la capitale du royaume de Macédoine, le 20 (?) ou le 21 juillet -356. Il est le fils de Philippe II de Macédoine et d’Olympias, princesse d’Épire, sa troisième femme. Par sa mère, il est le neveu d’Alexandre le Molosse, roi d’Épire, territoire qui se situe de nos jours entre la région grecque d’Épire et le sud de l’actuelle Albanie. Sa mère donne naissance, en -355 à une fille Cléopâtre.

Une légende, connue dès l'Antiquité, affirme qu’Olympias n’a pas conçu Alexandre avec Philippe, qui avait peur d’elle et de son habitude de dormir en compagnie de serpents, mais avec Zeus. Alexandre se sert de ces contes populaires à des fins politiques, faisant référence au dieu plutôt qu’à Philippe quand il évoque son père. Une autre légende datant du IIIe siècle, d’origine égyptienne celle-là et faussement attribuée à Callisthène, le Roman d’Alexandre, veut qu’Alexandre soit le fils du dernier pharaon égyptien de la XXXe dynastie égyptienne, Nectanébo II.

Par son père Philippe II, Alexandre prétend descendre de Téménos d’Argos, lui-même descendant d’Héraclès, fils de Zeus — pour cette raison, la dynastie macédonienne s’appelle dynastie des Argéades ou des Téménides. Par sa mère, Olympias, de la dynastie des Éacides, Alexandre affirme descendre de Néoptolème, fils d’Achille.

Selon une affirmation du temps, rapportée entre autres par Plutarque, Alexandre naquit la nuit même où Érostrate incendie le temple d'Artémis à Éphèse, une des sept merveilles du monde antique. Alexandre utilise plus tard cette coïncidence pour renforcer son aura politique, et propose de financer la restauration du temple, ce qui est cependant refusé par les Éphésiens.

Plutarque indique également que Philippe et Olympias ont rêvé de la future naissance de leur fils. Après avoir consulté Aristandre de Telmessos qui détermina que Olympias était enceinte et que l’enfant aurait le caractère d’un lion. Quant à son physique, il semblerait qu'il eût les yeux vairons et, à cause d'une blessure de guerre qui lui aurait sectionné un nerf, la tête toujours penchée du côté droit.


Enfance et éducation
Alexandre possède, aux yeux des Grecs, une double appartenance. Il est d'une part un barbare, car c’est un Macédonien qui possède un tempérament passionné et se laisse emporter par des colères d’une terrible violence, héritage attribué à sa mère, mais souvent suivies de prompts repentirs. Il est capable d’élans généreux qui lui allient des fidélités sans failles. Ses convictions religieuses sont entachées de superstitions. Cependant le trait de caractère dominant du personnage est sans aucune contestation sa volonté de fer, qui peut aller jusqu’à l’obstination et l’entêtement.


Alexandre et Aristote.
Parallèlement, Alexandre est profondément influencé par la culture grecque. Il est vrai que, située dans le nord de la Grèce actuelle, la Macédoine est l’une des régions pélagiques antiques. La langue parlée est alors l’un des nombreux dialectes grecs et, dès l’époque du roi Archélaos (fin du Vème siècle), la langue officielle de la cour et de la chancellerie macédonienne devient l’ionien-attique. Philippe, qui a séjourné à Thèbes dans la maison d’Épaminondas comme otage (entre -369 et -367), le parle pour sa part couramment ainsi que son fils. Ce dernier selon Plutarque ne parle macédonien que sous le coup d'une forte émotion.

Après avoir été éduqué par Léonidas, un parent de sa mère Olympias et Lysimaque d'Acarnanie, Alexandre reçoit pour précepteur le philosophe Aristote de -343 à -340. Ce dernier est le fils de Nicomaque, médecin d’Amyntas III, le grand-père d’Alexandre. Il rédige une édition annotée de l'Iliade pour son élève. Alexandre lit également Hérodote et Xénophon, auteurs qu’il sait exploiter plus tard lors de ses conquêtes. Alexandre se révèle un étudiant doué. Il connaît par cœur de nombreuses tragédies, l’Iliade, et possède de nombreuses notions de médecine, d’histoire et de mathématiques.

Plusieurs compagnons d’enfance d’Alexandre, dont Ptolémée, Philotas, Héphaestion, se retrouvent à ses côtés lors de la conquête de l’Asie.

La séduction du personnage tient sans doute à ce mélange contradictoire : barbare et grec, mystique et réaliste, violent et généreux, emporté par son imagination et son rêve et guidé par sa lucidité. Sa volonté inflexible se double d’un réel opportunisme et d’un sens inné de la mise en scène.


Le roi de Macédoine
Un prince associé au pouvoir (-339 / -336)

« Hermès Azara » : pilier hermaïque romain reprenant le portrait d’Alexandre le Grand par Lysippe, musée du Louvre
Bien que considéré comme barbare par les Athéniens, le royaume de Macédoine a, sous le règne de Philippe, étendu son hégémonie sur la Grèce classique. Il vainc Athènes aux Thermopyles en -352, intervient dans un conflit entre Thèbes et les Phocidiens, triomphe d’une coalition d’Athènes et de Thèbes à la bataille de Chéronée, en -338. Alexandre y fait ses preuves en commandant la cavalerie et en taillant en pièces le Bataillon sacré des Thébains.

Philippe est également l’initiateur de la ligue de Corinthe, rassemblant toutes les cités grecques, à l’exception de Sparte, sous son commandement. La ligue doit porter la guerre contre l’Empire perse. En -340, en l’absence de son père parti assiéger Byzance, Alexandre, à seize ans, devint régent de Macédoine.

En -337 cependant, une violente dispute oppose le père et le fils quand Alexandre prend le parti de sa mère Olympias à laquelle Philippe souhaite imposer Cléopâtre, sœur ou nièce d’un général de Philippe, Attale, comme seconde épouse légitime et dont il a bientôt un fils. Alexandre doit se réfugier dans la famille de sa mère en Épire. Cependant la brouille ne dure guère et bientôt pardonné, Alexandre sauve la vie de son père lors d’une confrontation avec les Triballes.


L’élimination de tout rival potentiel (été -336)
Au cours de l’été -336, Philippe est assassiné lors du mariage de sa fille Cléopâtre avec le roi d’Épire, Alexandre le Molosse, le frère d’Olympias. L’assassin est un jeune noble, Pausanias d'Orestis, un ancien officier du roi qui garde une rancune contre Philippe, ce dernier ayant ignoré une requête qu’il lui aurait faite. Les historiens de l’Antiquité ont parfois cru que le meurtre de Philippe avait été une machination impliquant Olympias et peut-être Alexandre mais Diodore de Sicile penche pour un motif personnel du meurtrier. Peu d'historiens contemporains considèrent qu'Alexandre est impliqué dans le meurtre de son père alors que toute la conduite de Philippe montre qu'il entend en faire son successeur.

Une autre hypothèse met en cause Darius III, le nouveau roi de Perse. Plutarque mentionne une lettre virulente d’Alexandre à Darius, où le Macédonien blâme Darius (et Bagoas, son grand vizir dont Darius III se débarrasse rapidement peu après), pour le meurtre de son père, soutenant que c’est Darius qui s’était vanté auprès des différentes cités grecques de la façon dont il avait fait assassiner Philippe.

Après la mort de Philippe, l’armée proclame Alexandre, alors âgé de vingt ans, nouveau roi de Macédoine. Les villes grecques comme Athènes et Thèbes, qui avaient prêté allégeance à Philippe, ne sont pas si pressées de faire de même vis-à-vis du jeune homme. Alexandre ordonne immédiatement l’exécution de tous ses rivaux potentiels. Ainsi, pour ne pas avoir de concurrent au trône, il fait assassiner son cousin Amyntas IV, roi de Macédoine vers -360 / -359 que Philippe II avait renversé alors qu’il n’était qu’un enfant. Quant à Olympias, profitant d’une absence de son fils parti guerroyer au nord, elle fait tuer le fils de Philippe II et de Cléopâtre et contraint cette dernière à se pendre. L’oncle de cette dernière, Attale, qui se trouve en campagne en Asie avec Parménion, est également assassiné. Impossible de savoir si elle agit avec l’assentiment d’Alexandre ou non ; toujours est-il que le nouveau roi de Macédoine n’a plus de rival capable de lui contester le trône.


Le royaume de Macédoine à la mort de Philippe II

La consolidation du pouvoir (fin -336 / printemps -334)
Alexandre n’est pas seulement roi des Macédoniens, mais aussi, comme son père, archonte à vie des Thessaliens et hégémon (??eµ??, « commandant en chef ») et stratège autoproclamé de la Ligue de Corinthe. De fait, la politique de la Ligue est entièrement dictée par les Macédoniens Philippe puis Alexandre. Ce dernier entreprend une rapide tournée diplomatique en Grèce afin que le réseau diplomatique constitué patiemment par son père ne se délite pas. L’allégeance thessalienne est renouvelée et la ligue de Corinthe (donc les Athéniens) prête serment au nouvel hègémôn.


Vue grecque du monde à la naissance d’Alexandre. Hécatée de Milet, Ve siècle av. J.-C.
Cependant, avant de reprendre le projet de son père de porter la guerre en Asie, il assure la sécurité de son royaume par deux expéditions au nord de la Macédoine ; l’une jusqu’au Danube, l’autre en Illyrie révoltée (fin de l’année -336 et début de l’année -335 jusqu’en été). Suivant Strabon et Arrien, des émissaires celtes — les ancêtres des Scordisques du milieu du -IIIème siècle — rencontrent Alexandre sur le Danube, à cette occasion en -335. L’anecdote suivante est rapportée :

Quand Alexandre eut vaincu les Gètes et rasé leur ville, sur le Danube, il lui vint des ambassades de tous côtés et entre autres des Gaulois, qui sont (dit-il) de grands hommes. Alexandre leur demanda alors ce qu’ils craignaient le plus au monde, en s’attendant à ce que ces gens disent qu’ils ne craignaient rien plus que lui : mais il fut détrompé car il avait affaire à des gens qui ne s’estimaient pas moins que lui ; ils lui dirent que la chose de ce monde qu’ils craignaient le plus était que le ciel ne tombât sur eux, ce qui signifiait qu’ils ne craignaient rien.

C'est alors, tandis que le nouveau roi de Macédoine est occupé au nord, que les cités grecques se révoltent. C'est le résultat de la politique de Darius III Codoman qui, à la fois par l'intermédiaire d'un chef mercenaire grec, Memnon de Rhodes, reconquiert les territoires pris par Parménion à la fin du règne de Philippe, et tente en même temps de susciter une révolte en Grèce sur les arrières macédoniens. Une fausse rumeur de la mort d'Alexandre déclenche la rebellion de Thèbes que promettent d'aider Athènes et Sparte.

La riposte d’Alexandre est foudroyante, impitoyable et paradoxale. Impitoyable, car la ville de Thèbes est entièrement rasée (automne -335) à l’exception de la citadelle de la Cadmée, de la maison natale de Pindare et des temples des dieux, sa population réduite en esclavage et les terres partagées entre les vainqueurs. Paradoxale, car Alexandre épargne Athènes, trop heureuse de se soumettre à moindre mal. Sans doute faut-il voir dans cette générosité la volonté de ne pas détruire le principal centre artistique, philosophique de la Grèce, ou bien l’influence de son ancien maître Aristote qui s’installe cette même année -335 à Athènes et y fonde le Lycée. Il semble aussi vraisemblable que les talents de négociateurs de Phocion et surtout de Démade aient convaincu le roi de ne pas détruire la ville. Alexandre réclame que lui soient livrés Démosthène, Lycurgue et Hypéride. Cela dit, les accès de fureur chez Alexandre alternent fréquemment avec des gestes de grande générosité, la destruction de Thèbes et le pardon d’Athènes ne sont que les premiers d’une longue liste.

Finalement, Alexandre est assez peu présent comme souverain dans son royaume. Quand il quitte l’Europe au printemps -334 pour son expédition en Asie, c’est pour ne jamais y revenir.


Le Conquérant
L’armée d’Alexandre
Alexandre ne laisse pas la Macédoine totalement dégarnie. Il donne à Antipater, nommé régent en l’absence du roi, la moitié de la cavalerie macédonienne soit environ 1500hommes et 12000fantassins. Les effectifs au départ de l’expédition d’Asie sont d’environ 1800cavaliers, auxquels s’ajoutent un chiffre équivalent de cavaliers thessaliens et 600 autres recrutés dans les États grecs de la Ligue de Corinthe.


Phalange macédonienne
Les fantassins, sans doute 32000, qui constituent la fameuse phalange, sont recrutés dans la classe paysanne macédonienne. Au total un effectif assez faible, 4400cavaliers environ et à peine plus de 30000fantassins. Mais tout au long de l’expédition des renforts arrivent de Macédoine et de Grèce, sans compter les troupes indigènes qui vont compléter les effectifs de l’armée au fur et à mesure qu’Alexandre avance en Asie. D’autre part la faiblesse des effectifs est compensée par une grande supériorité tactique. Les phalanges sont allégées et leurs sarisses (longues piques dont la base peut être fichée dans le sol et capables de briser les charges de cavalerie) allongées augmentant ainsi leur vitesse de charge, de sorte qu'avec des formations très serrées, les masses et les énergies cinétiques des hoplites se cumulent rendant le choc lors du contact tel qu’il peut renverser plusieurs rangs d’infanterie adverse. La cavalerie lourde compense le manque de maniabilité des phalanges en protégeant ses flancs très vulnérables et en attaquant ceux de l’ennemi pour désorganiser les formations ennemies et les rendre vulnérables à l’impact des phalanges.


La bataille du Granique (mai -334)

Dispositif de la bataille du Granique
Le jeune roi de Macédoine part de sa capitale Pella et, en vingt jours, atteint Sestos en Chersonèse de Thrace. Tandis que Parménion est chargé par le roi de transporter l’armée à Abydos, tête de pont créée par Philippe II sur l’Hellespont, Alexandre se dirige vers Éléonte où il rend sacrifice au premier héros tombé lors de la guerre de Troie, Protésilas. Ce geste est le premier d’une longue liste qui illustre la volonté du roi de frapper les imaginations en se faisant passer pour le nouvel Achille, sans qu’il soit d’ailleurs possible de savoir s’il est sincèrement pénétré de la fierté d’appartenir à la race du héros ou s’il s’agit d’une simple gestuelle théâtrale à destination de ses soldats et des peuples d’Asie Mineure et de Grèce.

C’est ainsi qu’il débarque en Asie près de l’emplacement supposé de Troie, dresse des autels dans le temple d’Athéna à Ilion, puis va mettre une couronne sur le tombeau d’Achille, tandis que Héphaestion fait de même sur celui de Patrocle (Élien explique dans son Histoire variée (XII, 7) qu’il « laissait ainsi entendre qu’il était le mignon d’Alexandre, comme Patrocle avait été celui d’Achille ». Son livre est une collection des anecdotes, écrit plus de cinq siècles après la mort d'Alexandre et il est pourtant le seul historien connu à évoquer une telle relation, qui serait donc probablement fausse. Hephaestion passe chez les autres historiens comme « l'ami le plus cher d'Alexandre »). Ce n’est qu’après, qu’Alexandre rejoint son armée à Arisbé en quatre jours, en contournant par le nord le massif du Pityos.

Le principal chef mercenaire grec de Darius III, Memnon de Rhodes, est partisan de la politique de la terre brûlée face aux Macédoniens, dont il estime, à juste titre, la valeur. Il propose que l’armée entraîne vers l’intérieur du pays, sans combattre, les troupes d’Alexandre tandis que la flotte perse porte la guerre jusqu’en Macédoine. Memnon pouvait légitimement espérer une révolte des cités grecques, s’appuyant sur l’or de Darius et sur le légitime ressentiment contre Alexandre à la suite du saccage de Thèbes. Mais les satrapes perses se méfient des conseils d’un étranger et ne tiennent aucunement compte de son avis. Arsitès, le satrape de Phrygie, déclare qu’il ne laissera pas brûler une seule maison de sa satrapie.


Parcours de l’armée d’Alexandre le Grand dans la partie occidentale de l’Asie Mineure au cours de l’année -334. La prise de Milet (mai/juillet -334) La victoire d’Alexandre a une conséquence importante : jusqu’à la bataille d'Issos, il n’a que de simples garnisons laissées dans les villes pour s’opposer à lui. Dans la foulée du Granique, Sardes, la capitale de Phrygie, se rend sans résistance, tandis que Parménion s’empare de Dascylion. La ville d’Éphèse, en proie à des luttes de factions, où Memnon s’est réfugié après la bataille, voit le parti démocratique favorable à Alexandre l’emporter. Celui-ci s’attire habilement la sympathie des habitants de la ville en confiant au temple d’Artémis le tribut que la ville payait jusqu’alors à Darius et en rappelant les bannis.

Les adversaires d’Alexandre se sont réfugiés à Milet, où Memnon, qui vient de quitter Éphèse, reprend les choses en main après les velléités de trahison de la cause perse par Hégésistrate, le chef des mercenaires grecs au service de Darius. Cependant la ville est rapidement prise en juillet -334 par Alexandre, après qu’il eut interdit à la flotte perse de mouiller sur la côte en prenant le cap Mycale.


Le siège d’Halicarnasse (été/automne -334)
Cependant Memnon s’est réfugié à Halicarnasse dont le roi Pixodaros, le frère du célèbre Mausole, s’est rangé du côté des Perses. Memnon est assisté du satrape Orontabès et du Thébain Ephialte, qui a juré la mort du macédonien depuis la destruction de sa ville d’origine.

Alexandre joue sur les rivalités internes à la cité et fait de Ada, la sœur de Pixodaros, que celui-ci avait renversée, le satrape de Carie. Celle-ci adopte alors Alexandre comme son fils et en fait son héritier. La plupart des satrapies orientales seront organisées selon ce modèle. Les pouvoirs civils sont donnés à un Perse ou un Asiatique et les pouvoirs militaires à un Macédonien.

Reste cependant à s’emparer de la ville qui comporte deux citadelles dont l’une sur une île. Alexandre après la prise de Milet vient de commettre l’erreur de licencier sa flotte. Aussi ne peut-il s’emparer que de la ville basse tandis que les deux acropoles restent aux mains des mercenaires grecs de Darius. Aussi Alexandre poursuit-il sa route en laissant sous le commandement de Ptolémée une troupe de 3000fantassins et 200cavaliers poursuivre le siège.


Alexandre s’empare de la Pamphylie et de la Pisidie (hiver -334 / printemps -333)

Parcours de l’armée d’Alexandre le Grand en Asie mineure au cours de l’année -333.
Alexandre se dirige alors vers la Lycie et s’en empare sans grande résistance. Puis, à la fin de l’année -334 et au début de -333, il pénètre en Pamphylie puis en Pisidie. Ces régions n’appartiennent que très nominalement à l’empire achéménide. Le plus souvent ces villes sont autonomes et rivales entre elles. De ces rivalités, Alexandre va jouer et reçoit la soumission d’Aspendos (à l’est de la ville actuelle d’Antalya), de Sidé (aujourd’hui Side ou Selimiye à environ 60 kilomètres à l’est d’Antalya).

Puis il remonte vers la Phrygie et combat les habitants de la ville de Termessos (34 km au nord-ouest d’Antalya) sans réussir à prendre la ville, traite avec bienveillance leurs ennemis de la cité de Selge, s’empare de Sagalassos et parvient enfin à Gordion (village actuel de Yassihöyük). Il y trouve des renforts venus à la fois de Macédoine et de Grèce ainsi que Parménion qui venait en partie d’hiverner à Sardes. Le gouvernement de la Pamphilie et de la Pisidie est confié à Néarque.



La contre-offensive de Memnon de Rhodes (hiver -334 / -333)
La première partie de la campagne d’Alexandre est terminée. La situation est indécise car certes le roi de Macédoine vient de remporter de glorieux succès mais il doit faire face à plusieurs incertitudes. Pour certains membres de son entourage, dont Parménion est semble-t-il le représentant, l’objectif de Philippe II, théorisé par Isocrate à savoir la conquête de l’Asie jusqu’aux rives de l’Halys, est atteint. Un vaste territoire est conquis par la Macédoine et ouvert à la colonisation et l’influence hellénique. Mais Isocrate, dans les projets qu’il avait présenté à Philippe envisageait une seconde solution : l’anéantissement de l’empire perse.

C’est cet objectif que souhaite atteindre Alexandre. Cela explique d’ailleurs pourquoi, bien qu’il proclame sa volonté d’agir en qualité de chef des Hellènes, il s’appuie avant tout, du moins au départ, sur les Macédoniens considérés comme plus fiables et attachés à sa personne par la fidélité dynastique. C’est pourquoi il ne reste qu’assez peu de temps à Gordion, où l’épisode du nœud gordien, s’il est authentique, lui promet l’empire d’Asie (Alexandre se voit présenter le nœud gordien : il est dit que la personne qui arrivera à dénouer ce nœud acquerra l’empire de l’Asie. Alexandre, d’un coup de son épée, tranche le fameux nœud), et cela alors que la situation n’est pas totalement sans risque sur ses arrières.


Alexandre tranchant le nœud gordien par Jean Simon Berthélemy, Paris, École des Beaux-Arts
En effet lors de l’hiver -334 Darius donne le commandement de sa flotte à Memnon de Rhodes. Celui-ci envisage de porter la guerre en Macédoine en débarquant en Grèce (on parle de l’Eubée) et en organisant une révolte générale. Le sentiment anti-macédonien demeure vivace dans de nombreuses cités. L’idée d’une guerre de revanche contre les Perses, par rapport aux guerres médiques, idée développée par Alexandre et ses partisans en Grèce ne rend pas acceptable à leurs adversaires l’hégémonie macédonienne. N’oublions pas que des soldats grecs combattent dans les deux camps. Memnon reprend Chios, qui lui est livrée par le parti oligarchique (cette tendance politique sera globalement toujours hostile à Alexandre dans les cités grecques contrairement au parti démocratique) puis il rétablit le tyran Aristonicos à Méthymne et met le siège devant Mytilène. C’est alors que Memnon meurt (fin de l’été -333) et que son plan est abandonné par Darius III. Le souverain perse décide de prendre lui-même la tête de son armée contre Alexandre. Autophradatès et Pharnabaze remplacent Memnon à la tête de l’armée et de la flotte. Pharnabaze reprend Milet et Halicarnasse mais doit se séparer de ses mercenaires grecs qui vont rejoindre, sans doute par mer, l’armée que Darius rassemble.

Alexandre estime cependant, à juste titre, avoir fait une erreur en licenciant sa flotte. C’est pourquoi il charge deux officiers, Hégélochos et Amphotéros (le frère de Cratère) d’en reconstituer une. Il s’en faut de peu qu’un conflit éclate avec Athènes dont les vaisseaux venus du Pont-Euxin sont interceptés par Hégélochos. Celui-ci doit faire face à une menace d’intervention de la flotte d’Athènes et relâche les vaisseaux. Cet épisode illustre la nécessité pour Alexandre d’une victoire en Asie pour empêcher toute tentative de révolte en Grèce. C’est pourquoi, quand au début de l’été -333 il apprend que Darius III marche sur la Cilicie, Alexandre quitte Gordion.


D’Issos à Arbèles

Alexandre le Grand sur son cheval Bucéphale, détail de la mosaïque romaine de Pompéi représentant la bataille d'Issos, musée national archéologique de Naples
En quittant Gordion, Alexandre se rend dans un premier temps à Ancyre et reçoit la soumission de la Paphlagonie puis celle de la Cappadoce jusqu’à l’Halys. Il pousse ensuite vers le sud, pénètre en Cilicie par le passage gardé par le satrape Arsamès des Portes ciliciennes. Il fait étape à Tarse et y tombe malade plusieurs semaines (sans doute des suites d’une hydrocution après une baignade dans le fleuve Kydnos). Cependant Parménion, véritable second du roi lors du début de l’expédition, occupe les passes qui permettent le passage de la Cilicie à la plaine d’Issos (col de Karanluk-Kapu) puis celles qui au-delà contrôlent le passage vers la Syrie (passes de Merkès et de Baïlan). Alexandre, une fois sur pied, soumet, en sept jours selon Arrien, les populations montagnardes de Cilicie et s’empare de Soles où il rétablit, en théorie du moins, la démocratie. Il apprend à ce moment la pacification de ses arrières avec les victoires de Ptolémée en Carie sur le satrape Orontobatès et la chute d’Halicarnasse, de Myndos et la soumission de Cos. Mais, peu de temps après (-333), le satrape Pharnabaze, à la tête de la flotte perse soumet Ténédos et Sigée et s’entend avec le roi de Sparte, Agis III, qui tente de soulever la Grèce en lui donnant de l’argent et quelques navires. La situation reste donc délicate d’autant que l’arrivée imminente de Darius III se précise.

Le souverain achéménide s’est installé dans la plaine d’Issos, abandonnant curieusement la position plus favorable à sa cavalerie de Soches, peut-être dans la volonté de couper Alexandre de ses arrières et de le contraindre à la bataille. Alexandre est en Syrie mais il fait demi-tour, ayant besoin pour les raisons invoquées plus haut d’une victoire. Il reprend le chemin des passes syriennes déjà emprunté, s’aventure lentement dans la plaine d’Issos et y organise sa ligne de bataille devant l’armée perse.


La conquête de la Phénicie (hiver -333)
La déroute des Perses après la défaite d’Issos (1er novembre -333) est totale. Darius avec quelques milliers d’hommes à peine s’enfuit vers Thapsaque (ville de Syrie sur l’Euphrate) tandis que d’autres fuyards sont dispersés par les divers officiers d’Alexandre. De nombreux fugitifs se réfugient en Phénicie puis de là gagnent l’Égypte ou Chypre. Le résultat le plus net de la victoire c’est, paradoxalement, la soumission totale du monde grec qui ne songe plus à apporter son soutien aux Perses, comme venait de le tenter le roi de Sparte, Agis III en rencontrant des satrapes perses et en tentant de soulever la Crète. Démosthène, à Athènes, avait prédit (et espéré ?) la défaite du roi de Macédoine. La victoire d’Issos fait cesser, provisoirement en tout cas, les velléités d’indépendance des cités grecques.

Pourtant paradoxalement la situation d'Alexandre reste périlleuse. Un des meilleurs officiers perses, Nabarzanès s'est retiré avec d'importantes forces de cavalerie en Cappadoce et Paphlagonie et recrute d'importantes forces (fin -333/début -332). Il y a donc un risque réel sur les arrières d'Alexandre et ses lignes d'approvisionnement en Asie mineure. De plus il apparait clairement que Darius lève une nouvelle armée. Enfin la flotte perse représente un grand danger en mer Égée. La maîtrise de la côte phénicienne, pouvant lui servir de base arrière, est donc indispensable. C’est pourquoi, délaissant la poursuite de Darius III, Alexandre prend la route du sud vers Arados (au nord de la Phénicie) tandis que Parménion est envoyé sur Damas où il s’empare des bagages de Darius. Dans le même temps Alexandre nomme un de ses officiers les plus énergiques, Antigone, au commandement de toutes les forces macédoniennes présentes en Asie mineure. Celui-ci réussit, avec l'aide de Néarque, à briser la contre-offensive perse en Asie mineure au printemps de -332.

La période de l’empire achéménide pour les Phéniciens avait été une période prospère car, en leur laissant une véritable autonomie, les rois perses avaient permis aux cités phéniciennes de reprendre en partie la maîtrise de nombreuses routes commerciales face à leurs adversaires traditionnels : les Grecs. Les Phéniciens constituaient une grande part des marins de la flotte perse à la bataille de Salamine par exemple. Mais divisées entre elles, ces cités n’adoptent pas une attitude commune face à l’arrivée des Macédoniens. Le roi d’Arastos, Gérostrate, estime qu’il n’a pas les moyens de résister et surtout que sa cité, plus riche de son commerce terrestre (avec la Perse et la Médie surtout) que de son commerce maritime, n’a aucun intérêt à un siège destructeur. La ville se rend ainsi que les cités de Marathos, Sigôn et Byblos. Quant à Sidon, elle se soumet d’autant plus facilement que ses habitants n’ont pas oublié les représailles d’Artaxerxès II lorsque la ville avait participé à la révolte des satrapes sous le règne de ce prince.


Le siège de Tyr (janvier / août -332)
À la fin de l’année -333, alors qu’Alexandre est à Sidon, des négociations s’engagent avec le roi de Tyr, Azemilcos, lequel souhaite rester neutre dans le conflit. Refus d’Alexandre qui par contre désire offrir un sacrifice dans le temple de Melqart à Tyr. Refus des Tyriens qui décèlent le piège. Faire entrer Alexandre en vainqueur dans le temple c’est lui donner pouvoir sur la cité. Quant à Alexandre, il ne lui sert à rien de tenir la côte phénicienne si la ville de Tyr, avec ses deux ports, reste en dehors de son contrôle. C’est pourquoi commence en janvier -332 le long siège de Tyr (jusqu’en août -332). La ville neuve est sur une île (voir Ancharadus) qu’Alexandre compte atteindre en construisant une digue, avec les débris de la vieille ville (la ville continentale), d’environ 60m de long. Mais les difficultés s’accroissent quand la digue atteint des eaux plus profondes, d’autant que les Tyriens effectuent des raids meurtriers avec leurs navires.

Alexandre cependant a un atout. En tenant les autres cités phéniciennes, il disperse la flotte perse (début -332) dont les équipages phéniciens rentrent progressivement dans leurs ports d’attache. Les rois de Sidon, d’Aratos, de Chypre offrent ces navires à Alexandre qui ainsi peut constituer une flotte suffisante pour le siège de la ville (sans doute une centaine de navires). Après un raid d’une dizaine de jours pour soumettre les populations des montagnes du Liban actuel, il constate que sa nouvelle flotte est prête et apprend l’arrivée de Cléandre avec un corps de 4000mercenaires, pour la plupart issus du Péloponnèse.

Attaquée par terre, isolée par mer, la vieille cité résiste jusqu’en août -332. La flotte de Tyr est détruite par les navires d’Alexandre lors d’une contre-attaque désespérée. Les habitants se défendent au moyen d’engins balistiques, de plongeurs et de navires brûlots. Une fois les tours de siège et les béliers approchées des murs, Alexandre mène lui-même l’assaut (selon l’historien Diodore de Sicile). La prise de la ville donne lieu à des actes d’une grande violence tant les habitants se défendent avec acharnement. Les Tyriens utilisent des tridents, ressemblant à des sortes d’hameçons, pour arracher les boucliers des Macédoniens, et déversent du sable brûlant sur les attaquants. Ces derniers n’ont pas oublié les scènes de prisonniers de l’armée d’Alexandre précipités du haut des murailles. Sans doute 7000 à 8000 habitants de la ville sont tués (selon Diodore de Sicile), et 20000 au moins sont vendus comme esclaves (une partie de la population dont beaucoup de femmes et d’enfants s’est enfuie vers Carthage). Seul le temple est épargné dans la ville.

La digue érigée par Alexandre existe encore en partie de nos jours ; elle servit notamment aux croisés lorsqu’ils assiégèrent Tyr. Ce succès permet à Alexandre de terminer sa mainmise sur l’ensemble de la Phénicie.


Quels objectifs ?

Parcours de l’armée d’Alexandre le Grand au cours des années -332 et -331, de la bataille d’Issos à celle de Gaugamèles et jusqu’à la prise de Babylone.
Alexandre après la prise de Tyr prend le chemin de l’Égypte non sans avoir repoussé à deux reprises, malgré l’avis favorable de Parménion, des propositions de paix plus qu’avantageuses de Darius III. Darius propose qu'Alexandre épouse sa fille Stateira et lui donne en dot toute la région entre l'Europe et le fleuve Halys en Asie mineure. Ce que semble désirer Alexandre ce n’est pas un empire gréco-macédonien débordant largement sur l’Asie, idée déjà défendue par Isocrate le rhéteur athénien, mais l’Asie tout entière, du moins la connaissance qu’en possèdent les Grecs. Le refus d'Alexandre s'explique aussi par le caractère fictif des concessions territoriales de Darius. Celles-ci ne constituent que la dot de Stateira ce qui signifie qu'en aucun cas Darius ne renonce à sa souveraineté sur les régions considérées. C'est ce piège que veut éviter Alexandre qui exige d'être regardé comme le souverain (kurios) plein et entier des territoires déjà conquis.

Il semble donc que l'objectif premier d'Alexandre soit de remplacer la souveraineté achéménide par la souveraineté macédonienne et qu'il considère que toutes ses conquêtes le sont à titre définitif. La nomination de satrapes, dès la victoire du Granique, va dans ce sens. Après la prise de Tyr il affirme avec force qu'il ne va pas se contenter de la conquête de la Lydie et la Cilicie, ce qui était grosso-modo l'objectif d'Isocrate. Les historiens de l'Antiquité sont tous convaincus que son objectif est bien la conquête de l'ensemble du territoire achéménide. Certes il faut se montrer prudent avec les diverses sources.

S'agit-il chez Arrien et Quinte-Curce du rapport fidèle des ambitions territoriales d'Alexandre ou d'un discours historiographique construit après coup afin de donner l'impression chez le conquérant d'une vision à long terme et non d'une conquête improvisée au gré des victoires et des évènements. La réponse à cette question est problématique mais il semble difficile de croire qu'à la suite d'un éventuel accord entre Darius et Alexandre ce dernier ait accepté de faire de l'Euphrate sa frontière orientale. Le fait que tout au long de la période Alexandre revendique, systématiquement, les territoires qui à un moment ou à un autre étaient achéménides illustre bien qu'il y a chez lui une volonté et un projet politique fort et cohérent.



Le pharaon (automne -332 / printemps -331)

Alexandre en pharaon priant le dieu Amon - Temple de Louxor
Sur la route de l’Égypte il rencontre une forte résistance à Gaza, sous la conduite de l’eunuque Batis, et prend la ville (fin -332) dont la garnison est massacrée et la population vendue en esclavage. Alexandre est blessé à deux reprises lors de ce siège. En sept jours depuis Gaza il atteint alors Péluse en Égypte. Quand Alexandre entre en Égypte en décembre -332, il semble être accueilli en libérateur. Il est fort possible que ce soit les Égyptiens eux-mêmes qui aient demandé son aide, pour les affranchir de la domination perse qui s’exerce difficilement car les Égyptiens se sont révoltés de nombreuses fois sur le pays depuis deux siècles. Toujours est-il qu’il ne rencontre que peu de résistance et qu’il étend rapidement son royaume jusqu’à la première cataracte du Nil.

Alexandre se fait proclamer pharaon à Memphis en -331. Il sacrifie au taureau Apis — gage de respect des traditions égyptiennes — et honore les autres dieux. Il se dirige ensuite vers la côte méditerranéenne où il choisit l’emplacement de la future Alexandrie qui n’est achevée que sous Ptolémée Ier ou Ptolémée II. La légende veut qu’Alexandre ait choisi lui-même les plans de la nouvelle cité. Il se rend ensuite dans l’oasis de Siwa où il rencontre l’oracle d’Ammon-Zeus qui le confirme comme descendant direct du dieu Amon. Cette salutation, conforme à l’étiquette égyptienne, est très largement exploitée par la propagande du Conquérant. Cette anecdote est rapportée ainsi par Plutarque : De retour à Memphis, il se fait officiellement couronner dans le temple de Ptah et réorganise le pays avant de repartir à la conquête du Moyen-Orient.

C’est durant son séjour égyptien qu’il apprend la déroute définitive de ce qui reste de la flotte perse et la capture de ses derniers adversaires en mer Égée dont le satrape Pharnabaze. Fait prisonnier, celui-ci parvient à s’échapper mais l’un des amiraux d’Alexandre, Hégélochos, apporte à son maître de nombreux prisonniers qui sont exilés dans la ville égyptienne d’Éléphantine. Cela laisse toute latitude à Antipater, le régent de Macédoine pour s’occuper du toujours remuant roi de Sparte, Agis III. La situation en Europe inquiète Alexandre tout au long de l'année -331 même après l'écrasement de la Perse à Gaugamèles. Il multiplie d'ailleurs les faveurs aux cités grecques pour les inciter à rester loyales. Il n'est pas impossible que l'incendie de Persépolis, capitale religieuse des Achéménides, ait pour objectif de prouver à la Grèce que l'objectif de la Ligue de Corinthe est atteint et, ainsi, d'éviter des troubles en Europe.

Alexandre quitte ensuite l’Égypte au printemps -331 pour n’y jamais revenir vivant.


Vers la bataille décisive avec Darius III (printemps / été -331 – octobre -331)

La bataille de Gaugamèles, par Jan Brueghel l'Ancien
Lors d’un nouveau passage à Tyr, il reçoit une délégation d’Athènes qui obtient du roi la libération des mercenaires athéniens qui avaient combattu à la bataille du Granique dans les rangs de l’armée perse. Puis à la fin du printemps/début de l’été -331 l’armée macédonienne se met en marche vers l’Euphrate qui est traversé fin juillet à Thapsaque sur un pont de bateaux. Le satrape Mazaios s’est replié à l’arrivée de son adversaire. Les prodromoi d’Alexandre repèrent l’armée de Darius plus au nord, aussi le roi de Macédoine au lieu de marcher sur Babylone selon son plan initial remonte vers le nord, vers Nisibe, et franchit le Tigre vers le 20/septembre/-331 (aux environs de Djésireh, dans l’Irak actuel) contournant son adversaire par le nord. Alexandre reprend alors la direction du sud avec le Tigre sur sa droite. Au bout de quatre jours de marche il apprend que l’armée perse, bien supérieure en nombre, l’attend à Gaugamèles, non loin d’Arbèles / Adiabène (actuelle ville d’Erbil dans le Kurdistan irakien).


À la poursuite de Darius III
L’entrée dans Babylone et Suse (novembre / décembre -331)

Entrée d'Alexandre le Grand dans Babylone, par Charles Le Brun
Le succès du combat lui ouvre la route de Babylone, qui se rend suite à des négociations. Nous connaissons mieux de nos jours les trois semaines entre la bataille et son entrée dans la ville (fin octobre -331) grâce à une tablette babylonienne qui, bien que détériorée, fait une nette allusion à la bataille de Gaugamèles et à sa chronologie précise. L’auteur anonyme y parle de la fuite de Darius « vers le pays de Guti » ce qui désigne la Médie. La suite de ce texte indique que les autorités de Babylone négocient avec le vainqueur et que celui-ci habilement garantit le maintien des traditions religieuses et la préservation des sanctuaires. Il donne l’ordre de rebâtir le sanctuaire de Bel Mardouk qui tombait en ruine. Le vainqueur de Darius maintient d’ailleurs la plupart des dignitaires à leur poste (souvent sous le contrôle d’un officier macédonien). C’est le cas de Maziaos, un noble perse, qui sur ordre de Darius s’est replié sur Babylone dont il devient alors le satrape, poste auquel il est confirmé par Alexandre. Celui-ci s’évite ainsi un siège long qui pouvait permettre à son ennemi de se ressaisir et inaugure sa politique de ralliement à sa personne de l’aristocratie achéménide.

Il entre en vainqueur dans la capitale de l’Empire perse et y demeure près d’un mois. Tandis que Darius, en fuite, tente de réunir une nouvelle armée royale dans les hautes satrapies, Alexandre prend la direction de Suse, laquelle se rend à son tour. Il avait cependant dépêché Polyxénos à Suse afin de s’assurer du trésor important (sans doute près de 50000talents d’argent) qui s’y trouvait. Une partie importante de cet argent (sans doute 30000talents) est envoyé à Antipater afin qu’il l’utilise dans sa lutte contre Sparte.


Les difficultés d’Antipater (-331)
L’année -331 est une année difficile pour Antipater, outre ses relations exécrables avec Olympias, à qui Alexandre a confié le gouvernement de la Macédoine et de la Grèce en son absence. Apparemment la dispersion de la flotte perse, suite à la prise de Tyr, n’attise plus les velléités de révolte des Grecs sauf à Sparte où le roi Agis III s’assure le concours des pirates crétois puis de l’ensemble des peuples du Péloponnèse (Éléens, Arcadiens et la quasi-totalité de l’Achaïe à l’exception de Pellènè). Mégalopolis et Messène sont les seules cités importantes à refuser d’entrer dans la coalition anti-macédonienne. Dans un premier temps Agis est vainqueur d’un corps expéditionnaire macédonien dirigé par Korragos et assiège Mégalopolis. Le reste de la Grèce cependant ne bouge pas et même Démosthène à Athènes conseille de n’en rien faire. Il est vrai que les gestes habiles d’Alexandre, comme de renvoyer de Suse vers Athènes la statue d’Aristogiton et d’Harmodios ou la libération des prisonniers athéniens de la bataille du Granique, lui concilient provisoirement une partie des habitants de la cité attique.

En Thrace, Memnon, un stratège macédonien envoyé pour contenir une révolte, prend le parti des populations insurgées. Enfin, la reine Olympias provoque des difficultés quand, à la mort de son frère Alexandre, le roi d’Épire, tué dans une expédition en Italie, elle avance des prétentions au trône de ce pays. Elle en assure finalement la régence pour l’un de ses petits-enfants, fils du roi précédent et de sa fille Cléopâtre la sœur d'Alexandre. Antipater réagit, suivant les ordres d'Alexandre, en traitant avec Memnon pour le neutraliser et en en dirigeant la quasi-totalité de ses forces, sans doute 35000 à 40000 hommes vers le Péloponnèse. Agis ne dispose quant à lui que de 20000 hommes environ et 2000cavaliers. Il est battu et tué sous les murs de Mégalopolis à l’automne -331. Sparte est contrainte à dissoudre la Ligue du Péloponnèse et à entrer dans la Ligue de Corinthe. La nouvelle de la victoire de Gaugamèles en Asie après la victoire d'Antipater sur Sparte assurent avec plus de force la souveraineté macédonienne en Grèce.


La campagne en Perse et l’incendie de Persépolis (janvier / mai -330)

Alexandre Rondanini, copie romaine d’un groupe d’Euphranor représentant Alexandre et son père, Glyptothèque de Munich
La campagne se poursuit en direction de la Perse proprement dite. Alexandre emprunte la route, que suivait la cour du Grand Roi lors de ses pérégrinations entre les diverses capitales de l’empire, qui passe à travers le pays des Ouxiens (sud-ouest de l’Iran actuel). Il soumet, par une campagne foudroyante dont il a l’habitude, les montagnards de ces régions qui s’engagent à payer un tribut en chevaux et bêtes de somme dont a besoin l’armée. Après avoir été un temps arrêté par la résistance du satrape aux Portes persiques, il franchit l’Araxe sur un pont qu’il fait construire et parvient dans la ville la plus symbolique du pouvoir perse, Persépolis.

La ville est livrée au pillage, puis quelque temps après, les palais de la terrasse sont livrés aux flammes (mai -330). Cet incendie est parfois interprété comme volontaire, bien qu’il aille à l’encontre de la politique d’intégration aux coutumes locales du conquérant. Alexandre aurait ainsi effectué un geste symbolique mûrement réfléchi, à la fois en direction des Perses et des Grecs de la Ligue. Une autre interprétation affirme qu’Alexandre aurait provoqué l’incendie dans un état d’ivresse, poussé en cela par une jeune courtisane athénienne, Thaïs. Il est possible qu’Alexandre ait voulu par là venger les destructions perses à Athènes, en -480, ou plus simplement qu’il ait souhaité affirmer son pouvoir face à une population peu encline à se rallier à lui. Quoi qu’il en soit, Alexandre regrettera par la suite cet acte très mal perçu par les Perses mais accompli avec joie par les troupes macédoniennes qui pensent, bien à tort, qu'Alexandre trahit son regret du pays natal et manifeste par cet incendie sa volonté de ne pas se fixer en Asie.
Les ruines des palais des Achéménides, Persépolis.

La mort de Darius III (été -330)
Darius III pendant ce temps s'est réfugié en Médie puis, devant l'avance d'Alexandre, décide de prendre le chemin de l'Hyrcanie (sud-est de la mer Caspienne). Il est rejoint à Ecbatane par Ariobarzane, Bessos avec des cavaliers originaires de Bactriane et un corps d'environ 2000mercenaires Grecs. Darius envoie son harem, ce qui reste de son trésor aux portes caspiennes (à l’est de Téhéran) qui permettent l'entrée en Hyrcanie et qui se révèlent faciles à défendre. Alexandre pénètre en Paratécène (l'actuelle région d'Ispahan), soumet la population et fonce sur Ecbatane pour y apprendre que Darius vient de s’enfuir trois jours plus tôt avec environ 9000 hommes dont 3000 cavaliers.

À Ecbatane le roi de Macédoine licencie ses cavaliers thessaliens, lance Parménion vers l'Hyrcanie et Cleithos vers la Parthie (à l’est de l'Hyrcanie). Lui-même se lance avec des troupes rapides à la poursuite du monarque en fuite. En onze jours il parcourt la route qui va d’Ecbatane à Rhagæ (légèrement au sud de Téhéran) où il est obligé de laisser souffler ses hommes et chevaux cinq jours. Il apprend par des transfuges que Darius est prisonnier des satrapes Bessos et Barsaentès et qu'il se dirige vers Hécatompyles (près de l'actuelle ville de Shahroud). En apprenant cette nouvelle, Alexandre confie ses troupes à Cratère et avec ses éléments les plus rapides marche pendant une journée et demie sans pratiquer de véritable pause. Un jour plus tard, après une marche nocturne, il atteint le camp de Darius que celui-ci vient d'abandonner. Le soir même Alexandre impose à ses hommes une nouvelle marche de nuit pour aboutir à un campement de nouveau abandonné. Finalement Alexandre avec quelques cavaliers et fantassins montés rejoint le convoi de Darius. Celui-ci est mort, assassiné par Bessos, Barsaentès et Satibarzane qui viennent de s’enfuir avec quelques centaines de cavaliers (été -330). L'un des satrapes comploteurs, Bessos, tente de prendre les rênes du pouvoir perse, sous le nom d' Artaxerxès IV, mais il est trop tard, Alexandre tient fermement l’empire perse.


Toujours plus à l’est
Darius III mort, Alexandre lui rend les honneurs royaux et se présente en justicier contre ses assassins. Il est probable que la mort de Darius, à laquelle il est étranger, est pour Alexandre une bonne nouvelle car quel sort eût-il pu réserver au Grand Roi s’il avait été pris vivant ? Au contraire il lui est possible maintenant de se montrer généreux avec sa famille et de faire ensevelir Darius dans les tombes royales de Persépolis. Les satrapes restés fidèles à Darius sont récompensés tel Artabaze qui reçoit la satrapie de Bactriane. La mort de Darius amène la noblesse perse à se rallier massivement à Alexandre. Cette collaboration des élites vaincues lui est nécessaire car les premières manifestations de lassitude de certains contingents obligent le roi à licencier une partie de ses troupes. En Médie les cavaliers thessaliens et les alliés (7000 hommes au départ de l’expédition) sont renvoyés dans leurs foyers. Or les besoins en hommes augmentent au fur et à mesure que l’armée pénètre en Asie. Ainsi, rien que pour garder les trésors royaux, Alexandre laisse 6000 hommes à Ecbatane.


La révolte de l’Arie (automne -330)
Avant de poursuivre Bessos et ses complices, Alexandre soumet l’Hyrcanie et les populations montagnardes de la région (actuelles montagnes du Khurasan à la frontière entre l’Iran et le Turkménistan), les Tapouriens et les Mardes. Il incorpore à son armée la majorité des mercenaires Grecs qui étaient au service de la Perse (recrutés avant -334 ce qui lui permet de compenser le licenciement d’une partie de ses troupes abordé précédemment) et rassemble ses soldats à Zadracarta. Une partie des soldats est renvoyée, sous le commandement de Parménion en qui il est plausible qu’Alexandre n’ait plus qu’une confiance limitée, à Ecbatane tandis qu’il se prépare à poursuivre les satrapes en fuite. Il apprend à Zadracarta que ceux-ci se sont séparés et que Bessos, qui se proclame roi sous le nom d’Artaxerxès IV, s’est réfugié en Bactriane tandis que Satibarzane est retourné en Arie (actuelle région d’Hérat à l’ouest de l’Afghanistan) et Barsaentès en Drangiane (sud de l’Afghanistan).

Alexandre s’empare assez rapidement de l’Arie, en remontant la vallée de l’Atrek, et maintient Satibarzane à son poste en lui adjoignant un stratège macédonien Anaxippos. Mais, alors qu’il se prépare à remonter vers la Bactriane, Satibarzane se révolte (automne -330), assassine Anaxippos et massacre les troupes macédoniennes laissées en Arie avant de s’enfuir. Alexandre afin de maintenir l’ordre dans cette province y fonde une ville, Alexandrie d’Arie (actuelle Hérat), puis se dirige vers la Drangiane où le rebelle Barsaentès lui est livré et mis à mort. En octobre ou novembre -330 Satibarzane se révolte de nouveau en Arie. Il est tué dans un affrontement avec le corps expéditionnaire lancé contre lui par Alexandre et dirigé par Artabaze, Érygyos et Caranos.


Les meurtres de Philotas et Parménion (automne -330)
C’est à l’automne de l’année -330 que se déroule un épisode dramatique entraînant la mort de proches d’Alexandre sur ordre du roi. Alors que l’armée séjourne dans la capitale de la Drangiane, Phrada-Prophtasia (au sud de Hérat), Philotas le fils de Parménion et commandant de la cavalerie est emprisonné et jugé pour complot, ou plus exactement pour avoir eu vent d’un complot contre le roi et de n’avoir rien fait pour le dénoncer. Il est probable que les critiques de Philotas sur le cérémonial perse de plus en plus adopté par le roi aient indisposé ce dernier. Philotas est jugé par l’assemblée des Macédoniens, fortement accusé par Cratère (qui y voit sans doute un moyen d’éliminer un rival qui pourrait faire de l’ombre à son étoile montante) et lapidé selon la coutume. Quant à Parménion, qui se trouve à la tête de nombreuses troupes en Médie, Alexandre ignore s’il se trouve impliqué dans la conjuration. Dans le doute il envoie des officiers le mettre à mort, ce qui est fait. Il s’en faut de peu que les troupes de Médie se soulèvent à cause de ce meurtre.

Cet épisode est révélateur des réticences de plus en plus fortes d’une partie des Macédoniens et de l’entourage du roi (à l’exception notable d’Héphaestion) sur cette épopée qui les voit s’enfoncer de plus en plus en Asie, loin de leurs bases, de leur pays à la poursuite d’un but et d’un rêve qui leur échappe. Les maladresses de Philotas, expliquant volontiers qu’Alexandre n’aurait pas remporté ses victoires sans l’aide de son père et la sienne, et qui se moquait des prétentions du roi à être considéré comme le fils d’Ammon-Zeus, expliquent aussi sans doute qu’Alexandre ne tente rien pour sauver sa vie. Cet épisode démontre enfin qu’Alexandre est prêt à tout pour l’accomplissement de ses desseins, même le meurtre de ses plus proches conseillers ou amis. La mort de Cleithos au printemps -328 le prouve tragiquement. Enfin il ne faut pas perdre de vue que la royauté macédonienne connaît des rapports conflictuels fréquents entre aristocratie et monarchie et que le meurtre de Philotas, hipparque et commandant des Compagnons, est un moyen pour le roi de se débarrasser d’un officier trop puissant.


La difficile pacification de l’Asie centrale (fin -330 / printemps -327)
De Drangiane, l’armée passe vers la fin de -330 en Arachosie (sud-ouest de l’Afghanistan), mais est retardée dans sa poursuite de Bessos par la révolte de Satibarzane en Arie. Le roi fonde une nouvelle ville, Alexandrie qui correspond à l’actuelle Kandahar, laisse un stratège nommé Memnon comme satrape en Arachosie et remonte vers la Bactriane à la poursuite de Bessos. La traversée des monts Paraponisades (Hindu-Kush), que les Macédoniens et les Grecs confondent apparemment avec le Caucase, s’effectue au printemps -329. En Bactriane, Bessos est en fuite, ravageant les vallées entre les Paraponisades et l’Oxus (actuel Amou-Daria) afin de limiter les possibilités de ravitaillement de ses poursuivants. Il s’empare d’Aornos qui devient à son tour une Alexandrie puis de la cité de Zariapsa ou Bactres (actuellement Balkh). L’armée passe ensuite l’Oxus sur un pont flottant fait de tentes de peaux remplies de diverses matières séchées et passe en Sogdiane. Les nobles Spitaménès et Oxyartès décident alors de livrer Bessos et le font savoir à Alexandre. Ptolémée est chargé de cette capture délicate qui intervient au début de -329. Bessos est emmené à Bactres où, à la façon des Perses, on lui coupe le nez et les oreilles puis il est envoyé à Ecbatane et exécuté (-329).

Pendant près de deux ans Alexandre lutte en Sogdiane et en Bactriane contre des satrapes révoltés, contre les peuples des Sakas et des Massagètes contre lesquels Cratère va s’illustrer. Spitaménès, le satrape ayant livré Bessos, se révolte et massacre plusieurs garnisons macédoniennes. Il inflige même un cuisant échec militaire à des officiers d’Alexandre sur le fleuve Polytimetos (Zeravchan dans l’actuel Ouzbékistan). La réaction d'Alexandre après cette défaite est extrêmement significative du profond désarroi de l'armée puisqu'il interdit, sous peine de mort, aux rescapés de ce désastre de divulguer la réalité. Après avoir hiverné (-329/-328) à Bactres, Alexandre repart pour la Sogdiane qui s’agite quand Spitaménès reparait en Bactriane et surprend dans une embuscade la garnison de Zariapsa.

C’est en ce début d’année -328 que se déroule un épisode qu’Alexandre va profondément regretter, le meurtre de Cleithos. Ce dernier, parfois présenté comme le frère de lait du roi, est un de ses plus fidèles compagnons et lui sauve même la vie lors de la bataille du Granique. Lors d’un banquet se terminant souvent en ivrognerie généralisée, scène dont Alexandre semble familier, les auteurs antiques sont unanimes sur ce point, Cleithos porte les exploits de Philippe II au-dessus de ceux de son fils. Celui-ci ne le supporte pas et dans un accès de rage tue son ami de sa main. Dégrisé, Alexandre pleure longuement Cleithos et lui fait faire de grandioses funérailles. Cependant ce séjour dans les provinces orientales de l’ancien Empire achéménide pèse fortement sur l’entourage du roi.

Quand Alexandre tente d’imposer l’étiquette perse aux Macédoniens, en particulier le fait de se prosterner devant lui (proskynèse), une protestation portée par Callisthène, le neveu d’Aristote et historiographe du roi, semble approuvée par de nombreux compagnons du roi. Alexandre d’ailleurs cède et ne maintient cette étiquette que pour ses sujets asiatiques mais la part qu’il donne à ces derniers dans l’armée et l’administration suscite des mécontentements dans son entourage proche. Le complot des pages, né du désir de vengeance personnelle d’un de ces jeunes gens entourant et servant le roi qui s’estimait injustement puni, révèle cependant que parmi ses compagnons de jeunesse, nourris comme lui aux sources de la philosophie grecque, certains jugent insupportables ses nouvelles exigences et commencent à le considérer comme un tyran. Callisthène qui avait raillé les prétentions d’Alexandre à la divinité est exécuté lors de la répression qui fait suite à ce complot.

L’insaisissable Spitaménès succombe finalement à la trahison des Massagètes qui au cours de l’hiver -328/-327, alors qu’Alexandre est à Nautaca (sud-est de l’actuelle Boukhara), envoient sa tête au roi de Macédoine. Le printemps -327 est occupé à détruire les derniers îlots de résistance, rôle dont s’acquitte Cratère, et à réorganiser l’empire dans cette région. À la place d’Artabaze, satrape de Bactriane rallié depuis longtemps à Alexandre mais qui est très âgé demande à être relevé de son commandement, Alexandre nomme un macédonien. Enfin, il épouse en -327 la fille d’Oxyartès, Roxane. Le roi fonde aussi Alexandria Eskhate (actuelle Khodjent), sur le fleuve Iaxartès (Syr-Daria), qui marque le point le plus au nord de son périple.



L’Inde et la fin du périple

Peinture de Charles Le Brun montrant Alexandre et Pûru lors de la bataille de l'Hydaspe.
L’Inde pour les Macédoniens et les Grecs est une contrée mystérieuse connue par les textes d’Hécatée de Milet et d’Hérodote ainsi que ceux de Ctésias, médecin à la cour d’Artaxerxès II. Ces auteurs ont sans doute utilisé la relation du voyage qu’y fit Scylax de Caryanda sur ordre de Darius Ier. La vallée de l’Indus est théoriquement sous le contrôle de l’empire achéménide depuis cette époque mais en réalité la frontière du pouvoir perse se limite aux Paraponisades. Quant à la vallée du Gange et au plateau du Deccan ils sont inconnus. Cependant des relations existent puisque l’on trouve dans les armées perses quelques éléphants et des contingents indiens.

Alexandre avait-il l’intention d’intervenir en Inde ? Il ne fait guère de doute que le but premier du roi est de restaurer à son profit les limites de l'empire de Darius Ier et d'en tirer les profits commerciaux inhérents. Ce qui semble probable est qu’il ait été aisément convaincu, alors qu’il guerroie encore en Sogdiane, par Taxile, l’un des roitelets de la vallée septentrionale de l’Indus, d’intervenir contre son ennemi Pôros qui règne sur le royaume de Paurava à l’est de l’Hydaspe et qui menace le Panjâb. Alexandre est conseillé aussi par un prince indien, Sisicottos, qui après avoir suivi la fortune de Bessos s’est rallié au conquérant. Le projet d'Alexandre est probablement plus ancien cependant puisqu'au printemps -329 il fonde une Alexandrie-du-Caucase (au nord de l'actuelle Kaboul) ce qui illustre clairement sa volonté de disposer d'une base arrière pour son expédition. Enfin le rappel d'un marin comme Néarque en -329/-328 semble prouver qu'à ce moment Alexandre envisage déjà une expédition maritime entre l'Inde et le golfe Persique.

Souhaite-t-il continuer au-delà de l'Indus ? A-t-il une ambition mondiale ? De nombreux historiens estiment que son expédition vers le Gange, interrompue par la sédition de ses soldats sur l'Hyphase, avait pour but de s'emparer des bases commerciales indiennes (de la même façon qu'en -323, peu avant sa mort, il préparait probablement une expédition vers les ports arabes du golfe Persique) mais que l'objectif premier était bien le retour par la vallée de l'Indus, puis l'Océan et le golfe Persique. Tout conduit par conséquent à admettre que, dans la droite ligne de son refus des propositions de paix faites par Darius III en -332 et -331, Alexandre avait déjà une idée relativement précise de ses objectifs globaux (devenir le maître de l'ensemble des territoires qui avaient été un jour achéménides et contrôler l'ensemble des grandes routes commerciales), même si leur application dans le détail restait beaucoup plus imprécise.


La conquête du nord-ouest de l’Inde (été -327 / été -326)

Parcours de l’armée d’Alexandre le Grand en Bactriane, en Sogdiane, puis le long de la vallée de l’Indus jusqu’à l’océan Indien.
Au printemps -327, Alexandre part de Bactres à la tête d’une armée considérable, sans doute 120000 personnes dont au moins 60000 soldats, le reste étant constitué d’esclaves, de serviteurs mais aussi de femmes et d’enfants. Les Grecs et Macédoniens ne représentent guère que la moitié des effectifs combattants. Le roi de Macédoi


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M.le poivron Il y a 1 minute Répondre
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Alexandre III le Grand

Pella, Macédoine, 356 - Babylone, 323 av. J.-C.
Source Encyclopédie Wikipédia







L'expédition d'Alexandre le Grand
Carte Alain Houot




Sommaire

Biographie
Naissance et filiation
Enfance et éducation
Le roi de Macédoine
Un

monsieur sourire 10/10/2013 14:39

Merde est un mot de français moderne désignant les matières fécales, mais il sert aussi souvent de juron, sous la forme d'une interjection, dans le langage familier. Il a aussi de nombreux autres usages plus ou moins vulgaires. Il est et fut utilisé par les gens de tous milieux sociaux, de l'empereur Napoléon Ier jusqu'au peuple, en passant par les artistes et les plus grands écrivains.

Il est souvent désigné en français comme « le mot de Cambronne » en référence au général Pierre Cambronne qui l'aurait prononcé comme seule réponse au général britannique Charles Colville qui le sommait de se rendre. Toutefois, ce fait est souvent contesté.

« Merde » est aussi parfois désigné par l'expression « le mot de cinq lettres » ou plus souvent « m**** » ou bien « merdoum ».

En plus de la définition citée plus haut, il est aussi utilisé dans le monde des arts (à l'origine au théâtre) pour souhaiter bonne chance au destinataire de l'interjection. En effet, lorsqu'une pièce avait du succès, les attelages stationnant derrière le théâtre laissaient une quantité de crottin importante... L'acteur ainsi interpellé ne doit pas, selon les croyances, remercier celui qui lui a adressé ce souhait.

Au Canada[modifier | modifier le code]Surtout au Québec et au Nouveau-Brunswick, mais aussi en Ontario, au Manitoba, dans quelques villes de l'Alberta, de la Colombie-Britannique, de la Saskatchewan et de la Nouvelle-Écosse où on parle français, le mot "mârde" est plus populaire, et ce à un tel point que la prononciation européenne donne un effet recherché et éduqué (pour ne pas dire snob).

Quand le mot suit la prononciation canadienne dans un contexte interjectif il est souvent précédé du qualificatif "maudite". Dans un contexte confrontationnel, le mot fait office de complément d'objet direct, dans le mode impératif indiquons-le, au verbe "manger". De plus, dans un contexte descriptif d'une situation individuelle, le mot indique un environnement dans lequel ledit individu se retrouve avec des problèmes insolubles (c'est-à-dire être dans la...).

Autres langues[modifier | modifier le code]Dans les langues étrangères, en particulier en anglais, ce mot fleure bon la France. Il est pour les anglophones le cliché français par excellence avec la baguette et le béret. La bibliographie anglophone fourmille du reste d'ouvrages dont le titre commence par, ou contient, le mot Merde (en français dans le texte).

Expressions[modifier | modifier le code]« C'est de la merde ! », « /objet/ de merde » -- Objet de piètre qualité, ou objet sans valeur artistique.
« C'est la merde… » -- Se dit au sujet d'une situation difficile, inextricable ou dont il est difficile de percevoir les tenants et les aboutissants. On dit aussi « Être dans la merde »
« Une vie de merde » -- vie minable, frustrante. viedemerde.fr est un site Internet qui collecte toutes les petites phrases qui ruinent une journée.
« Je vous dis merde » -- bonne chance, surtout avant une performance. Expression typiquement employée en France pour encourager la personne qui entre en scène, ou avant un examen.
« Chercher la merde » -- Rechercher des situations conflictuelles, se mettre volontairement en difficulté.
« Petit merdeux » -- se dit d'une personne méprisable ou d'une personne qu'on estime immature, pas à la hauteur (synonyme : « Petit morveux » ). Une personne qui serait encore incapable de se passer de couches.
« J'ai marché dedans » -- Cette expression étant elliptique, le mot "merde" n'y apparaît pas mais c'est bel et bien celui qu'on doit comprendre, ici dans son sens premier (la matière organique).
« Je me suis foutu dedans » -- Comme pour la précédente, cette expression est elliptique mais le sens ici est différent, l'expression signifiant de manière imagée qu'on s'est mis dans une situation difficile.
« Avoir un œil qui dit merde à l'autre » -- Loucher
« Avoir de la merde aux yeux » -- Ne pas voir ce qui est pourtant évident.
« Merde alors ! » -- deux sens selon l'intonation qu'on y met :« Zut alors ! » ou « Surprenant, inattendu, admirable ».
« Le fouille-merde » -- Le journaliste.
« Raconter de la merde » -- Dire n'importe quoi.
« Mieux vaut le dire qu'en manger » -- Après l'avoir utilisé comme juron.
« C'est le bout de la merde » (au Québec seulement) -- Situation méprisable.
« Mangeux de merde » -- Salaud, personne se prenant pour une autre.
Dérivés verbaux[modifier | modifier le code]Le verbe dénominatif merder (intransitif) désigne très familièrement le fait d'échouer, et également tout dysfonctionnement qui aurait des conséquences dangereuses ou funestes. Un emploi au sens « déféquer » est attesté dans l'ancienne langue.

Il existe également merdoyer glosé « s'embrouiller, s'empêtrer » par le TLFi.

En politique[modifier | modifier le code]À tout seigneur tout honneur, le 28 janvier 1809, Napoléon Ier s'adressant à Talleyrand qu'il soupçonne de trahison : « ...Tenez, vous êtes de la merde dans un bas de soie ! ». Talleyrand, une fois que l'Empereur fut sorti, dit aux témoins de l'altercation : « Quel dommage, Messieurs, qu'un si grand homme soit si mal élevé ! »

On citera bien sûr Ravachol le célèbre anarchiste du XIXe siècle, au matin de son exécution à Montbrison le 11 juillet 1892, qui chante L'bon dieu dans la merde.

Dans la littérature et autres arts[modifier | modifier le code]Une grossièreté héroïque qui a inspiré une pièce à Sacha Guitry, Le mot de Cambronne. Comme elle est en vers et que le mot en question ne possède qu'une seule rime (« perde »), l'oreille du spectateur est évidemment aux aguets.

On peut citer dans la poésie du XXe siècle le texte "La recherche de la fécalité", extrait de Pour en finir avec le jugement de dieu d'Antonin Artaud, poème récité par Roger Blin dans le très célèbre enregistrement radiophonique de ce recueil. Le poème commence par les vers particulièrement forts : "Là où ça sent la merde ça sent l'être." Cependant, le mot merde est employé assez fréquemment dans l'œuvre d'Artaud.

Discographie[modifier | modifier le code]Plusieurs chansons intègrent le mot dans leur titre (et leur texte) :

Merde à Vauban, de Léo Ferré (sur des paroles de Pierre Seghers), qui traite des sentiments fatalistes d'un bagnard sur l'Île de Ré (1960)
C'est la Merde - La chanson porte-bonheur, par Guy Béart (1982)
Merde in France de Jacques Dutronc (1984)
113 Fout La Merde par le groupe 113 (?)
Arts plastiques[modifier | modifier le code]Dans l'art contemporain en général, et les arts plastiques en particulier, les artistes qui utilisent des matières fécales jouent souvent sur le sens du mot "merde" pour interpeller la fonction de l'art : les célèbres Merdes d'artiste de Piero Manzoni, par exemple.Merda d'artista : en 1961, Piero Manzoni déféqua dans 90 petites boîtes de conserves, ou plus précisément, déposa trente grammes de ses excréments par boîte et mis en vente ces boîtes au prix de trente grammes d'or. Ces excréments étaient réellement une production de l'artiste : toute production d'artiste est-elle artistique ?

Les artistes qui ne désirent pas jouer sur ce premier degré trop voyant utilisent d'autres mots. Par exemple Cloaca est une œuvre conçue pour être inutile et produire de l'inutile (des excréments), mais l'artiste Wim Delvoye ne prétend pas avoir produit de la merde[1]

Filmographie[modifier | modifier le code]1937 : Le Mot de Cambronne de Sacha Guitry
1997 : Une journée de merde de Michel Courtois
2008 : Merde de Leos Carax
Merdre[modifier | modifier le code]Cette orthographe du mot merde fut inventée par Alfred Jarry dans sa célèbre pièce Ubu roi. Le personnage grotesque du père Ubu l'emploie pour afficher sa singularité, au même titre qu'il écrit le mot finance "phynance". La pièce commence d'ailleurs avec cette interjection, hurlée par le père Ubu à la mère Ubu, cela dans le but de choquer le public. Elle est devenue l'une des caractéristiques de la pièce.

Merdre est aussi devenu le 10e des 13 mois du calendrier pataphysique.

Bibliographie[modifier | modifier le code]Francophone[modifier | modifier le code]Petite encyclopédie de la vie merdique en Grande Bretagne à l'usage du reste du monde ; Steve Low, Alan McArthur, Traduction: Catherine Gruen, David Ramasseul ; Scali (26 avril 2007). (ISBN 2350120821)
Ode à la merde ; Pierre Cusson ; L'Archange Minotaure, 2002. (OCLC 83758621)
Je parle plus mieux française que vous et j'te merde! : les joies de la francacophonie ; Alain Stanké ; Montréal : Stanké, 1995. (OCLC 34670571)
Merde aux critiques ; Pierre Cabanne ; Paris, Éditions du Quai Voltaire, 1993.
Le fouille-merde ; Gaston Compère; Pascal Vrebos ; Bruxelles : Le Cri, 1987. (OCLC 26843743)
Histoire de la merde : prologue ; Dominique Laporte ; Paris : C. Bourgois, 1978. (OCLC 4438456)
Bordel à merde : poésie ; George Astalos ; Paris : J. Grassin, 1975. (OCLC 70481887)
Le marchand de merde, : parade. ; Alexis Piron ; A Mahon : De l'Imprimerie de Gilles Langlois, à l'Enseigne de l'Etrille., M.DCC.LVI. (OCLC 43745911)
Histoire et bizarrerie sociales des excréments, des origines à nos jours, par Martin MONESTIER, Paris, Le cherche midi, 1997.
Journaux[modifier | modifier le code]Le Fouteur de merde de Stéphane de Rosnay, journal satirique français à parution bimestrielle.
Anglophone[modifier | modifier le code]Merde happens ; Stephen Clarke ; London : Bantam, 2007. (OCLC 85829305)
Merde : excursions in scientific, cultural, and sociohistorical coprology ; Ralph A Lewin ; New York : Random House, 1999. (OCLC 39275835)
Merde! : the real French you were never taught at school ; Geneviève. ; New York : Atheneum, 1986. (OCLC 12079089)
Stephen Clarke, A Year in the Merde, Bentam Press, 2004 (ISBN 0-59305-453-9)
Stephen Clarke, Merde Actually, Bentam Press, 2005 (ISBN 0-59305-477-6)
Germanophone[modifier | modifier le code]Himmel und Merde : Essays, Satiren, Leitartikel ; Kurt Guss ; Borgentreich : Guss, 2005. (OCLC 76743886)
Merde; Karikaturen der Mairevolte, Frankreich, 1968 ; V H Brandes; H Sylvester ; München, Trikont Verlag 1968. (OCLC 22769841)
Hetum Gruber, "On est dans la merde" : Stadtgalerie Saarbrücken, Heidelberger Kunstverein ; Hetum Gruber; Hans Gercke; Bernd Schulz; Christoph Schreier; Stadtgalerie Saarbrücken.; Saarbrücken : Die Stadtgalerie ; Heidelberg : Der Kunstverein, 1994. (OCLC 31797281)
Merde : Karikaturen d. Mairevolte, Frankreich 1968 ; Volker Helmut Brandes ; München : Trikont-Verl., 1968. (OCLC 73830098)
Hispanophone[modifier | modifier le code]La merde époque : los '90 ; Wolf ; Buenos Aires : Libros del Rescoldo, 2005. (OCLC 69242419)
Jeu[modifier | modifier le code]Le Kilo de merde, un jeu de société qui utilise un jeu de 52 cartes.
Animal[modifier | modifier le code]Mouche à merde, ou Scathophaga stercoraria, ou scatophage du fumier de l'ordre des diptères, famille des Sarcophagidae.
Voir aussi[modifier | modifier le code]Vulgarité
Interjection
Scatologie
Liens externes[modifier | modifier le code]Discussion sur les mots de quatre et cinq lettres, dans la partie « Annexe » de l'article (tout en bas)
Notes et références[modifier | modifier le code]1.↑ L'art, l'argent, la merde [archive] article sur le site Wim Delvoye du Musée

super cacahouette 10/10/2013 14:37

Lepidoptera
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Lépidoptères


Papillons et chenilles
de lépidoptères (Leipzig, 1932)

Classification Règne Animalia
Embranchement Arthropoda
Sous-embr. Hexapoda
Classe Insecta
Sous-classe Pterygota
Infra-classe Neoptera
Super-ordre Endopterygota

Ordre

Lepidoptera
Linnaeus, 1758
Les Lépidoptères (Lepidoptera) sont un ordre d’Insectes dont la forme adulte est communément appelée papillon et dont la larve est une chenille.

Ils se caractérisent à l’état adulte par trois paires de pattes (comme tous les Insectes) et par deux paires d’ailes recouvertes d’écailles de couleurs très variées selon les espèces. Les Lépidoptères pondent des œufs qui donnent naissance à des chenilles. Ces dernières se transforment ensuite en chrysalides (s'abritant ou non dans un cocon préalablement tissé). Il en émerge enfin l'imago, ou papillon. Leur cycle biologique se trouve donc composé de quatre stades distincts, œuf, chenille, chrysalide et papillon. Ce sont des Insectes à métamorphose complète.

Sommaire [masquer]
1 Caractéristiques
1.1 Métamorphose
1.2 Ailes
1.3 Corps
2 Vocabulaire
3 Systématique
3.1 Évolution
3.2 Fossiles
4 Classification
4.1 Classification I
4.2 Classification II
4.3 Classification III
4.4 Liste de familles
4.5 Variabilité
5 Écologie et distribution
5.1 Papillons d’Europe : classification adoptée par Fauna Europae
5.1.1 Quelques espèces communes en Europe
5.1.2 Disparition
5.2 État, pressions, menaces
5.3 Protection
6 Symboles et mythologie du papillon
7 Arts
7.1 Dessins et peintures
7.2 Autres représentations de papillons
8 Notes et références
9 Voir aussi
9.1 Bibliographie
9.2 Articles connexes
9.3 Références externes
Caractéristiques[modifier | modifier le code]Métamorphose[modifier | modifier le code]Les Lépidoptères sont des holométaboles comme les Diptères et les Coléoptères…

Au stade de l'imago, le papillon a une longévité variable selon l'espèce, de quelques jours (Bombyx du mûrier) ou semaines (Flambé, Papilio machaon) à plusieurs mois (jusqu'à dix pour le Citron Gonepteryx rhamni).

Ailes[modifier | modifier le code]Les Lépidoptères, sous la forme adulte (papillon), sont caractérisés par deux paires d’ailes membraneuses recouvertes d’écailles colorées, qui sont des soies aplaties ; le mot « lépidoptères » vient de cette caractéristique : lepidos veut dire écailles en grec.

Une écaille alaire est une minuscule plaque chitineuse le plus souvent pigmentée doté d'un pédicelle à sa base permettant son insertion sur la membrane. Certaines couleurs métalliques sont optiques par diffraction de la lumière (cas par exemple pour l'Europe des Apatura Grand mars changeant, Petit mars changeant).

Des écailles spécialisées (les androconies) sont présentes chez les mâles sur la face supérieure des ailes et diffusent des substances sexuelles chimiques, les phéromones, issues de glandes lors des parades nuptiales.

Les ocelles ou yeux peuvent être des ornementations de défense (chez le Paon du jour par exemple), c'est un bon moyen de reconnaissance des espèces (comme l'ocelle orange centrée de noir à l'aile antérieure du Petit mars changeant absent chez le Grand mars changeant[1]).

Le revers brun ou noir de ses ailes présente souvent une livrée homochrome qui permet de se cacher à de nombreuses espèces présentant des couleurs vives sur le recto de leurs ailes (Paon du jour par exemple).

Certaines espèces présentent la particularité de ne porter que très peu d'écailles : cas du genre Cithaerias.

Inachis io Paon du jour
Paon du jour
Lasiommata megera Mégère
mégère
Cithaerias Esmeralda - Muséum de Toulouse
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Corps[modifier | modifier le code]Leur corps est souvent caché par un épais revêtement de phanères.

Leurs pièces buccales sont transformées en trompe (sauf chez certains petits groupes très primitifs pour ce caractère), enroulée en spirale au repos, pour aspirer le nectar. La trompe est formée par les galeas des maxilles qui sont fortement allongées et reliées entre elles par deux coaptations : l’antérieure formée de soies et la postérieure formée de crochets qui les solidarisent fortement, formant ainsi un canal qui permet l’aspiration du nectar. Toutes les autres pièces buccales sont atrophiées ou absentes, à l’exception des palpes labiaux qui protègent la trompe lorsqu’elle est enroulée au repos. La trompe des papillons est un outil de haute précision qui cumule les prouesses techniques. Au repos, elle reste enroulée en spirale comme un ressort de montre, sous l'effet d'une lame élastique qui court tout au long de sa paroi supérieure. Une succession d'anneaux de chitine - substance très résistante - maintient la canalisation béante quelle que soit sa courbure. Lorsque le papillon veut se nourrir, il contracte une série de plusieurs centaines de minuscules muscles obliques, situés dans l'épaisseur de la trompe, dont ils provoquent le déroulement. Au premier tiers de la longueur, des muscles spéciaux coudent la trompe vers le bas. Cette articulation souple favorise en particulier la recherche du nectar dans les corolles les plus étroites et les plus profondes. Sans même avoir à baisser la tête, le papillon déplace sa trompe pour explorer tous les recoins des fleurs qu'il visite. Dans la tête de l'insecte, une sorte de poire peut se dilater sous l'action de muscles puissants. Elle fait office d'aspirateur. Les papillons se posent sur les corolles. Grâce à des organes gustatifs très sensibles situés au bout de leurs pattes, ils savent immédiatement s'il y a lieu de déployer leur encombrant attirail d'aspiration.

Portrait d'un Historis odius - Muséum de ToulouseTrompe et œil de papillon
Papillon aspirant du nectar de banane
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L'œuf est pondu sur ou à proximité de la plante-hôte de la chenille qui souvent qualifie l'espèce (Piéride du chou ou Azuré du serpolet).

La larve, ou chenille, est de type broyeur avec deux glandes labiales séricigènes c’est-à-dire fabriquant un fil de soie.

Articles détaillés : Morphologie des lépidoptères et Chenille (lépidoptère).La chrysalide se trouve ou non dans un cocon. Le développement des chenilles s’effectue généralement en cinq stades marqués par des mues jusqu’à la transformation en nymphe, ou chrysalide. Suivant les espèces, la nymphose a lieu sous terre ou à l’air libre et la chenille s’entoure parfois d’un cocon de fils de soie avant de se transformer.

Accouplement de piéride du navet
Œufs d'un papillon mexicain (Caligo eurilochus)
Chenille de Grand porte queue (Machaon)Chrysalide de Machaon
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99 % des espèces connues sont phytophages[2], c’est-à-dire se nourrissent de plantes. Les adultes se nourrissent pour la plupart de nectar des plantes à fleurs. Certains ont les pièces buccales classiques des Insectes et sont donc considérés comme des espèces « primitives », d’autres ont une trompe atrophiée et ne se nourrissent pas à l’état adulte.

Vocabulaire[modifier | modifier le code]Le terme « lépidoptère » dérive du latin scientifique lepidoptera, terme construit lui-même à partir du grec ancien λεπίς « écaille » et πτερόν « aile »)[3]. Bon nombre d’espèces sont désignées par un nom vernaculaire différemment suivant leur stade de développement. Souvent seul le papillon est nommé, d’autre fois, seule la chenille, car ravageuse, porte un nom. Plus exceptionnellement, les deux formes sont nommées, comme pour les espèces Nymphalis antiopa ou Bombyx mori.

voir: Liste de Papillon par nom scientifique, Papillon par nom vernaculaire et Chenille par nom vernaculaire.


Lépidoptère adulte, ici un Aurore mâleSystématique[modifier | modifier le code]Évolution[modifier | modifier le code]Article détaillé : Histoire évolutive des lépidoptères.La forme actuelle des stades de développement, de l'œuf à l'imago, existe sans doute depuis 150 Ma. Les 220 000 espèces vivent partout dans le monde excepté dans l'Antarctique et sont particulièrement nombreuses dans la région des tropiques. Elles sont presque toujours associées à des plantes supérieures des angiospermes (plantes à fleurs) et ont donc coévolué. Il est en effet vraisemblable que l'évolution qui a conduit à ce groupe qui possède un organe hautement spécialisé comme la trompe s’est accomplie en même temps que le développement des plantes à fleurs avant la fin du tertiaire. Comme presque toutes les espèces ont des chenilles inféodées à une plante-hôte précise, l'évolution n'a surement du se faire qu'en présence d'une seule plante-hôte ancestrale, donc pas avant le tertiaire.

Fossiles[modifier | modifier le code]
Insecte ailé pris dans l’ambreLes Lépidoptères fossiles ont tendance à être plus rares que ceux des autres insectes, parce qu’ils étaient moins abondants dans des types d'environnement comme les lacs et les étangs propices à la fossilisation et que les stades larvaires n’ont que la tête chitineuse comme partie dure susceptible d'être fossilisée.

Il existe cependant quelques fossiles, dans l’ambre ou dans des sédiments très fins. Des traces de galeries peuvent être observées sur des feuilles fossiles mais leur interprétation est délicate[4].

Le fossile le plus ancien Archaeolepis mane, issu de roches britanniques, a été daté d’environ 190 Ma[4], au jurassique. Ce sont des restes d’ailes qui montrent des écailles à cannelures parallèles sous microscope électronique et le réseau de nervures caractéristique commun aux lépidoptères et trichoptères. On ne connaît que deux autres fossiles du jurassique et treize du crétacé[4]. La période suivante, le tertiaire, est beaucoup plus riche en fossiles [5]. L’éocène en particulier, avec les gisements d’ambre de la Baltique est riche. Ceux-ci ne sont pas d’une grande utilité pour établir la phylogénie des lépidoptères car ils sont déjà très proches des espèces modernes. Plus rarement, les Lépidoptères peuvent se trouver dans des sédiments de type lacustre : diatomite. Un bel exemple a été publié dans le Bulletin des Lépidoptères de France[6].

D'après les fossiles du jurassique d'Amphiesménoptères découverts (groupe constitué des ancêtres des Trichoptères et Lepidoptères, selon la classification de Willi Hennig), ces groupes se sont différenciés il y 56 Ma[7].

Classification[modifier | modifier le code]La taxinomie des insectes est en pleine évolution voire révolution, et les différentes classifications sont très disparates notamment concernant les sections situées entre les ordres et les genres.

Carl von Linné dans Systema Naturae (1758) reconnaît trois groupes de lépidoptères : les Papilio, les Sphinx et les Phalaena avec sept sous-groupes dans les Phalaena (Scoble, 1995). Cette séparation se retrouve aujourd’hui dans 9 des super-familles de lépidoptères.

Après Linné, Denis et Schiffermüller (1775) sont suivis par Fabricius (1775) et Latreille (1796). Ils identifient beaucoup plus d’espèces en les regroupant dans ce qui sera reconnu comme des genres.

Hübner décrit beaucoup des genres modernes et Ochsenheimer et Friedrich Treitschke (1776-1842), dans une série de volumes sur la faune de lépidoptères européens publiés entre 1807 et 1835, renforcent les fondements de leur classification en genres (Scoble, 1995).

G.A.W. Herrich-Schaffer (plusieurs volumes, 1843-1856), et Edward Meyrick (1895) basent leur classification sur le nervurage des ailes. Au même moment, Sir George Hampson travaille sur la distinction entre Microlepidoptera et Macrolepidoptera.

Parmi les premiers entomologistes à étudier les fossiles d’insectes et leur évolution, Samuel Hubbard Scudder (1837-1911) travaille sur les papillons. Il publiera une étude des gisements du Colorado. Andrey Vasilyevich Martynov (1879-1938) met en évidence la proximité des lépidoptères et des trichoptères (Grimaldi et Engel, 2005).

Parmi les apports majeurs du XXe siècle figure la séparation basée sur la structure de l’appareil génital des femelles en Monotrysia et Ditrysia par Carl Julius Bernhard Börner (1880-1953) en 1925 et 1939 (Scoble, 1995).

Willi Hennig (1913-1976) développe l’analyse cladistique et l’applique à la phylogénie des insectes. Niels P. Kristensen, E. S. Nielsen et D.R. Davis étudient les relations entre les familles de Monotrysia, Kristensen ayant travaillé sur la phylogénie des insectes et des grands groupes de lépidoptères (Scoble 1995, Grimaldi et Engel, 2005). Alors qu’en général, les phylogénies basées sur les analyses de l’ADN diffèrent des phylogénie basées sur les analyses morphologiques, ce n'est pas le cas pour les lépidoptères, au moins à grande échelle (Grimaldi et Engel, 2005). Les tentatives de regroupement des super-familles de lépidoptères en grand groupes naturels ont toutes échoué car les critères actuels Microlepidoptera et Macrolepidoptera, Heterocera et Rhopalocera, Jugatae et Frenatae, Monotrysia et Ditrysia (Scoble 1995) ne permettent pas de définir des groupes monophylétiques.

Classification I[modifier | modifier le code]
Papillons.
Illustré par Adolphe Millot dans Larousse pour tous [1907-1910][8]Ces distinctions basées essentiellement sur des caractères superficiels sont pratiquement abandonnées au profit d’analyses phylogénétiques morphologiques et moléculaires.

La plupart des Lépidoptères, dont les imagos sont le plus communément appelés papillons, se regroupent en la division des Ditrysia, qui représente 99 % des Lépidoptères, elle-même divisée en deux sous-ordres :
Les Hétérocères, sont le plus souvent de couleurs ternes, leurs antennes sont souvent filiformes ou plus ou moins plumeuses (elles sont impliquées dans la communication par les phéromones) ("papillons de nuit" dont beaucoup sont diurnes). Ce sous-ordre comprend de nombreuses super-familles (SF) et familles (fam.) qui regroupent les phalènes (à peu près 20% des Lépidoptères), les noctuelles ( plus de 30%), les bombyx, les pyrales, les tordeuses, les teignes et les "mites" au sens large (plus de 50%)… ; ce n'est pas un regroupement naturel, comme son nom l'indique ("les autres…") et il doit être abandonné.
Les rhopalocères, sont des Insectes aux couleurs parfois vives, leurs antennes se terminent "en massue" bien distincte (comme son nom l'indique) (papillons de jour). Ce sous-ordre comprend deux super-familles (SF) et plusieurs familles (fam.) ;
Le 1 % restant est constitué par la division des Monotrysia qui comprend 2 super-familles caractérisées par des larves mineuses.
Classification II[modifier | modifier le code]Les lépidoptères sont divisés en quatre sous-ordres :

Frenatae - frenates
Jugatae
Macrolepidoptera
Microlepidoptera
Classification III[modifier | modifier le code]Minet et Bourgoin ont proposé une nouvelle classification phylogénétique qui n’est pas entièrement adoptée et fait l’objet d’une révision continue (toutes les analyses moléculaires n’ont pas encore été faites, pour plus d’informations sur la classification lire l’article sur la systématique). La classification ci-dessous essaie de tenir compte de cette nouvelle classification.

[afficher]Voir la position phylogénétique au sein des InsectesHexapodes Insectes ArchéognathesCNN (clade non nommé) ThysanouresCNN OdonatesCNN éphéméroptèresNéoptères CNN CNN (non détaillé) BlattoptèresMantoptèresIsoptèresPlécoptéroïdesOrthoptèresDermaptèresGrylloblatoptèresEmbioptèresPhasmatodeaCNN (non détaillés) ZoraptèresPsocoptèresPhthiraptèresHémiptèresThysanoptèresCNN CNN (non détaillé) StrepsiptèresColéoptèresNévroptèresRaphidioptèresMégaloptèresCNN (non détaillé) HyménoptèresMécoptèresSiphonaptèresDiptèresTrichoptèresLépidoptères

[afficher][masquer]Outre qu'il y a encore des désaccords sur certaines espèces, il est parfois délicat d'établir l'appartenance d'un papillon à une espèce ou à une autre, à cause du phénomène d'hybridation ou parce qu'un nom d'espèce couvre parfois en réalité plusieurs sous-espèces morphologiquement très proches et non encore identifiées en tant qu'espèces. Ces deux phénomènes sont plus fréquents que ne l'indiquent les guides de naturalistes[9]. Les taxonomistes ne prennent pas en compte des individus « douteux » (probablement des hybrides le plus souvent), parce que ces derniers rendent plus difficile la discrimination des espèces. L'hybridation naturelle se produirait entre environ 10 % de toutes les espèces animales, assez rarement en moyenne, mais avec des taux d'hybridation qui peuvent être plus importants pour certaines espèces (Mallet, 2005). Les données disponibles pour les papillons d'Europe (l'un des plus étudiés dans le monde) laissent penser qu'environ 16 % des 440 espèces de papillons européens sont connus pour hybrider dans la nature avec au moins une autre espèce proche de la leur. Parmi ceux-ci peut-être la moitié ou plus sont fertiles et ont montré des preuves de « rétrocroisements » dans la nature[10].

Liste de familles[modifier | modifier le code][afficher]tableau de liste de famillesFamille Autrement inclus dans
Acanthopteroctetidae Davis, 1978
Acrolepiidae Heinemann, 1870 Plutellidae ou Yponomeutidae
Acrolophidae Tineidae
Adelidae Bruand, 1851
Agathiphagidae Kristensen, 1967
Agonoxenidae Meyrick, 1926 Elastichidae ou Coleophoridae
Aididae Megalopygidae
Alucitidae Leach, 1815
Anomoeotidae Hering, 1937
Anomosetidae
Anthelidae Turner, 1904
Arctiidae Leach, 1815
Arrhenophanidae
Axiidae Rebel, 1919 Noctuidae
Batrachedridae Heinemann & Wocke, 1876 Coleophoridae ou Mompidae ou Cosmopterigidae
Bedelliidae Meyrick, 1880 Lyonetiidae
Blastobasidae Meyrick, 1894 Coleophoridae
Bombycidae Latreille, 1802
Brachodidae Heppner, 1979 Glyphipterigidae
Brahmaeidae Swinhoe, 1892
Bucculatricidae Wallengren, 1881
Callidulidae
Carposinidae Walsingham, 1897
Carthaeidae Common, 1966
Castniidae Boisduval, [1828],
Cecidosidae Incurvariidae
Choreutidae Stainton, 1854 Glyphipterigidae
Coleophoridae Bruand, 1851
Copromorphidae
Cosmopterigidae Heinemann & Wocke, 1876
Cossidae Leach, 1815
Crambidae Latreille, 1810 Pyralidae
Crinopterygidae Spuler, 1898
Cyclotornidae Meyrick, 1912
Dalceridae Dyar, 1898
Doidae Donahue & Brown, 1987 Arctiidae
Douglasiidae Heinemann & Wocke, 1876
Drepanidae Boisduval, 1828
Dudgeoneidae Brock, 1971
Elachistidae Bruand, 1851
Endromidae Meyrick, 1895
Epermeniidae Spuler, 1910
Epicopeiidae
Epipyropidae Dyar, 1903
Eriocottidae Spuler, 1898 Incurvariidae
Eriocraniidae Tutt, 1899
Ethmiidae Busck, 1909 Elachistidae
Eupterotidae Swinhoe, 1892
Galacticidae Plutellidae
Gelechiidae Stainton, 1854
Geometridae Leach, 1815
Glyphipterigidae Stainton, 1854
Gracillariidae Stainton, 1854
Hedylidae Geometridae
Heliodinidae Heinemann & Wocke, 1876
Heliozelidae Heinemann & Wocke, 1877
Hepialidae Stephens, 1829
Hesperiidae Latreille, 1809
Heterobathmiidae Micropterigidae
Heterogynidae Herrich-Schäffer, 1846
Himantopteridae Rogenhofer, 1884
Holcopogonidae Gozmany, 1967 Autostichidae
Hyblaeidae
Immidae Heppner, 1977 Glyphipterigidae
Incurvariidae Spuler, 1898
Lacturidae Yponomeutidae
Lasiocampidae Harris, 1841
Lecithoceridae Le Marchand, 1947 Gelechiidae
Lemoniidae Dyar, 1896
Limacodidae Duponchel, 1845
Lophocoronidae Common, 1973
Lycaenidae Leach, 1815
Lymantriidae Hampson, 1893
Lyonetiidae Stainton, 1854
Lypusidae Heinemann, 1870 Tineidae ou Psychidae ou Yponomeutidae
Megalopygidae Herrich-Schäffer, 1855
Metachandidae Meyrick, 1911 Oecophoridae ou Gelechiidae
Micropterigidae Herrich-Schäffer, 1855
Mimallonidae Burmeister, 1878
Mirinidae Bombycidae
Mnesarchaeidae
Momphidae Herrich-Schäffer, 1857 Coleophoridae
Neopseustidae
Neotheoridae Kristensen, 1978.
Nepticulidae Stainton, 1854
Noctuidae Latreille, 1809
Nolidae Hampson, 1894 Noctuidae
Notodontidae Stephens, 1829
Nymphalidae Swainson, 1827
Oecophoridae Bruand, 1851
Oenosandridae Miller, 1991 Notodontidae (Thaumatopoeidae)
Opostegidae Meyrick, 1893
Palaeosetidae
Palaephatidae Tineidae
Pantheidae Smith, 1898 Noctuidae
Papilionidae Latreille, 1802
Pieridae Duponchel, 1835
Plutellidae Guenee, 1845 Yponomeutidae
Prodoxidae Riley, 1881
Prototheoridae
Psychidae Boisduval, 1828
Pterolonchidae Meyrick, 1918 Coleophoridae
Pterophoridae Zeller, 1841
Pyralidae Latreille, 1802
Riodinidae Grote, 1895 Lycaenidae
Roeslerstammiidae Bruand, 1850
Saturniidae Boisduval, 1837
Schreckensteiniidae Fletcher, 1929
Scythrididae Rebel, 1901
Sematuridae
Sesiidae Boisduval, 1828
Simaethistidae Pyralidae
Somabrachyidae Hampson, 1920 Megalopygidae
Sphingidae Latreille, 1802
Symmocidae Gozmany, 1957 Autostichidae
Thyrididae Herrich-Schäffer, 1846
Tineidae Latreille, 1810
Tineodidae Meyrick, 1885
Tischeriidae Spuler, 1898
Tortricidae Latreille, 1802
Uraniidae
Urodidae Kyrki, 1984
Whalleyanidae Thyrididae
Yponomeutidae Stephens, 1829
Ypsolophidae Guenée, 1845 Yponomeutidae
Zygaenidae Latreille, 1809


[afficher][masquer]Variabilité[modifier | modifier le code]Chaque espèce de papillons peut présenter trois types de variabilité, des variations de taille des variations suivant le sexe et des variations suivant les sous-espèces.

La même espèce peut suivant la génération donner des individus plus ou moins grands; et des variations de taille sont aussi liées à l'altitude ou aux différences de climat.

Dans certaines espèces les sexes sont semblables, dans d'autres ils ont des différences minimes, mais chez certains le mâle et la femelle sont de couleurs ou d'ornementation totalement différente comme Polyommatus icarus l'azuré commun ou Plebejus argyrognomon (l'Azuré de l'ajonc) très représentatifs de leurs genres respectifs.

Azuré commun
accouplement
mâle
femelle
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Les sous-espèces présentent pour certaines des différences qui les ont fait considérer comme des espèces distinctes comme Anthocharis euphenoides synonyme d' Anthocharis beliapour Aurore de Provence et Aurore de Barbarie[1].

Écologie et distribution[modifier | modifier le code]
Hypercompe scribonia, un papillon de nuit de l'est des États-UnisIls sont présents partout dans le monde, mais chaque papillon a une aire de distribution qui lui est spécifique. Certaines espèces sont sédentaires, d'autres se disséminent, d'autres encore sont migratrices sur des distances plus ou moins longues.

Article détaillé : Migration des papillons.Papillons d’Europe : classification adoptée par Fauna Europae[modifier | modifier le code]Fauna Europaea est la base de données de l’Union européenne sur la faune d’Europe. Maintenue par l’université d’Amsterdam, l’université de Copenhague et le Muséum d'histoire naturelle de Paris, elle est accessible à tous sur internet.

[afficher]Voir le tableau de classification des lépidoptères d’Europe

Classification des lépidoptères d’Europe
Super-familles: Familles: Sous-familles:
Acanthopteroctetoidea Acanthopteroctetidae
Alucitoidea Alucitidae
Axioidea Axiidae
Bombycoidea Brahmaeidae
Endromidae
Lemoniidae
Mirinidae
Saturniidae Agliinae
Saturniinae
Sphingidae Macroglossinae
Smerinthinae
Sphinginae
Choreutoidea Choreutidae Choreutinae
Millierinae
Copromorphoidea Carposinidae
Cossoidea Cossidae Cossinae
Zeuzerinae
Drepanoidea Drepanidae Drepaninae
Thyatirinae
Epermenioidea Epermeniidae Epermeniinae
Ochromolopinae
Eriocranioidea Eriocraniidae
Galacticoidea Galacticidae
Gelechioidea Agonoxenidae
Amphisbatidae Amphisbatinae
Autostichidae Autostichinae
Holcopogoninae
Symmocinae
Batrachedridae
Blastobasidae
Chimabachidae
Coleophoridae
Cosmopterigidae Antequerinae
Chrysopeleiinae
Cosmopteriginae
Deoclonidae
Depressariidae Cryptolechiinae
Depressariinae
Elachistidae
Ethmiidae
Gelechiidae Dichomeridinae
Gelechiinae
Pexicopiinae
Lecithoceridae Ceuthomadarinae
Lecithocerinae
Oditinae
Momphidae
Oecophoridae Deuterogoniinae
Oecophorinae
Pterolonchidae
Schistonoeidae
Scythrididae
Stathmopodidae
Geometroidea Geometridae Alsophilinae
Archiearinae
Desmobathrinae
Ennominae
Geometrinae
Larentiinae
Orthostixinae
Sterrhinae
Uraniidae Epipleminae
Gracillarioidea Bucculatricidae
Douglasiidae
Gracillariidae Gracillariinae
Lithocolletinae
Phyllocnistinae
Roeslerstammiidae
Hepialoidea Hepialidae
Hesperioidea Hesperiidae Hesperiinae
Heteropterinae
Pyrginae
Incurvarioidea Adelidae Adelinae
Nematopogoninae
Crinopterygidae
Heliozelidae
Incurvariidae
Prodoxidae
Lasiocampoidea Lasiocampidae Chondrosteginae
Lasiocampinae
Malacosominae
Pinarinae
Poecilocampinae
Micropterigoidea Micropterigidae
Nepticuloidea Nepticulidae Nepticulinae
Opostegidae Oposteginae
Opostegoidinae
Noctuoidea Arctiidae Arctiinae
Lithosiinae
Syntominae
Lymantriidae Arctorninae
Calliterinae
Lymantrinae
Nygmininae
Orgyinae
Noctuidae Acontiinae
Acronictinae
Aedeiinae
Amphipyrinae
Bagisarinae
Bryophilinae
Calpinae
Catocalinae
Condicinae
Cuculliinae
Dilobinae
Eublemminae
Eustrotiinae
Euteliinae
Hadeninae
Heliothinae
Herminiinae
Hypeninae
Micronoctuinae
Noctuinae
Pantheinae
Plusiinae
Raphiinae
Rivulinae
Strepsimaninae
Tytinae
Nolidae Chloephorinae
Eariadinae
Nolinae
Notodontidae Notodontinae
Phalerinae
Ptilodoninae
Pygaerinae
Stauropinae
Thaumetopoeidae Thaumetopoeinae
Papilionoidea Lycaenidae Lycaeninae
Riodininae
Nymphalidae Apaturinae
Charaxinae
Danainae
Heliconiinae
Libytheinae
Limenitidinae
Melitaeinae
Nymphalinae
Satyrinae
Papilionidae Papilioninae
Parnassiinae
Pieridae Coliadinae
Dismorphiinae
Pierinae
Pterophoroidea Pterophoridae Agdistinae
Pterophorinae
Pyraloidea Crambidae Acentropinae
Cathariinae
Crambinae
Cybalomiinae
Evergestinae
Glaphyriinae
Odontiinae
Pyraustinae
Schoenobiinae
Scopariinae
Spilomelinae
Pyralidae Epipaschiinae
Galleriinae
Phycitinae
Pyralinae
Schreckensteinioidea Schreckensteiniidae
Sesioidea Brachodidae
Castniidae
Sesiidae Sesiinae
Tinthiinae
Thyridoidea Thyrididae
Tineoidea Eriocottidae
Lypusidae
Psychidae Epichnopteryginae
Naryciinae
Oiketicinae
Placodominae
Psychinae
Taleporiinae
Typhoniinae
Tineidae Dryadaulinae
Euplocaminae
Hapsiferinae
Hieroxestinae
Meessiinae
Myrmecozelinae
Nemapogoninae
Perissomasticinae
Scardiinae
Setomorphinae
Stathmopolitinae
Teichobiinae
Tineinae
Tischerioidea Tischeriidae
Tortricoidea Tortricidae Chlidanotinae
Olethreutinae
Tortricinae
Urodoidea Urodidae
Yponomeutoidea Acrolepiidae
Bedelliidae
Glyphipterigidae Glyphipteriginae
Orthoteliinae
Heliodinidae
Lyonetiidae Cemiostominae
Lyonetiinae
Plutellidae
Yponomeutidae Argyresthiinae
Praydinae
Scythropiinae
Yponomeutinae
Ypsolophidae Ochsenheimeriinae
Ypsolophinae
Zygaenoidea Epipyropidae
Heterogynidae
Limacodidae
Somabrachyidae
Zygaenidae Chalcosiinae
Procridinae
Zygaeninae


[afficher][masquer]Quelques espèces communes en Europe[modifier | modifier le code]Hétérocères ou papillons de nuit

Acherontia atropos
Sphinx tête de mort
Saturnia pyri
Grand paon de nuit
Euplagia quadripunctaria
Écaille chinée
Gamma
Rhopalocères ou papillons de jour

Gazé un piéridé
Machaon un papilionidé
Damier de la succise un nymphalidé
Argus bleu un lycenidé
Disparition[modifier | modifier le code]Les papillons représentent environ 10 % des 1 450 000 espèces d'insectes connues à la surface de la Terre, battus en cela uniquement par les coléoptères (25 %).

Toutefois, en France, les papillons des prairies ont régressé de 50 % entre 1990 et 2005, principalement en raison de la dégradation progressive des écosystèmes, de l'agriculture intensive ou encore du réchauffement climatique. En Grande-Bretagne, environ 70 % de la totalité des espèces de papillons auraient ainsi disparu en vingt ans.

C'est d'autant plus regrettable que la grande diversité et les exigences écologiques variées des papillons leur confère un rôle d'indicateurs de la biodiversité et de la qualité des milieux naturels, et donc de la santé des écosystèmes. La plupart des espèces étant monophages ou oligophages et étroitement inféodées à des plantes-hôtes sensibles et vulnérables, elles font offices d’éminents indicateurs biologiques.

En Europe, on utilise en effet les papillons pour évaluer la santé des écosystèmes, en vue de tabler sur leur durabilité. La disparition des papillons ces dernières décennies en dit donc long sur l’état de santé de l’environnement.

La disparition des papillons, comme celle des abeilles, pourrait en partie être causée par la réduction de la biodiversité florale du fait de la monoculture et de la transformation du paysage végétal par l'homme, réduisant ainsi la quantité des ressources alimentaires et leur diversité qualitative.

Le bacille de thuringe ou Bacillus thuringiensis (Bt), insecticide biologique le plus utilisé au monde cible les lépidoptères et est la cause principale de leur disparition.

État, pressions, menaces[modifier | modifier le code]
Diminution régulière et rapide des populations de papillons (ici de prairies) en Europe[11]Si quelques espèces, peu nombreuses, ont une aire en extension voire un comportement invasif lié à l'extension de certaines cultures (ex : maïs pour la pyrale du maïs), ou pour des raisons mal comprises (ex. : mineuse du marronnier), de nombreuses espèces de lépidoptères sont en forte régression ou ont récemment disparu de tout ou partie de leurs habitats naturels, en particulier dans les zones d'agriculture intensive.

La destruction et fragmentation de leur habitat, l'usage croissant de pesticides (insecticides, mais aussi de désherbants ciblant les plantes-hôtes de certaines chenilles) semblent être les principales causes de ces régressions). Le dérèglement climatique en est une autre, qui explique aussi des changements rapides d'aires de répartition[12] ou des disjonctions de cycles de vie.

Les « rhopalocères » sont en forte voie de régression, depuis les années 1970 notamment, probablement en raison d'un usage croissant de pesticides insecticides, mais aussi à cause du recul du bocage, des prairies, en raison de la fragmentation écopaysagère croissante, par les routes notamment (le phénomène de roadkill touche aussi les papillons quand ils traversent les routes)

En France métropolitaine, seules une quinzaine d'espèces sont protégées (en 2012). Or au moins 16 papillons de jour sont menacés de disparition à court terme alertent l'UICN, le Museum et l'OPIE[13]. Et 18 sont quasi-menacés selon la dernière "liste rouge des espèces menacées en France"? Et nombre d'autres sont en voie de régression (parmi 253 espèces)[13]

À titre d'exemple, l'Hespérie du barbon (non revu depuis plus de 10 ans, en 2012) a été récemment classée “En danger critique” en France, probablement victime de l'urbanisation, de la périurbanisation et de la fragmentation écopaysagère du littoral méditerranéen (roadkill..),
Le Mélibée inféodé aux prairies humides acides à Molinie voit ses habitats (landes humides et tourbières notamment) détruits, drainés, amendés ou boisés ; Il ne survit que dans quelques tourbières des Vosges ou du Jura, et est au bord de l'extinction.
l'Azuré de la sanguisorbe régresse en raison de la destruction des prairies humides où vit la plante-hôte à la quelle il est inféodé (Sanguisorbe officinale). De plus, sa chenille est durant quelque temps protégée dans une fourmilière.
Par exemple l'hermite, un papillon autrefois largement réparti en France, a subi une régression de ses effectifs de l’ordre de 30 % rien que sur les 10 dernières années, ce qui le classe dans la catégorie “Vulnérable”[13].
L'Azuré du mélilot est lui classé “Quasi menacé”, alors que le mélilot est une plante abondante sur de nombreuses friches.

Protection[modifier | modifier le code]La convention de Berne qui a pour but d'assurer la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe par une coopération entre les États a été signée le 19 septembre 1979 à Berne en Suisse (entrée en vigueur le 1er juin 1982). Elle comporte en annexe une liste d'espèces qui comprend des papillons. Voici quelques exemples :

Polyommatus golgus
Euphydryas aurinia le damier de la succise
Euphydryas maturna le damier du frêne
Papilio alexanorAlexanor
Papilio hospiton Porte-Queue de Corse
Parnassius apollo Apollon
Parnassius mnemosyne[14]
Directive habitats de la communauté européenne du 21 mai 1992
Annexe II
Lycaena helle - Cuivré de la bistorte
Lycaena dispar — Cuivré des marais[15]
Polyommatus eroides
Polyommatus golgus
Phengaris teleius- l'azuré de la sanguisorbe
Coenonympha oedippus le fadet des laîches
Euphydryas aurinia le damier de la succise
Directive habitats de la communauté européenne du 21 mai 1992
Annexe VI espèces nécessitant une protection stricte, transposé en droit français par l'arrêté du 23 avril 2007 remplaçant celui du 22 juillet 1993
Lycaena helle - Cuivré de la bistorte
Lycaena dispar — Cuivré des marais
Phengaris arion- l'azuré du serpolet
Phengaris nausithous- l'azuré des palluds
Phengaris teleius- l'azuré de la sanguisorbe[16]
Polyommatus eroides
Polyommatus golgus[17]
Lopinga achine Bacchante
Coenonympha oedippus le fadet des laîches
Euphydryas aurinia le damier de la succise
Protection nationale par arrêté du 23 avril 2007
Phengaris alcon- l'azuré des mouillères
Phengaris rebeli- l'azuré de la croisette[18].
Protection régionale, par exemple
Cupido minimus, Polyommatus semiargus le demi-argus, Polyommatus coridon l'argus bleu-nacré, Melitaea phoebe la mélitée des centaurées en Poitou-Charentes[16]
Satyrium w-album la thécla de l'orme, Glaucopsyche alexis l'azuré des cytises, Plebejus idasle moyen argus, Plebejus idas l'azuré des coronilles, Pseudophilotes baton l'azuré du thym, en Île-de-France [19].
Une espèce est considérée comme nuisible Cacyreus marshalli le brun des pelargonium.

Symboles et mythologie du papillon[modifier | modifier le code]
Pluie de sang en Provence en juillet 1608Nous considérons volontiers le papillon comme un symbole de légèreté et d’inconstance. Chez les chrétiens, il s’agit de l’âme débarrassée de son enveloppe charnelle et devenue bienfaitrice et bienheureuse.

Début juillet 1608, les faubourgs d'Aix-en-Provence furent recouverts d'une pluie de sang. Quelques moines désireux d'exploiter la crédulité humaine n'hésitèrent pas à voir dans cet évènement des influences sataniques. Nicolas-Claude Fabri de Peiresc fit des relevés de cette pluie en recueillant quelques gouttes sur la muraille du cimetière de la cathédrale. Il découvrit que c'était les excréments des chrysalides des papillons qui avaient été observés récemment. Le centre ville n'ayant pas été envahi, il était resté épargné. Cette explication scientifique ne calma pas la terreur populaire[20].

Grâce et légèreté, le papillon est, au Japon, un emblème de la femme ; et deux papillons figurent le bonheur conjugal. Légèreté subtile : les papillons sont des esprits voyageurs ; leur vue annonce une visite, ou la mort d’un proche.

Un autre aspect du symbolisme du papillon est fondé sur ses métamorphoses : la chrysalide est l’œuf qui contient la potentialité de l’être ; le papillon qui en sort est un symbole de résurrection. C’est encore, si l’on préfère la sortie du tombeau.

Symbole du feu solaire et diurne, et pour cette raison de l’âme des guerriers, il représente le soleil dans le temple des guerriers aztèques et le dieu de feu porte comme emblème un pectoral nommé papillon d’obsidienne. L’obsidienne, comme le silex, est une pierre de feu. Toutes ces interprétations découlent probablement de l’association analogique du papillon et de la flamme, du fait de ses couleurs et du battement de ses ailes"[21].

Dans la mythologie grecque, Psyché (l'âme), mariée à Éros (l'amour), acquiert des ailes de papillon ; la peinture française, nourrie de mythologie, fait figurer des papillons à côté de Psyché dans les tableaux qui la représentent. En grec ancien, psukhê signifie à la fois « âme » et « papillon ».

Arts[modifier | modifier le code]Dessins et peintures[modifier | modifier le code]Les papillons ont été représenté et il en reste des peintures datant pour la plus ancienne, en Égypte dans la tombe de Neferhotep de vers 3 000 ans avant notre ère.

En Europe, les plus anciennes peintures de papillons retrouvées sont celles d'enluminures du IXe siècle, puis dans divers tableaux de la peinture flamande, de la peinture hollandaise et de la peinture italienne mais ils sont particulièrement présents dans les natures mortes flamandes et hollandaises du XVIIe siècle.

Égypte ancienne tombe de Nakht
livre d'heures d'Hastings
Philips de Marlier
Vincent van Gogh
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Article détaillé : papillons dans la peinture.Partout à travers le monde
Chine (voir aussi le plus grand parc mondial des papillons dans le District de Xishan)
Corée
États-Unis d'Amérique (Martin Johnson Heade)
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Les papillons ont aussi été dessinés et peints par des naturalistes qui étaient des artistes.
dessin de Jacob Hübner
Parnassius phoebusssp sacerdos
Alfred Brehm
Moses Harris
Per Olof Christopher Aurivillius
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Autres représentations de papillons[modifier | modifier le code]En philatélie
De très nombreux papillons ont fait l'objet de tirages dans de nombreux pays.

poste allemande Gonepteryx rhamni
poste d'Azerbaïdjan Zegris menestho
poste de Russie
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blason de MonnièresEn héraldique,
Des blasons représentant des papillons, par exemple celui de la ville de Monnières en Loire-Atlantique.

Des tapisseries, céramiques et autres éléments d'ameublement
tapisserie de Dubois et Redouté
Salon des Fleurs, château de Compiègne
céramique italienne
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En illustration de livres, publicité
the Princess Nobody illustrée par Richard Doyle
À La Parisienne Hiver 1913-1914
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Notes et références[modifier | modifier le code]1.↑ a et b Tom Tolman et Richard Lewington, Guide des papillons d'Europe et d'Afrique du Nord, Delachaux et Niestlé, 1997 (ISBN 978-2-603-01649-7)
2.↑ Jose Luis Viejo Montesinos (1998). Evolución de la fitofagia en los insectos, Boletín de la Real Sociedad Española de Historia Natural (Actas), 95 : 23-30. (ISSN 0583-7499)
3.↑ Définitions lexicographiques [archive] et étymologiques [archive] de « lépidoptère » du TLFi, sur le site du CNRTL.
4.↑ a, b et c Grimaldi et Engel, 2005
5.↑ Référence The Paleobiology Database : Lepidoptera Linnaeus (1758) [archive] (en)
6.↑ [archive]Problongos baudiliensis genus novus & species nova : un nouveau Lépidoptère fossile découvert dans la diatomite du miocène supérieur de Saint-Bauzile (Ardèche, F-07) (Lepidoptera : Geometridae, Ennominae) (Xavier Mérit et Michel Mérit))
7.↑ Grimaldi, D. and Engel, MS (2005). Evolution of the Insects. Cambridge University Press . ISBN 0-521-82149-5
8.↑ Claude Augé (dir.) ; Adolphe Millot (ill.), Le Larousse pour tous : Nouveau dictionnaire encyclopédique, vol.2, Librairie Larousse, Paris, [1907-1910], p. 367.
9.↑ E. Mayr, Animal Species and Evolution. Cambridge, Mass.: Harvard University Press, 1963.
10.↑ Bad species [archive], par Henri Descimon & James Mallet (Laboratoire de Systématique évolutive), 23 February 2008
11.↑ AEE, Progress towards the European 2010 biodiversity target [archive] EEA Report, N°4/2009
12.↑ Josef Settele, Otakar Kudrna, Alexander Harpke, Ingolf Kühn, Chris van Swaay, Rudi Verovnik, Martin Warren, Martin Wiemers, Jan Hanspach, Thomas Hickler, Elisabeth Kühn, Inge van Halder, Kars Veling, Albert Vliegenthart, Irma Wynhoff, Oliver Schweiger Climatic Risk Atlas of European Butterflies [archive] (Creative Commons Attribution 3.0 License)
13.↑ a, b et c Communiqué commun UICN, MUSEUM, OPIE, Seize papillons de jour menacés de disparition en France métropolitaine [archive], jeudi 15 mars 2012
14.↑ liste annexe 2 convention de Berne [archive]
15.↑ annexe II [archive]
16.↑ a et b Atlas des lépidoptères du Poitou-Charentes juin 2009
17.↑ annexe IV [archive]
18.↑ carnets du lépidoptériste français [archive]
19.↑ carnets du lépidoptériste français [archive]
20.↑ Nicolas-Claude Fabri de Peiresc sur le site peiresc.org [archive]
21.↑ Jean Chevalier, Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles Mythes, rêves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres, Robert Laffont/Jupiter, Bouquins, Paris, 1982 (ISBN 2-221-50319-8)
Voir aussi[modifier | modifier le code]Sur les autres projets Wikimedia :

Lepidoptera, sur Wikimedia Commonsles papillons dans l’art, sur Wikimedia CommonsLepidoptera, sur WikispeciesBibliographie[modifier | modifier le code]Tom Tolman et Richard Lewington, Guide des papillons d'Europe et d'Afrique du Nord, Delachaux et Niestlé 1997 (ISBN 978-2-603-01649-7)
Noé conservation, Tableau "Des plantes pour les papillons
Noé conservation, Quelles plantes pour quels papillons ? Liste de plantes-hôtes des chenilles en relation avec les espèces de papillons
Guide pratique pour la création d'un refuge à papillon
David Carter, Papillons de jour européens (Photo-guide d'identification), collection Roger Phillips, Bordas, Paris 1988 (ISBN 2-04-012957-X) 160 p.
(en) Agence européennne de l'environnement (2013), The European Grassland Butterfly Indicator: 1990…-2011 ; Technical report No 11/2013 ; ISSN 1725-2237 (PDFD, 36 pages) : reproduction autorisée en citant la source, sauf spécification contraire.
Articles connexes[modifier | modifier le code]Lepidoptera (classification phylogénétique)
Morphologie des lépidoptères
Chenille
Insecte
Lépidoptéristes de France
Volière aux papillons
Références externes[modifier | modifier le code]Papillons de Suisse (fr)
Photos de Lepidoptera d'Andalousie. Papillons de l'Espagne
The Global Lepidoptera Names Index (LepIndex) (en)
Référence Tree of Life Web Project : Lepidoptera (en)
Référence Catalogue of Life : Lepidoptera (en)
Référence Fauna Europaea : Lepidoptera (en)
Référence The Paleobiology Database : Lepidoptera Linneaus 1758 (en)
Référence ITIS : Lepidoptera (fr) (+ version anglaise (en))
Référence Animal Diversity Web : Lepidoptera (en)
Référence NCBI : Lepidoptera (en)
Référence uBio : Lepidoptera (en)
Référence Fonds documentaire ARKive : Lepidoptera (en)
Référence UniversDesPapillons (fr)
[masquer]v · d · mFamilles de lépidoptères
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Mois international de la contribution francophone 2013
Une série d'ateliers est organisée dans la francophonie et durant lesquels des contributeurs expérimentés
de Wikipédia, des étudiants et toute personne intéressée à enrichir Wikipédia se rassemblent. Moyen Âge
Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : Navigation, rechercher
L'éclat de l'art médiéval est révélé grâce à la théologie de la Lumière dans les vitraux de la cathédrale de Chartres : ici, un vitrail qui illustre la parabole du bon SamaritainLe Moyen Âge est une époque de l'Histoire européenne située entre l’Antiquité et l'époque moderne. Elle s’étend donc sur une durée de près de mille ans, des Ve-VIe siècles au XVe siècle[N 1]. Le terme de Moyen Âge n'a été utilisé qu’a posteriori pour désigner cette période de façon parfois péjorative[N 2]. L'adjectif « médiéval », utilisé pour qualifier ce qui concerne le Moyen Âge, est plus neutre.

Le Moyen Âge fait l'objet de nombreuses études par des historiens spécialistes de cette époque, appelés « médiévistes ». Ceux-ci sont progressivement parvenus, depuis l'après-Seconde-Guerre-mondiale, à une compréhension plus approfondie des structures mentales, politiques, sociales et économiques de cette époque.

Le trait caractéristique du Moyen Âge, qui lui confère une unité relative, est l'importance de la religion, avant que ne s'amorce le processus de sécularisation au début de l'époque moderne. Les arts tenaient également une place tout à fait significative. Les relations entre les différentes religions ont souvent été source de tensions et de conflits[N 3], encore qu'il y eût des périodes de tolérance qui furent très fécondes pour la structuration du savoir, avec l'élaboration de la scolastique à partir de la philosophie d'Aristote.

Il ne s'agit pas d'une époque homogène, ni dans le temps, ni dans l'espace. Elle alterne des périodes de difficultés (guerres, épidémies) et des périodes de renouveau (renovatio) consécutives souvent à des réformes religieuses[1], parfois appelées renaissances médiévales[N 4] mises en évidence par les évolutions contemporaines de l'historiographie médiévale : renaissance carolingienne (VIIIe siècle et IXe siècle), renaissance ottonienne (Xe siècle), renaissance du XIIe siècle, pour ne citer que celles-là[N 5], auxquelles on peut ajouter, pour l'Italie essentiellement, le Trecento et le Quattrocento, qui préparent la Renaissance qui s'épanouit au XVIe siècle dans toute l'Europe.

Les historiens ont divisé le Moyen Âge en plusieurs parties ; le découpage est variable selon que l'on suit les historiens d'Europe continentale ou d'Angleterre. On retient ici un découpage en trois parties : haut Moyen Âge (VIe ‑ Xe siècles), Moyen Âge central (XIe ‑ XIIIe siècles) et Moyen Âge tardif (XIVe ‑ XVe siècles).


Schéma chronologique des quatre époques de l'Histoire selon les historiens français.Sommaire [masquer]
1 Définition
2 Cadre chronologique
2.1 Début
2.2 Fin
3 Politique
3.1 Haut Moyen Âge
3.2 Moyen Âge central et Moyen Âge tardif
3.3 Guerre
4 Religion
4.1 Catholicisme
4.1.1 Organisation de l'Église catholique
4.1.2 Christianisation de l'Europe occidentale
4.1.2.1 Diffusion du christianisme pendant le haut Moyen Âge
4.1.2.2 Réformes de l'Église
4.1.2.3 Recours à la force
4.1.3 Fondements et manifestations de la foi catholique
4.1.4 Importance de l'Église catholique
4.2 Islam
5 Occident et Orient médiéval
5.1 Définition de l'Occident médiéval
5.2 Définition de l'Orient médiéval
6 Société
6.1 Organisation sociale en trois ordres
6.2 Vassalité et féodalité
6.3 Place des femmes
7 Économie
7.1 Disparition des villes dans le haut Moyen Âge en Occident
7.2 Les grands domaines
7.3 Essor urbain après l'an mille
7.4 Foires et courants commerciaux
8 Éducation et culture
8.1 Le savoir dans le haut Moyen Âge
8.2 Naissance des universités à partir de la fin du XIe siècle
8.3 Mise en page et naissance du texte
8.4 Redécouverte d'auteurs antiques depuis le haut Moyen Âge
8.5 Redécouverte d'Aristote
8.6 Le savoir dans le monde islamique
9 Arts
9.1 Architecture et sculpture
9.2 Art du vitrail
9.3 Art du manuscrit
9.4 Littérature
9.5 Musique
9.6 Mobilier
9.7 Folklore
9.8 Sports et jeux
10 Philosophie, sciences et techniques
10.1 Philosophie et sciences
10.2 Technique (techne)
11 Relations entre les grandes civilisations, premières explorations de l'Occident
11.1 Premiers contacts
11.2 Reconquêtes des chrétiens en Espagne
11.3 Contacts par les croisades
11.4 Découverte des sciences musulmanes - (XIe-XIIe siècles)
11.5 Réception de la science et de la philosophie grecques
11.6 Premières explorations de l'Occident
12 Suite
13 Notes et références
13.1 Notes
13.2 Références
14 Voir aussi
14.1 Articles connexes
14.2 Liens externes
14.3 Bibliographie
Définition
La visite d'un chantier de bâtisseurs.Le terme « Moyen Âge » fut pour la première fois utilisé par les humanistes. En 1469, cette expression figure en latin : media tempestas, dans la correspondance de Giovanni Andrea dei Bussi (Johannes Andrea Bussi (de Buxis)[2], évêque d'Aléria, premier bibliothécaire du Vatican et secrétaire du cardinal Nicolas de Cues. Flavio Biondo de Forlì le mentionne de même dans son ouvrage publié à Venise en 1483 : Historiarum ab inclinatione Romanorum Imperii decades[3] (« Décennies historiques depuis le déclin de l’Empire romain »).

Au XVIIe siècle, Christoph Keller, philologue allemand mieux connu sous le nom latinisé de Cellarius, reprend l'expression de « grand Âge » pour sa chronologie tripartite de l'histoire afin de marquer l'époque s'écoulant du IVe au XVe siècles[4]. Le Moyen Âge est ainsi défini par opposition à la Renaissance qui l'aurait suivi. Compte tenu de la « diète documentaire » à laquelle ils sont confrontés pour cette période (du moins dans la partie nord-ouest de l’Europe), les savants utilisent souvent ce terme en mauvaise part et jugent l’époque « obscure » ou « gothique », la qualifiant parfois d’« Âge sombre ». Il faut attendre le XVIIIe siècle et les écrits d'Herder, de Joseph de Maistre ou d'Edmund Burke pour que l'époque reçoive un traitement historiographique plus équitable[5].

En français, l'adjectif correspondant à « Moyen Âge » est « médiéval ». « Moyenâgeux », vieilli, est quant à lui généralement la marque d’une connotation péjorative (« une ambiance médiévale », « une ambiance moyenâgeuse »). L'histoire du Moyen Âge, en tant que discipline, se nomme aussi « histoire médiévale ». Un historien qui étudie le Moyen Âge est appelé « médiéviste ». Cependant, l’expression « Moyen Âge », qui vient de l’expression latine medium ævum signifiant « âge intermédiaire » ou « âge moyen » d'un homme, ne veut chronologiquement rien dire par elle-même, mais représente un âge intermédiaire entre différentes époques, différents courants artistiques.

L’historiographie contemporaine a plutôt tendance à considérer la Renaissance comme une période de transition entre époque médiévale et époque moderne, aux limites chronologiques assez floues (plus ou moins entre 1420 et 1630). On peut donc parler d’une période médiévale de la Renaissance.

Cadre chronologiqueArticle détaillé : Chronologie du Moyen Âge.Les limites exactes du Moyen Âge ainsi que le découpage en différentes périodes sont discutées et font encore l’objet de débats entre historiens. En effet, un événement unique ne peut jouer qu’un rôle de balise symbolique dans un changement d'époque, qui est en fait un processus plus ou moins long. La plupart des médiévistes, tel Jacques Heers, remettent en question un découpage arbitraire opposant une période noire et décadente du féodalisme à une Renaissance par définition période de renouveau et de progrès[6].

Début
568 : le roi lombard Alboïn envahit l'Italie.Le début du Moyen Âge fait l'objet de débats historiographiques ; plusieurs dates symboliques des Ve et VIe siècles sont proposées par les historiens :

395 :
Division de l’empire romain et naissance des Empires d’Orient et d’Occident.
476 (date traditionnelle[7]) :
Déposition par Odoacre du dernier empereur romain d’Occident, Romulus Augustule (* vers 460 – † après 511).
Entre 496 et 499 (année en débat) pour l’histoire de France :
Baptême de Clovis Ier
511 :
Mort de Clovis Ier
Mort de sainte Geneviève
565 :
Fin du règne de Justinien et passage de l'Empire romain d'Orient à l'Empire byzantin.
568 :
Invasion lombarde en Italie. Tous les territoires de l'ancien Empire romain d'Occident sont désormais occupés par les peuples « barbares ».
577 pour l’histoire des Balkans :
Arrivée des premiers Slaves, fin des grandes invasions, début du recul de l’Empire romain d'Orient et de sa transformation en un État grec médiéval, l'Empire byzantin[8]
Les années 565-568 sont parfois avancées par les historiens comme la fin d'une période d'Antiquité tardive. Dans cette hypothèse, l'Antiquité se prolongerait plus tard que la date traditionnellement avancée de 476.

Fin
Un exemplaire de la Bible de Gutenberg conservé à la New York Public Library aux États-UnisArticle détaillé : Fin du Moyen Âge.La fin du Moyen Âge est généralement située entre 1450 et 1500 ; deux dates symboliques sont proposées par les historiens :

1453 :
Prise de Constantinople, capitale de l’Empire byzantin, par les Ottomans.
Fin de la guerre de Cent Ans, avec la victoire française sur l'Angleterre (bataille de Castillon).
Gutenberg met au point la presse xylographique à bras vers 1450 et imprime la bible à quarante-deux lignes, qui est le premier livre imprimé d'Europe, entre 1452 et 1454 (vers 1440, il « réinvente » les caractères mobiles déjà utilisés en Corée[9] et en Chine).
1492 :
Fin de la Reconquête espagnole le 2 janvier avec la reprise de Grenade.
Le 12 octobre 1492 vers 2 h du matin, Christophe Colomb accoste sur un îlot des Bahamas, à Guanahani qu'il appela San Salvador.
La France et l'Angleterre signent le 3 novembre le traité d'Étaples qui prépare les guerres d'Italie menées par la France.
PolitiqueHaut Moyen Âge
La couronne du Saint-Empire, conservée au Trésor de Vienne.Articles détaillés : Mérovingiens, Carolingiens et Empire carolingien.À l'époque de la disparition du dernier empereur d'Occident (Ve siècle), les rois « barbares » ont implanté une nouvelle forme de pouvoir, jetant les bases de la royauté médiévale. Si l'élection reste en vigueur de manière théorique, le pouvoir royal se transmet dans les faits au sein d'une même famille d'ascendance noble ou sainte qui forme une dynastie. En France, la dynastie mérovingienne règne de 481, début du règne de Clovis, à 751, fin du règne de Childéric III[10] ; la dynastie carolingienne règne de 751, début du règne de Pépin le Bref, à 987, fin du règne de Charles de Lorraine et élection d'Hugues Capet[11]. Le roi du Moyen Âge prend sous sa protection son peuple : pendant le haut Moyen Âge et encore au Moyen Âge classique, les sources écrites évoquent le roi des Francs (rex Francorum), par exemple.

Quelques-uns de ces rois sont sacrés (le roi des Wisigoths, le roi d'Angleterre, le roi des Francs à partir de 752), ce qui les place au-dessus des autres seigneurs ; tous sont couronnés et portent des insignes (regalia) symbolisant leur autorité et leur mission. Et surtout, le souverain médiéval gouverne en étroite collaboration avec le clergé chrétien.

Charlemagne, sacré roi des Francs en 768, parvient à réaliser l'unité politique de la partie occidentale de l'Europe en constituant l'Empire carolingien. Il est couronné empereur en 800 à Rome par le pape Léon III. Il se trouve le seul à recevoir sa couronne des mains du pape. L'empereur est un souverain particulier : il entend exercer un pouvoir universel, du moins en théorie, et protéger l'Église. Il s'appuie pour gouverner sur un réseau de missi dominici. Il se réclame de l'héritage romain. Otton Ier par exemple suivra son exemple[12].

Moyen Âge central et Moyen Âge tardifArticles connexes : Royaume de France, Saint-Empire romain germanique, Royaume de Sicile, Royaume de Castille et Royaume d'Angleterre.
Carte de l'Europe au XIIIe siècle. Le Saint-Empire romain germanique n'est pas un État unitaire mais un ensemble complexe de royaumes, duchés, principautés (dont certaines ecclésiastiques) et villes-républiques, l'empereur étant élu parmi les souverains par les électeurs palatins.L'Occident médiéval est alors gouverné par des souverains, mais qui n'ont pas tous les pouvoirs. La royauté est contractuelle et non absolue. La monarchie est le régime politique le plus répandu en Europe, même si certaines républiques apparaissent (République de Venise). Le roi doit tenir compte d'autres acteurs politiques tels que les princes, les seigneurs et l'Église. Au Moyen Âge classique, mais plus sûrement à la fin du Moyen Âge, les rois d'Europe occidentale (Angleterre, France, Espagne) tentent d'unifier leurs États en s'appuyant sur la féodalité et la légitimité définie par les juristes : les historiens parlent de monarchies féodales et de l'émergence des États nationaux.

Dans les États pontificaux, le pape renforce sa puissance et devient un véritable monarque au XIIIe siècle. Il lui arrive même de s'opposer violemment aux empereurs (Querelle des Investitures avec l'empereur germanique) et d'utiliser l'arme de l'excommunication.

Guerre
Bataille de Crécy lors de la guerre de Cent Ans (1346).Articles détaillés : Pillages par les Normands et Guerre de Cent Ans.Articles connexes : Architecture militaire au Moyen Âge et Armement médiéval.Les guerres les plus marquantes de l'époque médiévale sont les pillages par les Normands à partir du Xe siècle, qui ont déstabilisé l'Empire carolingien, aboutissant sur la conquête normande de l'Angleterre en 1066. Cette conquête marquera durablement l'Europe, et aboutira notamment à la guerre de Cent Ans, qui a opposé de 1337 à 1453 sur le sol français deux dynasties, les Plantagenêts et la Maison capétienne de Valois[13].

En outre, il y a de nombreux conflits locaux entre seigneurs rivaux.

Enfin, l'époque est caractérisée par des guerres religieuses entre les musulmans et les chrétiens : les guerres de conquête liées à l'expansion de l'islam, et la réponse de l'Occident avec les croisades[N 6].


Iconographie d'un chevalier, tiré de Summa Vitiorum de William PeraultLa guerre est faite par des armées composées de cavaliers et de fantassins.

Le Moyen Âge central est l'âge de la chevalerie, marqué par la supériorité de la cavalerie sur l'infanterie. Le service armé, appelé ost, fait partie des obligations du vassal envers son seigneur. La chevalerie n'a véritablement pris son essor qu'à partir du XIe siècle

À la fin du Moyen Âge, les armes de tir – arc long anglais lors des batailles de Crécy en 1346 et d'Azincourt en 1415 – puis armes à feu à Castillon en 1453, annoncent la fin de la chevalerie. Le retour à la prépondérance de l'infanterie est acquis grâce aux piquiers flamands (bataille des éperons d'Or en 1302) et suisses (Grandson en 1475 puis Morat en 1476). Ces victoires confirment les théories d'armées permanentes de Machiavel (Le Prince) constituées de milices urbaines ou bourgeoises.

Les premiers châteaux forts en pierre apparaissent à la fin du Xe siècle. Un grand nombre de villes médiévales sont entourées de remparts (Paris, Rouen ou Carcassonne par exemple).

ReligionLa prise en compte du fait religieux revêt une importance essentielle pour une compréhension en profondeur du Moyen Âge. C'est en effet la première époque de l'histoire où coexistent les trois grandes religions monothéistes. Ces religions se diffusent largement et interagissent entre elles. Si les échanges intellectuels entre érudits de différentes religions jouent un rôle déterminant dans les périodes de renouveau, ce sont plutôt les réformes religieuses dans chacune des religions qui catalysent le dynamisme de cette époque[N 7]. Le christianisme, quant à lui, se scinde entre catholicisme et orthodoxie après le schisme d'Orient (1054).

CatholicismeLe christianisme est au cœur de l'histoire médiévale : il modèle la pensée de cette époque, principalement en raison de son universalisme et à cause de la montée en puissance, en Occident, de l'Église catholique organisée autour de la papauté de Rome. Les frontières de l'Occident médiéval, qui échappent à toute unité politique, se confondent aussi avec celles de l'Église catholique.

Organisation de l'Église catholiqueDevenu religion d'État dans l'Empire romain pendant l'Antiquité tardive (l'édit de Milan, en 313, accorde aux chrétiens la liberté de culte ; en 381, le christianisme devient religion d'État), le christianisme, en effet, se diffuse au haut Moyen Âge à partir de plusieurs foyers : l'Irlande, les royaumes francs, les royaumes anglo-saxons et Rome.

La dilatation de la chrétienté s'accompagne de la mise en place de la hiérarchie ecclésiastique – l'Église en venant à désigner cette dernière – et la papauté, qui se hisse à la tête de celle-ci, devient un des principaux pouvoirs en Occident : l'évêque de Rome, dont l'autorité spirituelle s'appuie sur la primauté du siège de l'apôtre Pierre, devient le souverain pontife.

Cette évolution est lente (Ve – XIIIe siècle) et se heurte à de nombreux obstacles, en particulier à des résistances internes : les dogmes de l'Église, formulés lors des conciles, se définissent progressivement et se confrontent aux hérésies (l'arianisme des Wisigoths demeure la foi des rois de la péninsule ibérique jusqu'au VIIe siècle ; celui des Lombards menace un temps – jusqu'au milieu du VIIIe siècle – Rome de disparition).

Bientôt, l'Église romaine doit s'imposer face à Byzance, notamment pendant la crise iconoclaste (726 – 843). Au XIe siècle, la rupture avec le christianisme oriental est consommée avec le Schisme de 1054, mettant ainsi fin à l'unité de l'Église[14].

Presque aussi importante est la question de l'adoption d'une liturgie unique : les Églises nationales possèdent leurs propres traditions qui ne se fondent que progressivement : la liturgie irlandaise, qui fixe la fête de Pâques à une date différente, l'emporte dans les îles britanniques jusqu'au synode de Whitby (664). En développant la mission chrétienne (à partir de 610) et en tissant des relations privilégiées avec les souverains « barbares » (notamment, en s'appuyant sur les rois anglo-saxons et sur l'expansion des Francs en Germanie), Rome parvient partout à unifier les traditions de l'Église et dans le même temps, à affirmer son rôle à la tête de celle-ci, sauf chez les slaves orientaux qui demeurent dans la sphère d'influence byzantine.

Des résistances externes s'opposent à l'influence de la papauté, parce que les pouvoirs laïcs entendent s'immiscer dans les affaires de l'Église et diriger celle-ci dans leur aire d'influence : les rois lombards, tout d'abord, veulent soumettre l'Église romaine. Aussi, le pape fait appel aux Carolingiens (milieu du VIIIe siècle), mais ces derniers, comme leurs prédécesseurs, ne se privent pas pour distribuer les terres de l'Église à des laïcs. Lorsque l'Empire chrétien renaît en Occident (800), le rapport entre les pouvoirs de l'Empereur et du pape ne sont pas définis autrement qu'en termes de rapport d'influence. Il tourne dans un premier temps au détriment de la papauté, alors que l'Église, mais aussi le pouvoir impérial traversent à tous points de vue une crise grave, au Xe siècle, et il faut attendre la réforme grégorienne (seconde moitié du XIe siècle – premier tiers du XIIe siècle) pour que le pape affronte l'Empereur germanique, lors de la querelle des Investitures. Cette dernière, qui s'achève sur un compromis, est déterminante pour assurer l'indépendance du siège apostolique. Au XIIIe siècle, enfin, la papauté triomphe, grâce à son arme principale : l'excommunication, à son rôle dans l'essor de la chrétienté, à travers la croisade, mais aussi grâce à son pouvoir temporel et grâce à ses richesses. Le pape Innocent III applique lors de son « règne » (1198-1216) les principes de la théocratie pontificale, qu'avaient formulés pour la première fois les Dictatus Papæ du pape Grégoire VII en 1075).

Christianisation de l'Europe occidentale
Le baptême de Clovis, par Le Maître de Saint-Gilles, peinture sur bois, vers 1500. Cette cérémonie scelle l'alliance de l'Église de Gaule avec le pouvoir franc.L'essor de l'Église ne peut être dissocié de l'effort de christianisation de la société et des consciences : cette dernière demeure un combat constant durant tout le Moyen Âge.

Selon le modèle des apôtres dans les Évangiles, l'Église conçue comme l'assemblée des fidèles unis dans la foi doit se répandre « jusqu'aux confins de la terre ». Pour cela, elle peut s'appuyer sur le soutien de ses membres influents — comme en Germanie, où elle accompagne le conquérant franc — mais surtout, elle doit reposer en principe sur un acte d'adhésion volontaire : en cela, elle ne peut compter que sur les effets de la prédication. Saint Augustin justifie cependant l'usage légal de la violence pour contraindre les hérétiques et les schismatiques à revenir au sein de l'Église, interprétant notamment l'ordre du Christ, « Force-les à entrer! » (Luc, XIV, 23) comme un appel à la conversion forcée[15]. Le prosélytisme qui accompagne l'expansion du christianisme durant le haut Moyen Âge ne se résume « ni à une évangélisation pacifique ni à un brutal rapport de forces » (B. Dumézil, 2007[15]) : si les persécutions massives sont rares, certains cas de persécution des Juifs étant cependant recensés, de même que plusieurs conversions de force, l'Église s'appuie largement sur les propriétaires fonciers (le possessor) pour encourager la conversion de ses serfs au christianisme, à travers des contraintes économiques (un tel baissant le loyer des terres des paysans chrétiens, l'autre congédiant les paysans païens de son domaine, ou un autre proposant l'affranchissement à ses 250 esclaves à condition qu'ils acceptent le baptême[15]).

Diffusion du christianisme pendant le haut Moyen ÂgeDurant le haut Moyen Âge, les missions chrétiennes de prédicateurs isolés, appuyés par Rome lorsqu'elle le peut, repoussent avec succès les limites politiques de la chrétienté en amenant à la conversion des rois barbares et en s'appuyant sur l'influence des rois chrétiens — comme les rois francs, dont l'adhésion au christianisme remonte à Clovis (496 ou 498) — mais leur préoccupation dernière, qui est de faire entendre le message du Christ aux peuples des derniers, demeure un objectif des plus difficiles à quantifier. Elles sont le plus souvent l'œuvre de moines, comme saint Colomban en Gaule, saint Augustin de Canterbury dans le Kent ou saint Boniface en Frise.

À cette fin, l'Église se heurte également à des résistances à l'intérieur même de la chrétienté, où le clergé séculier est à la tête de l'encadrement des fidèles, surtout dans les campagnes : symptomatique, le mot « païen » – paganus, celui qui habite la campagne – désigne celui qui pratique l'ancienne religion polythéiste avant de désigner tout ce qui n'est pas chrétien. Le respect de la morale chrétienne, en particulier, fait l'objet d'injonctions des conciles, des synodes mérovingiens, puis carolingiens. Ces derniers ne cessent de rappeler les interdits, notamment l'esclavage, de condamner les coutumes païennes et de tenter de limiter la violence privée.

Réformes de l'Église
Saint Benoît de Nursie et saint Benoît d’AnianeArticles détaillés : Benoît d'Aniane et Réforme grégorienne.Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue !Dès le haut Moyen Âge, la réforme monastique menée par Benoît d'Aniane a contribué d'une façon essentielle au renouveau à l'époque carolingienne. Elle répand la règle de saint Benoît dans les monastères de l'Empire carolingien[12].

Comme l'ont montré de nombreux historiens, les réformes de l'Église, et en particulier la réforme grégorienne, ont été un facteur essentiel de renouveau (renovatio) en Occident aux XIe et XIIe siècles[16].

Pendant la période féodale, les synodes s'attachent à lutter contre les violences seigneuriales (Paix de Dieu, Trêve de Dieu), la vente des sacrements et des fonctions ecclésiastiques (simonie), les clercs indignes (nicolaïsme).

Recours à la force
Cathares expulsés de Carcassonne en 1209. Le catharisme était une hérésie combattue par l'Église catholique au XIIIe siècle.À cette époque, les membres du clergé, ou plutôt leurs auxiliaires laïcs, n'adoptent pas toujours des méthodes pacifiques dans leur désir d'évangélisation.

La tentation du recours à la force peut être grande et la violence caractérise parfois l'expansion du christianisme : elle marque ainsi la « christianisation » forcée de la Saxe par Charlemagne (seconde moitié du VIIIe siècle). Ces méthodes ont été critiquées par les clercs de l'entourage de l'empereur[12].

L'antijudaïsme chrétien, qui se manifestait déjà sur un plan théologique avant notre époque, engendre des actions violentes, en particulier lors des premières croisades. Ces manifestations de haine sont condamnées par les autorités catholiques[N 8].

Les hérésies se développent sporadiquement à partir de l'an mille et, rarement, s'installent durablement comme en Languedoc, avec le catharisme ou en Bohême, avec Jean Hus (1369 – 1415), etc. À partir du XIIIe siècle, dans son combat pour l'unité de l'Église, la papauté peut s'appuyer sur les ordres mendiants, franciscains et surtout dominicains. La lutte contre les hérésies s'accompagne parfois de méthodes violentes comme la croisade des Albigeois, et donne lieu à la naissance du tribunal de l'Inquisition sous le pape Grégoire IX (1227 – 1241)[17]. La violence se manifeste encore lors des guerres hussites (XVe siècle).

L'Église catholique s'est repentie en l'an 2000 pour ces méthodes non conformes à l'esprit de l'évangile.

Fondements et manifestations de la foi catholique
Ange reliquaire du XVe siècle, France.Article détaillé : Traductions médiévales de la Bible.Au Moyen Âge, pendant très longtemps, la Bible n'était disponible que dans une version grecque (la Septante, correspondant à la Bible hébraïque), et une version latine (la Vulgate traduite en latin par saint Jérôme). Contrairement à aujourd'hui, la plupart des fidèles, qui parlaient le plus souvent une langue vulgaire[N 9], n'avaient par conséquent pas accès à la Bible dans leur langue maternelle. En Occident, seule la minorité des lettrés qui avaient la chance d'apprendre le latin avait accès directement à la Bible[18]. Sa diffusion était rendue difficile par l'absence des moyens techniques dont nous disposons aujourd'hui : les manuscrits devaient être recopiés[N 10] dans les scriptoria des monastères. L'Historia scholastica de Pierre le Mangeur, écrit en latin médiéval dans les années 1170, fut le texte de base pour l'étude de la Bible. De manière inattendue, la hiérarchie catholique interdit la traduction de la Bible en langue vulgaire. Cette situation ne fut pas sans causer de sérieux problèmes : les tentatives de traductions en langue vulgaire d'extraits de la Bible par des courants chrétiens dissidents, qualifiés d'« hérétiques » par les catholiques[N 11], furent sévèrement réprimées par la hiérarchie catholique[19]. La Bible historiale de Guyart des Moulins (1297) fut la première traduction complète en prose et en français de la Bible à partir de la Vulgate.

Dans les régions christianisées, il est important de comprendre que la religion chrétienne était considérée comme le fondement de l'ordre social. Les fidèles manifestaient donc leur foi de façon ostensible : des milliers de personnes répondaient aux appels à la croisade ou se lancaient sur les chemins de pèlerinage. Des sommes considérables étaient engagées pour ériger des églises par centaines. On venait toucher les reliques et on les sortait pendant les processions. La frontière entre le sacré et le profane était toujours ténue : la quête du salut était le principal objectif du chrétien du Moyen Âge. Le Moyen Âge était aussi l'époque de l'épanouissement de la mystique chrétienne.

Importance de l'Église catholique
Portail gothique de la cathédrale de Cologne, Allemagne, XIIIe siècle.L'Église catholique perçoit des impôts tels que la dîme dans le royaume de France. Elle reçoit des dons en terres, en meubles ou en argent de la part des puissants qui attendent en retour son aide spirituelle (prières) et politique. Les grandes abbayes disposent de biens fonciers parfois très étendus sur lesquels elles prélèvent des redevances et imposent des tonlieux. Dans le Saint-Empire romain germanique, les évêques deviennent de véritables seigneurs à la tête de riches principautés.

Le clergé se fait obéir et respecter des fidèles. Il distribue les sacrements nécessaires au salut de l'âme. Le curé qui baptise les enfants, marie les couples, bénit les moissons et entend les confessions est un personnage incontournable de la vie quotidienne. L'église et le cimetière sont au cœur du village et sont des lieux d'asile et de réunion. Les cloches rythment le temps et le calendrier célèbre les temps forts de la vie de Jésus. Le clergé exerce des fonctions sociales telles que la charité, l'éducation (écoles monastiques puis épiscopales), les soins (hôtel-Dieu, hospice).

Un aspect majeur de la religion au Moyen Âge est son rôle dans les arts et la culture : dès l'Antiquité tardive, en effet, la culture latine classique se réfugie dans les monastères, où l'on continue à enseigner le trivium et le quadrivium. Face à l'illettrisme du peuple et des aristocrates barbares, ces derniers et, plus largement, l'Église, demeurent le cadre par excellence où survit l'Écrit : les lettrés, théologiens, hagiographes et chroniqueurs qui témoignent de leur temps, sont des moines ou des évêques. Certaines idées héritées de la Rome antique, comme celle de l'État, qui disparaît au VIIe siècle, y sont conservées et pénétrées par le christianisme.

À travers la renaissance carolingienne, portée par Alcuin, la réforme clunisienne, la réforme grégorienne, puis avec la création des ordres mendiants et l'essor des Universités, au XIIIe siècle, les renouveaux culturels et spirituels émanent des gens de religion.

L'art roman qui se diffuse avec Cluny et l'art gothique, qui naît à Saint-Denis avant de gagner l'Europe entière sont des arts religieux. Il faut en fait attendre la fin du Moyen Âge (XIVe-XVe siècle) pour qu'une culture profane se développe à nouveau en France, dans l'entourage royal des légistes et en raison des démêlés du roi avec la papauté.

Enfin, en toute logique dans ce contexte, les textes à partir desquels se forme l'idéologie – en particulier de la société et du pouvoir – au Moyen Âge sont les sources chrétiennes : l'Ancien Testament donne son cadre à la royauté médiévale (Charlemagne est comparé au roi David), les œuvres des Pères de l'Église (notamment, saint Jérôme et, surtout, saint Augustin avec La Cité de Dieu) encadrent les rapports sociaux et enfin, le Nouveau Testament, dont les Évangiles fournissent à la fois l'exemple de vie apostolique qui anime les ordres mendiants et le terreau de l'humanisme à travers l'Incarnation, se trouve à l'origine du renouveau idéologique qui marque la fin de la période. Aussi, dans une large mesure, la religion chrétienne inspire et modèle la société médiévale en lui fournissant à la fois sa hiérarchie (au sommet de laquelle se trouve le roi, intermédiaire avec le Christ qui règne sur la hiérarchie céleste) et la première de ses institutions : l'Église, qui supplée à la disparition de l'État.

IslamArticle détaillé : Âge d'or islamique.Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue !Le Moyen Âge est l'époque qui voit la naissance et la diffusion rapide de l'islam. Il constitue un véritable âge d'or pour cette religion. La Bataille de Poitiers (732) est traditionnellement considérée comme l'arrêt de son avancée dans la France actuelle. À son apogée vers l'an mille, il est présent dans tout le sud du bassin méditerranéen, et contrôle encore tout le sud de l'Espagne actuelle, Al-Andalus, et la Sicile, avant que le christianisme ne regagne du terrain, lors de la Reconquista en Espagne. Celle-ci prend fin en 1492 avec la prise de Grenade par les armées de Ferdinand II d'Aragon et d'Isabelle de Castille. Aux alentours du Xe siècle, Al-Andalus est le foyer d'une civilisation dont le niveau dépasse tout le reste de l'Europe actuelle, et qui est un modèle de tolérance à cette époque[20].

Occident et Orient médiévalDéfinition de l'Occident médiéval
Église Saint-Michel de Hildesheim, en Allemagne
Vitrail du XIIIe siècle.Article détaillé : Occident chrétien.Le mot Occident désigne à la fois un territoire et une civilisation au Moyen Âge. L'Occident est l'endroit où le soleil se couche (le Couchant, ou le Ponant) à l'opposé de l'Orient (le Levant). Le territoire de l'Occident couvre l'ouest de l'Europe (le terme Europe est très peu employé avant la Renaissance), sans recouper exactement les limites de l'Empire romain d'Occident. Dans l'acception de la plupart des auteurs et des contributeurs qui emploient ce terme, l'Occident est le domaine du christianisme romain dont la langue est le latin, fidèle au pape de Rome : il s'oppose aux territoires des païens, des schismatiques et des musulmans et il correspond à l'aire de diffusion du christianisme catholique (et ultérieurement protestant) en pays latin, celte ou germanique. Cela n'est pas toujours explicitement défini et les limites orientales de cet ensemble sont floues et mouvantes au cours de la période : tantôt elles incluent, tantôt elles excluent l'Europe centrale[21]. Après le schisme de 1054 en effet, l'Occident exclut l'Empire byzantin, resté orthodoxe, fidèle aux quatre autres patriarches (Constantinople, Antioche, Jérusalem et Alexandrie).

Cette dichotomie religieuse et culturelle correspond aux deux anciennes moitiés de l'Empire romain issues du partage de 395 : l'Occident (de culture surtout latine, mais aussi celtique et germanique) et l'Orient (de culture surtout grecque, mais aussi slave, arménienne ou araméenne). La rupture avec Byzance est consommée en 1204, lorsque Constantinople est prise par les croisés de la quatrième croisade. Cet épisode laissera des blessures profondes.

Le primat unificateur de la culture ne doit pas faire oublier les divisions politiques et linguistiques qui émergent dès l'époque carolingienne. L'apparition des langues vulgaires et plus tard du protestantisme remet en question la prétendue unité occidentale. L'Occident chrétien est donc au Moyen Âge synonyme de chrétienté latine et s'étend de façon remarquable grâce à l'action des missionnaires et des croisés, avant de conquérir des mondes nouveaux, avec les grandes découvertes du XVIe siècle.

Le système social constitue une pyramide, au pied de laquelle se trouvent les paysans qui représentent 90 % de la population et au sommet le roi. On distingue deux branches : la féodalité et le clergé. Sur ces branches, le prince et l'évêque sont au même rang. Dessous se trouvent les nobles, la petite noblesse et les propriétaires terriens.

Définition de l'Orient médiévalArticles connexes : Empire byzantin, Rus' de Kiev, Balkans et Empire ottoman.Le mot Orient désigne l'ensemble des pays situés à l'est de l'Europe. Dans l'acception de la plupart des auteurs et des contributeurs qui emploient ce terme, il correspond à l'aire de diffusion du christianisme orthodoxe en pays grec, dans les Balkans ou en pays slave. Mais là encore les limites occidentales de cet ensemble sont floues et les pays baltes, la Hongrie, les pays slaves de tradition catholique (Pologne, Bohême, Slovaquie, Slovénie, Croatie) sont tantôt inclus, tantôt exclus de l'Orient.

L'Orient de l'Europe médiévale ne se définit pas principalement par la religion, mais plutôt par l'exclusion de la notion d'Occident chrétien. Après Cyrille et Méthode et une fois la christianisation des peuples slaves achevée au IXe siècle, il n'y aura dans l'Europe orientale médiévale ni missionnaires, ni croisades, ni inquisition, et les églises orthodoxes, multiples, vont se trouver en position de subordination face aux pouvoirs politiques des tzars, des voïvodes, des hospodars chrétiens, voire des sultans musulmans de l'Empire ottoman. Toutefois, en pratique, l'Europe orientale médiévale correspond en gros aux peuples dont la référence spirituelle est le Patriarcat de Constantinople, de tradition orthodoxe.

Dans le système social de l'Orient médiéval, la féodalité et le clergé ne sont pas à égalité : ce dernier est en position subordonnée. C'est le « césaropapisme[22],[23],[24] ». L'église orthodoxe ne perçoit pas d'impôts : de nombreux popes sont pauvres et travaillent. Mais les aristocrates peuvent lui faire des dons, et les princes lui offrir des domaines : certains monastères s'enrichissent et deviennent des centres culturels et artistiques importants. Par ailleurs l'aristocratie n'est ni étanche ni endogame : les voïvodes et grands boyards ont le pouvoir d'anoblir des roturiers et de les élever socialement, de sorte que l'Église n'est pas le seul ascenseur social ouvert aux roturiers, et si elle l'est, c'est aussi par décision des pouvoirs séculiers.

SociétéOrganisation sociale en trois ordres
L'organisation sociale du Moyen Âge définie dès le IXe siècleArticle détaillé : Société médiévale.Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue !L'organisation sociale du Moyen Âge est structurée en trois ordres[25] :

ceux qui prient : oratores ;
ceux qui font la guerre : bellatores ;
ceux qui travaillent : laboratores.
Cette organisation apparaît dans des écrits européens au moins à partir du IXe siècle, et est en place au XIe siècle lorsque Adalbéron de Laon et Gérard de Cambrai la formalisent[26].

Elle s'est perpétuée dans la société d'Ancien Régime, à l'époque moderne, où l'on retrouve les trois ordres : clergé, noblesse, et Tiers état.

Vassalité et féodalitéArticles détaillés : Vassalité et Féodalité.La vassalité existait déjà pendant le haut Moyen Âge.

La cérémonie suit des règles très précises. Le vassal avance devant son futur seigneur la tête nue en signe de respect. Il s'agenouille, devant lui, pour lui exprimer son humilité, les mains jointes. Le seigneur les prend entre les siennes et le relève. C'est ce que l'on appelle la dation.

Le jeune vassal reçoit un fief (le plus souvent une terre qui appartient au seigneur ou un droit de prélever des taxes sur un pont par exemple) et, en échange, il jure sur les saintes Écritures, ou sur une relique, sa fidélité au seigneur.

Le système évolue en relations féodo-vassaliques au cours du XIe siècle. On appelle féodalité l'organisation hiérarchique de la noblesse qui lie les membres entre eux. La période de la féodalité s'étend du IXe au XIIIe siècle. Le régime féodal est fait pour se protéger des envahisseurs, des guerres. Chaque seigneur (vassal) s'engage envers un seigneur plus puissant (suzerain). Le pouvoir d'un seigneur se mesure au nombre de ses vassaux.

Chaque vassal, en échange de sa loyauté, reçoit un fief, un territoire. Tous les suzerains ont des vassaux mais tous les vassaux ne sont pas des suzerains.

Place des femmesArticles détaillés : Statut des femmes à l'époque mérovingienne et femmes au Moyen Âge.
Les couvents chrétiens sont une alternative au mariage, pour les femmes du Moyen Âge
Huile par John Everett Millais, 1858.Peu d'études ont été faites sur le statut de la femme au Moyen Âge en France. L'image de la femme confinée à la sphère domestique et à l'éducation des enfants relève plus d'une idée préconçue que d'une réalité vraiment connue ou étudiée sérieusement. Ce que nous savons des femmes vient de celles qui ont exercé un artisanat ou travaillé en collaboration avec leur homme. Des lettres de famille font un rapport des mariages qui étaient des partenariats affectueux.

Selon l'historienne Régine Pernoud, il semble important de sortir des caricatures qui caractériseraient la condition des femmes au Moyen Âge comme la pire. En effet, il s'avère, par exemple, qu'elles possédaient le droit de vote dans les assemblées. Leur domaine s'est peu à peu confiné et réduit à la sphère domestique avec l'avènement de la culture classique antique. Auparavant, elles avaient un rôle social réel et une vie professionnelle. N'oublions pas que les reines aussi étaient couronnées par l'archevêque de Reims et qu'elles avaient leur autorité reconnue dans la sphère politique. Marie de Médicis fut la dernière reine couronnée. C'est plus tard que les reines seront complètement exclues de la sphère politique, à l'époque classique. Rappelons-nous que les femmes n'ont pas toujours été écartées du trône au Moyen Âge. La première disposition en ce sens est prise par Philippe le Bel.

Progressivement, les religieuses aussi se sont vues cloîtrées, mais cela n'a pas toujours été le cas au Moyen Âge. Certaines abbesses avaient au Moyen Âge autant de pouvoir que certains seigneurs. Le rôle des femmes semble diminuer avec la montée de l'influence du droit romain qui ne leur est pas favorable et cette tendance se poursuivra avec la Renaissance. L'étude des actes notariés est une grande source pour comprendre et décrypter le statut des femmes ; ceux-ci montrent qu'elles ont possédé une plus grande autonomie qu'on ne l'imagine. Ainsi le statut de la femme autant dans la société civile qu'ecclésiastique semble se modifier au XIIIe siècle. C'est seulement au XVIe siècle qu'un arrêt du Parlement de 1593 écarte explicitement les femmes de toute fonction de l'État[N 12].

ÉconomieDisparition des villes dans le haut Moyen Âge en OccidentLe fait le plus important au point de vue social, de la période qui s'écoule des invasions musulmanes à l'époque carolingienne, c'est l'extinction rapide puis la disparition à peu près complète de la population urbaine. Dans l'Empire romain les villes constituaient, dès l'origine, la base même de l'État. L'organisation politique est essentiellement municipale. La campagne n'est que le territoire de la cité, n'existe pas indépendamment d'elle, ne produit que pour elle et n'est régie que par elle. Partout où l’État romain s'est établi, il a fondé des villes et en a fait les centres de l'administration. Dans l'Empire romain, les campagnes sont si intimement liées à la ville dont elles dépendent que c'est le même mot, civitas, qui désigne la ville et le territoire qui l'environne. Et ce caractère subsiste jusqu'à la fin de l'Empire byzantin.

C'est donc une nouveauté très surprenante et inconnue jusqu'alors dans le monde occidental, que la constitution d’États dont l'organisation administrative comme l'organisation sociale cesse de correspondre au type urbain de l’État romain. Elle est due, pour ce qui concerne le rôle administratif des villes, à l'impossibilité où se sont trouvés les conquérants de l'Empire d'en conserver intégralement les institutions. Car ce sont les institutions de l'Empire qui, dans les provinces occupées par les envahisseurs, Gaule, Espagne, Italie, Afrique, Bretagne, assuraient l'existence des cités. Sans doute quelques-unes d'entre elles, le long des côtes, comme Marseille, Narbonne, Naples ou Carthagène, pratiquaient un commerce maritime plus ou moins important et presque toutes les villes dans l'intérieur du pays avaient une activité commerciale régulière ; aussi la majeure partie de leur population se composait-elle d'une bourgeoisie de gens de métier et de boutiquiers. Mais aucune d'elles n'était comparable aux grands ports ou centres industriels de l'Orient : Alexandrie, Constantinople ou Antioche. Elles se maintenaient beaucoup moins par leurs propres forces que par le fonctionnement général de l'activité politique et économique du monde romain. Ce qui faisait leur importance, c'est la place qu'elles occupaient dans l’État, leur qualité de centres administratifs, la présence chez elles d'un personnel nombreux de fonctionnaires et les rapports que la population provinciale entretenait nécessairement avec elles. Rome même ne différait à cet égard des cités provinciales que par l'éclat et l'importance qu'elle devait à la présence de l'empereur et du gouvernement central. L'histoire de sa décadence à partir du moment où Constantin la priva du rang et des profits de capitale du monde, se répète en de moindres proportions dans toutes les villes de l'Occident, au fur et à mesure qu'au milieu des troubles des invasions, puis sous le gouvernement des rois germaniques, les fonctionnaires les abandonnent, que les bureaux, les tribunaux, les écoles se ferment, que la poste ne fonctionne plus, que l'inertie et l'incapacité de l'administration laisse tomber en ruines les ponts et les aqueducs, et disparaître la police et le ravitaillement.

Le commerce maritime avait conservé encore aux villes de la côte, jusqu'à l'époque des conquêtes musulmanes, une activité dont avaient bénéficié les régions voisines de l'extérieur. Il avait perdu son principal marché d'exportation depuis que Rome, appauvrie et dépeuplée, ne requérait plus pour sa subsistance le blé des provinces. Pourtant, jusqu'au milieu du VIIe siècle, des marchands syriens et juifs avaient fréquenté encore régulièrement les ports occidentaux de la Méditerranée. Au temps de Grégoire de Tours, une colonie juive de quelque importance subsistait à Clermont-Ferrand. Le papyrus employé par la chancellerie mérovingienne était importé de Sicile, ce qui prouve que la navigation fournissait encore des objets de consommation courante. Mais ces relations avec le monde byzantin cessèrent à partir du moment où la domination musulmane en Méditerranée ne permit plus au commerçant chrétien de se risquer en dehors des eaux grecques et de l'Italie méridionale. De même que la Méditerranée était au pouvoir des Musulmans, la Mer du Nord était surtout parcourue par les barques des Scandinaves.

Baigné par les flots au sud, au nord et à l'ouest, l'Empire carolingien ne présente plus la moindre trace d'activité maritime. Ses seuls ports, Quentovic, à l'embouchure de la Canche, et Dorestadt, conserveront encore une certaine activité commerciale jusqu'au IXe siècle, puis dévastés par les Vikings, ils tomberont dans une décadence complète.

Il devait en résulter un arrêt presque total du commerce et, à part quelques industries locales comme celles du tissage des draps qui se maintint encore en Flandre, une disparition presque complète de l'activité industrielle et de la circulation monétaire.

Dès lors, dans les cités dépeuplées, les quartiers déserts tombent en ruine et servent de carrières de pierres aux rares habitants qui, groupés en un coin de l'ancienne enceinte, s'y retranchent et s'y abritent, en utilisant les matériaux que leur fournissent les monuments abandonnés. À Nîmes, les murs du cirque romain servent de rempart à la bourgade qui niche au milieu des décombres. À Trèves, une fenêtre des anciens thermes impériaux, adaptée tant bien que mal en vue de la défense, devient une des portes de la ville, et la Porta Nigra, dont les blocs de pierre sont trop lourds pour être emportés, est dépouillée, pour servir aux forgerons locaux, des crampons de fer qui les rattachent les uns aux autres.

En Gaule, la vie urbaine s'éteint si complètement que les rois cessent de résider dans les villes, où ils ne trouvent plus les approvisionnements nécessaires à l'entretien de leur cour. Ils passent désormais l'année dans leurs domaines, allant de l'un à l'autre au fur et à mesure qu'ils en ont vidé les granges et les greniers. Comme les rois, les fonctionnaires des provinces vivent aussi à la campagne sur leurs terres ou sur celles de leurs administrés auxquels ils imposent le droit de gîte. Par un curieux phénomène de régression, l'administration, en perdant son caractère urbain, de sédentaire qu'elle était, devient nomade.

Si ruinées, si dépeuplées qu'elles soient, les villes n'ont point pourtant perdu toute importance. Abandonnées par l'administration civile, elles restent les centres de l'organisation religieuse. Le siège épiscopal établi sous l'Empire au chef-lieu de chaque cité demeure debout et la forte armature romaine de l’Église continue à se dresser au milieu des ruines de l’État. Au sein de la société devenue purement agricole, quelque chose du caractère municipal de l’État antique se conserve donc grâce à l’Église. C'est à elle que les villes doivent de n'avoir pas disparu tout à fait, en attendant le jour, encore lointain, où elles deviendront le berceau d'une nouvelle bourgeoisie.

De même que le pape, après l'abandon de Rome par les empereurs, prend sur lui de protéger et d'administrer les habitants de la Ville Éternelle, de même dans chaque cité l'évêque étend son autorité sur les quelques habitants qui se groupent autour de la cathédrale et pourvoient à la subsistance du clergé. La vie et l'organisation religieuse entretiennent ainsi, au milieu des décombres des villes antiques, une petite clientèle laïque chez laquelle se perpétue, tant bien que mal, l'exercice des métiers et de la technique romaine, mais qui ne présente plus rien de commun, ni par l'esprit qui l'anime, ni par l'administration qui la régit, avec les populations urbaines d'autrefois[27].

Dans le monde islamique en revanche, les villes connaissent une expansion très importante. Bagdad par exemple est une grande ville dans le haut Moyen Âge.

Les grands domainesLa disparition des villes entraîna une transformation profonde de l'économie rurale. Les produits du sol, qui s'écoulaient sur les marchés urbains, perdirent peu à peu leurs acheteurs. La population agricole ne produisit plus que pour ses propres besoins. Elle se trouva être tout ensemble le producteur et le consommateur des biens de la terre. Il n'y eut plus qu'une seule espèce de richesse, la richesse foncière, et les seules relations économiques qui subsistèrent furent conditionnées par leur qualité de propriétaires ou de tenanciers.

On ne peut se faire aucune idée précise, faute de renseignements, de la crise agricole que durent provoquer la restriction puis le dépérissement complet des marchés urbains. Il est fort probable qu'elle acheva de ruiner ce qui subsistait encore de petits propriétaires. Quant aux grands domaines, elle eut certainement pour résultat d'accroître leur étendue et de modifier leur organisation. Elle accrut leur étendue en poussant les petits cultivateurs, privés de débouchés et par conséquent de ressources, à s'agréger au domaine voisin en lui cédant leur terre sous condition d'en conserver la jouissance sous forme de tenure. Elle modifia leur organisation par la nécessité qu'elle leur imposa de s'adapter à un régime dans lequel la production en vue de la vente a disparu. la transformation a dû commencer dès le Ve siècle ; elle est achevée complètement à la fin du VIIIe siècle. Son aboutissement est le grand domaine de l'époque carolingienne tel que le montre le polyptyque de l'abbé Irminon et le capitulaire De Villis.

Le modèle fut le grand domaine ecclésiastique, mieux organisé parce que l'Église n'avait pas abandonné l'usage de l'écriture. Et l'on peut être sûr que ce sont les domaines de l'Église qui, au-delà du Rhin, ont été les premiers types de l'organisation domaniale.

Le domaine est un phénomène économique tout à fait original ; l'Antiquité gréco-romaine, à aucune de ses périodes, ne présente rien de semblable. Sans doute il se rattache par une filiation directe à la grande propriété des derniers temps de l'Empire romain ; il conserve dans ses traits essentiels l'organisation de la villa romaine, dont il garde le nom, et l'influence du colonat apparaît prépondérante sur la condition de ses tenanciers. Mais son activité dans son principe comme dans ses manifestations, est bien chose nouvelle. On pourrait la caractériser en disant qu'elle est étrangère à l'idée de profit. Et cela se comprend tout de suite si on réalise que, ne pouvant régler la production en vue de l'exportation et de la vente, elle la règle en vue de la répartition et de la consommation intérieure. Son but est que le domaine se suffise et se conserve par ses propres ressources, sans rien vendre et sans rien acheter.

C'est le manque de débouchés qui produit ce repliement sur soi du domaine. Il en découle plusieurs conséquences très importantes qui ont dominé la vie économique du Moyen Âge jusqu'au XIIe siècle. Tout d'abord, la régression des procédés de culture est évidente. il devient inutile de faire produire au sol plus que n'exigent les besoins du cultivateur, puisque le surplus ne pouvant être écoulé, ne servirait ni à améliorer la condition du travailleur, ni à augmenter la rente de la terre. On se contentera donc d'un minimum de soin et d'efforts jusqu'au jour où la possibilité de vendre les récoltes incitera les détenteurs du sol à adopter des méthodes plus perfectionnées et par conséquent plus lucratives. Mais c'est qu'alors la terre commencera à être appréciée comme une valeur et non comme un simple moyen de subsistance.

Un autre caractère de l'exploitation domaniale est la substitution presque complète des prestations en nature aux paiements en argent. C'est là une suite logique de l'absence de vente à l'extérieur. Le propriétaire, dont la subsistance dépend de son domaine, fixe en nature, parfois même en matières premières travaillées par le paysan, la quote part de chaque tenure. À des époques déterminées, et conformément à une répartition permanente, les tenanciers auront à lui livrer par exemple des grains, des œufs, du fromage, des viandes fumées ou des aunes de toile. Il ne s'agit cependant pas d'un retour aux âges antérieurs à l'invention de la monnaie. Celle-ci ne cesse pas d'exister comme instrument d'échange et mesure des valeurs mais, à l'intérieur du domaine, elle a cédé la place à la pratique imposée par la nécessité des fournitures en objets de consommation. En dehors du domaine, elle reprend ses droits et c'est en deniers et en oboles que se payent les quelques denrées, œufs et volailles, apportées chaque semaine par les paysans aux petits marchés locaux dont aucune société ne peut se passer entièrement.

Il faut considérer également que la prestation de chaque tenure est invariable et que, moyennant qu'il la fournisse, le tenancier jouit d'un droit héréditaire sur la terre qu'il occupe. C'est la conséquence rigoureuse d'une organisation économique étrangère à l'idée de profit. Ce qui importe au propriétaire, c'est la régularité annuelle de son alimentation et il n'est pas de meilleur moyen de la garantir que de lui donner le caractère d'un impôt permanent. Entre le seigneur du domaine et ses paysans, aucun rapport n'existe qui soit comparable à celui qui subordonne les travailleurs à un capitaliste. Le domaine ne constitue pas une exploitation, que ce soit de la terre ou des hommes. Il est une institution sociale et non économique. Les obligations n'y découlent pas de contrats personnels mais reposent sur le droit et la coutume. Chaque domaine a sa loi spéciale, fixée par des usages traditionnels. Le seigneur est à la fois moins et plus qu'un propriétaire foncier suivant la conception romaine ou moderne du mot : moins car son droit de propriété est limité par les droits héréditaires de ses tenanciers à leur tenure ; plus car son action sur ces tenanciers dépasse de beaucoup celle d'un simple propriétaire du sol.

En effet, il est leur seigneur, et ils sont ses hommes. Beaucoup d'entre eux, descendants d'esclaves affranchis ou serfs, font partie de son patrimoine. D'autres, héritiers des colons de l'époque romaine, sont attachés à leur terre. D'autres encore, qui se sont liés à lui par la recommandation, vivent sous sa protection. Sur tous, à des degrés divers, il exerce une autorité patriarcale et étend sa juridiction privée. C'est par ce groupe familial, qu'il protège et qu'il domine, qu'il est puissant. À cette époque de déclin démographique, les hommes sont plus importants que la terre. Celle-ci est abondante alors que ceux-là sont rares. Il importe donc de conserver soigneusement ceux que l'on possède. De ce fait, les entraves destinées à empêcher l'homme de quitter le domaine se multiplient. Le seigneur possède sur ses serfs un droit de poursuite. Ils ne peuvent sans son consentement épouser des femmes étrangères au domaine. L'attachement à la terre, d'abord restreinte aux descendants des esclaves et des colons, s'étend peu à peu aux hommes libres vivant sous le seigneur. Cette extension graduelle de la servitude à toute la population agricole est le phénomène social le plus remarquable que présente le IXe siècle et les deux cents années qui le suivent. En règle générale, le paysan est un non-libre ; il l'est au point que, dans la langue des documents, les mots qui désignent le paysan (villanus, rusticus) deviennent synonymes de serf (servus). Pour comprendre ces notions, Régine Pernoud fait remarquer que le seigneur lui-même est attaché à sa terre, dont il n'est que le gérant au nom de sa famille et de sa lignée.

Qu'elle soit laïque ou ecclésiastique, la grande propriété des premiers siècles du Moyen Âge (antérieurement au XIIIe siècle) n'a rien de commun avec la grande exploitation. Déjà à la fin de l'Empire romain les latifundia à esclaves avaient disparu et il semble bien que les propriétaires fonciers se détournaient de plus en plus de la grande culture et divisaient leurs terres en tenures. La cessation complète du commerce des produits agricoles a favorisé encore cette tendance. Le grand domaine de l'époque carolingienne et des siècles suivants nous en montre le triomphe à peu près complet. Il se divise en deux parties d'importance inégale : la terre seigneuriale (terra indominicata) et la terre mansionnaire (mansionaria). la première, de beaucoup la moins étendue, est exploitée directement et tout entière au profit du seigneur. Le travail y est effectué soit par des serfs domestiques ne possédant pas de tenure et analogues à nos ouvriers agricoles soit par des tenanciers astreints aux corvées. La terre mansionnaire est réservée aux tenanciers. Elle est divisée en unités d'exploitation d'étendue variable selon la qualité du sol et les régions, mais dont chacune suffit à la subsistance d'une famille : ce sont les manses (mansus) possédés héréditairement, en échange de prestations en nature ou de travail. Cet ensemble forme la villa rurale. Le centre commun est la cour seigneuriale (hof, curtis) dans laquelle réside l'intendant du seigneur, le maire (meyer, major, villicus), préposé à la surveillance et à la juridiction des vilains (paysans, villani). La Cour, entourée d'un fossé et d'une palissade, sert à l'habitation du maître, quand il réside sur sa terre, et renferme des granges et des magasins où sont conservés les récoltes et les autres revenus. C'est là aussi que s'assemble le tribunal domanial composé de tenanciers et présidé par le maire ou le seigneur. Çà et là, déjà au IXe siècle et de plus en plus fréquemment par la suite, une chapelle, bâtie par le seigneur et dont il choisit et nomme le desservant, pourvoit aux besoins du culte. Quantité de paroisses rurales doivent leur origine à ces chapelles domaniales, et c'est par elles aussi que s'explique le droit de présentation des curés que bien des seigneurs locaux ont conservé jusqu'à la fin de l'Ancien Régime.

Autour des terres cultivables, les bois, les prairies et les marais sont, proportionnellement à la part de sol qu'ils exploitent, livrés à la jouissance du seigneur et des vilains. Souvent, si un cours d'eau les traverse, le seigneur y construit un moulin à son usage et à celui des ses habitants. Une part de farine est prélevée sur chaque sac par le meunier, pour son entretien ; c'est là le point de départ de ces droits de banalité qui n'ont disparu qu'à la Révolution française.

Partout, quelles que soient les différences locales, se rencontrent les traits généraux de l'organisation qu'on vient de décrire. Elle a agi si profondément sur la société que dans toutes les langues le vocabulaire géographique et l'onomatologie en conservent la trace profonde. Il suffit de penser aux noms de lieux terminés, en France, par ville ou court, et dans les langues germaniques, par hof, et à l'abondance des noms de famille Lemaire, Mayer, De Meyer, Le Mayeur, etc.

Ordinairement, un grand domaine se compose de plusieurs villes. Celui de Saint-Germain des Prés, à l'époque de Charlemagne, en comprenait une série, éparpillées de la Bretagne aux bords de la Moselle. Presque toujours les monastères des régions septentrionales cherchaient à acquérir dans les pays à vignobles aux bords du Rhin, de la Moselle ou de la Seine, une ville qui pût leur fournir le vin qu'il était impossible de se procurer par le commerce[28].

Essor urbain après l'an mille
Carcassonne est un exemple subsistant de l'évolution du fonctionnement des villes.Article détaillé : Ville au Moyen Âge.Le Moyen Âge est une période de développement du mode de vie ; les mœurs évoluent. C'est une période de transition entre l'Antiquité et l'époque moderne. Les relations entre les personnes changent. L'urbanisme est totalement réformé par ce courant de changement. D'autres conséquences, parfois indirectes, contribuent à changer le monde.

La vocation militaire de la ville décline au profit du château fort, mais elle-même s'enferme derrière des murailles, séparant les villes qui façonneront elles-mêmes leurs façons de vivre. La ville s'organise et s'émancipe de l'extérieur.

La civilisation urbaine, mise à mal durant l'Antiquité tardive en Occident, connaît un nouvel essor au Moyen Âge central à partir des XIe ‑ XIIe siècles[29]. La ville redevient le lieu du pouvoir et les capitales se développent. Paris devient vers 1200, c'est-à-dire sous le règne de Philippe Auguste, la plus grande ville de l'Occident, avec une population de 80 000 à 100 000 habitants[30]. Le gouvernement féodal évolue vers une politique nationale et constructive.

Les villes deviennent des centres de production et connaissent l'émergence d'une nouvelle couche sociale : la bourgeoisie (bourgeoisie marchande)[29] ; auparavant, les villæ (grands domaines ruraux) jouaient ce rôle, de l'Antiquité jusqu'à la fin de la période carolingienne.

Foires et courants commerciaux
Scène de marché, miniature datée de 1400-1405, extraite du Chevalier errant de Thomas III de Saluces, BNF Fr.12559, f.167.Le Moyen Âge voit l'apparition des premiers marchés publics.

La vente de marchandises permettait la facilité des échanges commerciaux via un pays. En effet, ces routes exportatrices de marchandises en tout genre - de la soie aux épices - concernaient seulement l'Europe et quelques pays desquels l'Europe importait des marchandises. Comme les principaux axes commerciaux étaient les fleuves ou les rivières, les moyens de transport étaient donc le radeau, la gabare traversant essentiellement le détroit de Gibraltar et transportant hommes et marchandises. Ainsi, les commerçants étaient divisés en deux groupes bien distincts :

Les simples boutiquiers, installés dans les villes, qui achètent et revendent uniquement leur marchandise à une clientèle locale ou à des colporteurs.
Les commerçants

Otiste2000 10/10/2013 14:33

Moyen Âge
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L'éclat de l'art médiéval est révélé grâce à la théologie de la Lumière dans les vitraux de la cathédrale de Chartres : ici, un vitrail qui illustre la parabole du bon SamaritainLe Moyen Âge est une époque de l'Histoire européenne située entre l’Antiquité et l'époque moderne. Elle s’étend donc sur une durée de près de mille ans, des Ve-VIe siècles au XVe siècle[N 1]. Le terme de Moyen Âge n'a été utilisé qu’a posteriori pour désigner cette période de façon parfois péjorative[N 2]. L'adjectif « médiéval », utilisé pour qualifier ce qui concerne le Moyen Âge, est plus neutre.

Le Moyen Âge fait l'objet de nombreuses études par des historiens spécialistes de cette époque, appelés « médiévistes ». Ceux-ci sont progressivement parvenus, depuis l'après-Seconde-Guerre-mondiale, à une compréhension plus approfondie des structures mentales, politiques, sociales et économiques de cette époque.

Le trait caractéristique du Moyen Âge, qui lui confère une unité relative, est l'importance de la religion, avant que ne s'amorce le processus de sécularisation au début de l'époque moderne. Les arts tenaient également une place tout à fait significative. Les relations entre les différentes religions ont souvent été source de tensions et de conflits[N 3], encore qu'il y eût des périodes de tolérance qui furent très fécondes pour la structuration du savoir, avec l'élaboration de la scolastique à partir de la philosophie d'Aristote.

Il ne s'agit pas d'une époque homogène, ni dans le temps, ni dans l'espace. Elle alterne des périodes de difficultés (guerres, épidémies) et des périodes de renouveau (renovatio) consécutives souvent à des réformes religieuses[1], parfois appelées renaissances médiévales[N 4] mises en évidence par les évolutions contemporaines de l'historiographie médiévale : renaissance carolingienne (VIIIe siècle et IXe siècle), renaissance ottonienne (Xe siècle), renaissance du XIIe siècle, pour ne citer que celles-là[N 5], auxquelles on peut ajouter, pour l'Italie essentiellement, le Trecento et le Quattrocento, qui préparent la Renaissance qui s'épanouit au XVIe siècle dans toute l'Europe.

Les historiens ont divisé le Moyen Âge en plusieurs parties ; le découpage est variable selon que l'on suit les historiens d'Europe continentale ou d'Angleterre. On retient ici un découpage en trois parties : haut Moyen Âge (VIe ‑ Xe siècles), Moyen Âge central (XIe ‑ XIIIe siècles) et Moyen Âge tardif (XIVe ‑ XVe siècles).


Schéma chronologique des quatre époques de l'Histoire selon les historiens français.Sommaire [masquer]
1 Définition
2 Cadre chronologique
2.1 Début
2.2 Fin
3 Politique
3.1 Haut Moyen Âge
3.2 Moyen Âge central et Moyen Âge tardif
3.3 Guerre
4 Religion
4.1 Catholicisme
4.1.1 Organisation de l'Église catholique
4.1.2 Christianisation de l'Europe occidentale
4.1.2.1 Diffusion du christianisme pendant le haut Moyen Âge
4.1.2.2 Réformes de l'Église
4.1.2.3 Recours à la force
4.1.3 Fondements et manifestations de la foi catholique
4.1.4 Importance de l'Église catholique
4.2 Islam
5 Occident et Orient médiéval
5.1 Définition de l'Occident médiéval
5.2 Définition de l'Orient médiéval
6 Société
6.1 Organisation sociale en trois ordres
6.2 Vassalité et féodalité
6.3 Place des femmes
7 Économie
7.1 Disparition des villes dans le haut Moyen Âge en Occident
7.2 Les grands domaines
7.3 Essor urbain après l'an mille
7.4 Foires et courants commerciaux
8 Éducation et culture
8.1 Le savoir dans le haut Moyen Âge
8.2 Naissance des universités à partir de la fin du XIe siècle
8.3 Mise en page et naissance du texte
8.4 Redécouverte d'auteurs antiques depuis le haut Moyen Âge
8.5 Redécouverte d'Aristote
8.6 Le savoir dans le monde islamique
9 Arts
9.1 Architecture et sculpture
9.2 Art du vitrail
9.3 Art du manuscrit
9.4 Littérature
9.5 Musique
9.6 Mobilier
9.7 Folklore
9.8 Sports et jeux
10 Philosophie, sciences et techniques
10.1 Philosophie et sciences
10.2 Technique (techne)
11 Relations entre les grandes civilisations, premières explorations de l'Occident
11.1 Premiers contacts
11.2 Reconquêtes des chrétiens en Espagne
11.3 Contacts par les croisades
11.4 Découverte des sciences musulmanes - (XIe-XIIe siècles)
11.5 Réception de la science et de la philosophie grecques
11.6 Premières explorations de l'Occident
12 Suite
13 Notes et références
13.1 Notes
13.2 Références
14 Voir aussi
14.1 Articles connexes
14.2 Liens externes
14.3 Bibliographie
Définition
La visite d'un chantier de bâtisseurs.Le terme « Moyen Âge » fut pour la première fois utilisé par les humanistes. En 1469, cette expression figure en latin : media tempestas, dans la correspondance de Giovanni Andrea dei Bussi (Johannes Andrea Bussi (de Buxis)[2], évêque d'Aléria, premier bibliothécaire du Vatican et secrétaire du cardinal Nicolas de Cues. Flavio Biondo de Forlì le mentionne de même dans son ouvrage publié à Venise en 1483 : Historiarum ab inclinatione Romanorum Imperii decades[3] (« Décennies historiques depuis le déclin de l’Empire romain »).

Au XVIIe siècle, Christoph Keller, philologue allemand mieux connu sous le nom latinisé de Cellarius, reprend l'expression de « grand Âge » pour sa chronologie tripartite de l'histoire afin de marquer l'époque s'écoulant du IVe au XVe siècles[4]. Le Moyen Âge est ainsi défini par opposition à la Renaissance qui l'aurait suivi. Compte tenu de la « diète documentaire » à laquelle ils sont confrontés pour cette période (du moins dans la partie nord-ouest de l’Europe), les savants utilisent souvent ce terme en mauvaise part et jugent l’époque « obscure » ou « gothique », la qualifiant parfois d’« Âge sombre ». Il faut attendre le XVIIIe siècle et les écrits d'Herder, de Joseph de Maistre ou d'Edmund Burke pour que l'époque reçoive un traitement historiographique plus équitable[5].

En français, l'adjectif correspondant à « Moyen Âge » est « médiéval ». « Moyenâgeux », vieilli, est quant à lui généralement la marque d’une connotation péjorative (« une ambiance médiévale », « une ambiance moyenâgeuse »). L'histoire du Moyen Âge, en tant que discipline, se nomme aussi « histoire médiévale ». Un historien qui étudie le Moyen Âge est appelé « médiéviste ». Cependant, l’expression « Moyen Âge », qui vient de l’expression latine medium ævum signifiant « âge intermédiaire » ou « âge moyen » d'un homme, ne veut chronologiquement rien dire par elle-même, mais représente un âge intermédiaire entre différentes époques, différents courants artistiques.

L’historiographie contemporaine a plutôt tendance à considérer la Renaissance comme une période de transition entre époque médiévale et époque moderne, aux limites chronologiques assez floues (plus ou moins entre 1420 et 1630). On peut donc parler d’une période médiévale de la Renaissance.

Cadre chronologiqueArticle détaillé : Chronologie du Moyen Âge.Les limites exactes du Moyen Âge ainsi que le découpage en différentes périodes sont discutées et font encore l’objet de débats entre historiens. En effet, un événement unique ne peut jouer qu’un rôle de balise symbolique dans un changement d'époque, qui est en fait un processus plus ou moins long. La plupart des médiévistes, tel Jacques Heers, remettent en question un découpage arbitraire opposant une période noire et décadente du féodalisme à une Renaissance par définition période de renouveau et de progrès[6].

Début
568 : le roi lombard Alboïn envahit l'Italie.Le début du Moyen Âge fait l'objet de débats historiographiques ; plusieurs dates symboliques des Ve et VIe siècles sont proposées par les historiens :

395 :
Division de l’empire romain et naissance des Empires d’Orient et d’Occident.
476 (date traditionnelle[7]) :
Déposition par Odoacre du dernier empereur romain d’Occident, Romulus Augustule (* vers 460 – † après 511).
Entre 496 et 499 (année en débat) pour l’histoire de France :
Baptême de Clovis Ier
511 :
Mort de Clovis Ier
Mort de sainte Geneviève
565 :
Fin du règne de Justinien et passage de l'Empire romain d'Orient à l'Empire byzantin.
568 :
Invasion lombarde en Italie. Tous les territoires de l'ancien Empire romain d'Occident sont désormais occupés par les peuples « barbares ».
577 pour l’histoire des Balkans :
Arrivée des premiers Slaves, fin des grandes invasions, début du recul de l’Empire romain d'Orient et de sa transformation en un État grec médiéval, l'Empire byzantin[8]
Les années 565-568 sont parfois avancées par les historiens comme la fin d'une période d'Antiquité tardive. Dans cette hypothèse, l'Antiquité se prolongerait plus tard que la date traditionnellement avancée de 476.

Fin
Un exemplaire de la Bible de Gutenberg conservé à la New York Public Library aux États-UnisArticle détaillé : Fin du Moyen Âge.La fin du Moyen Âge est généralement située entre 1450 et 1500 ; deux dates symboliques sont proposées par les historiens :

1453 :
Prise de Constantinople, capitale de l’Empire byzantin, par les Ottomans.
Fin de la guerre de Cent Ans, avec la victoire française sur l'Angleterre (bataille de Castillon).
Gutenberg met au point la presse xylographique à bras vers 1450 et imprime la bible à quarante-deux lignes, qui est le premier livre imprimé d'Europe, entre 1452 et 1454 (vers 1440, il « réinvente » les caractères mobiles déjà utilisés en Corée[9] et en Chine).
1492 :
Fin de la Reconquête espagnole le 2 janvier avec la reprise de Grenade.
Le 12 octobre 1492 vers 2 h du matin, Christophe Colomb accoste sur un îlot des Bahamas, à Guanahani qu'il appela San Salvador.
La France et l'Angleterre signent le 3 novembre le traité d'Étaples qui prépare les guerres d'Italie menées par la France.
PolitiqueHaut Moyen Âge
La couronne du Saint-Empire, conservée au Trésor de Vienne.Articles détaillés : Mérovingiens, Carolingiens et Empire carolingien.À l'époque de la disparition du dernier empereur d'Occident (Ve siècle), les rois « barbares » ont implanté une nouvelle forme de pouvoir, jetant les bases de la royauté médiévale. Si l'élection reste en vigueur de manière théorique, le pouvoir royal se transmet dans les faits au sein d'une même famille d'ascendance noble ou sainte qui forme une dynastie. En France, la dynastie mérovingienne règne de 481, début du règne de Clovis, à 751, fin du règne de Childéric III[10] ; la dynastie carolingienne règne de 751, début du règne de Pépin le Bref, à 987, fin du règne de Charles de Lorraine et élection d'Hugues Capet[11]. Le roi du Moyen Âge prend sous sa protection son peuple : pendant le haut Moyen Âge et encore au Moyen Âge classique, les sources écrites évoquent le roi des Francs (rex Francorum), par exemple.

Quelques-uns de ces rois sont sacrés (le roi des Wisigoths, le roi d'Angleterre, le roi des Francs à partir de 752), ce qui les place au-dessus des autres seigneurs ; tous sont couronnés et portent des insignes (regalia) symbolisant leur autorité et leur mission. Et surtout, le souverain médiéval gouverne en étroite collaboration avec le clergé chrétien.

Charlemagne, sacré roi des Francs en 768, parvient à réaliser l'unité politique de la partie occidentale de l'Europe en constituant l'Empire carolingien. Il est couronné empereur en 800 à Rome par le pape Léon III. Il se trouve le seul à recevoir sa couronne des mains du pape. L'empereur est un souverain particulier : il entend exercer un pouvoir universel, du moins en théorie, et protéger l'Église. Il s'appuie pour gouverner sur un réseau de missi dominici. Il se réclame de l'héritage romain. Otton Ier par exemple suivra son exemple[12].

Moyen Âge central et Moyen Âge tardifArticles connexes : Royaume de France, Saint-Empire romain germanique, Royaume de Sicile, Royaume de Castille et Royaume d'Angleterre.
Carte de l'Europe au XIIIe siècle. Le Saint-Empire romain germanique n'est pas un État unitaire mais un ensemble complexe de royaumes, duchés, principautés (dont certaines ecclésiastiques) et villes-républiques, l'empereur étant élu parmi les souverains par les électeurs palatins.L'Occident médiéval est alors gouverné par des souverains, mais qui n'ont pas tous les pouvoirs. La royauté est contractuelle et non absolue. La monarchie est le régime politique le plus répandu en Europe, même si certaines républiques apparaissent (République de Venise). Le roi doit tenir compte d'autres acteurs politiques tels que les princes, les seigneurs et l'Église. Au Moyen Âge classique, mais plus sûrement à la fin du Moyen Âge, les rois d'Europe occidentale (Angleterre, France, Espagne) tentent d'unifier leurs États en s'appuyant sur la féodalité et la légitimité définie par les juristes : les historiens parlent de monarchies féodales et de l'émergence des États nationaux.

Dans les États pontificaux, le pape renforce sa puissance et devient un véritable monarque au XIIIe siècle. Il lui arrive même de s'opposer violemment aux empereurs (Querelle des Investitures avec l'empereur germanique) et d'utiliser l'arme de l'excommunication.

Guerre
Bataille de Crécy lors de la guerre de Cent Ans (1346).Articles détaillés : Pillages par les Normands et Guerre de Cent Ans.Articles connexes : Architecture militaire au Moyen Âge et Armement médiéval.Les guerres les plus marquantes de l'époque médiévale sont les pillages par les Normands à partir du Xe siècle, qui ont déstabilisé l'Empire carolingien, aboutissant sur la conquête normande de l'Angleterre en 1066. Cette conquête marquera durablement l'Europe, et aboutira notamment à la guerre de Cent Ans, qui a opposé de 1337 à 1453 sur le sol français deux dynasties, les Plantagenêts et la Maison capétienne de Valois[13].

En outre, il y a de nombreux conflits locaux entre seigneurs rivaux.

Enfin, l'époque est caractérisée par des guerres religieuses entre les musulmans et les chrétiens : les guerres de conquête liées à l'expansion de l'islam, et la réponse de l'Occident avec les croisades[N 6].


Iconographie d'un chevalier, tiré de Summa Vitiorum de William PeraultLa guerre est faite par des armées composées de cavaliers et de fantassins.

Le Moyen Âge central est l'âge de la chevalerie, marqué par la supériorité de la cavalerie sur l'infanterie. Le service armé, appelé ost, fait partie des obligations du vassal envers son seigneur. La chevalerie n'a véritablement pris son essor qu'à partir du XIe siècle

À la fin du Moyen Âge, les armes de tir – arc long anglais lors des batailles de Crécy en 1346 et d'Azincourt en 1415 – puis armes à feu à Castillon en 1453, annoncent la fin de la chevalerie. Le retour à la prépondérance de l'infanterie est acquis grâce aux piquiers flamands (bataille des éperons d'Or en 1302) et suisses (Grandson en 1475 puis Morat en 1476). Ces victoires confirment les théories d'armées permanentes de Machiavel (Le Prince) constituées de milices urbaines ou bourgeoises.

Les premiers châteaux forts en pierre apparaissent à la fin du Xe siècle. Un grand nombre de villes médiévales sont entourées de remparts (Paris, Rouen ou Carcassonne par exemple).

ReligionLa prise en compte du fait religieux revêt une importance essentielle pour une compréhension en profondeur du Moyen Âge. C'est en effet la première époque de l'histoire où coexistent les trois grandes religions monothéistes. Ces religions se diffusent largement et interagissent entre elles. Si les échanges intellectuels entre érudits de différentes religions jouent un rôle déterminant dans les périodes de renouveau, ce sont plutôt les réformes religieuses dans chacune des religions qui catalysent le dynamisme de cette époque[N 7]. Le christianisme, quant à lui, se scinde entre catholicisme et orthodoxie après le schisme d'Orient (1054).

CatholicismeLe christianisme est au cœur de l'histoire médiévale : il modèle la pensée de cette époque, principalement en raison de son universalisme et à cause de la montée en puissance, en Occident, de l'Église catholique organisée autour de la papauté de Rome. Les frontières de l'Occident médiéval, qui échappent à toute unité politique, se confondent aussi avec celles de l'Église catholique.

Organisation de l'Église catholiqueDevenu religion d'État dans l'Empire romain pendant l'Antiquité tardive (l'édit de Milan, en 313, accorde aux chrétiens la liberté de culte ; en 381, le christianisme devient religion d'État), le christianisme, en effet, se diffuse au haut Moyen Âge à partir de plusieurs foyers : l'Irlande, les royaumes francs, les royaumes anglo-saxons et Rome.

La dilatation de la chrétienté s'accompagne de la mise en place de la hiérarchie ecclésiastique – l'Église en venant à désigner cette dernière – et la papauté, qui se hisse à la tête de celle-ci, devient un des principaux pouvoirs en Occident : l'évêque de Rome, dont l'autorité spirituelle s'appuie sur la primauté du siège de l'apôtre Pierre, devient le souverain pontife.

Cette évolution est lente (Ve – XIIIe siècle) et se heurte à de nombreux obstacles, en particulier à des résistances internes : les dogmes de l'Église, formulés lors des conciles, se définissent progressivement et se confrontent aux hérésies (l'arianisme des Wisigoths demeure la foi des rois de la péninsule ibérique jusqu'au VIIe siècle ; celui des Lombards menace un temps – jusqu'au milieu du VIIIe siècle – Rome de disparition).

Bientôt, l'Église romaine doit s'imposer face à Byzance, notamment pendant la crise iconoclaste (726 – 843). Au XIe siècle, la rupture avec le christianisme oriental est consommée avec le Schisme de 1054, mettant ainsi fin à l'unité de l'Église[14].

Presque aussi importante est la question de l'adoption d'une liturgie unique : les Églises nationales possèdent leurs propres traditions qui ne se fondent que progressivement : la liturgie irlandaise, qui fixe la fête de Pâques à une date différente, l'emporte dans les îles britanniques jusqu'au synode de Whitby (664). En développant la mission chrétienne (à partir de 610) et en tissant des relations privilégiées avec les souverains « barbares » (notamment, en s'appuyant sur les rois anglo-saxons et sur l'expansion des Francs en Germanie), Rome parvient partout à unifier les traditions de l'Église et dans le même temps, à affirmer son rôle à la tête de celle-ci, sauf chez les slaves orientaux qui demeurent dans la sphère d'influence byzantine.

Des résistances externes s'opposent à l'influence de la papauté, parce que les pouvoirs laïcs entendent s'immiscer dans les affaires de l'Église et diriger celle-ci dans leur aire d'influence : les rois lombards, tout d'abord, veulent soumettre l'Église romaine. Aussi, le pape fait appel aux Carolingiens (milieu du VIIIe siècle), mais ces derniers, comme leurs prédécesseurs, ne se privent pas pour distribuer les terres de l'Église à des laïcs. Lorsque l'Empire chrétien renaît en Occident (800), le rapport entre les pouvoirs de l'Empereur et du pape ne sont pas définis autrement qu'en termes de rapport d'influence. Il tourne dans un premier temps au détriment de la papauté, alors que l'Église, mais aussi le pouvoir impérial traversent à tous points de vue une crise grave, au Xe siècle, et il faut attendre la réforme grégorienne (seconde moitié du XIe siècle – premier tiers du XIIe siècle) pour que le pape affronte l'Empereur germanique, lors de la querelle des Investitures. Cette dernière, qui s'achève sur un compromis, est déterminante pour assurer l'indépendance du siège apostolique. Au XIIIe siècle, enfin, la papauté triomphe, grâce à son arme principale : l'excommunication, à son rôle dans l'essor de la chrétienté, à travers la croisade, mais aussi grâce à son pouvoir temporel et grâce à ses richesses. Le pape Innocent III applique lors de son « règne » (1198-1216) les principes de la théocratie pontificale, qu'avaient formulés pour la première fois les Dictatus Papæ du pape Grégoire VII en 1075).

Christianisation de l'Europe occidentale
Le baptême de Clovis, par Le Maître de Saint-Gilles, peinture sur bois, vers 1500. Cette cérémonie scelle l'alliance de l'Église de Gaule avec le pouvoir franc.L'essor de l'Église ne peut être dissocié de l'effort de christianisation de la société et des consciences : cette dernière demeure un combat constant durant tout le Moyen Âge.

Selon le modèle des apôtres dans les Évangiles, l'Église conçue comme l'assemblée des fidèles unis dans la foi doit se répandre « jusqu'aux confins de la terre ». Pour cela, elle peut s'appuyer sur le soutien de ses membres influents — comme en Germanie, où elle accompagne le conquérant franc — mais surtout, elle doit reposer en principe sur un acte d'adhésion volontaire : en cela, elle ne peut compter que sur les effets de la prédication. Saint Augustin justifie cependant l'usage légal de la violence pour contraindre les hérétiques et les schismatiques à revenir au sein de l'Église, interprétant notamment l'ordre du Christ, « Force-les à entrer! » (Luc, XIV, 23) comme un appel à la conversion forcée[15]. Le prosélytisme qui accompagne l'expansion du christianisme durant le haut Moyen Âge ne se résume « ni à une évangélisation pacifique ni à un brutal rapport de forces » (B. Dumézil, 2007[15]) : si les persécutions massives sont rares, certains cas de persécution des Juifs étant cependant recensés, de même que plusieurs conversions de force, l'Église s'appuie largement sur les propriétaires fonciers (le possessor) pour encourager la conversion de ses serfs au christianisme, à travers des contraintes économiques (un tel baissant le loyer des terres des paysans chrétiens, l'autre congédiant les paysans païens de son domaine, ou un autre proposant l'affranchissement à ses 250 esclaves à condition qu'ils acceptent le baptême[15]).

Diffusion du christianisme pendant le haut Moyen ÂgeDurant le haut Moyen Âge, les missions chrétiennes de prédicateurs isolés, appuyés par Rome lorsqu'elle le peut, repoussent avec succès les limites politiques de la chrétienté en amenant à la conversion des rois barbares et en s'appuyant sur l'influence des rois chrétiens — comme les rois francs, dont l'adhésion au christianisme remonte à Clovis (496 ou 498) — mais leur préoccupation dernière, qui est de faire entendre le message du Christ aux peuples des derniers, demeure un objectif des plus difficiles à quantifier. Elles sont le plus souvent l'œuvre de moines, comme saint Colomban en Gaule, saint Augustin de Canterbury dans le Kent ou saint Boniface en Frise.

À cette fin, l'Église se heurte également à des résistances à l'intérieur même de la chrétienté, où le clergé séculier est à la tête de l'encadrement des fidèles, surtout dans les campagnes : symptomatique, le mot « païen » – paganus, celui qui habite la campagne – désigne celui qui pratique l'ancienne religion polythéiste avant de désigner tout ce qui n'est pas chrétien. Le respect de la morale chrétienne, en particulier, fait l'objet d'injonctions des conciles, des synodes mérovingiens, puis carolingiens. Ces derniers ne cessent de rappeler les interdits, notamment l'esclavage, de condamner les coutumes païennes et de tenter de limiter la violence privée.

Réformes de l'Église
Saint Benoît de Nursie et saint Benoît d’AnianeArticles détaillés : Benoît d'Aniane et Réforme grégorienne.Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue !Dès le haut Moyen Âge, la réforme monastique menée par Benoît d'Aniane a contribué d'une façon essentielle au renouveau à l'époque carolingienne. Elle répand la règle de saint Benoît dans les monastères de l'Empire carolingien[12].

Comme l'ont montré de nombreux historiens, les réformes de l'Église, et en particulier la réforme grégorienne, ont été un facteur essentiel de renouveau (renovatio) en Occident aux XIe et XIIe siècles[16].

Pendant la période féodale, les synodes s'attachent à lutter contre les violences seigneuriales (Paix de Dieu, Trêve de Dieu), la vente des sacrements et des fonctions ecclésiastiques (simonie), les clercs indignes (nicolaïsme).

Recours à la force
Cathares expulsés de Carcassonne en 1209. Le catharisme était une hérésie combattue par l'Église catholique au XIIIe siècle.À cette époque, les membres du clergé, ou plutôt leurs auxiliaires laïcs, n'adoptent pas toujours des méthodes pacifiques dans leur désir d'évangélisation.

La tentation du recours à la force peut être grande et la violence caractérise parfois l'expansion du christianisme : elle marque ainsi la « christianisation » forcée de la Saxe par Charlemagne (seconde moitié du VIIIe siècle). Ces méthodes ont été critiquées par les clercs de l'entourage de l'empereur[12].

L'antijudaïsme chrétien, qui se manifestait déjà sur un plan théologique avant notre époque, engendre des actions violentes, en particulier lors des premières croisades. Ces manifestations de haine sont condamnées par les autorités catholiques[N 8].

Les hérésies se développent sporadiquement à partir de l'an mille et, rarement, s'installent durablement comme en Languedoc, avec le catharisme ou en Bohême, avec Jean Hus (1369 – 1415), etc. À partir du XIIIe siècle, dans son combat pour l'unité de l'Église, la papauté peut s'appuyer sur les ordres mendiants, franciscains et surtout dominicains. La lutte contre les hérésies s'accompagne parfois de méthodes violentes comme la croisade des Albigeois, et donne lieu à la naissance du tribunal de l'Inquisition sous le pape Grégoire IX (1227 – 1241)[17]. La violence se manifeste encore lors des guerres hussites (XVe siècle).

L'Église catholique s'est repentie en l'an 2000 pour ces méthodes non conformes à l'esprit de l'évangile.

Fondements et manifestations de la foi catholique
Ange reliquaire du XVe siècle, France.Article détaillé : Traductions médiévales de la Bible.Au Moyen Âge, pendant très longtemps, la Bible n'était disponible que dans une version grecque (la Septante, correspondant à la Bible hébraïque), et une version latine (la Vulgate traduite en latin par saint Jérôme). Contrairement à aujourd'hui, la plupart des fidèles, qui parlaient le plus souvent une langue vulgaire[N 9], n'avaient par conséquent pas accès à la Bible dans leur langue maternelle. En Occident, seule la minorité des lettrés qui avaient la chance d'apprendre le latin avait accès directement à la Bible[18]. Sa diffusion était rendue difficile par l'absence des moyens techniques dont nous disposons aujourd'hui : les manuscrits devaient être recopiés[N 10] dans les scriptoria des monastères. L'Historia scholastica de Pierre le Mangeur, écrit en latin médiéval dans les années 1170, fut le texte de base pour l'étude de la Bible. De manière inattendue, la hiérarchie catholique interdit la traduction de la Bible en langue vulgaire. Cette situation ne fut pas sans causer de sérieux problèmes : les tentatives de traductions en langue vulgaire d'extraits de la Bible par des courants chrétiens dissidents, qualifiés d'« hérétiques » par les catholiques[N 11], furent sévèrement réprimées par la hiérarchie catholique[19]. La Bible historiale de Guyart des Moulins (1297) fut la première traduction complète en prose et en français de la Bible à partir de la Vulgate.

Dans les régions christianisées, il est important de comprendre que la religion chrétienne était considérée comme le fondement de l'ordre social. Les fidèles manifestaient donc leur foi de façon ostensible : des milliers de personnes répondaient aux appels à la croisade ou se lancaient sur les chemins de pèlerinage. Des sommes considérables étaient engagées pour ériger des églises par centaines. On venait toucher les reliques et on les sortait pendant les processions. La frontière entre le sacré et le profane était toujours ténue : la quête du salut était le principal objectif du chrétien du Moyen Âge. Le Moyen Âge était aussi l'époque de l'épanouissement de la mystique chrétienne.

Importance de l'Église catholique
Portail gothique de la cathédrale de Cologne, Allemagne, XIIIe siècle.L'Église catholique perçoit des impôts tels que la dîme dans le royaume de France. Elle reçoit des dons en terres, en meubles ou en argent de la part des puissants qui attendent en retour son aide spirituelle (prières) et politique. Les grandes abbayes disposent de biens fonciers parfois très étendus sur lesquels elles prélèvent des redevances et imposent des tonlieux. Dans le Saint-Empire romain germanique, les évêques deviennent de véritables seigneurs à la tête de riches principautés.

Le clergé se fait obéir et respecter des fidèles. Il distribue les sacrements nécessaires au salut de l'âme. Le curé qui baptise les enfants, marie les couples, bénit les moissons et entend les confessions est un personnage incontournable de la vie quotidienne. L'église et le cimetière sont au cœur du village et sont des lieux d'asile et de réunion. Les cloches rythment le temps et le calendrier célèbre les temps forts de la vie de Jésus. Le clergé exerce des fonctions sociales telles que la charité, l'éducation (écoles monastiques puis épiscopales), les soins (hôtel-Dieu, hospice).

Un aspect majeur de la religion au Moyen Âge est son rôle dans les arts et la culture : dès l'Antiquité tardive, en effet, la culture latine classique se réfugie dans les monastères, où l'on continue à enseigner le trivium et le quadrivium. Face à l'illettrisme du peuple et des aristocrates barbares, ces derniers et, plus largement, l'Église, demeurent le cadre par excellence où survit l'Écrit : les lettrés, théologiens, hagiographes et chroniqueurs qui témoignent de leur temps, sont des moines ou des évêques. Certaines idées héritées de la Rome antique, comme celle de l'État, qui disparaît au VIIe siècle, y sont conservées et pénétrées par le christianisme.

À travers la renaissance carolingienne, portée par Alcuin, la réforme clunisienne, la réforme grégorienne, puis avec la création des ordres mendiants et l'essor des Universités, au XIIIe siècle, les renouveaux culturels et spirituels émanent des gens de religion.

L'art roman qui se diffuse avec Cluny et l'art gothique, qui naît à Saint-Denis avant de gagner l'Europe entière sont des arts religieux. Il faut en fait attendre la fin du Moyen Âge (XIVe-XVe siècle) pour qu'une culture profane se développe à nouveau en France, dans l'entourage royal des légistes et en raison des démêlés du roi avec la papauté.

Enfin, en toute logique dans ce contexte, les textes à partir desquels se forme l'idéologie – en particulier de la société et du pouvoir – au Moyen Âge sont les sources chrétiennes : l'Ancien Testament donne son cadre à la royauté médiévale (Charlemagne est comparé au roi David), les œuvres des Pères de l'Église (notamment, saint Jérôme et, surtout, saint Augustin avec La Cité de Dieu) encadrent les rapports sociaux et enfin, le Nouveau Testament, dont les Évangiles fournissent à la fois l'exemple de vie apostolique qui anime les ordres mendiants et le terreau de l'humanisme à travers l'Incarnation, se trouve à l'origine du renouveau idéologique qui marque la fin de la période. Aussi, dans une large mesure, la religion chrétienne inspire et modèle la société médiévale en lui fournissant à la fois sa hiérarchie (au sommet de laquelle se trouve le roi, intermédiaire avec le Christ qui règne sur la hiérarchie céleste) et la première de ses institutions : l'Église, qui supplée à la disparition de l'État.

IslamArticle détaillé : Âge d'or islamique.Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue !Le Moyen Âge est l'époque qui voit la naissance et la diffusion rapide de l'islam. Il constitue un véritable âge d'or pour cette religion. La Bataille de Poitiers (732) est traditionnellement considérée comme l'arrêt de son avancée dans la France actuelle. À son apogée vers l'an mille, il est présent dans tout le sud du bassin méditerranéen, et contrôle encore tout le sud de l'Espagne actuelle, Al-Andalus, et la Sicile, avant que le christianisme ne regagne du terrain, lors de la Reconquista en Espagne. Celle-ci prend fin en 1492 avec la prise de Grenade par les armées de Ferdinand II d'Aragon et d'Isabelle de Castille. Aux alentours du Xe siècle, Al-Andalus est le foyer d'une civilisation dont le niveau dépasse tout le reste de l'Europe actuelle, et qui est un modèle de tolérance à cette époque[20].

Occident et Orient médiévalDéfinition de l'Occident médiéval
Église Saint-Michel de Hildesheim, en Allemagne
Vitrail du XIIIe siècle.Article détaillé : Occident chrétien.Le mot Occident désigne à la fois un territoire et une civilisation au Moyen Âge. L'Occident est l'endroit où le soleil se couche (le Couchant, ou le Ponant) à l'opposé de l'Orient (le Levant). Le territoire de l'Occident couvre l'ouest de l'Europe (le terme Europe est très peu employé avant la Renaissance), sans recouper exactement les limites de l'Empire romain d'Occident. Dans l'acception de la plupart des auteurs et des contributeurs qui emploient ce terme, l'Occident est le domaine du christianisme romain dont la langue est le latin, fidèle au pape de Rome : il s'oppose aux territoires des païens, des schismatiques et des musulmans et il correspond à l'aire de diffusion du christianisme catholique (et ultérieurement protestant) en pays latin, celte ou germanique. Cela n'est pas toujours explicitement défini et les limites orientales de cet ensemble sont floues et mouvantes au cours de la période : tantôt elles incluent, tantôt elles excluent l'Europe centrale[21]. Après le schisme de 1054 en effet, l'Occident exclut l'Empire byzantin, resté orthodoxe, fidèle aux quatre autres patriarches (Constantinople, Antioche, Jérusalem et Alexandrie).

Cette dichotomie religieuse et culturelle correspond aux deux anciennes moitiés de l'Empire romain issues du partage de 395 : l'Occident (de culture surtout latine, mais aussi celtique et germanique) et l'Orient (de culture surtout grecque, mais aussi slave, arménienne ou araméenne). La rupture avec Byzance est consommée en 1204, lorsque Constantinople est prise par les croisés de la quatrième croisade. Cet épisode laissera des blessures profondes.

Le primat unificateur de la culture ne doit pas faire oublier les divisions politiques et linguistiques qui émergent dès l'époque carolingienne. L'apparition des langues vulgaires et plus tard du protestantisme remet en question la prétendue unité occidentale. L'Occident chrétien est donc au Moyen Âge synonyme de chrétienté latine et s'étend de façon remarquable grâce à l'action des missionnaires et des croisés, avant de conquérir des mondes nouveaux, avec les grandes découvertes du XVIe siècle.

Le système social constitue une pyramide, au pied de laquelle se trouvent les paysans qui représentent 90 % de la population et au sommet le roi. On distingue deux branches : la féodalité et le clergé. Sur ces branches, le prince et l'évêque sont au même rang. Dessous se trouvent les nobles, la petite noblesse et les propriétaires terriens.

Définition de l'Orient médiévalArticles connexes : Empire byzantin, Rus' de Kiev, Balkans et Empire ottoman.Le mot Orient désigne l'ensemble des pays situés à l'est de l'Europe. Dans l'acception de la plupart des auteurs et des contributeurs qui emploient ce terme, il correspond à l'aire de diffusion du christianisme orthodoxe en pays grec, dans les Balkans ou en pays slave. Mais là encore les limites occidentales de cet ensemble sont floues et les pays baltes, la Hongrie, les pays slaves de tradition catholique (Pologne, Bohême, Slovaquie, Slovénie, Croatie) sont tantôt inclus, tantôt exclus de l'Orient.

L'Orient de l'Europe médiévale ne se définit pas principalement par la religion, mais plutôt par l'exclusion de la notion d'Occident chrétien. Après Cyrille et Méthode et une fois la christianisation des peuples slaves achevée au IXe siècle, il n'y aura dans l'Europe orientale médiévale ni missionnaires, ni croisades, ni inquisition, et les églises orthodoxes, multiples, vont se trouver en position de subordination face aux pouvoirs politiques des tzars, des voïvodes, des hospodars chrétiens, voire des sultans musulmans de l'Empire ottoman. Toutefois, en pratique, l'Europe orientale médiévale correspond en gros aux peuples dont la référence spirituelle est le Patriarcat de Constantinople, de tradition orthodoxe.

Dans le système social de l'Orient médiéval, la féodalité et le clergé ne sont pas à égalité : ce dernier est en position subordonnée. C'est le « césaropapisme[22],[23],[24] ». L'église orthodoxe ne perçoit pas d'impôts : de nombreux popes sont pauvres et travaillent. Mais les aristocrates peuvent lui faire des dons, et les princes lui offrir des domaines : certains monastères s'enrichissent et deviennent des centres culturels et artistiques importants. Par ailleurs l'aristocratie n'est ni étanche ni endogame : les voïvodes et grands boyards ont le pouvoir d'anoblir des roturiers et de les élever socialement, de sorte que l'Église n'est pas le seul ascenseur social ouvert aux roturiers, et si elle l'est, c'est aussi par décision des pouvoirs séculiers.

SociétéOrganisation sociale en trois ordres
L'organisation sociale du Moyen Âge définie dès le IXe siècleArticle détaillé : Société médiévale.Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue !L'organisation sociale du Moyen Âge est structurée en trois ordres[25] :

ceux qui prient : oratores ;
ceux qui font la guerre : bellatores ;
ceux qui travaillent : laboratores.
Cette organisation apparaît dans des écrits européens au moins à partir du IXe siècle, et est en place au XIe siècle lorsque Adalbéron de Laon et Gérard de Cambrai la formalisent[26].

Elle s'est perpétuée dans la société d'Ancien Régime, à l'époque moderne, où l'on retrouve les trois ordres : clergé, noblesse, et Tiers état.

Vassalité et féodalitéArticles détaillés : Vassalité et Féodalité.La vassalité existait déjà pendant le haut Moyen Âge.

La cérémonie suit des règles très précises. Le vassal avance devant son futur seigneur la tête nue en signe de respect. Il s'agenouille, devant lui, pour lui exprimer son humilité, les mains jointes. Le seigneur les prend entre les siennes et le relève. C'est ce que l'on appelle la dation.

Le jeune vassal reçoit un fief (le plus souvent une terre qui appartient au seigneur ou un droit de prélever des taxes sur un pont par exemple) et, en échange, il jure sur les saintes Écritures, ou sur une relique, sa fidélité au seigneur.

Le système évolue en relations féodo-vassaliques au cours du XIe siècle. On appelle féodalité l'organisation hiérarchique de la noblesse qui lie les membres entre eux. La période de la féodalité s'étend du IXe au XIIIe siècle. Le régime féodal est fait pour se protéger des envahisseurs, des guerres. Chaque seigneur (vassal) s'engage envers un seigneur plus puissant (suzerain). Le pouvoir d'un seigneur se mesure au nombre de ses vassaux.

Chaque vassal, en échange de sa loyauté, reçoit un fief, un territoire. Tous les suzerains ont des vassaux mais tous les vassaux ne sont pas des suzerains.

Place des femmesArticles détaillés : Statut des femmes à l'époque mérovingienne et femmes au Moyen Âge.
Les couvents chrétiens sont une alternative au mariage, pour les femmes du Moyen Âge
Huile par John Everett Millais, 1858.Peu d'études ont été faites sur le statut de la femme au Moyen Âge en France. L'image de la femme confinée à la sphère domestique et à l'éducation des enfants relève plus d'une idée préconçue que d'une réalité vraiment connue ou étudiée sérieusement. Ce que nous savons des femmes vient de celles qui ont exercé un artisanat ou travaillé en collaboration avec leur homme. Des lettres de famille font un rapport des mariages qui étaient des partenariats affectueux.

Selon l'historienne Régine Pernoud, il semble important de sortir des caricatures qui caractériseraient la condition des femmes au Moyen Âge comme la pire. En effet, il s'avère, par exemple, qu'elles possédaient le droit de vote dans les assemblées. Leur domaine s'est peu à peu confiné et réduit à la sphère domestique avec l'avènement de la culture classique antique. Auparavant, elles avaient un rôle social réel et une vie professionnelle. N'oublions pas que les reines aussi étaient couronnées par l'archevêque de Reims et qu'elles avaient leur autorité reconnue dans la sphère politique. Marie de Médicis fut la dernière reine couronnée. C'est plus tard que les reines seront complètement exclues de la sphère politique, à l'époque classique. Rappelons-nous que les femmes n'ont pas toujours été écartées du trône au Moyen Âge. La première disposition en ce sens est prise par Philippe le Bel.

Progressivement, les religieuses aussi se sont vues cloîtrées, mais cela n'a pas toujours été le cas au Moyen Âge. Certaines abbesses avaient au Moyen Âge autant de pouvoir que certains seigneurs. Le rôle des femmes semble diminuer avec la montée de l'influence du droit romain qui ne leur est pas favorable et cette tendance se poursuivra avec la Renaissance. L'étude des actes notariés est une grande source pour comprendre et décrypter le statut des femmes ; ceux-ci montrent qu'elles ont possédé une plus grande autonomie qu'on ne l'imagine. Ainsi le statut de la femme autant dans la société civile qu'ecclésiastique semble se modifier au XIIIe siècle. C'est seulement au XVIe siècle qu'un arrêt du Parlement de 1593 écarte explicitement les femmes de toute fonction de l'État[N 12].

ÉconomieDisparition des villes dans le haut Moyen Âge en OccidentLe fait le plus important au point de vue social, de la période qui s'écoule des invasions musulmanes à l'époque carolingienne, c'est l'extinction rapide puis la disparition à peu près complète de la population urbaine. Dans l'Empire romain les villes constituaient, dès l'origine, la base même de l'État. L'organisation politique est essentiellement municipale. La campagne n'est que le territoire de la cité, n'existe pas indépendamment d'elle, ne produit que pour elle et n'est régie que par elle. Partout où l’État romain s'est établi, il a fondé des villes et en a fait les centres de l'administration. Dans l'Empire romain, les campagnes sont si intimement liées à la ville dont elles dépendent que c'est le même mot, civitas, qui désigne la ville et le territoire qui l'environne. Et ce caractère subsiste jusqu'à la fin de l'Empire byzantin.

C'est donc une nouveauté très surprenante et inconnue jusqu'alors dans le monde occidental, que la constitution d’États dont l'organisation administrative comme l'organisation sociale cesse de correspondre au type urbain de l’État romain. Elle est due, pour ce qui concerne le rôle administratif des villes, à l'impossibilité où se sont trouvés les conquérants de l'Empire d'en conserver intégralement les institutions. Car ce sont les institutions de l'Empire qui, dans les provinces occupées par les envahisseurs, Gaule, Espagne, Italie, Afrique, Bretagne, assuraient l'existence des cités. Sans doute quelques-unes d'entre elles, le long des côtes, comme Marseille, Narbonne, Naples ou Carthagène, pratiquaient un commerce maritime plus ou moins important et presque toutes les villes dans l'intérieur du pays avaient une activité commerciale régulière ; aussi la majeure partie de leur population se composait-elle d'une bourgeoisie de gens de métier et de boutiquiers. Mais aucune d'elles n'était comparable aux grands ports ou centres industriels de l'Orient : Alexandrie, Constantinople ou Antioche. Elles se maintenaient beaucoup moins par leurs propres forces que par le fonctionnement général de l'activité politique et économique du monde romain. Ce qui faisait leur importance, c'est la place qu'elles occupaient dans l’État, leur qualité de centres administratifs, la présence chez elles d'un personnel nombreux de fonctionnaires et les rapports que la population provinciale entretenait nécessairement avec elles. Rome même ne différait à cet égard des cités provinciales que par l'éclat et l'importance qu'elle devait à la présence de l'empereur et du gouvernement central. L'histoire de sa décadence à partir du moment où Constantin la priva du rang et des profits de capitale du monde, se répète en de moindres proportions dans toutes les villes de l'Occident, au fur et à mesure qu'au milieu des troubles des invasions, puis sous le gouvernement des rois germaniques, les fonctionnaires les abandonnent, que les bureaux, les tribunaux, les écoles se ferment, que la poste ne fonctionne plus, que l'inertie et l'incapacité de l'administration laisse tomber en ruines les ponts et les aqueducs, et disparaître la police et le ravitaillement.

Le commerce maritime avait conservé encore aux villes de la côte, jusqu'à l'époque des conquêtes musulmanes, une activité dont avaient bénéficié les régions voisines de l'extérieur. Il avait perdu son principal marché d'exportation depuis que Rome, appauvrie et dépeuplée, ne requérait plus pour sa subsistance le blé des provinces. Pourtant, jusqu'au milieu du VIIe siècle, des marchands syriens et juifs avaient fréquenté encore régulièrement les ports occidentaux de la Méditerranée. Au temps de Grégoire de Tours, une colonie juive de quelque importance subsistait à Clermont-Ferrand. Le papyrus employé par la chancellerie mérovingienne était importé de Sicile, ce qui prouve que la navigation fournissait encore des objets de consommation courante. Mais ces relations avec le monde byzantin cessèrent à partir du moment où la domination musulmane en Méditerranée ne permit plus au commerçant chrétien de se risquer en dehors des eaux grecques et de l'Italie méridionale. De même que la Méditerranée était au pouvoir des Musulmans, la Mer du Nord était surtout parcourue par les barques des Scandinaves.

Baigné par les flots au sud, au nord et à l'ouest, l'Empire carolingien ne présente plus la moindre trace d'activité maritime. Ses seuls ports, Quentovic, à l'embouchure de la Canche, et Dorestadt, conserveront encore une certaine activité commerciale jusqu'au IXe siècle, puis dévastés par les Vikings, ils tomberont dans une décadence complète.

Il devait en résulter un arrêt presque total du commerce et, à part quelques industries locales comme celles du tissage des draps qui se maintint encore en Flandre, une disparition presque complète de l'activité industrielle et de la circulation monétaire.

Dès lors, dans les cités dépeuplées, les quartiers déserts tombent en ruine et servent de carrières de pierres aux rares habitants qui, groupés en un coin de l'ancienne enceinte, s'y retranchent et s'y abritent, en utilisant les matériaux que leur fournissent les monuments abandonnés. À Nîmes, les murs du cirque romain servent de rempart à la bourgade qui niche au milieu des décombres. À Trèves, une fenêtre des anciens thermes impériaux, adaptée tant bien que mal en vue de la défense, devient une des portes de la ville, et la Porta Nigra, dont les blocs de pierre sont trop lourds pour être emportés, est dépouillée, pour servir aux forgerons locaux, des crampons de fer qui les rattachent les uns aux autres.

En Gaule, la vie urbaine s'éteint si complètement que les rois cessent de résider dans les villes, où ils ne trouvent plus les approvisionnements nécessaires à l'entretien de leur cour. Ils passent désormais l'année dans leurs domaines, allant de l'un à l'autre au fur et à mesure qu'ils en ont vidé les granges et les greniers. Comme les rois, les fonctionnaires des provinces vivent aussi à la campagne sur leurs terres ou sur celles de leurs administrés auxquels ils imposent le droit de gîte. Par un curieux phénomène de régression, l'administration, en perdant son caractère urbain, de sédentaire qu'elle était, devient nomade.

Si ruinées, si dépeuplées qu'elles soient, les villes n'ont point pourtant perdu toute importance. Abandonnées par l'administration civile, elles restent les centres de l'organisation religieuse. Le siège épiscopal établi sous l'Empire au chef-lieu de chaque cité demeure debout et la forte armature romaine de l’Église continue à se dresser au milieu des ruines de l’État. Au sein de la société devenue purement agricole, quelque chose du caractère municipal de l’État antique se conserve donc grâce à l’Église. C'est à elle que les villes doivent de n'avoir pas disparu tout à fait, en attendant le jour, encore lointain, où elles deviendront le berceau d'une nouvelle bourgeoisie.

De même que le pape, après l'abandon de Rome par les empereurs, prend sur lui de protéger et d'administrer les habitants de la Ville Éternelle, de même dans chaque cité l'évêque étend son autorité sur les quelques habitants qui se groupent autour de la cathédrale et pourvoient à la subsistance du clergé. La vie et l'organisation religieuse entretiennent ainsi, au milieu des décombres des villes antiques, une petite clientèle laïque chez laquelle se perpétue, tant bien que mal, l'exercice des métiers et de la technique romaine, mais qui ne présente plus rien de commun, ni par l'esprit qui l'anime, ni par l'administration qui la régit, avec les populations urbaines d'autrefois[27].

Dans le monde islamique en revanche, les villes connaissent une expansion très importante. Bagdad par exemple est une grande ville dans le haut Moyen Âge.

Les grands domainesLa disparition des villes entraîna une transformation profonde de l'économie rurale. Les produits du sol, qui s'écoulaient sur les marchés urbains, perdirent peu à peu leurs acheteurs. La population agricole ne produisit plus que pour ses propres besoins. Elle se trouva être tout ensemble le producteur et le consommateur des biens de la terre. Il n'y eut plus qu'une seule espèce de richesse, la richesse foncière, et les seules relations économiques qui subsistèrent furent conditionnées par leur qualité de propriétaires ou de tenanciers.

On ne peut se faire aucune idée précise, faute de renseignements, de la crise agricole que durent provoquer la restriction puis le dépérissement complet des marchés urbains. Il est fort probable qu'elle acheva de ruiner ce qui subsistait encore de petits propriétaires. Quant aux grands domaines, elle eut certainement pour résultat d'accroître leur étendue et de modifier leur organisation. Elle accrut leur étendue en poussant les petits cultivateurs, privés de débouchés et par conséquent de ressources, à s'agréger au domaine voisin en lui cédant leur terre sous condition d'en conserver la jouissance sous forme de tenure. Elle modifia leur organisation par la nécessité qu'elle leur imposa de s'adapter à un régime dans lequel la production en vue de la vente a disparu. la transformation a dû commencer dès le Ve siècle ; elle est achevée complètement à la fin du VIIIe siècle. Son aboutissement est le grand domaine de l'époque carolingienne tel que le montre le polyptyque de l'abbé Irminon et le capitulaire De Villis.

Le modèle fut le grand domaine ecclésiastique, mieux organisé parce que l'Église n'avait pas abandonné l'usage de l'écriture. Et l'on peut être sûr que ce sont les domaines de l'Église qui, au-delà du Rhin, ont été les premiers types de l'organisation domaniale.

Le domaine est un phénomène économique tout à fait original ; l'Antiquité gréco-romaine, à aucune de ses périodes, ne présente rien de semblable. Sans doute il se rattache par une filiation directe à la grande propriété des derniers temps de l'Empire romain ; il conserve dans ses traits essentiels l'organisation de la villa romaine, dont il garde le nom, et l'influence du colonat apparaît prépondérante sur la condition de ses tenanciers. Mais son activité dans son principe comme dans ses manifestations, est bien chose nouvelle. On pourrait la caractériser en disant qu'elle est étrangère à l'idée de profit. Et cela se comprend tout de suite si on réalise que, ne pouvant régler la production en vue de l'exportation et de la vente, elle la règle en vue de la répartition et de la consommation intérieure. Son but est que le domaine se suffise et se conserve par ses propres ressources, sans rien vendre et sans rien acheter.

C'est le manque de débouchés qui produit ce repliement sur soi du domaine. Il en découle plusieurs conséquences très importantes qui ont dominé la vie économique du Moyen Âge jusqu'au XIIe siècle. Tout d'abord, la régression des procédés de culture est évidente. il devient inutile de faire produire au sol plus que n'exigent les besoins du cultivateur, puisque le surplus ne pouvant être écoulé, ne servirait ni à améliorer la condition du travailleur, ni à augmenter la rente de la terre. On se contentera donc d'un minimum de soin et d'efforts jusqu'au jour où la possibilité de vendre les récoltes incitera les détenteurs du sol à adopter des méthodes plus perfectionnées et par conséquent plus lucratives. Mais c'est qu'alors la terre commencera à être appréciée comme une valeur et non comme un simple moyen de subsistance.

Un autre caractère de l'exploitation domaniale est la substitution presque complète des prestations en nature aux paiements en argent. C'est là une suite logique de l'absence de vente à l'extérieur. Le propriétaire, dont la subsistance dépend de son domaine, fixe en nature, parfois même en matières premières travaillées par le paysan, la quote part de chaque tenure. À des époques déterminées, et conformément à une répartition permanente, les tenanciers auront à lui livrer par exemple des grains, des œufs, du fromage, des viandes fumées ou des aunes de toile. Il ne s'agit cependant pas d'un retour aux âges antérieurs à l'invention de la monnaie. Celle-ci ne cesse pas d'exister comme instrument d'échange et mesure des valeurs mais, à l'intérieur du domaine, elle a cédé la place à la pratique imposée par la nécessité des fournitures en objets de consommation. En dehors du domaine, elle reprend ses droits et c'est en deniers et en oboles que se payent les quelques denrées, œufs et volailles, apportées chaque semaine par les paysans aux petits marchés locaux dont aucune société ne peut se passer entièrement.

Il faut considérer également que la prestation de chaque tenure est invariable et que, moyennant qu'il la fournisse, le tenancier jouit d'un droit héréditaire sur la terre qu'il occupe. C'est la conséquence rigoureuse d'une organisation économique étrangère à l'idée de profit. Ce qui importe au propriétaire, c'est la régularité annuelle de son alimentation et il n'est pas de meilleur moyen de la garantir que de lui donner le caractère d'un impôt permanent. Entre le seigneur du domaine et ses paysans, aucun rapport n'existe qui soit comparable à celui qui subordonne les travailleurs à un capitaliste. Le domaine ne constitue pas une exploitation, que ce soit de la terre ou des hommes. Il est une institution sociale et non économique. Les obligations n'y découlent pas de contrats personnels mais reposent sur le droit et la coutume. Chaque domaine a sa loi spéciale, fixée par des usages traditionnels. Le seigneur est à la fois moins et plus qu'un propriétaire foncier suivant la conception romaine ou moderne du mot : moins car son droit de propriété est limité par les droits héréditaires de ses tenanciers à leur tenure ; plus car son action sur ces tenanciers dépasse de beaucoup celle d'un simple propriétaire du sol.

En effet, il est leur seigneur, et ils sont ses hommes. Beaucoup d'entre eux, descendants d'esclaves affranchis ou serfs, font partie de son patrimoine. D'autres, héritiers des colons de l'époque romaine, sont attachés à leur terre. D'autres encore, qui se sont liés à lui par la recommandation, vivent sous sa protection. Sur tous, à des degrés divers, il exerce une autorité patriarcale et étend sa juridiction privée. C'est par ce groupe familial, qu'il protège et qu'il domine, qu'il est puissant. À cette époque de déclin démographique, les hommes sont plus importants que la terre. Celle-ci est abondante alors que ceux-là sont rares. Il importe donc de conserver soigneusement ceux que l'on possède. De ce fait, les entraves destinées à empêcher l'homme de quitter le domaine se multiplient. Le seigneur possède sur ses serfs un droit de poursuite. Ils ne peuvent sans son consentement épouser des femmes étrangères au domaine. L'attachement à la terre, d'abord restreinte aux descendants des esclaves et des colons, s'étend peu à peu aux hommes libres vivant sous le seigneur. Cette extension graduelle de la servitude à toute la population agricole est le phénomène social le plus remarquable que présente le IXe siècle et les deux cents années qui le suivent. En règle générale, le paysan est un non-libre ; il l'est au point que, dans la langue des documents, les mots qui désignent le paysan (villanus, rusticus) deviennent synonymes de serf (servus). Pour comprendre ces notions, Régine Pernoud fait remarquer que le seigneur lui-même est attaché à sa terre, dont il n'est que le gérant au nom de sa famille et de sa lignée.

Qu'elle soit laïque ou ecclésiastique, la grande propriété des premiers siècles du Moyen Âge (antérieurement au XIIIe siècle) n'a rien de commun avec la grande exploitation. Déjà à la fin de l'Empire romain les latifundia à esclaves avaient disparu et il semble bien que les propriétaires fonciers se détournaient de plus en plus de la grande culture et divisaient leurs terres en tenures. La cessation complète du commerce des produits agricoles a favorisé encore cette tendance. Le grand domaine de l'époque carolingienne et des siècles suivants nous en montre le triomphe à peu près complet. Il se divise en deux parties d'importance inégale : la terre seigneuriale (terra indominicata) et la terre mansionnaire (mansionaria). la première, de beaucoup la moins étendue, est exploitée directement et tout entière au profit du seigneur. Le travail y est effectué soit par des serfs domestiques ne possédant pas de tenure et analogues à nos ouvriers agricoles soit par des tenanciers astreints aux corvées. La terre mansionnaire est réservée aux tenanciers. Elle est divisée en unités d'exploitation d'étendue variable selon la qualité du sol et les régions, mais dont chacune suffit à la subsistance d'une famille : ce sont les manses (mansus) possédés héréditairement, en échange de prestations en nature ou de travail. Cet ensemble forme la villa rurale. Le centre commun est la cour seigneuriale (hof, curtis) dans laquelle réside l'intendant du seigneur, le maire (meyer, major, villicus), préposé à la surveillance et à la juridiction des vilains (paysans, villani). La Cour, entourée d'un fossé et d'une palissade, sert à l'habitation du maître, quand il réside sur sa terre, et renferme des granges et des magasins où sont conservés les récoltes et les autres revenus. C'est là aussi que s'assemble le tribunal domanial composé de tenanciers et présidé par le maire ou le seigneur. Çà et là, déjà au IXe siècle et de plus en plus fréquemment par la suite, une chapelle, bâtie par le seigneur et dont il choisit et nomme le desservant, pourvoit aux besoins du culte. Quantité de paroisses rurales doivent leur origine à ces chapelles domaniales, et c'est par elles aussi que s'explique le droit de présentation des curés que bien des seigneurs locaux ont conservé jusqu'à la fin de l'Ancien Régime.

Autour des terres cultivables, les bois, les prairies et les marais sont, proportionnellement à la part de sol qu'ils exploitent, livrés à la jouissance du seigneur et des vilains. Souvent, si un cours d'eau les traverse, le seigneur y construit un moulin à son usage et à celui des ses habitants. Une part de farine est prélevée sur chaque sac par le meunier, pour son entretien ; c'est là le point de départ de ces droits de banalité qui n'ont disparu qu'à la Révolution française.

Partout, quelles que soient les différences locales, se rencontrent les traits généraux de l'organisation qu'on vient de décrire. Elle a agi si profondément sur la société que dans toutes les langues le vocabulaire géographique et l'onomatologie en conservent la trace profonde. Il suffit de penser aux noms de lieux terminés, en France, par ville ou court, et dans les langues germaniques, par hof, et à l'abondance des noms de famille Lemaire, Mayer, De Meyer, Le Mayeur, etc.

Ordinairement, un grand domaine se compose de plusieurs villes. Celui de Saint-Germain des Prés, à l'époque de Charlemagne, en comprenait une série, éparpillées de la Bretagne aux bords de la Moselle. Presque toujours les monastères des régions septentrionales cherchaient à acquérir dans les pays à vignobles aux bords du Rhin, de la Moselle ou de la Seine, une ville qui pût leur fournir le vin qu'il était impossible de se procurer par le commerce[28].

Essor urbain après l'an mille
Carcassonne est un exemple subsistant de l'évolution du fonctionnement des villes.Article détaillé : Ville au Moyen Âge.Le Moyen Âge est une période de développement du mode de vie ; les mœurs évoluent. C'est une période de transition entre l'Antiquité et l'époque moderne. Les relations entre les personnes changent. L'urbanisme est totalement réformé par ce courant de changement. D'autres conséquences, parfois indirectes, contribuent à changer le monde.

La vocation militaire de la ville décline au profit du château fort, mais elle-même s'enferme derrière des murailles, séparant les villes qui façonneront elles-mêmes leurs façons de vivre. La ville s'organise et s'émancipe de l'extérieur.

La civilisation urbaine, mise à mal durant l'Antiquité tardive en Occident, connaît un nouvel essor au Moyen Âge central à partir des XIe ‑ XIIe siècles[29]. La ville redevient le lieu du pouvoir et les capitales se développent. Paris devient vers 1200, c'est-à-dire sous le règne de Philippe Auguste, la plus grande ville de l'Occident, avec une population de 80 000 à 100 000 habitants[30]. Le gouvernement féodal évolue vers une politique nationale et constructive.

Les villes deviennent des centres de production et connaissent l'émergence d'une nouvelle couche sociale : la bourgeoisie (bourgeoisie marchande)[29] ; auparavant, les villæ (grands domaines ruraux) jouaient ce rôle, de l'Antiquité jusqu'à la fin de la période carolingienne.

Foires et courants commerciaux
Scène de marché, miniature datée de 1400-1405, extraite du Chevalier errant de Thomas III de Saluces, BNF Fr.12559, f.167.Le Moyen Âge voit l'apparition des premiers marchés publics.

La vente de marchandises permettait la facilité des échanges commerciaux via un pays. En effet, ces routes exportatrices de marchandises en tout genre - de la soie aux épices - concernaient seulement l'Europe et quelques pays desquels l'Europe importait des marchandises. Comme les principaux axes commerciaux étaient les fleuves ou les rivières, les moyens de transport étaient donc le radeau, la gabare traversant essentiellement le détroit de Gibraltar et transportant hommes et marchandises. Ainsi, les commerçants étaient divisés en deux groupes bien distincts :

Les simples boutiquiers, installés dans les villes, qui achètent et revendent uniquement leur marchandise à une clientèle locale ou à des colporteurs.
Les commerçants riches, également appelés « corporations riches » qui vendaient souvent des marchandises précieuses telles que la soie, les épices, la teinture pour les tissus (pastels). Pour obtenir la marchandise désirée, ces marchands signaient donc des ententes sur lesqu

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  • Chloé Maillier-Fonta
  • Professeur d'histoire-géographie en collège et lycée à Saint-Germain-en-Laye, Relais Défense Etablissement
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